Israël a démoli en janvier le siège de l’UNRWA à Sheikh Jarrah, dans Jérusalem-Est occupée, après l’adoption d’une loi interdisant les activités de l’agence onusienne. Le secrétaire général Antonio Guterres a condamné la décision et menace désormais de porter le dossier devant la Cour internationale de justice.
Des bulldozers israéliens sont entrés tôt le matin du 20 janvier 2026 dans l’enceinte du siège de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), situé dans le quartier de Sheikh Jarrah. Les forces de police, accompagnées d’agents de l’Autorité foncière israélienne, ont fait sortir les gardes de sécurité privés du site avant d’entamer la démolition des bâtiments, selon des images obtenues par CNN. Un drapeau israélien a remplacé celui des Nations unies au-dessus du complexe.
Ce que révèle cette opération, c’est l’aboutissement d’une stratégie de pression engagée depuis plus de deux ans contre l’agence onusienne, et non un incident isolé. Roland Friedrich, directeur de l’UNRWA pour la Cisjordanie, a indiqué que le personnel n’occupait plus les lieux depuis près d’un an pour des raisons de sécurité, et a décrit l’événement comme « l’aboutissement de deux années d’incitation et de mesures contre l’UNRWA à Jérusalem-Est ». La démolition fait suite à l’adoption, en décembre 2025, d’une législation israélienne supplémentaire qui interdit l’approvisionnement en eau et en électricité des propriétés de l’UNRWA et autorise l’État à récupérer les terrains de ses complexes à Jérusalem-Est.
Une loi votée fin 2024, durcie un an plus tard
La démolition de janvier ne sort pas de nulle part. Fin 2024, le Parlement israélien avait déjà adopté des lois interdisant les activités de l’UNRWA en Israël et prohibant tout contact officiel avec l’agence. Selon le quotidien Ynet, le texte voté ensuite, porté notamment par les parlementaires Boaz Bismuth, Sharren Haskel et Eli Dallal, dispose que l’UNRWA ne peut plus tenir aucune représentation, fournir aucun service ni mener aucune activité sur le territoire souverain de l’État d’Israël, transférant de fait l’autorité sur ses biens de Jérusalem-Est à l’État.
Avant la démolition du siège, l’agence avait déjà subi plusieurs incidents. Selon UN News, des forces israéliennes étaient entrées le 14 janvier dans un centre de santé de l’UNRWA à Jérusalem-Est pour en ordonner la fermeture, un événement durant lequel les employés se sont dits « terrifiés ». Le ministère israélien des Affaires étrangères justifie ces mesures en qualifiant l’UNRWA de structure ayant, selon ses termes, longtemps cessé d’être une organisation humanitaire pour devenir ce qu’il appelle un foyer du terrorisme. L’agence onusienne dément fermement ces accusations et affirme purger systématiquement de ses effectifs tout employé suspecté de liens avec des groupes armés.
Tel-Aviv invoque la propriété du terrain, l’ONU l’immunité diplomatique
Le ministère israélien des Affaires étrangères a justifié l’opération en affirmant que l’État d’Israël possède le complexe de Jérusalem et que sa saisie a été menée conformément au droit israélien et international. Selon CBC News, la municipalité de Jérusalem avait par ailleurs investi le site l’année précédente, invoquant des arriérés de taxes foncières que l’UNRWA conteste avoir jamais accumulés.
Cette lecture se heurte cependant à la position des Nations unies, pour qui l’inviolabilité des locaux onusiens relève d’un cadre juridique distinct du droit de propriété immobilière. La Convention sur les privilèges et immunités des Nations unies, qu’Israël a ratifiée en 1949, dispose que les locaux de l’ONU sont inviolables et protégés contre toute forme de saisie, de réquisition ou de confiscation, quelle que soit l’autorité à l’origine de la mesure. C’est précisément ce texte que le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a invoqué pour qualifier la démolition de défi ouvert et délibéré au droit international.
Guterres condamne, puis brandit la menace de La Haye
Le jour même de la démolition, le porte-parole adjoint des Nations unies, Farhan Haq, a transmis la réaction du secrétaire général : Antonio Guterres a jugé totalement inacceptables les actions escalatoires poursuivies contre l’UNRWA, les qualifiant d’incompatibles avec les obligations claires d’Israël en vertu du droit international. Il a appelé les autorités israéliennes à cesser immédiatement la démolition et à restituer le complexe aux Nations unies sans délai.
Près de trois semaines plus tard, le ton s’est durci. Selon une lettre adressée le 12 février au Premier ministre Benjamin Netanyahou et révélée par Ynet, Guterres a accusé les autorités israéliennes d’avoir pris le contrôle du site sans autorisation onusienne et en violation du droit international. Le secrétaire général a averti que si Israël ne respectait pas ce qu’il a décrit comme ses obligations, un différend juridique pourrait être porté devant la Cour internationale de justice à La Haye. Fait notable, sa lettre n’aborde pas les accusations transmises à l’ONU selon lesquelles des employés de l’UNRWA auraient participé aux attaques du 7 octobre 2023, dont le cas documenté d’un agent filmé en train d’enlever le corps d’un otage israélien. Ynetnews
Une décision saluée par la droite israélienne, dénoncée par l’Autorité palestinienne
Sur le terrain, plusieurs responsables politiques israéliens se sont rendus au complexe pendant les travaux de démolition. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a suivi l’opération sur place, a qualifié la journée d’historique, évoquant le retrait définitif de structures qu’il a présentées comme des soutiens au terrorisme. À l’inverse, l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, a dénoncé une violation grave de l’ensemble des règles et normes du droit international et a exhorté l’ONU et ses États membres à agir pour mettre fin aux démolitions.
Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a pour sa part exprimé son indignation par la voix de sa porte-parole Ravina Shamdasani, qui a relié l’épisode à une tendance plus large de pressions exercées contre les organisations humanitaires et les acteurs onusiens. Cette lecture rejoint celle de Philippe Lazzarini, qui a averti que ce qui arrive aujourd’hui à l’UNRWA pourrait demain concerner n’importe quelle autre organisation internationale ou mission diplomatique, dans le territoire palestinien occupé ou ailleurs dans le monde.
Un mandat régional remis en question
L’UNRWA fournit une assistance à environ 2,5 millions de réfugiés palestiniens à Gaza, en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, ainsi qu’à trois millions supplémentaires en Syrie, en Jordanie et au Liban. L’agence a prévenu que les démolitions pourraient compromettre le fonctionnement de son centre de formation professionnelle de Qalandia et de son centre de santé de Shu’afat, où elle continue de fournir des services d’éducation et de soins.
La Cour internationale de justice avait pourtant tranché en octobre 2025, rappelant qu’Israël est tenu de faciliter les opérations de l’UNRWA et non de les entraver, et qu’il n’exerce aucune juridiction sur Jérusalem-Est. Une autre propriété de l’agence, située dans le secteur de Kfar ‘Aqab à Jérusalem-Est, devrait faire l’objet d’un processus similaire dans les prochains mois, selon RNZ News. Reste à savoir si la menace d’un recours devant la Cour internationale de justice, formulée par Guterres en février, débouchera sur une procédure formelle, ou si la confrontation entre Israël et le système onusien continuera de se jouer sur le terrain plutôt que dans les prétoires.
Sources
- CNN — « Israel starts demolishing UN agency headquarters in East Jerusalem after ban »
https://www.cnn.com/2026/01/20/middleeast/israel-demolish-unrwa-east-jerusalem-latam-intl — consulté le 30 juin 2026 - UN News — « UN strongly condemns demolition of UNRWA headquarters in East Jerusalem »
https://news.un.org/en/story/2026/01/1166792 — consulté le 30 juin 2026 - PBS News — « Israel demolishes UNRWA offices for Palestinian refugees in east Jerusalem »
https://www.pbs.org/newshour/world/israel-demolishes-unrwa-offices-for-palestinian-refugees-in-east-jerusalem — consulté le 30 juin 2026 - CBC News — « UN condemns Israel’s ‘unprecedented’ demolition of its Palestinian aid agency building in East Jerusalem »
https://www.cbc.ca/news/world/israel-unrwa-building-demolition-9.7052467 — consulté le 30 juin 2026 - Ynetnews — « UN chief threatens legal action against Israel over demolition of UNRWA compound in Jerusalem »
https://www.ynetnews.com/article/b1baiosdbg — consulté le 30 juin 2026 - RNZ News — « Israel starts demolishing UN agency headquarters in East Jerusalem after ban »
https://www.rnz.co.nz/news/world/584630/israel-starts-demolishing-un-agency-headquarters-in-east-jerusalem-after-ban — consulté le 30 juin 2026
ALG247.COM
