L’agriculture algérienne : entre surproduction maraîchère et dépendance céréalière persistante

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Karim Haddad
Karim Haddadhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

L’agriculture algérienne vit une contradiction que les statistiques officielles peinent à résoudre. D’un côté, une production de 37 milliards de dollars en 2025, des surplus de pommes de terre que les agriculteurs cèdent à 15 dinars le kilo faute de débouchés, et des tomates qui pourrissent dans les champs de Chlef et Relizane. De l’autre, 7 à 8 millions de tonnes de blé importées chaque année pour plus de 2,5 milliards de dollars, une dépendance au lait en poudre étranger qui coûte 600 millions de dollars annuels, et une consommation de 230 kilogrammes de blé par habitant – plus du double de la moyenne mondiale – que la production nationale ne couvre qu’à 30-50 %. Ce paradoxe – trop de légumes, pas assez de céréales – résume l’agriculture algérienne dans toute sa complexité.


Introduction

Il est une image qui dit beaucoup sur l’état de l’agriculture algérienne en 2025 : dans les champs de la plaine de Chelghoum (Mila), des agriculteurs confient à une caméra de la chaîne Filaha News qu’ils ne peuvent pas vendre leurs tomates mûres. Leurs camions reviennent bredouilles des marchés de gros. Ils ne peuvent pas livrer aux conserveries faute de contrat formalisé. Ils travaillent au noir, comme des millions de paysans algériens qui produisent, récoltent et se retrouvent face au vide d’une chaîne agroalimentaire insuffisamment structurée.

À quelques centaines de kilomètres de là, à Alger, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) lance un appel d’offres international pour acheter 420 000 tonnes de blé tendre – à 244 dollars la tonne, coût et fret compris. Cette image de la double Algérie agricole – celle qui produit trop de légumes sans pouvoir les vendre, et celle qui n’en finit pas d’importer des céréales qu’elle n’arrive pas à produire en quantité suffisante – est le point de départ de ce dossier.

L’agriculture génère elle-même, sans les industries agroalimentaires, près de 14,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022. Le secteur agricole emploie 22,68 % de la population active avec 2,7 millions de travailleurs, avec un taux de couverture des besoins nationaux par la production nationale de 75 %. Ces chiffres globaux sont flatteurs. Mais ils masquent une réalité sectorielle profondément déséquilibrée, où le dynamisme de certaines filières maraîchères contraste avec les insuffisances structurelles de la production céréalière et laitière.


Chiffres clés de l’agriculture algérienne (2024-2026)

IndicateurDonnées
Production agricole nationale (2024-2025)~37 milliards USD
Contribution au PIB (2024)~15 %
Emplois dans le secteur~2,7 millions de travailleurs (22,68 % de la population active)
Surface agricole utile (SAU)~8,5 millions d’hectares (Tell)
Superficie céréalière (2024-2025)~3 millions d’hectares
Production céréalière nationale (2024)~22,2 millions de quintaux
Taux de couverture céréalière nationale30 à 50 % des besoins selon les années
Importations de blé (2024)7,2 millions de tonnes (5e mondial)
Facture importations blé (annuelle)2,5 à 3 milliards USD
Importations poudre de lait~600 millions USD/an
Facture alimentaire globale>10 milliards USD/an
Économies réalisées sur importations (2024)1,2 milliard USD (Tebboune, avril 2025)
Taux d’autosuffisance blé dur (2025)81 % (déclaration présidentielle)
Production dattes (2024)1,32 million de tonnes (3e mondial)
Projet Baladna (investissement)3,5 milliards USD (Qatar, Adrar)
Projet Bonifiche Ferraresi (investissement)420 millions € (Italie, Timimoun)
Consommation blé par habitant~230 kg/an (plus du double de la moyenne mondiale)

Un territoire agricole sous contrainte géographique

Pour comprendre les paradoxes de l’agriculture algérienne, il faut d’abord saisir les contraintes géographiques et climatiques qui la conditionnent. L’Algérie est le plus vaste pays d’Afrique, mais cette immensité est trompeuse : seules 20 % des surfaces sont utilisées pour l’agriculture, les parcours steppiques et la forêt. Les contraintes climatiques conjuguées à la rareté des ressources en terres fertiles et en eau ne permettent pas à l’agriculture du pays d’atteindre l’autosuffisance dans les filières stratégiques.

La Superficie Agricole Utile (SAU) du Tell – la bande fertile qui court de l’Algéro-marocaine à la frontière tunisienne – représente environ 8,5 millions d’hectares. C’est sur ce territoire relativement étroit, soumis à une pluviométrie irrégulière et de plus en plus perturbée par le changement climatique, que repose l’essentiel de la production agricole nationale. Il n’y a pas eu de recensement agricole depuis 2001. L’Algérie compte environ un million d’exploitations agricoles, dont 50 % ont moins de 20 hectares, avec une taille moyenne de 8 hectares.

Ce morcellement des exploitations est l’une des principales contraintes structurelles du secteur. Plus de 70 % des exploitations ont une superficie inférieure à 10 hectares, ce qui freine la modernisation et la productivité. Le morcellement des exploitations agricoles limite les économies d’échelle et la mécanisation. Des petits paysans avec 5 ou 8 hectares ne peuvent pas investir dans des équipements de mécanisation, des systèmes d’irrigation modernes ou des technologies de stockage. Ils produisent selon des méthodes traditionnelles, subissent les aléas climatiques et s’inscrivent dans une logique de survie plutôt que d’accumulation.

La pluviométrie est le facteur le plus déterminant et le plus imprévisible. La production varie fortement en fonction de la pluviométrie. À l’issue de la campagne moisson-battage 2017/2018, la production nationale céréalière a atteint 60,5 millions de quintaux, contre 34,7 millions durant la campagne 2015/2016. Cette oscillation de plus de 70 % entre deux campagnes illustre la vulnérabilité extrême d’une production céréalière encore trop dépendante des conditions météorologiques et insuffisamment irriguée.


Le paradoxe de la surproduction maraîchère

L’agriculture algérienne a produit des succès réels dans les filières maraîchères et horticoles. La pomme de terre, les agrumes, les dattes, les tomates : dans ces filières, l’Algérie a non seulement atteint l’autosuffisance mais généralement dépassé les besoins nationaux. Ces succès sont le résultat d’investissements soutenus, de la généralisation des systèmes d’irrigation par goutte-à-goutte et par rampes-pivots, et d’une réorientation progressive de la production vers le Sahara.

Mais ces succès ont créé leurs propres problèmes. Les agrumes, la pastèque, les oignons, l’ail, les œufs, la pomme de terre… la tomate rejoint la liste des produits agricoles qui connaissent une surproduction cette année en Algérie. Quand la production dépasse les capacités d’absorption du marché national, faute d’une chaîne de transformation et d’exportation suffisamment développée, les prix s’effondrent et les agriculteurs subissent des pertes.

La filière pomme de terre illustre parfaitement cette dynamique. En 2025, plusieurs cas de stockage illicite de pommes de terre en grande quantité, destinées à manipuler les prix, ont conduit à des condamnations sévères. L’exemple le plus marquant est celui d’un individu condamné à 15 ans de prison ferme à Khemis El Khechna (Boumerdès), pour avoir détenu près de 150 tonnes de pommes de terre destinées à alimenter un réseau de spéculation.

Ce phénomène dit le dysfonctionnement du marché : en période de surproduction, les prix s’effondrent jusqu’à 15 dinars le kilo pour le producteur, tandis que le consommateur final peut payer 70 à 80 dinars le même produit. La différence ne va pas aux agriculteurs – elle alimente les intermédiaires et, parfois, les spéculateurs. Jusqu’à 15 % des revenus agricoles disparaissent chaque année faute de stockage réfrigéré pendant la fenêtre de 48 à 72 heures entre la récolte et la vente au détail.

Ces pertes post-récolte massives sont la traduction concrète d’un manque d’infrastructures : insuffisance de chambres froides, réseau de marchés de gros incomplet, absence de contrats de filière structurés entre producteurs et transformateurs. L’Algérie compte au total 54 marchés de gros de fruits et légumes dont 3 espaces gérés par des privés. Il faut savoir aussi que l’Algérie a produit cette année plus de 15 millions de quintaux d’agrumes et le fellah cède la pomme de terre au prix de 15 DA le kilo, on la retrouve parfois à des prix exagérés de 80 à 90 DA chez les détaillants.


Le talon d’Achille céréalier

À rebours de ces excédents maraîchers, la production céréalière algérienne demeure structurellement insuffisante par rapport aux besoins nationaux. Et ce déficit n’est pas une fatalité géographique : c’est le produit d’une histoire politique, économique et sociale qui a négligé pendant des décennies la sécurisation de la filière blé au profit d’autres priorités.

Le blé occupe une place prépondérante dans la consommation alimentaire en Algérie. La consommation annuelle moyenne est estimée à près de 230 kilogrammes par habitant, soit plus du double de la moyenne mondiale. Le pain, la semoule et le couscous constituent l’essentiel des apports caloriques, les céréales fournissant à elles seules plus de 60 % de l’énergie alimentaire et près de 80 % des protéines consommées.

Cette place culturelle et nutritionnelle du blé – indissociable du couscous, du pain, de la kesra et de la galette – en fait bien plus qu’un enjeu économique. La sécurité céréalière est une question de stabilité sociale. Une flambée des prix du blé ou une rupture d’approvisionnement aurait des conséquences immédiates sur les ménages les plus vulnérables, dans un pays où le prix de la baguette de pain est maintenu artificiellement bas grâce à des subventions massives.

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En 2024, l’Algérie figurait au 5e rang mondial des importateurs de blé tendre avec 7,2 millions de tonnes, soit 11 % de plus que les 6,5 millions de tonnes achetés l’année précédente. La FAO classe ce pays au quatrième rang mondial, et au deuxième rang africain, des plus grands importateurs de blé, avec un taux annuel compris entre 7 et 11 millions de tonnes.

Cette dépendance massive s’explique par l’écart considérable entre les rendements obtenus et ceux qui seraient nécessaires pour l’autosuffisance. Ces niveaux de production nationale ne couvrent que 30 à 50 % des besoins nationaux, obligeant l’Algérie à recourir massivement aux importations. Les faibles performances du secteur céréalier s’expliquent par des contraintes structurelles profondes : le morcellement des exploitations limite les économies d’échelle et la mécanisation. L’irrigation constitue un autre point de fragilité majeur. Seule une faible proportion des terres agricoles est irriguée, ce qui rend la production céréalière excessivement dépendante des précipitations.

La comparaison avec le potentiel est cruelle. Les rendements moyens du blé dans les zones nord, sans irrigation, oscillent autour de 20 quintaux par hectare. Dans les wilayas du Sud avec irrigation, les rendements atteignent 50 à 60 quintaux, voire 85 quintaux à l’hectare dans les meilleures conditions. La généralisation de l’irrigation transformerait mécaniquement la donne céréalière.


La révolution agricole saharienne : entre promesse et risque hydrique

Face aux contraintes climatiques du Nord, l’Algérie a fait le pari stratégique de transformer son Sahara en grenier. Cette révolution agricole saharienne, engagée depuis les années 1980 avec les premières rampes-pivots à Adrar, prend aujourd’hui une ampleur sans précédent.

Depuis les années 1980, l’agriculture saharienne en Algérie connaît un essor remarquable grâce à l’utilisation de techniques d’irrigation modernes comme les rampes-pivot. Ces systèmes permettent désormais de cultiver de vastes étendues désertiques, transformant le paysage agricole du pays. Des wilayas comme Biskra, El Oued, Adrar et El Menia sont devenues des pôles agropoles majeurs, fournissant une part croissante des légumes et des céréales consommés dans tout le pays.

Les agropoles sahariens, menés par Biskra et El Oued, ont représenté 55 % de la valeur des exportations agricoles en 2025. L’irrigation par pivot et le goutte-à-goutte souterrain ont transformé les sables désertiques en ceintures prolifiques de pommes de terre et de dattes.

Mais cette expansion saharienne comporte un risque majeur, rarement évoqué dans les discours officiels : l’épuisement des nappes phréatiques fossiles. Une étude parue dans Geophysical Research Letters a montré que les nappes du Sahara septentrional bénéficient d’une recharge annuelle de 1,4 km³ grâce aux eaux de pluie. Cependant, cette recharge ne couvre que 40 % des prélèvements annuels, estimés à 2,75 km³. Ces aquifères fossiles – constitués sur des millénaires – se reconstituent à un rythme infiniment plus lent que celui auquel l’agriculture industrielle les exploite. À El Menia, des investisseurs indiquent que la nappe d’eau se trouve à une profondeur de 60 mètres dans certaines zones, et à 170 mètres dans d’autres – signe d’une baisse continue du niveau piézométrique.

Cette tension entre le besoin de production alimentaire et la durabilité hydrique est le défi environnemental le plus préoccupant de la stratégie agricole algérienne. Elle est d’autant plus aiguë que les projets d’investissement géants actuellement lancés au Sahara reposent massivement sur ces mêmes nappes.


Les méga-projets : Baladna et BF, la stratégie du big bang alimentaire

Pour accélérer sa marche vers la souveraineté alimentaire, l’Algérie a engagé deux partenariats stratégiques d’une ampleur sans précédent avec des investisseurs étrangers, que le président Tebboune a présentés comme la clé de voûte de la nouvelle politique agricole.

Le projet Baladna est le plus spectaculaire. Baladna Algérie est une société par actions de droit algérien, fruit d’un partenariat entre le groupe agro-industriel qatari Baladna Food Industries et l’État algérien. Elle porte un projet d’investissement agricole et industriel intégré, considéré comme l’un des plus grands au monde dans le secteur laitier. Officiellement lancé en 2024, ce mégaprojet vise à réduire la dépendance de l’Algérie aux importations de poudre de lait en développant une production locale à grande échelle dans la wilaya d’Adrar.

Les chiffres donnent le vertige. Le contrat porte sur la création d’une ferme géante dans la région d’Adrar sur 117 000 hectares, abritant 280 000 vaches laitières, avec l’installation d’une grande usine de fabrication de poudre de lait que l’Algérie importe annuellement pour 600 millions de dollars. Cette ferme couvrira la moitié des besoins du pays en poudre de lait, en sus de la création de 5 000 emplois directs.

Le calendrier de réalisation est désormais précis. La phase 2, d’une valeur de 635 millions de dollars, a été officialisée le 23 avril 2026. Son élément le plus spectaculaire est la mise en place d’un pont aérien avec les États-Unis. De novembre 2026 à août 2027, 109 vols cargo transporteront 30 000 vaches Holstein depuis neuf États américains vers Adrar. Cette logistique extraordinaire dit quelque chose de la détermination des autorités à aller vite – et du gigantisme d’un projet qui constitue pour l’Algérie une expérimentation sans précédent de l’agriculture industrielle dans le désert.

Le projet avec l’italienne Bonifiche Ferraresi (BF), moins médiatisé, est tout aussi stratégique. Le projet algéro-italien intégré de production de céréales dans la wilaya de Timimoun doit, d’ici à 2028, mettre en valeur plus de 35 000 hectares pour la production de blé, de légumineuses et d’oléagineux. Cette collaboration avec le groupe qui a transformé les marais de la Plaine du Pô en terres agricoles productives apporte un savoir-faire dans la production céréalière à grande échelle qui fait encore défaut à l’Algérie.


Le blé : le pari de l’autosuffisance pour 2026

C’est l’ambition la plus haute et la plus exposée de la politique agricole de Tebboune : atteindre l’autosuffisance en blé dur – et réduire massivement les importations de blé tendre – d’ici 2026. Un objectif répété à de nombreuses occasions par le ministre de l’Agriculture Youcef Cherfa, au point d’engager publiquement la crédibilité du gouvernement.

Chaque année, l’Algérie importe entre 7 et 8 millions de tonnes de blé, principalement tendre, pour un coût dépassant régulièrement les 2,5 à 3 milliards de dollars, selon les données du ministère du Commerce. Des achats qui grèvent le budget de l’État, encore plus dans un contexte de volatilité des prix du pétrole.

Des progrès réels ont été enregistrés. Abdelmadjid Tebboune a annoncé que l’Algérie a atteint un taux de 81 % d’autosuffisance en blé dur, une avancée significative dans la réduction de la dépendance alimentaire du pays. En 2024, 1,2 milliard de dollars ont ainsi été économisés au profit du Trésor public.

Mais l’autosuffisance totale en blé dur reste un objectif fragile, tributaire des conditions climatiques. Selon l’USDA, la production nationale de blé a été anticipée à 3 millions de tonnes pour la campagne 2024/25. Le département américain prévoit que les importations de blé dur pourraient diminuer après 2025 si l’Algérie accumule des stocks de blé dur plus importants, mais ne prévoit pas que les importations algériennes de blé dur cesseront complètement, même si tous les facteurs s’alignent parfaitement.

Cette prudence de l’USDA est fondée. Un objectif d’autosuffisance céréalière repose sur un alignement de plusieurs conditions rarement réunies simultanément : une bonne pluviométrie dans le Nord, des rendements élevés dans le Sud sous irrigation, des prix de rachat suffisants pour inciter les agriculteurs, des capacités de stockage adéquates. Si une seule de ces conditions fait défaut, les importations reprennent.


La politique des prix et des subventions : une arme à double tranchant

L’État algérien subventionne massivement l’agriculture, à la fois à la production (prix de rachat garantis pour les céréales) et à la consommation (prix administré du pain et des produits de base). Cette politique sociale a des mérites réels – elle protège les ménages les plus vulnérables contre les chocs alimentaires – mais elle crée des distorsions qui freinent la modernisation du secteur.

Le gouvernement algérien subventionne la production de pain, ce qui permet de maintenir le prix d’une baguette à environ 10 cents américains. Cela rend la consommation de blé et de pain relativement stable, même en période de crise économique.

Cette subvention au pain est l’une des lignes rouges politiques du régime algérien. Toucher au prix du pain serait socialement risqué dans un pays où les céréales fournissent 60 % des apports caloriques. Mais ce maintien artificiel du prix a des effets pervers documentés : il entretient un niveau de consommation de blé très élevé, encourage le gaspillage (le pain est si peu cher qu’il est gâché en quantités considérables) et décourage les agriculteurs de diversifier leurs cultures vers des productions moins subventionnées mais potentiellement plus rentables.

La révision des prix de rachat des productions par l’OAIC a été opérée à la hausse pour le blé dur (6 000 DZD soit environ 41,6 euros le quintal), le blé tendre (5 000 DZD soit environ 34,7 euros le quintal) et l’orge triticale (3 400 DZD soit environ 23,6 euros le quintal). Cette révision à la hausse des prix de soutien était nécessaire pour rendre la production céréalière attractive pour les agriculteurs. Mais elle reste insuffisante, selon de nombreux experts, pour inciter à de larges investissements dans l’irrigation et la mécanisation.

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Exportations agricoles : les succès des dattes et le potentiel inexploité

L’image d’une Algérie uniquement importatrice dans le domaine agricole est inexacte. Dans certaines filières, elle exporte déjà – et pourrait le faire beaucoup plus. Les dattes en sont l’exemple le plus accompli.

La production de dattes est en constante augmentation. En 2024, l’Algérie occupe la troisième place mondiale avec une production de 1,32 million de tonnes. Pour la variété Deglet Nour, très prisée des consommateurs, le pays se situe même à la première place.

La pomme de terre offre un autre exemple d’ambition exportatrice en construction. Pour gagner en compétitivité, le ministère s’attaque frontalement au coût de production. La priorité absolue demeure la production locale des semences. En restructurant la pyramide de production et en impliquant le secteur privé, l’Algérie réduit sa dépendance aux importations de semences. Le gouvernement exhorte d’ailleurs les producteurs à s’organiser en coopératives.

La liste des produits exportables s’allonge progressivement : tomates transformées, pommes de terre fraîches, agrumes, vins, pâtes alimentaires, couscous. Les exportations concernent principalement le sucre réexporté après raffinage, eaux minérales et gazéifiées, pâtes alimentaires et couscous, dattes, vins, graisses et huiles végétales, ainsi que certains produits agricoles comme la pomme de terre et toute sorte de produits maraichers. Ces exportations restent modestes en valeur absolue – quelques centaines de millions de dollars – mais leur progression tendancielle est réelle.


Analyse prospective : les conditions d’une sécurité alimentaire durable

L’agriculture algérienne est à un moment charnière. Elle dispose de ressources incontestables – des terres sahariennes immenses, des aquifères profonds, une expertise paysanne accumulée, une capacité industrielle croissante – et elle fait face à des défis qui s’aggravent : changement climatique, pression démographique, épuisement potentiel des nappes phréatiques fossiles.

Trois grandes conditions structurent toute perspective de sécurité alimentaire durable.

La première est la maîtrise de l’eau. L’expansion saharienne ne peut pas se faire à n’importe quel prix hydrique. L’épuisement de la nappe phréatique reste le talon d’Achille. Si des plafonds de pompage sont imposés, les gains de superficie sahariens qui alimentent actuellement le marché algérien des produits de base pourraient stagner, forçant un pivot vers la dessalinisation ou les eaux usées traitées. Le développement de l’agriculture saharienne durable suppose une politique nationale de gestion des aquifères que les ambitions productivistes actuelles peinent à articuler.

La deuxième condition est le développement des filières de transformation et d’exportation. La surproduction maraîchère n’est pas un problème en soi : c’est un problème de débouchés. Les recettes d’exportation agricoles pourraient croître significativement si les investissements dans les infrastructures de transformation, la chaîne du froid et la logistique d’exportation suivent le rythme de la production. L’Algérie a un potentiel d’exportation vers l’Afrique subsaharienne, vers les marchés arabes et vers l’Europe dans plusieurs filières horticoles où elle dispose d’avantages comparatifs réels.

La troisième condition est la réforme foncière. Youcef Cherfa a annoncé le début d’un vaste chantier d’assainissement du foncier agricole. Une circulaire conjointe avec les ministères des Finances, de l’Intérieur et de l’Agriculture vise à résoudre plus de 90 problématiques foncières qui freinent l’investissement dans le secteur. Le morcellement des exploitations, les litiges de propriété non résolus, les 40 % de terres agricoles du Nord non travaillées : autant d’obstacles à la modernisation que ni les projets géants au Sahara ni les ambitions chiffrées n’ont encore commencé à résoudre.


FAQ – Questions fréquemment posées

Pourquoi l’Algérie importe-t-elle autant de blé malgré sa surface agricole importante ?
L’Algérie importe entre 7 et 8 millions de tonnes de blé par an pour plusieurs raisons structurelles : une pluviométrie insuffisante et irrégulière dans les zones céréalières du Nord ; le morcellement des exploitations (plus de 70 % font moins de 10 ha) qui freine la mécanisation ; une faible irrigation – seule une petite fraction des terres céréalières est irriguée – et une consommation nationale très élevée à 230 kg par habitant et par an, soit plus du double de la moyenne mondiale. Le fait que le prix du pain soit subventionné à un niveau très bas (environ 10 centimes de dollar la baguette) encourage aussi une consommation supérieure à ce que la seule production nationale peut couvrir.

Qu’est-ce que la “surproduction” agricole algérienne et pourquoi est-ce un problème ?
La surproduction désigne les situations où la production nationale dépasse la capacité d’absorption du marché intérieur dans certaines filières (pomme de terre, tomate, agrumes, œufs). En l’absence de chaînes de transformation industrielle suffisantes et de réseaux d’exportation développés, cette surproduction conduit à l’effondrement des prix à la production, à des pertes post-récolte massives et à la ruine d’agriculteurs qui ne peuvent pas vendre leur récolte à un prix couvrant leurs coûts. Le problème n’est donc pas de produire trop – c’est de ne pas avoir les infrastructures pour valoriser ce surplus.

Qu’est-ce que le projet Baladna et quels sont ses objectifs ?
Baladna Algérie est un mégaprojet agro-industriel lancé en 2024, résultant d’un partenariat entre l’État algérien et le groupe qatari Baladna Food Industries. Il prévoit la création d’une ferme géante de 117 000 hectares à Adrar (Sahara algérien) pour l’élevage de 270 000 vaches laitières Holstein et la production de poudre de lait. Avec un investissement total de 3,5 milliards de dollars, il vise à couvrir 50 % des besoins nationaux en poudre de lait (actuellement importée pour 600 millions de dollars par an) et à créer 5 000 emplois directs. La première phase de production est prévue pour 2026.

L’Algérie peut-elle vraiment atteindre l’autosuffisance en blé d’ici 2026 ?
Pour le blé dur, le gouvernement affirme avoir atteint 81 % d’autosuffisance en 2025 et économisé 1,2 milliard de dollars sur les importations en 2024. Un objectif d’autosuffisance en blé dur pour 2026 est officiellement annoncé. Pour le blé tendre – utilisé dans la panification – la dépendance aux importations reste structurelle à moyen terme selon l’USDA. Les analystes internationaux estiment qu’une indépendance totale en céréales supposerait des conditions climatiques exceptionnelles combinées à une généralisation de l’irrigation qui dépasse le calendrier réaliste des investissements en cours.

Quelle est la place des exportations agricoles algériennes ?
Elles restent modestes en valeur globale mais progressent dans certaines filières. Les principales exportations sont les dattes (1,32 million de tonnes en 2024, 3e rang mondial), les agrumes, la pomme de terre, les pâtes et le couscous, les vins, et des produits maraîchers. L’Algérie est premier producteur mondial de dattes Deglet Nour. La valeur totale des exportations agricoles avoisine quelques centaines de millions de dollars – loin de la facture d’importation qui dépasse 10 milliards de dollars – mais le potentiel de développement est réel, notamment vers les marchés africains et arabes.

Quels sont les risques de l’agriculture saharienne sur les nappes phréatiques ?
Les aquifères sahariens algériens sont fossiles – constitués sur des millénaires et non renouvelables à l’échelle humaine. Les études disponibles montrent que les prélèvements annuels pour l’agriculture dépassent de 60 % la recharge naturelle. À mesure que les nappes s’approfondissent (jusqu’à 170 mètres dans certaines zones), les coûts de pompage augmentent et la viabilité économique des cultures irriguées peut se dégrader. Ce risque hydrique constitue le talon d’Achille structurel de la stratégie agricole saharienne algérienne.


Liens internes – Pour aller plus loin sur ALG247.COM


Sources

  1. Wikipedia – Agriculture en Algérie
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Alg%C3%A9rie — consulté le 26 juin 2026
  2. Maghreb Émergent – Production de blé dur en Algérie : vers l’autosuffisance dès 2026 (juin 2025)
    https://maghrebemergent.news/fr/production-de-ble-dur-en-algerie-vers-lautosuffisance-des-2026/ — consulté le 26 juin 2026
  3. Ecotimes DZ – Sécurité alimentaire : le blé, principal défi de l’Algérie (décembre 2025)
    https://ecotimesdz.com/securite-alimentaire-algerie-defi-ble-importations/ — consulté le 26 juin 2026
  4. Algerie-Eco / USDA – Prévisions de production, d’importation et de consommation de céréales (octobre 2024)
    https://algerie-eco.com/2024/10/08/algerie-les-previsions-de-production-dimportation-et-de-consommation-de-cereales/ — consulté le 26 juin 2026
  5. ObservAlgérie – Tebboune : l’Algérie a économisé 1,2 milliard de dollars sur le blé (avril 2025)
    https://observalgerie.com/2025/04/14/economie/ble-lalgerie-a-economise-12-milliard-de-dollars/ — consulté le 26 juin 2026
  6. Wikipedia / Djazagro – Baladna Algérie
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Baladna_Alg%C3%A9rie — consulté le 26 juin 2026
  7. Echos Plus – Baladna Algérie accélère son mégaprojet laitier dans le Sahara (avril 2026)
    https://echosplus.com/2026/04/24/baladna-algerie-accelere-son-megaprojet-laitier-dans-le-sahara/ — consulté le 26 juin 2026
  8. Maghreb Émergent – Pomme de terre en Algérie : entre surproduction, chute des prix et avenir incertain (septembre 2025)
    https://maghrebemergent.news/fr/pomme-de-terre-en-algerie-entre-surproduction-chute-des-prix-et-avenir-incertain/ — consulté le 26 juin 2026
  9. TSA Algérie – L’Algérie : la surproduction agricole s’étend à la filière tomate (septembre 2025)
    https://www.tsa-algerie.com/algerie-la-surproduction-agricole-setend-a-la-filiere-tomate/ — consulté le 26 juin 2026
  10. Ministère de l’Agriculture français / Teamfrance-export – Politiques agricoles à travers le monde : Algérie
    https://agriculture.gouv.fr/telecharger/132329 — consulté le 26 juin 2026
  11. TSA Algérie – Blé : comment l’Algérie peut économiser plus de 60 dollars la tonne (octobre 2025)
    https://www.tsa-algerie.com/ble-comment-lalgerie-peut-economiser-plus-de-60-dollars-la-tonne/ — consulté le 26 juin 2026
  12. Atalayar – L’agriculture gagne en importance dans l’économie algérienne (novembre 2024)
    https://www.atalayar.com/fr/articulo/economie-et-entreprises/lagriculture-gagne-importance-dans-leconomie-algerienne/20241108061000207340.html — consulté le 26 juin 2026

Dernière mise à jour : juin 2026. Ce dossier est régulièrement actualisé pour intégrer les développements statistiques et les avancées des projets stratégiques les plus récents.

Karim Haddad

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