L’Organisation des Nations unies a inscrit Israël sur la liste des parties soupçonnées de violences sexuelles en zones de conflit, provoquant une rupture diplomatique immédiate : Tel-Aviv a annoncé le gel de toutes ses relations avec le bureau du secrétaire général Antonio Guterres jusqu’à la fin de son mandat, le 31 décembre 2026. La décision onusienne, préparée de longue date, constitue l’un des actes les plus lourds de symbolique dans la dégradation continue des liens entre l’État hébreu et l’organisation internationale.
Le 28 mai 2026, la publication du rapport annuel du secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits a déclenché une crise diplomatique ouverte entre Israël et les Nations unies. Le rapport annuel de Guterres a officiellement inscrit Israël et la Russie sur la liste noire des parties soupçonnées de commettre des violences sexuelles dans les zones de conflit, une décision qui a conduit le ministre israélien des Affaires étrangères à annoncer la rupture de tout lien avec le secrétaire général. Ce n’est pas tant la forme que le fond qui importe : pour la première fois depuis la création de ce mécanisme de surveillance onusien, un État occidental allié des puissances occidentales majoritaires au Conseil de sécurité se retrouve classifié aux côtés de groupes armés non étatiques. Zonebourse
Trois ans de pressions documentaires avant l’inscription formelle
La décision du 28 mai ne surgit pas du néant. Elle est l’aboutissement d’une procédure engagée progressivement depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et l’offensive militaire israélienne sur Gaza qui a suivi. En août 2025, António Guterres avait formellement placé Israël sous surveillance, adressant une lettre à l’ambassadeur Danny Danon dans laquelle il exprimait de « graves préoccupations » face à des informations jugées « crédibles » impliquant des personnels militaires et de sécurité israéliens dans des abus commis dans plusieurs établissements de détention. Cette mise en garde constituait, selon les règles internes de l’ONU, une étape obligatoire avant toute inscription officielle.
Dès août 2025, Guterres avait averti Israël qu’il pourrait être inscrit sur cette liste dans le rapport annuel de 2026 s’il ne prenait pas une série de mesures correctives. Les autorités israéliennes ont rejeté ces injonctions et refusé l’accès à leurs établissements carcéraux aux enquêteurs de l’ONU. Pour pouvoir enquêter sur les crimes du Hamas, Pramila Patten, représentante spéciale du secrétaire général chargée des violences sexuelles en période de conflit, avait exigé que son équipe ait accès aux centres de détention israéliens où sont détenus des Palestiniens. Israël a refusé. Ce refus d’accès, documenté depuis janvier 2025, a pesé lourd dans la décision finale. EuroPalestineFrance
L’administration pénitentiaire israélienne, entité officiellement désignée
Selon le Jerusalem Post, l’Administration pénitentiaire israélienne figurera sur la liste noire de 2026, tandis que d’autres organismes israéliens restent sous surveillance en vue d’une éventuelle future inscription. Cette précision est importante : l’inscription ne désigne pas l’armée israélienne dans son ensemble, mais une entité institutionnelle identifiée, responsable de la gestion des détenus palestiniens arrêtés depuis le déclenchement du conflit à Gaza et en Cisjordanie occupée.
Le rapport de Guterres décrit des cas documentés de violence génitale, notamment des électrocutions, des brûlures et des coups portés aux organes génitaux, ainsi que le déshabillage forcé et la nudité prolongée, utilisés pour humilier les détenus et leur soutirer des aveux ou des informations. Ces éléments sont issus de centaines de témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains, des médias internationaux et des missions d’enquête onusiennes. Pramila Patten a par ailleurs indiqué que les cas de violences sexuelles liées aux conflits vérifiés à l’échelle mondiale avaient augmenté de plus de 100 % en 2025 par rapport à 2024, une tendance qu’elle a qualifiée de très inquiétante et qui ne représente encore que la “partie émergée de l’iceberg”.
La réponse israélienne : gel total des relations avec Guterres
La réaction de Tel-Aviv a été immédiate et sans équivoque. L’ambassadeur Danny Danon a déclaré « nous en avons fini avec ce secrétaire général » dans un message vidéo posté sur X. La mission israélienne a précisé que cela signifiait le gel des relations avec le bureau du secrétaire général jusqu’à la fin du mandat d’Antonio Guterres le 31 décembre 2026. En parallèle, Israël a annoncé l’annulation de la visite prévue de Pramila Patten, représentante spéciale de l’ONU pour les violences sexuelles dans les conflits. France 24El Watan
« La décision de mettre Israël sur la liste noire et de nous accuser d’utiliser les violences sexuelles comme arme de guerre est scandaleuse », a martelé Danny Danon, accusant le secrétaire général de mettre sur le même plan le Hamas et l’État d’Israël. Du côté onusien, la réponse a été sobre : le porte-parole de Guterres, Stéphane Dujarric, a déclaré à l’AFP : « De notre côté, la porte du secrétaire général reste ouverte ».
Une inscription qui s’inscrit dans une séquence politique plus large
Derrière la controverse sur les faits rapportés se dessine une dynamique institutionnelle que l’ONU ne peut ignorer. Une source informée citée par le Jerusalem Post estime que cette inscription constitue une « dernière tentative » du secrétaire général avant de quitter ses fonctions, dans un contexte de compétition ouverte pour la succession à la tête de l’organisation. Cette inscription s’inscrit dans une séquence documentaire précise : la représentante spéciale Pramila Patten avait conclu à l’existence de « raisons raisonnables » de croire que le Hamas avait commis des actes de viol et de violences sexuelles lors du massacre du 7 octobre 2023 et pendant la détention des otages à Gaza.
L’inscription du Hamas en 2025 avait, selon Tel-Aviv, créé une logique d’équilibre formel que Jerusalem juge « profondément viciée » : la désignation d’un groupe terroriste n’implique pas automatiquement, sur le plan juridique ou moral, celle d’un État souverain. Ce que révèle pourtant cette crise, c’est avant tout l’épuisement des mécanismes de coopération entre Israël et les organes onusiens : depuis octobre 2023, le refus systématique d’accès aux enquêteurs internationaux – qu’il s’agisse des rapporteurs spéciaux, des missions d’établissement des faits ou des représentants spéciaux – a transformé chaque rapport en bras de fer institutionnel.
Le précédent russe et la portée systémique de la liste noire
L’inscription simultanée de la Russie aux côtés d’Israël modifie l’architecture politique de la décision. Le rapport mentionne 310 cas de violences sexuelles liées au conflit en Ukraine – dont des viols, des mutilations génitales et des chocs électriques, commis en grande majorité sur des hommes – en utilisant les données de la mission de surveillance des droits de l’homme en Ukraine. Moscow, comme Tel-Aviv, conteste la validité du rapport et refuse toute coopération avec les mécanismes onusiens. Cette convergence de facto entre deux États très différents dans leur profil géopolitique illustre un glissement : la liste noire, conçue initialement pour désigner des groupes armés non étatiques, devient progressivement un instrument de pression sur des États membres permanents ou alliés du Conseil de sécurité.
Les conséquences concrètes de l’inscription restent pour l’heure limitées : la liste noire du secrétaire général ne déclenche pas automatiquement de sanctions ni de procédures judiciaires internationales. Elle constitue néanmoins un signal documentaire qui alimentera les dossiers des juridictions internationales – Cour pénale internationale en tête – et des organisations de défense des droits humains. Le rapport du secrétaire général est toujours présenté avant publication aux États concernés, ce qui signifie qu’Israël a eu connaissance de son contenu avant la diffusion publique et a délibérément choisi la rupture plutôt que la négociation. La prochaine étape sera la présentation formelle du rapport au Conseil de sécurité, où les États-Unis, alliés historiques d’Israël, devront se positionner sur un document qu’ils ne peuvent techniquement pas mettre à l’écart. France 24
Sources
- France 24 – « Placé sur la “liste noire” des violences sexuelles, Israël met en scène sa rupture avec l’ONU » https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260528-plac%C3%A9-sur-la-liste-noire-des-violences-sexuelles-isra%C3%ABl-met-sc%C3%A8ne-sa-rupture-avec-l-onu — consulté le 1er juin 2026
- El Watan – « Liste noire de l’ONU : Israël blacklisté pour violences sexuelles, Jérusalem rompt avec Guterres » https://elwatan.dz/liste-noire-de-lonu-israel-blackliste-pour-violences-sexuelles-jerusalem-rompt-avec-guterres/ — consulté le 1er juin 2026
- Radio-Canada / AFP – « Violences sexuelles dans les conflits : Israël et la Russie sur la liste noire de l’ONU » https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2257647/conflit-diplomatie-violences-sexuelles-israel-russie-onu — consulté le 1er juin 2026
- Franceinfo – « Israël suspend ses relations avec le secrétaire général de l’ONU » https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/israel-suspend-ses-relations-avec-le-secretaire-general-de-l-onu_8034176.html — consulté le 1er juin 2026
- Zonebourse / Reuters – « L’ONU place Israël et la Russie sur sa liste noire des violences sexuelles » https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/l-onu-inscrit-l-israel-et-la-russie-sur-sa-liste-noire-des-violences-sexuelles-ce7f5ddbd88ff424 — consulté le 1er juin 2026
- Al Jazeera Human Rights & Public Liberties – « UN Condemns Israeli’s Sexual Abuses as Gaza War Threatens to Escalate » (août 2025) https://liberties.aljazeera.com/en/un-condemns-israelis-sexual-abuses-as-gaza-war-threatens-to-escalate — consulté le 1er juin 2026
Amel Bensalem