Pourquoi Israël continue d’arrêter les médecins palestiniens de Cisjordanie

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Julien Moreau
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Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

Le Dr Mazen Al-Rantissi, généraliste palestinien connu à travers toute la Cisjordanie pour soigner les patients démunis sans égard à leurs moyens, a été interpellé à l’aube du dimanche 22 juin 2026 lors d’une opération des forces israéliennes dans le quartier d’Al-Tireh, à Ramallah. Son arrestation, survenue sans qu’aucune charge n’ait été communiquée, a déclenché une vague de condamnations dans les territoires occupés et mis une nouvelle fois en lumière la pratique systématique de détention de personnels civils et médicaux en Cisjordanie par les autorités israéliennes.

L’opération a eu lieu dans la nuit, selon l’agence de presse palestinienne Wafa qui a confirmé le 22 juin que sept Palestiniens avaient été interpellés lors de raids dans plusieurs localités du gouvernorat de Ramallah. Parmi eux figuraient Mazen Al-Rantissi, arrêté à son domicile du quartier d’Al-Tireh, ainsi que six autres hommes issus des villes de Dura Al-Qare’ et du camp de réfugiés d’Al-Amari à Al-Bireh. Les forces israéliennes ont perquisitionné les habitations avant de procéder aux interpellations, selon les mêmes sources. Les autorités israéliennes n’ont, pour l’heure, ni précisé les motifs de la détention du médecin ni indiqué le lieu où il est retenu.

Un praticien ancré dans le tissu social palestinien depuis des décennies

Le Dr Al-Rantissi jouit d’une réputation qui dépasse largement les frontières de Ramallah. Selon Arab News, qui a rendu compte de l’événement dès le 22 juin, le médecin est désigné depuis plusieurs décennies par ses patients sous les noms de “docteur des pauvres” et “docteur des nécessiteux”. Son cabinet était devenu, au fil des années, une destination pour des malades venus de l’ensemble des territoires occupés, soignés à tarif symbolique ou gratuitement selon leurs ressources. Cette pratique, documentée par plusieurs correspondants régionaux, constitue l’essentiel de ce qui est connu publiquement de son parcours professionnel.

Ce que révèle l’arrestation du Dr Al-Rantissi, c’est moins la singularité de son cas que la banalisation d’un mécanisme fondamentalement colonial: l’interpellation de civils palestiniens, dont des professionnels de santé, sans inculpation formelle ni accès immédiat à un conseil juridique, est devenue une composante documentée et récurrente de la politique sécuritaire israélienne en Cisjordanie depuis octobre 2023.

Une politique d’arrestations massives documentée par l’ONU et les ONG

Le contexte dans lequel s’inscrit cette interpellation est celui d’une escalade sans précédent des arrestations en Cisjordanie. Selon un rapport publié par les institutions palestiniennes des prisonniers en août 2025 et repris par l’agence Wafa, quelque 18 500 Palestiniens avaient déjà été arrêtés en Cisjordanie depuis le déclenchement de la guerre de Gaza en octobre 2023. Ce chiffre, qui n’inclut pas les arrestations opérées dans la bande de Gaza elle-même, avait encore progressé pour atteindre environ 23 000 détentions à la fin du mois de mai 2026, d’après le Club des prisonniers palestiniens.

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Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a, dans un rapport publié en 2024, formellement documenté la détention arbitraire et secrète de milliers de Palestiniens, dont du personnel médical, généralement sans notification des motifs d’arrestation ni accès à un avocat. Le rapport du HCDH relevait que parmi les personnes interpellées figuraient des médecins, des journalistes et des défenseurs des droits humains. Human Rights Watch, dans son rapport mondial 2026 publié en juin, a pour sa part confirmé que des milliers de Palestiniens demeuraient détenus sans inculpation ni procès, documentant également des décès en détention résultant de mauvais traitements.

Le précédent Hussam Abu Safiya, révélateur d’un schéma répété

L’arrestation du Dr Al-Rantissi intervient dans un contexte où la détention de médecins palestiniens est devenue un sujet de mobilisation internationale. Le cas le plus emblématique est celui du Dr Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan dans le nord de Gaza, arrêté en décembre 2024 lors d’un raid sur son établissement. Selon Front Line Defenders, organisation internationale de défense des droits humains, le tribunal de district de Beersheba a encore prolongé sa détention en avril 2026 en vertu de la loi israélienne sur les “combattants illégaux”, qui autorise une détention prolongée sans procès ni inculpation. Amnesty International a indiqué que le médecin aurait été torturé et privé de soins pendant sa détention, ce qu’Israël conteste.

Ce schéma – arrestation de personnels médicaux, absence de charges formelles, recours à des procédures d’exception – est précisément ce que dénoncent les organisations de défense des droits depuis plusieurs années. Médecins Sans Frontières, qui a introduit un recours devant la Cour suprême israélienne en mars 2026 contre l’expulsion de 37 organisations humanitaires des territoires palestiniens, a décrit la situation en Cisjordanie comme relevant d’une politique de déplacements forcés et de restriction des services essentiels.

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Des familles et collègues sans information sur le lieu de détention

Dans le cas du Dr Al-Rantissi, sa famille, ses confrères et ses patients se trouvaient dans l’attente de toute information sur son lieu de détention et son état de santé au moment de la rédaction de cet article. Cette situation est cohérente avec ce que le HCDH décrit comme une pratique de “détention au secret” : les proches ne sont pas informés du lieu d’incarcération et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’est vu refuser l’accès à plusieurs centres de détention gérés par l’armée israélienne, selon le même rapport onusien.

La prochaine étape dépendra de la procédure juridique engagée par les autorités israéliennes : soit l’inculpation formelle du médecin devant un tribunal militaire, soit le recours à la détention administrative, mesure permettant de maintenir une personne en détention sans procès pour des périodes renouvelables. C’est cette seconde voie qu’Israël a empruntée dans le cas du Dr Abu Safiya, et que le Centre palestinien pour la défense des prisonniers a qualifiée de contraire aux standards du droit international.


Sources

  1. WAFA (Agence de presse palestinienne officielle) – “Israeli occupation forces detain seven Palestinians in Ramallah”
    https://english.wafa.ps/Pages/Details/171868 – consulté le 22 juin 2026
  2. Arab News – “Israeli forces detain 7 Palestinians in Ramallah”
    https://www.arabnews.com/node/2648058/middle-east – consulté le 22 juin 2026
  3. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) – “Rapport sur la détention arbitraire, prolongée et au secret de Palestiniens par les autorités israéliennes”
    https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2024/07/un-report-palestinian-detainees-held-arbitrarily-and-secretly-subjected – consulté le 22 juin 2026
  4. Human Rights Watch – “Rapport mondial 2026 : Israël et Palestine”
    https://www.hrw.org/fr/world-report/2026/country-chapters/israel-and-palestine – consulté le 22 juin 2026
  5. Front Line Defenders – “Prolongation de la détention du Dr Hussam Abu Safiya”
    https://www.frontlinedefenders.org/fr/case/extension-detention-dr-hussam-abu-safiya – consulté le 22 juin 2026
  6. Amnesty International – “Rapport 2026 : Israël et Territoire palestinien occupé”
    https://www.amnesty.org/fr/location/middle-east-and-north-africa/middle-east/israel-and-the-occupied-palestinian-territory/ – consulté le 22 juin 2026

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