Le pôle pénal spécialisé de Sidi M’hamed a condamné Fouad Bachir Ould Abbes, fils de l’ancien secrétaire général du FLN Djamel Ould Abbes, à dix ans de prison ferme pour blanchiment d’argent, avec confiscation totale de ses biens. Cette nouvelle affaire, distincte des dossiers déjà jugés depuis 2020, confirme la poursuite d’une offensive judiciaire engagée en Algérie contre les réseaux financiers liés à l’ancien pouvoir.
Le verdict est tombé cette semaine à Alger. Le pôle pénal spécialisé dans les affaires de corruption financière et économique du tribunal de Sidi M’hamed a reconnu Fouad Bachir Ould Abbes coupable de blanchiment d’argent, selon les informations rapportées par Algerie360. Le tribunal lui a infligé une peine de dix ans de prison ferme, assortie d’une amende de 8 millions de dinars algériens. Les juges ont par ailleurs ordonné la confiscation intégrale de ses biens immobiliers et mobiliers, ainsi que la confirmation du mandat d’arrêt international déjà émis à son encontre.
Un verdict qui frappe aussi le Trésor public
Au-delà du volet pénal, le tribunal a tranché sur le plan civil. Fouad Bachir Ould Abbes devra verser 50 millions de dinars de dommages et intérêts au Trésor public, en réparation des pertes financières que ses agissements lui ont causées, précise Algerie360. Cette somme, nettement supérieure à l’amende pénale elle-même, illustre l’ampleur du préjudice retenu par les juges. Ce n’est pas tant le montant qui frappe, que la logique qui le sous-tend : la justice algérienne cherche désormais à faire payer financièrement les condamnés, au-delà de la seule peine de prison.
Une affaire distincte des dossiers jugés depuis 2020
Le nom de Fouad Bachir Ould Abbes, plus connu sous l’identité d’El Wafi Ould Abbes dans les premières procédures, n’est pas nouveau dans les chroniques judiciaires algériennes. En septembre 2020, le même tribunal l’avait déjà condamné par contumace à dix ans de prison ferme pour blanchiment d’argent, dans une affaire liée au détournement de fonds du ministère de la Solidarité nationale, selon TSA Algérie. Il avait alors quitté le territoire avant l’ouverture des poursuites. Arrêté le 9 juin 2021 à l’aéroport international Simon Bolivar de Caracas par les services d’Interpol, il avait ensuite été rejugé, écopant en août 2022 d’une peine complémentaire de trois ans de prison pour dilapidation de deniers publics.
Le dossier tranché cette semaine porte sur des faits distincts, exclusivement centrés sur des opérations de blanchiment de capitaux, précise Algerie360. Cette distinction juridique explique la sévérité de la peine : les juges n’ont pas eu à tenir compte d’une éventuelle confusion avec les condamnations antérieures, chaque affaire étant traitée sur son propre fondement.
Le père, ex-ministre et ex-patron du FLN, déjà condamné à plusieurs reprises
Djamel Ould Abbes est l’une des figures les plus emblématiques des procès pour corruption ouverts en Algérie depuis la chute d’Abdelaziz Bouteflika en 2019. Ancien ministre de la Solidarité nationale à plusieurs reprises entre 2003 et 2010, puis secrétaire général du FLN de 2016 à 2018, il a été condamné à huit ans de prison ferme en septembre 2020 pour détournement et dilapidation de deniers publics, selon El Moudjahid. Une seconde procédure, portant sur l’utilisation d’un don koweïtien de 5 millions de dollars destiné aux familles de victimes du terrorisme, lui a valu une peine supplémentaire de trois ans de prison en août 2022, confirmée définitivement en appel en 2023, rappelle El Watan.
Un autre de ses fils, Skender Ould Abbes, avait également écopé de huit ans de prison ferme lors du procès de septembre 2020, pour des faits similaires. La famille Ould Abbes illustre ainsi, à elle seule, l’ampleur du réseau que la justice algérienne a cherché à démanteler depuis 2019.
Une offensive judiciaire qui déborde désormais le seul cercle politique
Le verdict visant Fouad Bachir Ould Abbes s’inscrit dans un calendrier judiciaire particulièrement chargé. Le même pôle pénal de Sidi M’hamed traite en parallèle le dossier du groupe public Imetal, spécialisé dans la métallurgie et la sidérurgie, dont le procès s’est ouvert le 6 avril dernier, rapporte Algerie360. Le parquet y a requis douze ans de prison ferme contre l’ancien ministre de l’Industrie Ali Aoun, ainsi que contre un homme d’affaires oranais connu sous le surnom de « Nounou Manita ». L’ancien président de la Fédération algérienne de football, Charaf-Eddine Amara, encourt pour sa part six ans de réclusion, après avoir été acquitté dans un premier volet de la même affaire.
Ce qui frappe dans cette séquence judiciaire, ce n’est pas seulement le nombre de dossiers traités, mais leur diversité : responsables politiques, cadres du sport et dirigeants d’entreprises publiques comparaissent désormais devant les mêmes juges, pour des chefs d’accusation similaires, dilapidation de deniers publics, abus de fonction, trafic d’influence et blanchiment d’argent. Le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed est ainsi devenu, depuis 2019, l’un des principaux points de passage de la reddition de comptes judiciaire en Algérie.
Un mandat d’arrêt qui reste la seule prise sur le condamné
La confirmation du mandat d’arrêt international contre Fouad Bachir Ould Abbes n’est pas un détail de procédure. Le précédent de son arrestation au Venezuela, en 2021, avait démontré la capacité de la justice algérienne à faire aboutir ce type de mesure, même après plusieurs années de cavale. Ni sa présence à l’audience ni son lieu de résidence actuel n’ont été précisés par les sources disponibles à ce stade.
Le dossier Imetal, lui, devrait connaître son épilogue dans les prochaines semaines, une fois les plaidoiries de la défense entendues devant la Cour d’Alger. Les deux affaires, bien que juridiquement distinctes, dessinent la même ligne : celle d’une justice qui continue, sept ans après les premières arrestations de 2019, à instruire de nouveaux volets contre les réseaux financiers de l’ancien système.
Sources
- Algerie360 – « Fils de Ould Abbas : 10 ans de prison et saisie totale de ses biens »
https://www.algerie360.com/fils-de-ould-abbas-10-ans-de-prison-et-saisie-totale-de-ses-biens/ – consulté le 8 juillet 2026 - TSA Algérie – « Un des fils de Djamel Ould Abbes arrêté au Venezuela »
https://www.tsa-algerie.com/un-des-fils-de-djamel-ould-abbes-arrete-au-venezuela/ – consulté le 8 juillet 2026 - El Watan – « Traitement des grandes affaires de corruption : dernière ligne droite pour la justice »
https://elwatan.dz/traitement-des-grandes-affaires-de-corruption-derniere-ligne-droite-pour-la-justice/ – consulté le 8 juillet 2026 - El Moudjahid – « Tribunal de Sidi M’hamed : Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat condamnés respectivement à 8 ans et 4 ans de prison ferme »
https://www.elmoudjahid.dz/fr/actualite/tribunal-de-sidi-m-hamed-djamel-ould-abbes-et-said-barkat-condamnes-respectivement-a-8-ans-et-4-ans-de-prison-ferme-410 – consulté le 8 juillet 2026
Karim Haddad
