Tentative d’assassinat présumée contre Hichem Aboud en 2025 : quatre suspects mis en examen à Paris

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Karim Haddad
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Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

Quatre hommes âgés de 19 à 22 ans ont été mis en examen et écroués samedi 23 mai à Paris, soupçonnés d’avoir participé à une tentative de meurtre contre le journaliste et opposant algérien Hichem Aboud, survenue en février 2025 à Roubaix. Cette arrestation, révélée dimanche par l’AFP de sources proches du dossier, marque un tournant judiciaire dans une affaire qui illustre une dynamique plus profonde : la judiciarisation, en France, de ce que le parquet national antiterroriste qualifie désormais ouvertement de terrorisme d’État.

Trois des quatre mis en examen répondent des chefs de tentative de meurtre en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, selon une source judiciaire citée par l’AFP. Le quatrième fait face à des poursuites pour complicité de cette tentative et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Tous ont été placés en détention provisoire. Une information judiciaire avait été ouverte en mars 2026 par le Parquet national antiterroriste (PNAT), institution française créée en 2019 et compétente sur l’ensemble du territoire pour les affaires relevant du terrorisme.

Un contrat à 10 000 euros découvert lors d’une enquête sur un braquage de musée

Le fil conducteur de cette enquête tient d’un concours de circonstances aussi inattendu que révélateur. C’est dans le cadre d’investigations sur le braquage d’un musée survenu en novembre 2024 près de Lyon que les enquêteurs sont tombés, selon des sources proches du dossier citées par l’AFP, sur un “contrat sur la tête” de Hichem Aboud. Partant de là, ils ont remonté un groupe de communication constitué sur la messagerie cryptée Signal, jusqu’à une équipe d’exécutants présumés. Le tireur désigné devait percevoir la somme de 10 000 euros pour accomplir l’acte, toujours selon ces mêmes sources.

En février 2025, ce groupe s’est “monté” à Roubaix, ville du nord de la France où réside Aboud, avec une “consigne de tuer et une adresse”. Le plan a échoué pour une raison aussi simple qu’aléatoire : la cible ne se trouvait pas sur place ce jour-là. L’avocate du tireur présumé, Me Marie Buisson, n’a pas souhaité s’exprimer à ce stade, selon l’AFP. Ce que révèle la mécanique même du complot, c’est une opération structurée, hiérarchisée, dotée d’un mode opératoire précis – caractéristiques qui ont justifié la saisine du PNAT et la qualification terroriste retenue par les magistrats instructeurs.

Hichem Aboud, une cible déclarée depuis des décennies

Pour comprendre pourquoi un journaliste installé dans une ville industrielle du nord de la France fait l’objet d’un contrat d’assassinat, il faut remonter à un parcours hors du commun. Né le 15 juin 1955 à Bab El Oued, Alger, Hichem Aboud est à la fois un ancien officier des services de renseignement algériens – il fut chef de cabinet du directeur de la Sécurité militaire – et l’un des opposants les plus exposés au régime d’Alger. En 2002, il publie “La Mafia des généraux”, ouvrage aussitôt interdit en Algérie. En 2013, son journal bilingue “Mon Journal” est à son tour banni après avoir rendu compte de l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika. Exilé en France depuis la fin des années 1990, il cumule depuis lors plusieurs condamnations prononcées par la justice algérienne, dont une peine capitale pour terrorisme.

Hichem Aboud, exilé en France depuis 1997, s’était déjà dit visé par des tentatives d’assassinat de la part des services de renseignement algériens, selon des déclarations qu’il avait faites publiquement. En octobre 2024, il avait disparu après s’être rendu à Barcelone, avant d’être retrouvé par la Guardia Civil dans le sud de l’Espagne. Il avait alors déclaré avoir été enlevé par un “groupe terroriste travaillant à la solde des renseignements algériens”, affirmant qu’aucune autorité au monde n’aurait dépensé tant d’argent ou recruté un tel groupe “à part les services de renseignements algériens”. La justice française avait, par ailleurs, déjà ouvert une enquête sur une première tentative d’enlèvement visant le journaliste remontant à 2021, selon son avocat.

La France face au terrorisme d’État – huit procédures en cours

L’affaire Aboud ne s’inscrit pas dans un vide judiciaire. Le 3 avril 2026, le procureur national antiterroriste Olivier Christen confirmait publiquement l’existence de huit procédures liées à des États étrangers, dont l’Algérie, soupçonnée de commanditer des actions terroristes contre ses opposants sur le territoire français. Cette déclaration officielle constitue, en soi, un acte politique autant que judiciaire : pour la première fois, la justice française nomme explicitement l’Algérie dans ce type de qualification.

Le cas le plus documenté à ce jour reste l’enlèvement d’Amir Boukhors, dit “Amir DZ”, en avril 2024 en Seine-et-Marne, affaire dans laquelle un agent consulaire algérien a été mis en examen et placé en détention en avril 2025. La mise en examen de cet agent diplomatique avait alors déclenché une vive crise entre Paris et Alger : en avril 2025, l’Algérie avait ordonné l’expulsion de douze agents de l’ambassade de France sous 48 heures. En mars 2026, la prolongation de la détention de ce même agent consulaire avait ravivé les tensions entre les deux capitales.

Ce que dessine l’ensemble de ces procédures, c’est une stratégie de neutralisation systématique des opposants algériens en exil – une pratique que la justice française, jusqu’alors prudente sur les implications diplomatiques, aborde désormais sous l’angle du terrorisme d’État. La qualification retenue dans le dossier Aboud – “en relation avec une entreprise terroriste” – n’est pas anodine : elle place l’affaire dans la même catégorie juridique que des actes commis par des organisations classées terroristes, et ouvre la voie à des peines aggravées pour les mis en examen.

Un dossier instruit sous haute tension diplomatique

Les quatre mis en examen, âgés de 19 à 22 ans au moment de leur arrestation, sont des exécutants présumés, non des commanditaires. L’instruction judiciaire devra déterminer qui a passé commande du contrat, de quelle source provenaient les 10 000 euros promis au tireur, et quels liens, le cas échéant, ces jeunes hommes entretenaient avec des réseaux susceptibles d’agir pour le compte d’un État tiers. Sur ces points, aucune confirmation officielle n’a pour l’heure été apportée par le PNAT, dont les procédures en cours impliquant l’Algérie sont instruites à huis clos.

Hichem Aboud, lui, demeure en vie. Mais l’enquête ouverte en mars 2026 et les mises en examen du 23 mai ne constituent qu’une étape dans un dossier dont les ramifications – judiciaires, diplomatiques et sécuritaires – pourraient s’étendre bien au-delà des quatre hommes aujourd’hui incarcérés à Paris.


Sources

  1. Agence France Presse (AFP) via La Libre Belgique – “France : quatre jeunes écroués après une tentative de meurtre sur Hichem Aboud en 2025” https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/2026/05/24/france-quatre-jeunes-ecroues-apres-une-tentative-de-meurtre-sur-hichem-aboud-en-2025-MH3JXMGF6BDBBHJS4TYCVS7WTU/ – consulté le 24 mai 2026
  1. CNews / AFP – “Tentative de meurtre sur l’opposant algérien Hichem Aboud en 2025 : quatre jeunes écroués à Paris” https://www.cnews.fr/faits-divers/2026-05-24/tentative-de-meurtre-sur-lopposant-algerien-hichem-aboud-en-2025-quatre – consulté le 24 mai 2026
  1. Le Collimateur / AFP – “Terrorisme d’État : l’Algérie et l’Iran au coeur de plusieurs enquêtes en France” https://lecollimateur.ma/208530 – consulté le 24 mai 2026
  1. Secours de France – “Terrorisme d’État : l’Algérie désormais visée officiellement” https://www.secoursdefrance.com/terrorisme-etat-algerie-justice-france/ – consulté le 24 mai 2026
  2. Wikipédia FR – “Hichem Aboud” https://fr.wikipedia.org/wiki/Hichem_Aboud – consulté le 24 mai 2026

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