Ce que la guerre Iran-États-Unis signifie pour l’Algérie

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Julien Moreau
Julien Moreauhttps://alg247.com
Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

L’Iran affirme avoir frappé 85 installations militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, quelques heures après une nouvelle vague de raids américains sur son territoire. Le baril remonte, et Alger, dont le budget dépend directement des cours du pétrole, se retrouve de nouveau à la merci d’une escalade qu’elle ne maîtrise pas.

Les Gardiens de la révolution islamique ont annoncé mercredi avoir mené une opération conjointe de leurs forces navale et aérospatiale contre des bases américaines situées au Koweït et à Bahreïn selon la télévision d’État, précisant avoir frappé 85 installations militaires stratégiques et abattu un drone MQ-9. Cette riposte intervient quelques heures après que l’armée américaine a visé plus de 80 cibles dans le sud de l’Iran, dans la province du Hormozgan et la ville portuaire de Mahshahr , en réponse à une attaque menée la veille contre trois navires marchands dans le détroit d’Ormuz, dont un pétrolier qatari et un pétrolier saoudien. Des sirènes d’alerte aérienne ont retenti à Bahreïn, tandis que l’armée koweïtienne a confirmé avoir réagi à des tirs de drones et de missiles sans en préciser l’origine.

Un scénario déjà vu il y a dix jours

Cette séquence n’a rien d’inédit. Le 28 juin déjà, les mêmes bases américaines au Bahreïn et au Koweït avaient été visées par Téhéran après une précédente série de frappes américaines, un épisode qui avait fait un mort, un civil qatari touché par des éclats d’obus, et endommagé un immeuble résidentiel à Muharraq. La répétition du schéma, à moins de deux semaines d’intervalle, ne relève donc pas de l’incident isolé : elle dessine un cycle qui use, frappe après frappe, l’accord censé y mettre fin. Ce mémorandum, signé à Genève, prévoyait la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée des sanctions américaines sur le brut iranien. Washington a d’ailleurs révoqué mercredi la licence qui autorisait Téhéran à vendre ouvertement son pétrole sur le marché international, un canal commercial obtenu dans le cadre de cet accord intérimaire.

La guerre elle-même reste récente. Elle a démarré le 28 février par une offensive conjointe américano-israélienne contre la République islamique, avant qu’un cessez-le-feu ne soit signé le 17 juin à Genève. Moins d’un mois plus tard, les deux camps s’accusent mutuellement de l’avoir violé.

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Bruxelles s’inquiète, les négociateurs temporisent

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a qualifié les frappes iraniennes sur Bahreïn et le Koweït d’« inacceptables », estimant que ces échanges de tirs compliquent davantage des négociations déjà tendues. Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne doivent rencontrer leurs homologues du Golfe le 13 juillet pour tenter de consolider un accord et préserver la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et en mer Rouge.

Sur le terrain diplomatique, les canaux ne sont pourtant pas rompus. Le Qatar a fait état d’avancées vers un accord plus durable, avec de nouvelles rencontres prévues après le 9 juillet, tandis que des discussions se poursuivent entre l’Iran et Oman sur de nouvelles routes de navigation dans le détroit. Cette double dynamique, frappes d’un côté et pourparlers de l’autre, illustre la fragilité d’un cessez-le-feu que personne ne veut porter la responsabilité de faire sauter.

Sur les marchés, le baril de Brent évoluait mardi autour de 72,89 dollars et le WTI à 69,36 dollars, en légère hausse, portés par la situation volatile dans le détroit après l’attaque d’un tanker au large d’Oman. Les prix restent toutefois loin des sommets atteints en mars, lorsque le Brent avait brièvement dépassé 100 dollars pour la première fois en quatre ans.

L’équation budgétaire algérienne, otage du baril

Pour l’Algérie, chaque soubresaut du prix du pétrole se traduit directement dans les comptes publics. Une mission du Fonds monétaire international, conduite entre le 16 et le 30 juin à Alger, a confirmé que les perspectives économiques du pays restent positives à court terme, portées justement par la hausse des prix des hydrocarbures. Le FMI table sur une croissance de 3,8 % en 2026, après 3,9 % en 2025, et prévoit que le produit intérieur brut algérien atteigne 317 milliards de dollars cette année, plaçant le pays en tête du Maghreb.

Mais cette dépendance a un revers que l’institution ne cache pas. Le Fonds appelle à une consolidation budgétaire importante, alerte sur le recul des marges de manœuvre financières et recommande une plus grande flexibilité du taux de change pour absorber les chocs extérieurs. Autrement dit : un baril plus cher soulage les caisses de l’État à court terme, mais ne règle rien de la fragilité structurelle d’une économie qui reste construite sur la rente. Un pétrole cher aujourd’hui n’efface pas la facture de demain, il la reporte.

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Ce que ça change aussi pour la diaspora

L’onde de choc ne s’arrête pas aux frontières algériennes. En France, où vit la plus importante communauté de la diaspora, le marché du gaz a réagi dès mercredi matin : le contrat d’août sur le PEG, référence du gaz de gros français, a clôturé en hausse de 5,6 % sur la séance, à plus de 46 euros le mégawattheure. Pour les foyers franco-algériens qui chauffent leur logement au gaz, la facture de l’été se prépare déjà dans la nervosité des marchés, avant même l’hiver.

Ce qu’il faut surveiller

Deux rendez-vous fixeront la suite. D’abord la reprise des discussions qataries sur un accord plus durable, attendue après le 9 juillet. Ensuite la réunion du 13 juillet entre l’Union européenne et les pays du Golfe, qui dira si la diplomatie parvient encore à contenir un cycle de frappes et de ripostes qui, depuis fin février, n’a jamais vraiment cessé.


Sources

  1. Franceinfo – « Guerre au Moyen-Orient : l’Iran dit avoir déclenché des attaques contre des bases américaines au Koweït et à Bahreïn » – https://www.franceinfo.fr/monde/ – consulté le 8 juillet 2026
  2. H24info (avec AFP) – « Frappes massives américaines contre l’Iran, qui riposte au Koweït et à Bahreïn » – https://h24info.ma/monde/frappes-massives-americaines-contre-liran-qui-riposte-au-koweit-et-a-bahrein/ – consulté le 8 juillet 2026
  3. La Nouvelle Tribune – « L’Iran frappe des bases américaines au Bahreïn et au Koweït après les raids US du 8 juillet » – https://lanouvelletribune.info/2026/07/liran-frappe-des-bases-americaines-au-bahrein-et-au-koweit-apres-les-raids-us-du-8-juillet/ – consulté le 8 juillet 2026
  4. Regards protestants (citant Le Figaro) – « Guerre au Moyen-Orient : l’Iran attaque des bases américaines au Koweït et à Bahreïn après des frappes des États-Unis » – https://regardsprotestants.com/actualites/monde/guerre-au-moyen-orient-liran-attaque-des-bases-americaines-au-koweit-et-a-bahrein-apres-des-frappes-des-etats-unis/ – consulté le 8 juillet 2026
  5. Algérie Eco – « FMI : des perspectives favorables pour l’Algérie en 2026, mais des réformes restent nécessaires » – https://algerie-eco.com/2026/07/08/fmi-des-perspectives-favorables-pour-lalgerie-en-2026-mais-des-reformes-restent-necessaires/ – consulté le 8 juillet 2026
  6. Selectra – « Prix du gaz sur les marchés ce 8 juillet : le PEG grimpe de 5,6 % » – https://selectra.info/energie/actualites/prix-gaz/2026-07-08 – consulté le 8 juillet 2026

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