Grenade inaugure le premier espace culturel amazigh permanent d’Europe

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Installé aux abords de l’Alhambra, l’Espacio Amazigh a ouvert ses portes le 17 juin 2026 à Grenade, devenant le premier centre culturel dédié exclusivement au patrimoine amazigh sur le continent européen. Avec 189 pièces réparties en sept sections, ce fonds constitue une étape inédite dans la reconnaissance institutionnelle d’une civilisation trop longtemps cantonnée aux marges de l’histoire officielle.

C’est dans un bâtiment historique de plus de 20 000 mètres carrés, le Carmen de los Porcel, situé à quelques pas du complexe de l’Alhambra, qu’a pris place ce fonds patrimonial d’un genre nouveau. Inauguré mardi 17 juin en présence de responsables espagnols et marocains, l’espace est décrit par ses organisateurs comme le premier centre d’exposition permanent en Europe entièrement consacré à la recherche, à la mise en valeur et à la transmission du patrimoine historique, artistique et ethnologique amazigh. Ce que révèle cette inauguration, c’est avant tout le franchissement d’un seuil : pour la première fois depuis des siècles, la civilisation amazigh dispose en Europe d’une adresse fixe, institutionnelle, publiquement accessible.

Sept sections pour retracer une histoire occultée

Le parcours permanent s’articule autour de 189 pièces soigneusement sélectionnées : bijoux, céramiques, tissages, outils du quotidien, ressources visuelles et supports interactifs. Ces objets, répartis sur deux niveaux, se déploient en sept sections thématiques qui retracent les origines du peuple amazigh, les débats sur son identité, l’évolution de l’alphabet tifinagh et le rôle décisif que les Berbères ont joué dans la construction de l’Andalousie comme espace politique et civilisationnel partagé entre le Maghreb et la péninsule Ibérique. Chaque section articule ainsi histoire ancienne et présence contemporaine, reliant la Berbérie antique aux communautés amazighes vivantes d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, de Libye et de la diaspora.

Par ailleurs, l’espace ne prétend pas n’être qu’un musée statique. Selon les organisateurs, l’Espacio Amazigh est conçu pour devenir un lieu de rencontres scientifiques et pédagogiques, à travers des conférences et des activités éducatives menées en partenariat avec la Fondation euro-arabe d’études supérieures. Cette ambition programmatique distingue le projet des initiatives culturelles ponctuelles qui ont jalonné, sans les ancrer, les tentatives précédentes de visibilisation du patrimoine amazigh en Europe.

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La fondation Meziane, un héritage posthume au service de la mémoire

Le projet doit beaucoup à la Fondation du Dr. Leila Meziane, mécène et militante culturelle marocaine décédée en 2024, qui avait consacré une partie de son action à l’intégration du patrimoine amazigh dans les institutions culturelles publiques. Membres de sa famille, dont Othmane et Dania Benjelloun, assistaient à la cérémonie d’inauguration, selon le média arabophone Rif.fm, qui couvre les questions amazighes au Maghreb et dans la diaspora. L’espace accueille également une donation issue de la collection privée de bijoux amazighs du diplomate espagnol Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur, et de son épouse Teresa.

Du côté des officiels présents, la cérémonie a réuni des personnalités de premier plan : Patricia del Pozo, responsable de la culture andalouse, la maire de Grenade Marifrán Carazo, l’ambassadrice du Maroc en Espagne Karima Benyaich, ainsi qu’André Azoulay, conseiller du roi du Maroc. Cette composition illustre la dimension diplomatique que revêt l’initiative – un projet ancré dans la société civile mais soutenu par des réseaux institutionnels des deux rives de la Méditerranée.

Grenade, carrefour oublié entre l’Andalousie et le Maghreb

Le choix de Grenade n’est pas fortuit. La ville est habituellement présentée à travers le prisme de la période nasride et de la symbolique universelle de l’Alhambra. L’Espacio Amazigh vient élargir ce récit en inscrivant l’histoire amazigh de l’Afrique du Nord dans le paysage institutionnel de la cité andalouse, rétablissant une continuité que les récits dominants avaient largement occultée. Le bâtiment lui-même – dont les éléments les plus anciens remontent à la période nasride, selon l’association Amadal Amazigh – a été entièrement restauré entre 2024 et septembre 2025, pour un coût de 1,266 million d’euros financé par le Conseil de l’Alhambra.

Cette restauration a par ailleurs mis au jour des éléments archéologiques inattendus. Des fouilles conduites aux abords du site ont permis de documenter 30 structures funéraires de rite islamique dans le cimetière du Cerro del Moro, ainsi que 12 fosses supplémentaires en brique enduite de plâtre, toujours en cours d’analyse. Ces découvertes témoignent de la stratification des usages du lieu à travers les siècles – cimetières, édifices religieux, espaces carcéraux – et confèrent au projet une profondeur archéologique que peu de centres culturels peuvent revendiquer.

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Un signal politique pour les communautés amazighes d’Europe

Pour les communautés amazighes de France, d’Espagne et d’Europe plus largement, l’inauguration dépasse le registre culturel. Depuis des décennies, les militants de la cause amazighe – qu’ils soient kabyles en Algérie, rifains au Maroc ou membres de la diaspora – réclament une reconnaissance institutionnelle de leur identité et de leur patrimoine, souvent niée ou minimisée par les États du Maghreb. L’implantation d’un espace permanent à Grenade, dans un monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco, constitue une reconnaissance par l’institution européenne d’une histoire que les États concernés peinent encore à pleinement assumer.

Derrière la beauté des bijoux et la sobriété des céramiques exposées se dessine ainsi une revendication plus profonde : celle d’un peuple, le plus ancien d’Afrique du Nord selon les historiens, qui recouvre progressivement une visibilité que les siècles d’arabisation et de colonisation avaient durablement érodée. Dans une ville visitée par des millions de touristes chaque année, l’Espacio Amazigh offre désormais à ce récit un ancrage durable et public.

La prochaine étape pour l’équipe de direction sera l’élaboration du programme scientifique et pédagogique de la saison 2026-2027, dont les premières activités sont attendues à l’automne, selon les informations communiquées lors de la cérémonie d’inauguration.


Sources

  1. Rif.fm (ar.rif.fm) – « Espagne : inauguration du premier espace culturel amazigh permanent en Europe près de l’Alhambra »
    https://ar.rif.fm/2026/06/17/إسبانيا-تفتتح-أول-مركز-ثقافي-أمازيغي-د/ – consulté le 18 juin 2026
  2. Conseil de l’Alhambra et du Generalife (Junta de Andalucía) – données relatives à la restauration du Carmen de los Porcel et au financement du projet (1,266 million d’euros), citées dans la source principale – consulté le 18 juin 2026
  3. Association Amadal Amazigh – informations sur l’historique du bâtiment (période nasride) et les travaux de réhabilitation achevés en septembre 2025, citées dans la source principale – consulté le 18 juin 2026
  4. Fondation euro-arabe d’études supérieures (Fondación Euroárabe) – partenariat éducatif et scientifique mentionné dans le cadre de la programmation de l’Espacio Amazigh – consulté le 18 juin 2026

Amel Bensalem

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