Dans un entretien accordé au podcast “The Interview” du New York Times, animé par Lulu Garcia-Navarro, Zohran Mamdani a indiqué que la question fait l’objet d’une “conversation active” avec le département juridique municipal. Le maire, entré en fonction le 1ᵉʳ janvier 2026, s a ainsi rappelé son engagement pris pendant sa campagne électorale d’ordonner directement à la police new-yorkaise d’interpeller le chef du gouvernement israélien dans le cadre de ce que permettent les textes en vigueur. Il a réaffirmé son soutien au mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahu, qualifiant ce dernier de “criminel de guerre” qui “a sa place à La Haye”. En juillet 2025, les juges de la CPI avaient rejeté la demande israélienne visant à annuler les mandats émis en 2024 contre Benjamin Netanyahu et l’ex-ministre de la Défense Yoav Gallant, confirmant leur validité juridique, selon Human Rights Watch.
Une position affichée depuis la campagne de 2025
L’engagement de Zohran Mamdani ne date pas de son entrée en fonction. C’est en décembre 2024, lors d’un entretien avec l’ancien présentateur de MSNBC Mehdi Hasan, que le futur maire avait pour la première fois affirmé que New York arrêterait Benjamin Netanyahu s’il venait à visiter la ville. Il avait ensuite maintenu cette ligne tout au long de sa campagne, notamment lors d’une interview accordée à Fox News en octobre 2025, tout en précisant systématiquement qu’il n’entendait pas créer de nouvelle loi pour y parvenir. Ce dossier s’inscrit ainsi dans une continuité assumée plutôt que dans une improvisation de circonstance, ce qui explique la constance de la formulation employée par le maire depuis dix-huit mois.
La Cour pénale internationale a délivré son mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant en novembre 2024, les accusant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité liés à la conduite de la guerre à Gaza, dans le sillage de l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas. Ce mandat constitue, pour Zohran Mamdani, le socle juridique de sa position, même si son applicabilité sur le sol américain reste à ce jour discutable selon les juristes.
Washington et Albany écartent toute base légale
Les autorités fédérales et new-yorkaises opposent à Zohran Mamdani des obstacles juridiques considérables. Les États-Unis ne sont pas partie au Statut de Rome fondant la CPI et ne reconnaissent pas sa compétence, tandis qu’une loi fédérale interdit explicitement toute coopération d’une administration locale avec la Cour. La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, avait par ailleurs déjà déclaré que le maire ne disposait d’aucune autorité pour procéder à une telle arrestation. Le représentant démocrate Jerry Nadler, pourtant allié de longue date de Zohran Mamdani, a lui aussi jugé la démarche sera difficilement réalisable, estimant que la ville de New York n’a “aucune juridiction pour faire une chose pareille”. La représentante républicaine Elise Stefanik a par ailleurs déposé un texte, le Sovereign Enforcement Integrity Act, destiné à empêcher toute force de l’ordre locale d’exécuter un mandat de la CPI sans autorisation fédérale.
Netanyahu et les responsables israéliens répliquent sur tous les fronts
Benjamin Netanyahu a réagi aux propos de Zohran Mamdani lors d’une interview radiophonique accordée à l’animateur Sid Rosenberg, affirmant ne pas être inquiété par la menace et accusant le maire de “soutenir le Hamas”. L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a assuré que le premier ministre se rendrait bien à l’Assemblée générale en septembre pour y défendre la position israélienne. Le consul général d’Israël à New York, Ofir Akunis, a quant à lui estimé que Zohran Mamdani ferait mieux de “s’occuper de la gestion de New York, et seulement de New York”, ajoutant que si quelqu’un devait être arrêté dans cette affaire, ce serait le maire lui-même.
Une mobilisation en ligne nourrie par le bilan humain du conflit
L’annonce de Zohran Mamdani a suscité un fort courant de soutien sur les réseaux sociaux. Cette réaction ne peut se comprendre isolément du bilan humain du conflit à Gaza, qui continue d’alimenter les accusations les plus graves portées contre le gouvernement israélien. Selon le ministère de la Santé de Gaza, dont l’ONU juge les données globalement fiables, plus de 41 000 Palestiniens avaient été tués à la mi-septembre 2024, parmi lesquels environ 14 100 enfants. L’UNICEF évoquait, en mai 2025, plus de 50 000 enfants tués ou blessés depuis le début du conflit en octobre 2023. Human Rights Watch, Amnesty International et la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese ont qualifié tout ou partie de ces actes de génocide, une caractérisation que la Cour internationale de justice examine depuis décembre 2023 dans le cadre d’une procédure engagée par l’Afrique du Sud. Aucune décision sur le fond n’a été rendue à ce jour, la Cour ayant seulement reconnu, par des mesures provisoires, un “risque plausible” d’actes prohibés par la Convention sur le génocide.
Le gouvernement israélien, soutenu par les États-Unis, rejette catégoriquement cette qualification et invoque la légitime défense face au Hamas. L’Allemagne, fournisseur massif d’armes à l’armée israélienne, s’est officiellement opposée à la plainte sud-africaine devant la CIJ, tandis que le Royaume-Uni et plusieurs gouvernements européens n’ont pas non plus repris le terme à leur compte.
Vers un test grandeur nature en septembre
L’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre à New York, devrait constituer le moment de vérité de ce dossier. Benjamin Netanyahu a par le passé pris la parole devant cette instance et rien n’indique, selon les diplomates israéliens cités par la presse, qu’il renoncerait à s’y présenter en 2026. Zohran Mamdani, de son côté, s’est engagé à “épuiser toute option légale” sans préciser laquelle, ni si la commissaire de la police new-yorkaise, Jessica Tisch, serait disposée à faire exécuter une interpellation. Le président américain Donald Trump avait déjà qualifié d'”inapproprié” l’engagement initial du maire durant la campagne, en promettant d’intervenir si celui-ci tentait de le mettre à exécution.
Sources
- The New York Times, entretien de Zohran Mamdani dans “The Interview” avec Lulu Garcia-Navarro, juillet 2026, cité par The Times of Israel et The Jerusalem Post – consulté le 19 juillet 2026
- The Times of Israel – “Mamdani: Netanyahu should be arrested if he visits NYC” – https://www.timesofisrael.com/mamdani-netanyahu-should-be-arrested-if-he-visits-nyc-but-i-wont-rewrite-laws-to-do-so/ – consulté le 19 juillet 2026
- The Jerusalem Post – “Zohran Mamdani says NYC reviewing authority to arrest Benjamin Netanyahu” – https://www.jpost.com/international/article-902872 – consulté le 19 juillet 2026
- Middle East Monitor – “Mamdani says New York City reviews authority to arrest Netanyahu during UN visit” – https://www.middleeastmonitor.com/20260718-mamdani-says-new-york-city-reviews-authority-to-arrest-netanyahu-during-un-visit-report/ – consulté le 19 juillet 2026
- Fox News – “Mamdani stands by promise to arrest Netanyahu if he comes to New York City” – octobre 2025 – consulté le 19 juillet 2026
- Human Rights Watch – Rapport mondial 2026, chapitre Israël et Palestine – https://www.hrw.org/fr/world-report/2026/country-chapters/israel-and-palestine – consulté le 19 juillet 2026
- UNICEF France – “Horreur absolue : plus de 50 000 enfants tués ou blessés dans la bande de Gaza” – https://www.unicef.fr/article/horreur-absolue-plus-de-50-000-enfants-tues-ou-blesses-dans-la-bande-de-gaza/ – consulté le 19 juillet 2026
- The Forward (sondage électeurs new-yorkais), relayé par Newsmax – consulté le 19 juillet 2026
Amel Bensalem
