Le MV Barima a quitté le port de Georgetown vers 15h15 samedi après-midi, à destination de Port Kaituma, une localité de l’ouest du pays accessible uniquement par voie fluviale ou aérienne. Un appel de détresse a été reçu vers 23h01, selon les précisions apportées par le ministre des Travaux publics Juan Edghill dans une vidéo diffusée sur Facebook. Entre le départ et l’alerte, près de huit heures se sont écoulées sans qu’aucun signe de difficulté n’ait, semble-t-il, été signalé au préalable.
Selon Edghill, les opérations d’urgence ont été déclenchées en mobilisant des moyens publics et privés, une mobilisation que le ministre a qualifiée d’encore en cours dimanche. Le Premier ministre guyanien a précisé, de son côté, que 53 personnes avaient été secourues à l’heure de sa déclaration, un chiffre appelé à évoluer avec les recherches diurnes. Il fait jour désormais, a-t-il souligné, ce qui laisse attendre une progression du nombre de rescapés, sans qu’il ait détaillé l’état de santé des personnes retrouvées ni confirmé d’éventuelles victimes.
Un trajet fluvial et maritime vers l’une des régions les plus isolées du pays
Port Kaituma se situe à l’intérieur des terres, dans la région administrative de Barima-Waini, au cœur de l’Essequibo. Pour l’atteindre, le MV Barima emprunte d’abord la mer avant de remonter un cours d’eau, une configuration qui expose le navire à des conditions de navigation changeantes entre l’estuaire et l’intérieur fluvial. Le bateau dessert habituellement cette liaison à raison de deux rotations mensuelles environ, transportant passagers, fret et denrées vers une zone qui reste largement dépendante du transport fluvial faute de routes carrossables.
Le navire disposait de 250 gilets de sauvetage à son bord, a précisé le ministre Edghill, un équipement supérieur au nombre de personnes présentes. Une embarcation a par ailleurs été dépêchée sur zone pour prodiguer les premiers soins aux personnes secourues. Ce déploiement rapide illustre la capacité de réaction des services guyaniens sur une portion de côte pourtant peu peuplée et difficile d’accès.
Le MV Barima appartient à la flotte ancienne du Transport and Harbours Department, l’organisme public chargé des liaisons fluviales et maritimes guyaniennes. Le bâtiment avait déjà fait l’objet, par le passé, de travaux de remise en état financés par l’État pour prolonger sa durée de service sur une ligne jugée essentielle pour les habitants de la région de Barima-Waini, largement dépourvue d’infrastructures routières. Pour des milliers de résidents de cette zone reculée, le ferry demeure, avec l’avion, l’un des seuls moyens de rallier la capitale.
Un bilan encore incomplet, entre recherches nocturnes et espoir du jour
Le nombre exact de disparus restait indéterminé dimanche, les autorités n’ayant communiqué ni liste précise des passagers ni bilan définitif. Sur les 116 personnes signalées à bord, en plus de l’équipage, 53 avaient été localisées au moment où le Premier ministre s’exprimait, laissant plus d’une soixantaine de personnes sans nouvelles confirmées à cette heure. Les autorités guyaniennes ont toutefois indiqué attendre une amélioration du bilan avec la levée du jour, qui facilite les recherches par voie aérienne et maritime.
Aucune cause du chavirement n’a été communiquée à ce stade. Les autorités n’ont pas précisé si des conditions météorologiques particulières, une éventuelle surcharge ou une défaillance technique pourraient expliquer un incident survenu en pleine nuit, loin de tout secours immédiat.
L’Essequibo, un territoire administré par le Guyana mais revendiqué par Caracas
Le naufrage se produit dans une région dont le statut dépasse largement les seuls enjeux de sécurité maritime. L’Essequibo, un territoire de 160 000 kilomètres carrés riche en pétrole et en ressources minières, est administré par le Guyana depuis plus d’un siècle, en vertu d’un arbitrage international rendu en 1899. Le Venezuela conteste ce tracé depuis les années 1960 et revendique la souveraineté sur l’essentiel de cette zone, un différend porté depuis plusieurs années devant la Cour internationale de justice.
Ce n’est pas seulement l’ampleur du naufrage qui retient l’attention à Georgetown, c’est aussi le lieu où il survient : une région où le moindre incident prend une résonance politique qu’un accident similaire n’aurait pas ailleurs dans le pays. Les tensions entre les deux voisins se sont nettement durcies ces derniers mois, sur fond de découvertes pétrolières majeures au large des côtes guyaniennes et d’une implication accrue des États-Unis dans le dossier vénézuélien, marquée par une escalade militaire au début de l’année.
Georgetown veille, dans ce climat de rivalité territoriale, à démontrer sa capacité à administrer effectivement l’Essequibo, jusque dans la gestion de ses infrastructures de transport les plus reculées. Un accident maritime survenu dans cette zone, même sans lien avec le différend frontalier, s’inscrit dès lors dans le récit de souveraineté que le gouvernement guyanien entretient face à Caracas.
Une enquête attendue une fois les opérations de secours achevées
Les autorités guyaniennes n’ont pas annoncé, dimanche, l’ouverture formelle d’une enquête sur les circonstances du chavirement. Une telle procédure intervient généralement, au Guyana, une fois les opérations de recherche et de sauvetage achevées, comme ce fut le cas lors de précédents incidents maritimes dans le pays. Le ministère des Travaux publics, qui supervise le Maritime Administration Department, sera vraisemblablement chargé d’en établir les conclusions.
La priorité reste, pour l’heure, la poursuite des recherches. Le bilan communiqué dimanche matin, 53 personnes secourues sur 116 passagers annoncés, devrait évoluer dans les prochaines heures à mesure que les équipes progressent le long du trajet emprunté par le ferry entre l’estuaire et Port Kaituma.
Sources
- 20 Minutes (AFP) – Un ferry avec 116 passagers à bord chavire au large des côtes du Guyana, plus de 50 personnes secourues
https://www.20minutes.fr/monde/4235185-20260719-ferry-116-passagers-bord-chavire-large-cotes-guyana-plus-50-personnes-secourues – consulté le 19 juillet 2026 - iNews Guyana – MV Barima to resume operations shortly after $90M repairs
https://inewsguyana.com/mv-barima-to-resume-operations-shortly-after-90m-repairs/ – consulté le 19 juillet 2026 - Jamaica Observer (CMC) – Guyana and Venezuela continue squabble over Essequibo region
https://www.jamaicaobserver.com/2026/03/13/guyana-venezuela-continue-squabble-essequibo-region/ – consulté le 19 juillet 2026 - Kaieteur News – A Guyanese view on Maduro’s capture and the Essequibo dispute
https://kaieteurnewsonline.com/2026/01/05/a-guyanese-view-on-maduros-capture-and-the-essequibo-dispute/ – consulté le 19 juillet 2026
Julien Moreau
