Le général Abdelkader Aït Ouarabi, dit “général Hassan”, a été écarté le 18 mai 2026 de la Direction générale de la sécurité intérieure, après seulement 342 jours à sa tête. Son remplacement par le général-major Mounir Zahi porte à six le nombre de dirigeants de la DGSI depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir – et deux de ses prédécesseurs croupissent aujourd’hui en prison militaire.
Le décret présidentiel du 18 mai 2026 est sobre, comme il est d’usage dans les communiqués du ministère algérien de la Défense nationale. Il ne dit rien des circonstances, rien des motifs, rien des tensions qui l’ont précédé. Le général-major Zahi Mounir a été officiellement installé le 21 mai 2026 à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure, en remplacement du général-major Abdelkader Aït Ouarabi, lors d’une cérémonie présidée par le général d’armée Saïd Chanegriha.
Ce qui ne figure pas dans le communiqué officiel, en revanche, c’est que ce changement s’inscrit dans une série d’évictions, de condamnations et d’incarcérations qui n’a pas d’équivalent dans aucune autre démocratie ni aucun autre régime autoritaire de la région.
Un service dirigé en moyenne moins d’un an et demi par chaque patron
En un peu plus de sept années, six responsables différents auront dirigé la DGSI depuis la restructuration des services intervenue dans le sillage du Hirak, soit un directeur par an et un mois en moyenne.
Le général Hassan, Ait Ouarabi lui-même n’aura tenu que 342 jours, faisant tout de même mieux que son prédécesseur, le général Nacer dit El Djinn, qui n’était resté en poste que dix mois, entre juillet 2024 et mai 2025. Avant eux, Wassini Bouazza, Abdelghani Rachedi et Djamel Kahel Medjdoub se sont succédé à ce poste stratégique, chargé du contre-espionnage et de la surveillance intérieure du pays.
Ce que révèle cette rotation accélérée, c’est moins une modernisation des services qu’une incapacité structurelle à stabiliser les institutions sécuritaires autour d’une ligne de commandement cohérente. En plus des règlements de comptes interminables entre généraux, la cause de cette instabilité est à rechercher dans la lutte des clans au sommet du pouvoir politico-militaire algérien.
Or, dans un pays dont la sécurité de l’État repose, depuis l’indépendance, sur la solidité de ses services de renseignement, cette instabilité n’est pas anecdotique – elle touche au coeur même du dispositif de pouvoir en Algérie.
Des prédécesseurs menotés et conduits à la prison militaire de Blida
La particularité algérienne ne réside pas seulement dans la fréquence des changements à la tête de la DGSI. Elle réside dans ce qui arrive aux généraux limogés. L’Algérie est le seul pays au monde où cinq anciens patrons des renseignements – extérieurs, intérieurs et de la sécurité de l’armée – croupissent actuellement en prison, dont certains avec de lourdes peines. Parmi eux figurent deux anciens directeurs de la DGSI.
Le général Wassini Bouazza a été démis de ses fonctions en avril 2020 et immédiatement incarcéré à la prison militaire de Blida. Condamné une première fois en juin par le tribunal militaire, il a finalement écopé de seize ans de prison ferme pour trafic d’influence, enrichissement illicite, entrave à la justice et infraction aux consignes de l’armée.
Son successeur, le général Nacer El Djinn, n’a guère mieux fini : après avoir tenté de fuir clandestinement à l’étranger, il a été activement recherché avant d’être arrêté à Alger et placé en détention provisoire à la prison militaire de Blida.
Ce palmarès carcéral illustre une dynamique que les observateurs de la vie politique algérienne désignent de plus en plus explicitement comme des purges internes. La chute violente du général Wassini Bouazza a marqué le début d’une interminable purge qui a vu des dizaines de généraux, dont plusieurs chefs du renseignement, limogés puis emprisonnés.
Abdelmadjid Tebboune a, selon plusieurs sources concordantes citées par les medias, écarté au total une quinzaine de chefs des trois principaux services de renseignement du pays depuis son accession à la présidence.
Le général Hassan, un “revenant” rattrapé par les mêmes logiques
L’histoire personnelle du général Hassan rendait son éviction encore plus symbolique. Abdelkader Aït Ouarabi est un vrai revenant : à 73 ans, cet ancien officier du renseignement militaire, figure emblématique de la lutte antiterroriste, avait été nommé à la tête de la DGSI en mai 2025. Sa résurrection en haut lieu illustre la persistance des vieux réseaux et des dynamiques de retour au sein de l’appareil sécuritaire algérien.
Car le général Hassan avait lui-même connu la disgrâce : arrêté en août 2015 et condamné à cinq ans de prison, il n’avait été libéré qu’en 2020, puis réhabilité en 2021. Sa nomination à la tête du contre-espionnage, quatre ans seulement après sa réhabilitation, avait stupéfié les milieux observant l’évolution du régime.
Cette trajectoire – emprisonnement, réhabilitation, promotion, limogeage – concentre en une seule biographie les contradictions du système algérien, où la chute n’est jamais définitive, mais où la stabilité ne l’est pas davantage.
Chengriha a utilisé contre le général Hassan une tactique qui prouve le manque de confiance entre les deux hommes : en décembre 2025, il l’a flanqué d’un numéro deux aux pouvoirs étendus, en la personne du général-major Mounir Zahi, avant que ce dernier ne prenne sa place. Cette manoeuvre rappelle celle employée, selon les mêmes sources, contre Wassini Bouazza, encadré puis évincé selon un schéma identique.
Le profil du successeur, indice d’un repositionnement géopolitique
L’identité du remplaçant retient l’attention autant que le limogeage lui-même. Le général Zahi Mounir, issu du corps de l’aviation militaire, est présenté par des sources concordantes comme un profil tourné vers Washington. Le général Hassan passait pour un interlocuteur privilégié de Paris depuis les années noires de 1992 à 1998, tandis que son remplacement par un gradé très proche des Américains témoigne de la vitalité des relations entre l’Algérie et les États-Unis, souvent sous-évaluées par les observateurs alors que les deux pays coopèrent étroitement au Sahel.
Ce changement intervient dans un contexte international particulièrement chargé. La France vient de voir ses forces chassées du Sahel, ses relations avec Alger demeurent fragilisées après des années de crispations diplomatiques, et Washington multiplie les signaux de réengagement sur le continent africain sous la présidence Trump. Le choix d’un profil moins historiquement lié aux réseaux franco-algériens nés de la guerre contre le terrorisme des années 1990 pourrait ainsi indiquer une inflexion, même prudente, dans le positionnement du renseignement algérien à l’échelle régionale.
La tâche qui attend le nouveau patron de la DGSI reste immense : dans un contexte géopolitique régional particulièrement mouvant aux frontières sahariennes et face à des enjeux de sécurité intérieure interconnectés, le général Mounir Zahi devra non seulement asseoir son autorité, mais surtout inscrire l’action de son institution dans la durée, loin des soubresauts qui ont marqué la gestion du “service” ces dernières années.
Ce qui suppose, au minimum, de ne pas rejoindre la liste déjà longue de ses prédécesseurs dont certains ont troqué leur uniforme contre une cellule à Blida.
Sources
– Maghreb Émergent – “Six directeurs de la DGSI en sept ans : une rotation accélérée à la tête du service de renseignement le plus sensible d’Algérie”
https://maghrebemergent.news/fr/six-directeurs-de-la-dgsi-en-sept-ans-une-rotation-acceleree-a-la-tete-du-service-de-renseignement-le-plus-sensible-dalgerie/ – consulté le 23 mai 2026
– TSA Algérie – “Le général-major Mounir Zahi installé à la tête de la DGSI” (communiqué MDN)
https://www.tsa-algerie.com/le-general-major-mounir-zahi-installe-a-la-tete-de-la-dgsi/ – consulté le 23 mai 2026
– Jeune Afrique – “Ce que l’on sait des conditions du limogeage du général Hassan”
https://www.jeuneafrique.com/1797256/politique/ce-que-lon-sait-des-conditions-du-limogeage-du-general-hassan-patron-de-la-securite-interieure-algerienne/ – consulté le 23 mai 2026
– Mondafrique – “L’éviction spectaculaire du chef du contre-espionnage algérien, le général Hassan”
https://mondafrique.com/a-la-une/leviction-spectaculaire-du-chef-du-contre-espionnage-algerien-le-general-hassan/ – consulté le 23 mai 2026
– Wikipedia (fr) – “Général Hassan” / “Wassini Bouazza” – notices biographiques
https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ral_Hassan – consulté le 23 mai 2026
Yacine Messaoud