Législatives algériennes : douze sièges, un Parlement sans pouvoir

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Karim Haddad
Karim Haddadhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

Le 2 juillet, 264 000 Algériens inscrits à l’étranger seront appelés à choisir douze députés pour siéger à l’Assemblée populaire nationale — dont six pour la seule France. Le décret du 3 mai a entériné ce découpage, présenté par Alger comme une avancée démocratique majeure. Mais derrière l’arithmétique des circonscriptions se pose une question que les opposants formulent désormais à voix haute : à quoi sert-il de voter pour une assemblée que les observateurs algériens eux-mêmes qualifient de chambre d’enregistrement ?

C’est par décret exécutif n°26-165, publié au Journal officiel n°32 du 4 mai 2026, que l’Autorité nationale indépendante des élections a officialisé la cartographie électorale de la diaspora. Huit zones géographiques, douze sièges à pourvoir à la dixième législature de l’Assemblée populaire nationale, contre huit lors du précédent scrutin. La France, qui concentre la moitié de la diaspora algérienne mondiale, décroche logiquement la moitié des mandats : deux sièges pour la zone Paris — couvrant la capitale, Nanterre, Bobigny, Créteil et Pontoise — deux pour la zone Nord-Est, regroupant Lille, Strasbourg, Metz, Nantes, Besançon et Grenoble, et deux pour la zone Sud, de Lyon à Bordeaux en passant par Marseille, Nice, Montpellier et Toulouse. Les six sièges restants se répartissent entre les Amériques avec deux mandats, et une unité chacune pour le Maghreb-Afrique, l’Europe du Nord, l’Europe du Sud et la zone Moyen-Orient-Asie-Océanie.

Un registre électoral qui illustre l’étendue du défi

La hausse de huit à douze sièges est présentée par les médias officiels comme « une avancée d’une portée considérable ». Les chiffres racontent pourtant une autre réalité. Selon l’ANIE, seuls 264 000 membres de la diaspora figurent sur les listes électorales — à mettre en regard d’une présence algérienne estimée à plusieurs millions de personnes en France et dans le reste du monde selon les données démographiques disponibles. L’écart entre le poids réel de la diaspora et son poids électoral officiel est structurel : la grande majorité des binationaux de deuxième et troisième génération n’est pas inscrite sur les listes algériennes. Concrètement, douze élus seront choisis par une fraction marginale d’une communauté bien plus vaste — et sans mandat représentatif de facto vis-à-vis de ceux qui ne votent pas.

Un calendrier pensé pour écourter la compétition

La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 18 mai à minuit — soit moins de quinze jours après la publication du décret fixant les zones et les sièges. Au 7 mai, l’ANIE signalait seulement onze dossiers déposés sur vingt-deux retirés dans les circonscriptions à l’étranger : neuf sous parrainage de quatre partis, deux listes indépendantes. Le parti Jil Jadid a dénoncé, dans un communiqué du 5 mai, la «publication tardive» du découpage électoral, estimant que ce calendrier place les candidats dans «une situation défavorable». Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie a, de son côté, qualifié l’ensemble du processus de «verrouillage», pointant des obstacles administratifs à la validation des parrainages particulièrement marqués à Alger.

À cela s’ajoute l’exclusion, annoncée en avril, de quatorze partis politiques du processus électoral pour non-respect des délais de renouvellement de leurs instances. Le président par intérim de l’ANIE, Karim Khelfane, a refusé de rendre publique la liste des formations visées. Celle-ci ne sera dévoilée que le 18 mai — le jour même de la clôture des dépôts, sans possibilité de recours préalable. Cette exclusion procède de la nouvelle loi sur les partis adoptée le 9 mars 2026, qui réduit de quatre à deux le nombre d’abstentions consécutives avant dissolution d’un parti, et limite à deux mandats la durée de direction d’une formation politique, créant mécaniquement une vague de non-conformités dans les rangs des formations les plus fragiles.

L’assemblée que les observateurs algériens décrivent comme une chambre d’enregistrement

La question de la représentation de la diaspora ne peut être séparée de la question plus fondamentale de ce que fait concrètement le Parlement algérien. Selon Wikipédia, s’appuyant sur plusieurs analyses politiques, «la chambre basse du Parlement sortante est jugée entièrement inféodée au pouvoir exécutif en place», et «les nouvelles élections ne devraient pas changer cette subordination». Pour le politologue Hasni Abidi, les partis politiques algériens sont «incapables de produire de nouvelles élites». L’IRIS, dans une analyse du scrutin présidentiel de septembre 2024, relevait que «la résignation à l’immobilisme semble avoir gagné les électeurs», dans un contexte où le taux de participation réel à la présidentielle était estimé entre 20 et 25 %, loin des 48 % annoncés officiellement.

L’Assemblée populaire nationale ne dispose pas, dans les faits, d’une réelle capacité à légiférer contre la volonté de l’exécutif. Toutes les lois structurantes des dernières années — réforme électorale, nouvelles wilayas, loi sur les partis — ont été adoptées par l’APN dans des délais très courts, sans débat public documenté ni amendements substantiels. La révision constitutionnelle du 25 mars 2026, qui a retiré à l’ANIE ses prérogatives logistiques pour les reconfier aux administrations du ministère de l’Intérieur, a elle-même été adoptée par cette même assemblée — effaçant en quelques semaines la principale réforme institutionnelle née du Hirak de 2019.

La mobilisation de la diaspora : enjeu de légitimité davantage que de représentation

C’est dans ce contexte que les déplacements de candidats algériens en France prennent leur sens réel. Le 25 avril, le député sortant Tawfiq Khedim se rendait à Châtellerault pour rencontrer la communauté algérienne locale. En mars, le même élu appelait la diaspora à peser dans les élections municipales françaises. L’initiative gouvernementale Haya Chabab, relancée dans sa troisième édition en avril, cible explicitement les jeunes des villes française pour les inciter à s’inscrire et à voter. Ce déploiement n’est pas sans logique : dans un pays qui a vu le taux de participation chuter de 43 % en 2012 à 23 % en 2021, chaque bulletin diaspora est un argument de légitimité pour un pouvoir dont la base électorale domestique se réduit jusqu’à la quasi disparition. La participation ne sert plus seulement à désigner des représentants — elle sert à donner aux scrutins une apparence de vitalité démocratique, qui n’en est pas une en réalité.

Le 18 mai à minuit, la liste des candidats retenus sera arrêtée et les quatorze partis exclus seront enfin nommés. Pour la diaspora algérienne en France, le compte à rebours est ouvert — et la question de savoir si ses douze représentants futurs pourront peser quelque chose à Alger mérite d’être posée avant que l’encre ne sèche sur les bulletins.

Karim Haddad

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