L’Algérie est confrontée à une crise des stupéfiants d’une ampleur sans précédent : 192 000 suspects impliqués en 2025, 60 millions de comprimés de psychotropes saisis en une seule année, et une montée en puissance de la cocaïne qui place le pays au carrefour des routes internationales du narcotrafic. Derrière les saisies records et les discours officiels sur la “guerre aux drogues”, une réalité plus complexe émerge : l’implication documentée de dignitaires du régime dans des réseaux de trafic, et la position stratégique de l’Algérie dans l’écosystème criminel reliant l’Amérique latine à l’Europe et au Moyen-Orient.
Introduction
Il existe une formule que les spécialistes de géopolitique des drogues répètent depuis les années 2010 : « les pays de transit de drogues deviennent systématiquement des zones de consommation. » Ghania Mokdache, directrice de prévention à l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, l’avait averti chiffres à l’appui dès 2022 : les pays de transit ne restent jamais neutres.
L’Algérie est aujourd’hui confrontée à cette réalité avec une acuité particulière. En moins d’une décennie, elle a cessé d’être un simple pays de transit entre le Maroc producteur de cannabis et l’Europe consommatrice, pour devenir un carrefour multidirectionnel où s’entrecroisent les flux du haschich marocain, de la cocaïne sud-américaine, des psychotropes fabriqués en Libye et des drogues de synthèse acheminées depuis l’Europe. Simultanément, le marché intérieur a explosé : en 2025, près de 176 000 affaires liées aux stupéfiants ont été traitées, impliquant plus de 192 000 suspects.
Ce dossier retrace l’évolution du phénomène – de ses racines historiques aux développements les plus récents – analyse les différentes dimensions du trafic selon les types de substances, examine le rôle géopolitique de l’Algérie dans les routes mondiales du narcotrafic, et documente les cas, établis judiciairement, d’implication de personnalités du régime.
Chiffres clés du phénomène drogue en Algérie (2022-2025)
| Indicateur | Données |
|---|---|
| Affaires drogue traitées (2024) | 141 497 (DGSN) |
| Affaires drogue traitées (2025) | ~176 000 (DGSN) |
| Suspects impliqués (2025) | 192 000 |
| Hausse annuelle moyenne des délits drogue | ~+10 % par an depuis 2022 |
| Cannabis (kif traité) saisi en 2025 (DGSN) | +7 tonnes |
| Cocaïne saisie en 2025 (DGSN) | 665 kg |
| Psychotropes saisis en 2024 | ~22 millions de comprimés |
| Psychotropes saisis en 2025 | ~60 millions de comprimés (record) |
| Psychotropes saisis par les Douanes (2024) | ~11 millions de comprimés + 8,5 t cannabis + 577 kg cocaïne |
| Gangs démantelés (2024) | 88 (664 membres arrêtés) |
| Principaux corridors d’entrée | Frontière marocaine (Ouest), frontière libyenne (Est), ports maritimes |
| Prix gramme de cocaïne sur marché algérien | 20 000 à 40 000 DA (~145 à 290 €) |
Une histoire du phénomène : du cannabis de transit à la polycriminalité
L’Algérie n’a pas toujours été au cœur du narcotrafic régional. Dans les années 1980 et 1990, le pays était essentiellement un pays de transit – une route par laquelle le cannabis produit dans les montagnes du Rif marocain rejoignait les marchés européens, principalement espagnol et français. La consommation intérieure existait, mais restait marginale au regard des standards régionaux.
La décennie noire des années 1990 constitue un premier tournant. La désorganisation des institutions, la militarisation de pans entiers du territoire et l’économie parallèle qui se développe dans le contexte d’insécurité généralisée créent les conditions d’une insertion plus profonde des réseaux de trafic dans le tissu social. Des groupes armés islamistes, notamment l’AQMI dans ses zones de contrôle sahéliennes, développent à partir du début des années 2000 des liens avec les filières de transit des drogues : plusieurs études documentent que ces groupes ont loué leur savoir-faire logistique sur une partie du parcours de traversée du Sahara à des réseaux de trafic de cocaïne.
Le contre-choc pétrolier de 2014-2015 et la paupérisation relative qui s’ensuit accélèrent l’inscription sociale du trafic. Le marché intérieur s’élargit, les réseaux de distribution urbains se structurent et les cités périphériques des grandes villes deviennent des espaces de vente de plus en plus organisés. La pandémie de Covid-19 constitue un second point d’inflexion : une augmentation continue des personnes impliquées dans le trafic et des modes de consommation est observée depuis la pandémie de Covid-19, selon le bilan de la DGSN.
Le cannabis marocain : la drogue historique toujours dominante
Si le cannabis reste le produit le plus consommé en Algérie, comme ailleurs dans le monde, la directrice de prévention à l’ONLCDT note une progression continue de la consommation d’autres substances depuis 2021.
Le flux de résine de cannabis en provenance du Maroc constitue la colonne vertébrale historique du trafic transfrontalier. Le Maroc est, selon le rapport EU Drug Market 2025 de l’Agence européenne sur les drogues, le premier producteur mondial de résine de cannabis. Le rapport confirme que le cannabis provenant du Maroc représente la plus grande part des drogues interceptées en Europe lors des opérations de saisie, avec plus de 551 tonnes de résine saisies au cours des dernières années.
La frontière terrestre algéro-marocaine, fermée depuis 1994, n’a jamais entravé ce trafic. Elle l’a en réalité organisé en le canalisant vers des filières spécialisées tirant profit de la porosité des zones désertiques et des complicités locales. La fermeture des frontières décidée pendant la pandémie a temporairement affecté les volumes : les quantités de résine de cannabis sont restées relativement stables après la fermeture des frontières occidentales, grâce notamment aux importantes opérations menées par l’Armée nationale populaire.
La rhétorique officielle algérienne sur ce dossier est constante : Alger présente le cannabis marocain comme une « guerre contre la jeunesse algérienne » orchestrée par le Makhzen, instrumentalisant diplomatiquement le trafic dans le cadre de la rivalité algéro-marocaine. Cette lecture occulte partiellement la réalité : les réseaux de trafic sont transnationaux, impliquent des opérateurs algériens autant que marocains, et tirent profit de la demande intérieure croissante.
L’explosion des psychotropes : la nouvelle guerre chimique
Si le cannabis domine encore en volume, c’est la montée en puissance des psychotropes qui constitue le phénomène le plus alarmant de ces cinq dernières années. Avant 2023, la Prégabaline représentait plus de 70 % des substances saisies. À partir de cette année, l’ecstasy s’est imposée comme l’une des principales drogues dures saisies, acheminée clandestinement depuis l’Europe, notamment depuis la Belgique et les Pays-Bas, identifiés comme principaux pays producteurs.
L’ampleur des saisies est spectaculaire. En 2024, les saisies des drogues de synthèse ont doublé, passant à 22 millions de comprimés. En 2025, on atteint le chiffre record de près de 60 millions de pilules de psychotropes saisies.
Les sources d’approvisionnement sont multiples et géographiquement diversifiées. Des réseaux basés en Libye et ses zones limitrophes, à travers des laboratoires clandestins, ont augmenté leur activité et ciblent désormais directement l’Algérie à travers ses frontières terrestres, mais aussi par voie aérienne et maritime. En juin 2025, une saisie symptomatique a illustré la diversification des vecteurs : 400 000 comprimés d’ecstasy en provenance de Marseille ont été interceptés par les douanes au port d’Alger, révélant un flux direct depuis l’Europe.
La Prégabaline, médicament antiépileptique massivement détourné de son usage thérapeutique, a constitué pendant plusieurs années le psychotrope de référence du marché de rue algérien. Son accessibilité relative – elle peut être obtenue avec de fausses ordonnances médicales – et ses effets dissociatifs en ont fait la drogue des classes populaires urbaines et des jeunes désœuvrés. Sa montée en puissance dans la consommation algérienne illustre un phénomène global : la porosité croissante entre le marché légal des médicaments et le marché illicite des stupéfiants.
La cocaïne et l’Algérie comme hub de transit régional
C’est sans doute la dimension la plus stratégique et la moins médiatisée du phénomène : l’Algérie est devenue un acteur du transit de la cocaïne vers l’Europe et le Moyen-Orient. La côte entre Casablanca et Alger, qui passe par Oran, est désormais surnommée la nouvelle “côte de la cocaïne” d’Afrique du Nord, un “arc d’or” pour les trafiquants qui offre une ouverture sur trois continents tout en étant située à proximité des marchés européens.
Cette réalité s’est imposée de manière spectaculaire avec l’affaire de 2018 – dite “cocaïne gate” – mais les flux ne se sont pas arrêtés depuis. Les saisies de cocaïne ont enregistré une nette augmentation en 2024-2025, en lien direct avec la hausse de la production mondiale estimée à 3 708 tonnes en 2023, soit une progression de 34 % par rapport à 2022.
Comment fonctionne ce transit ? La cocaïne produite en Colombie ou au Pérou est d’abord acheminée vers les côtes ouest-africaines, puis redistribuée vers l’Afrique du Nord. Les routes sahélo-sahariennes constituent un corridor de transit pour la cocaïne en provenance d’Afrique de l’Ouest vers l’Europe. Des perturbations récentes liées aux coups d’État au Sahel ont entraîné une réorganisation des itinéraires, avec certains flux se déplaçant vers des axes terrestres passant par le sud de l’Algérie.
En aval, le colonel Luca Parrilli, officier de liaison de la Direction centrale des services antidrogue italienne, a déclaré : “L’Italie intercepte tout ce qui se dirige vers l’Afrique du Nord, la Turquie ou le Moyen-Orient.” En 2025, environ 31 tonnes de cocaïne ont été saisies dans les Caraïbes principalement à destination de la Méditerranée, grâce à un écosystème criminel complexe reliant les Amériques, l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
Avant la “cocaine gate” de 2018, l’Algérie n’était pas perçue comme un acteur stratégique du commerce africain de la cocaïne. Il semble peu probable que les quantités saisies aient été destinées à la consommation locale : la cocaïne est une drogue très coûteuse en Algérie, entre 20 000 et 40 000 DA le gramme. Il semble donc bien plus probable que ces flux soient en transit, destinés à être distribués en Europe et au Moyen-Orient.
Les routes sahariennes jouent un rôle croissant dans ce dispositif. La route qui relie l’Afrique du Nord à l’Europe passe par le nord du Maroc vers la Mauritanie, traverse le Mali et le Niger, puis bifurque vers la Libye et les Balkans pour l’Europe, ou continue vers la mer Rouge et le marché du Golfe.
L’affaire des 701 kilos et ses suites : quand le pouvoir est ébranlé
La crise la plus documentée des liens entre narcotrafic et sphères du pouvoir algérien reste l’affaire des 701 kilogrammes de cocaïne saisie en mai 2018 dans le port d’Oran. Elle mérite d’être retracée précisément, sur la base des sources judiciaires et journalistiques établies.
En mai 2018, une quantité de 701 kilogrammes de cocaïne pure a été interceptée par les gardes-côtes algériens au port d’Oran. La drogue était trouvée à bord du porte-conteneurs Vega Mercury, dissimulée dans des conteneurs de viande congelée importée du Brésil avec une escale à Valence en Espagne. Les sociétés importatrices appartenaient à Kamel Chikhi, un promoteur immobilier algérien surnommé “Kamel El Bouchi”.
Cette saisie déclenche une cascade de conséquences politiques qui révèlent les intrications entre le monde des affaires, les services de sécurité et le trafic. Dans la foulée de l’enquête, cinq généraux-majors ont été inculpés pour corruption : Saïd Bley, Lahbib Chentouf, Abderrazak Chérif, Menad Nouba et Boudjema Boudouar, soupçonnés d’avoir bénéficié d’avantages de Kamel Chikhi.
Le chef de la police nationale, le général Abdelghani Hamel, est lui aussi entraîné dans la tourmente. Considéré un temps comme potentiel successeur du président Bouteflika, Abdelghani Hamel avait été limogé en juin 2018 sur fond de scandale de trafic de drogue. L’enquête révèle que son chauffeur personnel était en lien avec Kamel Chikhi. En 2020, l’ex-chef de la police a été condamné à 15 ans de prison, ses enfants ayant reçu des peines allant de sept à dix ans pour corruption et enrichissement illicite.
Ce que révèle l’affaire “cocaine gate” n’est pas seulement le fait que des hauts fonctionnaires auraient accepté des avantages d’un narcotrafiquant. C’est la profondeur de l’interpénétration entre les sphères légales du pouvoir économique, de l’administration et du crime organisé. L’affaire révèle la collusion de plus en plus flagrante de fonctionnaires véreux avec le milieu et l’aggravation du phénomène de la corruption atteignant des proportions véritablement alarmantes.
La procédure judiciaire principale – le procès de Kamel Chikhi lui-même – s’est enlisée dans des reports répétés. Après plusieurs reports, dont le dernier en juin 2025, le procès du principal inculpé, Kamel Chikhi, reste encore à venir. Cet enlisement alimente les interrogations sur la volonté réelle des autorités de clore publiquement une affaire dont les ramifications touchent des pans entiers de l’appareil d’État.
La connexion présidentielle : l’affaire Tebboune fils
Dans la même affaire, la figure du fils du président actuel est apparue de manière documentée. Khaled Tebboune, fils d’Abdelmadjid Tebboune alors ministre du Logement, a été incarcéré en 2018 dans le cadre de l’affaire Chikhi. Il lui était reproché d’avoir reçu des avantages de Kamel Chikhi en échange d’exemptions pour ses promotions immobilières, accordées par le ministère dirigé par son père. Après l’entrée de Tebboune père à la présidence, Khaled Tebboune a été remis en liberté puis acquitté, le tribunal estimant que le paquet remis en main propre et filmé comme preuve relevait du “doute”.
Cette issue judiciaire, relevée par plusieurs médias et analystes, illustre une constante du système algérien : la justice comme instrument plutôt que comme contre-pouvoir. L’inculpation initiale a eu lieu ; l’acquittement final – dans une affaire où une scène filmée constituait l’élément à charge – a soulevé des interrogations légitimes sur l’indépendance des tribunaux face au pouvoir exécutif.
Le voisinage et les routes : Maroc, Libye, Sahel
La compréhension du phénomène drogue en Algérie est indissociable de son environnement géographique immédiat – trois espaces qui fonctionnent comme autant de sources d’approvisionnement ou de corridors de transit.
Le Maroc demeure la source principale du cannabis. La relation est structurelle et ancienne : les zones de production du Rif alimentent depuis les années 1970 un réseau de distribution paneuropéen qui transite en partie par l’Algérie. La dimension politique est réelle mais ne doit pas occulter l’économie de marché qui sous-tend ce trafic : le cannabis marocain répond à une demande algérienne croissante, et des opérateurs algériens participent activement à sa distribution.
La Libye est devenue depuis 2011 et l’effondrement de l’État central la principale source des drogues de synthèse. Des laboratoires clandestins basés en Libye et dans ses zones limitrophes fabriquent des psychotropes et les envoient vers l’Algérie, dont les réseaux criminels utilisent les frontières terrestres est du pays comme vecteur d’introduction. La déliquescence de l’État libyen, la multiplication des acteurs armés et les flux financiers issus des trafics multiples (armes, migrants, drogues) font de ce pays un incubateur du crime organisé à l’échelle saharo-méditerranéenne.
Le Sahel constitue le corridor terrestre de la cocaïne sud-américaine. Les routes de la cocaïne ont connu des perturbations depuis les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger en 2023, certains flux se réorganisant vers le sud de l’Algérie comme axe de contournement. Les liens documentés entre groupes armés actifs dans la zone et réseaux de trafic restent une préoccupation majeure pour la sécurité nationale algérienne. Les trafiquants de drogues utilisent dans certains cas des armes lourdes, en coordination avec des groupes actifs dans la région du Sahel et en Libye.
La réponse institutionnelle : saisies massives, prévention insuffisante
Face à cette montée en puissance, les autorités algériennes ont renforcé considérablement leurs dispositifs répressifs. L’arsenal institutionnel mobilisé est vaste : l’Armée nationale populaire surveille les frontières sahariennes, la Gendarmerie nationale assure les routes intérieures, la Sûreté nationale gère la lutte en milieu urbain, et les Douanes contrôlent les points d’entrée maritimes et aériens.
Le bilan de la Direction générale de la Sûreté nationale pour les années 2022 à 2025 fait ressortir une augmentation continue du nombre de cas traités, une évolution attribuée à la dynamique de l’offre et à la diversification des modes de consommation.
Sur le plan législatif, la loi 04-18 de 2004 sur la lutte contre la drogue constitue le cadre de référence. Elle distingue le consommateur – théoriquement traité comme un malade – du trafiquant. Dans la pratique, cette distinction reste peu appliquée. La directrice de prévention à l’ONLCDT préconise une approche thérapeutique pour sensibiliser les consommateurs, relevant que “la loi de 2004 évoque bien que le toxicomane est un malade qui peut bien être traité plutôt que poursuivi en justice, ce qui n’a pas été appliqué de manière pratique”.
En janvier 2026, une journée parlementaire consacrée à la prévention et à la prise en charge des addictions a dressé un tableau d’ensemble alarmant, les intervenants plaidant pour une approche globale alliant prévention, répression, traitement et réinsertion, et soulignant les limites des capacités thérapeutiques actuelles.
Analyse prospective : entre guerre aux drogues et transformations structurelles
Ce que révèlent les données accumulées depuis 2018, c’est avant tout un phénomène de “normalisation du risque” dans la société algérienne. Le trafic de stupéfiants n’est plus une activité marginale d’acteurs extérieurs au corps social : il a pénétré les cités urbaines, les réseaux de jeunesse, les circuits économiques informels et, comme l’affaire “cocaïne gate” l’a illustré, certains segments de l’appareil d’État lui-même.
Trois dimensions structurelles expliquent la persistance et l’aggravation du phénomène. La première est économique : une jeunesse largement au chômage, dont une fraction significative perçoit environ 75 euros par mois de sa famille selon des enquêtes de terrain, constitue un réservoir de consommateurs et de petits revendeurs pour des réseaux qui offrent des revenus rapides. La deuxième est géographique : l’Algérie, carrefour entre trois continents, ne peut s’abstraire des flux commerciaux illicites qui traversent ses 6 000 kilomètres de frontières terrestres et maritimes. La troisième est institutionnelle : tant que des portions de l’appareil d’État – documentées par des procédures judiciaires – peuvent être infiltrées par les logiques du trafic, la répression reste nécessairement partielle.
Le défi pour l’Algérie des années à venir est de passer d’une politique essentiellement répressive et quantitative – centrée sur le volume des saisies et le nombre d’arrestations – à une approche intégrée qui combine prévention, traitement des addictions, renforcement de l’intégrité institutionnelle et coopération régionale effective. Cette transition suppose une reconnaissance publique de l’ampleur du problème que les discours officiels, encore marqués par la rhétorique de la “guerre contre l’ennemi extérieur”, peinent à formuler pleinement.
FAQ – Questions fréquemment posées
Quelle est la drogue la plus consommée en Algérie ?
Le cannabis (kif traité) reste la substance la plus répandue, comme dans la quasi-totalité des pays du monde. Mais les tendances récentes montrent une montée rapide des psychotropes – notamment la Prégabaline et l’ecstasy – et une progression de la cocaïne dans les couches urbaines aisées.
D’où viennent les drogues qui entrent en Algérie ?
Le cannabis provient principalement du Maroc via la frontière terrestre Ouest. Les psychotropes arrivent depuis la Libye par les frontières Est et Sud, depuis l’Europe via les ports maritimes (Alger, Oran), et en partie depuis l’Afrique subsaharienne. La cocaïne suit les routes sahariennes depuis l’Afrique de l’Ouest ou arrive directement par voie maritime depuis le Brésil.
L’Algérie est-elle un pays de transit pour la cocaïne ?
Oui, selon plusieurs sources analytiques indépendantes dont l’ENACT Africa et le GI-TOC. La position géographique algérienne – entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, avec des côtes méditerranéennes – en fait un corridor naturel. Les saisies de cocaïne en Algérie (665 kg en 2025) ne représentent qu’une fraction des flux réels en transit.
Quels dignitaires algériens ont été mis en cause dans des affaires de trafic ?
L’affaire la plus documentée est celle des 701 kg de cocaïne saisis à Oran en 2018. Cinq généraux-majors ont été inculpés pour corruption en lien avec cette affaire (Saïd Bley, Lahbib Chentouf, Abderrazak Chérif, Menad Nouba, Boudjema Boudouar). Le général Abdelghani Hamel, ex-chef de la police, a été condamné à 15 ans de prison en 2020, son chauffeur ayant été en contact direct avec le principal narcotrafiquant. Khaled Tebboune, fils du président actuel, a été mis en cause puis acquitté dans la même affaire.
Quelles sont les mesures prises par l’État algérien contre le trafic ?
Le dispositif répressif mobilise l’ANP, la Gendarmerie, la Sûreté nationale et les Douanes. En 2026, le cadre législatif (loi 04-18) est en cours de révision pour intégrer une dimension thérapeutique plus affirmée. Une journée parlementaire dédiée s’est tenue en janvier 2026. Les saisies augmentent chaque année, mais l’absence d’une politique de prévention robuste et les limites des capacités de traitement des addictions demeurent des lacunes structurelles reconnues.
Pour aller plus loin sur ALG247.COM
- La jeunesse algérienne face au défi de l’emploi et de l’avenir
- Géopolitique du Maghreb : Algérie, Maroc, Tunisie face aux mutations régionales
- L’Algérie contemporaine : politique, économie, société et enjeux
- Algérie et BRICS : ce que révèle l’échec d’adhésion sur la diplomatie d’Alger
- Histoire de l’Algérie : des royaumes berbères à la République
Sources
- El Watan – L’addiction et le trafic de drogue en Algérie examinés par le Parlement (janvier 2026)
https://elwatan.dz/laddiction-et-le-trafic-de-drogue-en-algerie-examines-par-le-parlement-un-etat-des-lieux-alarmant/ — consulté le 24 juin 2026 - La Nouvelle République Algérie – Plus de 150 000 personnes impliquées dans la drogue en 2024 (mars 2025)
https://www.lnr-dz.com/2025/03/25/plus-de-150-000-personnes-impliquees-dans-la-drogue-en-2024/ — consulté le 24 juin 2026 - La Nouvelle République Algérie – Près de 60 millions de pilules de drogue de synthèse saisis en 2025 (décembre 2025)
https://www.lnr-dz.com/2025/12/31/pres-de-60-millions-de-pilules-de-drogue-de-synthese-saisis-en-une-annee/ — consulté le 24 juin 2026 - ENACT Africa – La saisie algérienne de cocaïne révèle des tendances alarmantes
https://enactafrica.org/enact-observer/la-saisie-algerienne-de-cocaine-revele-des-tendances-alarmantes — consulté le 24 juin 2026 - Wikipedia – Affaire des 701 kilos de cocaïne saisis en 2018 à Oran
https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_701_kilos_de_coca%C3%AFne_saisis_en_2018_%C3%A0_Oran — consulté le 24 juin 2026 - Jeune Afrique – Algérie : les cinq généraux inculpés pour corruption remis en liberté (novembre 2018)
https://www.jeuneafrique.com/658561/politique/algerie-les-cinq-generaux-inculpes-pour-corruption-remis-en-liberte/ — consulté le 24 juin 2026 - TSA Algérie – Armes, cocaïne, violence : la dangereuse mutation du trafic de drogue en Algérie (mai 2025)
https://www.tsa-algerie.com/trafic-de-drogue-en-algerie-armes-violence-une-mutation-inquietante/ — consulté le 24 juin 2026 - GI-TOC / Risk Bulletin – Conflits, coups d’État et conteneurs : pourquoi les itinéraires de la cocaïne au Sahel ont été perturbés (mai 2025)
https://riskbulletins.globalinitiative.net/wea-obs-012/fr/01-conflict-coups-containers-why-sahel-cocaine-routes-disrupted.html — consulté le 24 juin 2026 - Maghreb Émergent – Frontières, trafics et nouvelles alliances criminelles en Méditerranée (mars 2026)
https://maghrebemergent.news/fr/frontieres-trafics-et-nouvelles-alliances-criminelles-en-mediterranee/ — consulté le 24 juin 2026 - Sénat français – Rapport Sahel : les routes du narcotrafic en Afrique de l’Ouest et au Sahel
https://www.senat.fr/rap/r12-720/r12-72020.html — consulté le 24 juin 2026
Dernière mise à jour : juin 2026. Ce dossier sera régulièrement actualisé à mesure que les procédures judiciaires en cours et les données statistiques évolueront.
Karim Haddad
