Latifa Dib, avocate radiée, incarcérée à Koléa pour des posts sur les réseaux sociaux

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Le tribunal correctionnel de Sidi M’Hamed a ordonné, mardi 2 juin, le placement en détention provisoire de Latifa Dib, ancienne avocate radiée du barreau d’Alger, à la prison de Koléa. Poursuivie pour la diffusion de publications jugées attentatoires à l’intérêt national, elle sera jugée sur le fond le 8 juin prochain, à quatre semaines des élections législatives du 2 juillet.

C’est en milieu de journée, selon El Djazair Daily, que la décision a été rendue publique. Latifa Dib avait été interpellée lundi par les services de la police judiciaire de la sûreté de la wilaya d’Alger, avant d’être présentée devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’Hamed. Ce dernier a choisi de la renvoyer devant le tribunal correctionnel selon la procédure de comparution immédiate – un mécanisme qui permet de juger un prévenu dans un délai très bref, sans instruction préalable. À l’issue de l’audience du mardi, le juge a ordonné son incarcération à la prison de Koléa, dans la wilaya de Blida, et renvoyé l’examen du fond au 8 juin.

Le chef d’inculpation retenu, selon Le Matin d’Algérie, est celui de diffusion, via un compte sur les réseaux sociaux, de « publications de nature à porter atteinte à l’intérêt national ». À ce stade de la procédure, aucune communication officielle des autorités judiciaires n’a été rendue publique sur la nature précise des contenus incriminés. Latifa Dib bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’une décision définitive soit prononcée.

Une qualification pénale devenue outil récurrent contre la dissidence numérique

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est moins la singularité de la situation que sa ressemblance avec une série de cas documentés ces dernières années. La qualification d’« atteinte à l’intérêt national » pour des contenus publiés en ligne est devenue, selon plusieurs organisations de défense des droits humains, l’un des instruments juridiques les plus fréquemment mobilisés pour poursuivre voix critiques et acteurs de la société civile. En février 2026, le journaliste Abdelali Mezghiche avait été placé en détention provisoire à la même prison de Koléa selon un dossier comprenant, d’après son avocate, une qualification similaire – la publication de contenus susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national. Mezghiche avait alors indiqué, par l’intermédiaire de sa défense, considérer les faits reprochés comme relevant de l’exercice de la liberté journalistique.

Le cas de Latifa Dib présente une particularité supplémentaire : elle est désignée dans les médias comme « avocate radiée », ce qui signifie qu’elle avait déjà fait l’objet d’une mesure disciplinaire de son ordre professionnel avant cette nouvelle mise en cause judiciaire. Les circonstances précises de cette radiation n’ont pas été rendues publiques dans les sources disponibles à ce stade.

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Amnesty dénonce une vague répressive avant les législatives de juillet

Le contexte dans lequel intervient cette arrestation ne peut être dissocié du calendrier politique. Les élections législatives algériennes se tiennent le 2 juillet 2026 afin d’élire les 407 députés de la dixième législature de l’Assemblée populaire nationale. Dans ce cadre préélectoral, plusieurs partis d’opposition ont dénoncé l’invalidation par l’Autorité nationale indépendante des élections de dossiers de certains de leurs candidats.

Le 4 mai 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le ministre de la Communication Zoheir Bouamama soutenait que la liberté d’expression était garantie « loin de toute pression ou restriction ». Pourtant, selon Amnesty International, les journalistes critiques s’exposent à des arrestations, à des poursuites pour atteinte à la sécurité nationale, à des interdictions de voyager et à une détention arbitraire prolongée.

Dans son rapport annuel 2026, Amnesty International indique que les autorités algériennes ont continué de restreindre les droits à la liberté d’expression et de réunion, et qu’elles ont adopté un nouveau Code de procédure pénale comportant des dispositions jugées attentatoires au droit à un procès équitable. L’organisation signale par ailleurs que les militants sont détenus uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Le tribunal de Sidi M’Hamed, épicentre judiciaire des affaires d’opinion

La compétence territoriale du tribunal correctionnel de Sidi M’Hamed n’est pas anodine. Cette juridiction algéroise est, selon Le Matin d’Algérie, celle qui traite de manière récurrente les dossiers liés à l’expression en ligne et aux libertés civiques. Le comité national pour la libération des détenus (CNLD), qui recense les prisonniers d’opinion, dressait déjà au fil des années un constat d’ensemble : des Algériennes et des Algériens sont « presque quotidiennement interpellés, placés sous mandat de dépôt, certains condamnés à des peines de prison », notait l’organisation. Le tribunal de Sidi M’Hamed y était décrit comme ayant acquis une « tristement célèbre réputation ».

La procédure de comparution immédiate utilisée dans l’affaire Dib est, en droit algérien, réservée aux infractions pour lesquelles les preuves sont jugées suffisamment établies pour ne pas nécessiter d’instruction. Son usage dans des affaires liées à des publications sur les réseaux sociaux suscite régulièrement des interrogations au sein des milieux juridiques sur la conciliation entre célérité procédurale et garanties du droit à la défense.

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Une double marginalisation professionnelle et judiciaire

Derrière le cas de Latifa Dib se dessine une réalité plus structurelle : celle d’une juriste qui, après avoir perdu l’exercice de sa profession par radiation du barreau, se retrouve désormais privée de liberté pour ses prises de position en ligne. Ce double processus d’exclusion – d’abord du corps professionnel, ensuite de la société civile – illustre la trajectoire de plusieurs figures algériennes qui ont cherché dans l’espace numérique une tribune après en avoir été écartées des espaces institutionnels.

La nature exacte des publications incriminées reste, pour l’heure, inconnue du public. Aucune précision sur le réseau social concerné, les dates de publication ou le contenu visé par l’accusation n’a été communiquée par les autorités judiciaires. Cette opacité procédurale est elle-même documentée par Amnesty International comme une caractéristique des affaires liées à l’expression en ligne en Algérie.

L’audience du 8 juin devant le tribunal correctionnel de Sidi M’Hamed devrait permettre d’examiner les éléments retenus à charge et de déterminer les suites réservées à cette procédure, dans une semaine qui sera également marquée par la poursuite de la campagne électorale pour les législatives de juillet.


Sources

  1. El Djazair Daily – « إيداع المحامية المشطوبة لطيفة ديب سجن القليعة » (Placement en détention de l’avocate radiée Latifa Dib à la prison de Koléa) https://eldjazairdaily.dz/?p=9698 – consulté le 3 juin 2026
  2. Le Matin d’Algérie – « L’ancienne avocate Latifa Dib placée en détention provisoire à la prison de Koléa » https://lematindalgerie.com/lancienne-avocate-latifa-dib-placee-en-detention-provisoire-a-la-prison-de-kolea/ – consulté le 3 juin 2026
  3. Amnesty International Belgique – Rapport annuel 2026, section Algérie https://www.amnesty.be/infos/rapports-annuels/rapport-annuel-2025-2026/rapport-annuel-2026-moyen-orient-afrique-nord/article/algerie-rapport-annuel-2026 – consulté le 3 juin 2026
  4. Le Matin d’Algérie – « Amnesty International dénonce l’instrumentalisation de la justice et l’emprisonnement de journalistes en Algérie » https://lematindalgerie.com/amnesty-international-denonce-linstrumentalisation-de-la-justice-et-lemprisonnement-de-journalistes-en-algerie/ – consulté le 3 juin 2026
  5. Wikipédia – « Élections législatives algériennes de 2026 » https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_alg%C3%A9riennes_de_2026 – consulté le 3 juin 2026
  6. Le Matin d’Algérie – « Le journaliste Abdelali Mezghiche placé en détention provisoire, la défense fait appel » https://lematindalgerie.com/le-journaliste-abdelali-mezghiche-place-en-detention-provisoire-la-defense-fait-appel/ – consulté le 3 juin 2026

Safia Rahmani

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