Une lionne capturée à Hassi Messaoud : ce que révèle l’incident sur la détention illégale de fauves en Algérie

A la Une

Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Une lionne a été aperçue en liberté dans les rues de Hassi Messaoud, wilaya de Ouargla, ce dimanche 21 juin au matin, avant d’être capturée sans blessé par un dispositif multi-services. L’incident soulève des questions profondes sur la détention privée et illégale d’animaux sauvages dans une ville qui ne dispose d’aucun parc zoologique.

C’est à 7h10 précises que l’alerte a été donnée à la direction de la Protection civile de la wilaya d’Ouargla. Ibrahim Ben Aïoua, chargé de communication de cette direction, a indiqué que l’unité secondaire de Hassi Messaoud est intervenue dans le quartier des 1 850 logements, à la suite du signalement d’un citoyen faisant état de la présence d’une lionne dans la rue. Ce dimanche matin atypique allait marquer durablement les esprits de la ville pétrolière du sud-est algérien : en quelques heures, des vidéos du grand félin déambulant librement entre les immeubles avaient envahi les réseaux sociaux et atteint des millions de vues à l’échelle nationale.

L’animal piégé dans une cage d’escalier, le quartier bouclé

À l’arrivée des secours, le prédateur s’était engouffré dans la cage d’escalier d’un immeuble d’habitation de trois étages, bloquant de fait les résidents à l’intérieur de leurs logements. Face au péril imminent, un périmètre de sécurité rigoureux a été déployé aux abords du bâtiment pour sanctuariser la zone et empêcher tout mouvement de panique ou confrontation directe avec le fauve. Le dispositif engagé était conséquent : deux ambulances, un camion d’intervention, un véhicule à échelle destiné à une éventuelle évacuation des habitants, ainsi qu’un vétérinaire relevant des services communaux ont été mobilisés sur place. Une équipe spécialisée dans la gestion des animaux, venue de la Protection civile de Ghardaïa, a également été dépêchée en renfort.

Pendant ce temps, certains habitants du quartier, loin de fuir, ont fait preuve d’un geste inattendu : ils ont offert de l’eau à l’animal, visiblement désorienté et épuisé par la chaleur saharienne, en attendant l’arrivée des secours. Ce réflexe de solidarité envers le fauve, filmé et relayé en ligne, a autant surpris que touché les observateurs, révélant une forme de sang-froid remarquable face à une situation qui aurait pu virer à la catastrophe.

Après plusieurs heures d’intervention, les agents de la Protection civile sont finalement parvenus à attirer l’animal vers la cage en utilisant un morceau de viande, permettant ainsi de maîtriser la situation sans incident. Le communiqué officiel précise qu’aucune perte humaine n’a été enregistrée lors de cette intervention. Outre la Protection civile, plusieurs responsables et services étaient présents sur les lieux, notamment le chef de daïra, les services de la Sûreté nationale, un vétérinaire relevant de la commune ainsi que les services des forêts.

LIRE AUSSI  جولة الكاريكاتير - ترامب وجائزة نوبل - كاريكاتير مع علاء

Une ville sans zoo, une enquête ouverte

Ce qui frappe dans cet incident, ce n’est pas tant l’image surréaliste d’un lion dans une rue algérienne que la question qu’elle pose sans détour : comment un tel animal s’est-il retrouvé là ? La ville de Hassi Messaoud ne dispose d’aucun parc zoologique. Les services de sécurité ont ouvert une enquête afin de déterminer l’identité du propriétaire du fauve, la piste d’une détention illégale par un particulier demeurant l’hypothèse privilégiée par les enquêteurs.

En l’absence de toute communication officielle des autorités compétentes, le mystère continue d’entourer l’histoire de cette lionne. La détention de ce type d’animal sauvage étant strictement réglementée, l’incident met en lumière un phénomène bien documenté en Algérie et dans plusieurs pays du Maghreb : celui de la possession privée de grands fauves comme signe ostentatoire de statut social, souvent au mépris des réglementations en vigueur. Que l’animal ait été détenu dans un espace inadapté avant de s’échapper, ou qu’il ait été abandonné, les deux hypothèses pointent vers la même réalité : un cadre légal insuffisamment appliqué.

La détention privée de fauves, angle mort de la législation algérienne

L’Algérie n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs wilayas du pays, des signalements de lions, panthères et autres espèces protégées détenus en captivité privée ont été enregistrés ces dernières années, sans que des poursuites systématiques n’aient été engagées. Selon des experts, même lorsqu’un lion a été élevé en captivité, son comportement demeure imprévisible. Un animal effrayé ou désorienté peut réagir de manière brusque face à la présence humaine. C’est précisément ce risque qu’ont couru les habitants du quartier des 1 850 logements en ce dimanche matin, sans qu’aucun protocole de prévention n’ait pu être anticipé par des services vétérinaires et forestiers. Pourtant, le trafic d’animaux exotiques, alimenté par des réseaux régionaux actifs en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, continue de prospérer dans un angle mort de l’application des textes. L’épisode de Hassi Messaoud illustre ce décalage entre l’existence d’un cadre réglementaire et sa mise en oeuvre concrète sur le terrain.

LIRE AUSSI  Harkis et camp de Rivesaltes en France : une tragédie oubliée révélée par la découverte récente d’ossements

Ce que l’incident révèle au-delà de l’anecdote

Derrière la stupeur légitime suscitée par les images, se dessine une dynamique plus profonde : la coexistence, dans plusieurs grandes villes algériennes, d’une économie informelle de l’animal sauvage qui échappe aux radars des autorités jusqu’au moment où une fuite ou un incident force une intervention publique. Les équipes de sécurité ont été déployées dans plusieurs secteurs de la ville afin d’éviter tout contact entre la lionne et la population, les habitants ayant été invités à éviter les déplacements inutiles dans les zones concernées et à signaler immédiatement toute observation aux autorités compétentes. Cette réponse opérationnelle, efficace en l’occurrence, ne saurait tenir lieu de politique de prévention.

L’absence de communication des autorités sur l’identité du propriétaire présumé, plusieurs heures après la capture de l’animal, est à cet égard significative. Elle interroge non seulement la transparence des services chargés de l’enquête, mais aussi la volonté politique de traiter le problème structurel que révèle cet incident – plutôt que de refermer dossier une fois le danger immédiat écarté.

La lionne, désormais placée en sécurité dans une structure métallique adaptée, a survécu à cette journée. Les questions qu’elle a soulevées, elles, restent entières.

Sources

  1. TSA Algérie – « Vidéo. Algérie : une lionne sème la stupeur à Hassi Messaoud »
    https://www.tsa-algerie.com/video-algerie-une-lionne-seme-la-stupeur-a-hassi-messaoud/ – consulté le 22 juin 2026
  2. Le Matin d’Algérie – « Hassi Messaoud : une lionne en liberté capturée dans un quartier résidentiel »
    https://lematindalgerie.com/hassi-messaoud-une-lionne-en-liberte-capturee-dans-un-quartier-residentiel/ – consulté le 22 juin 2026
  3. El Khabar – « La lionne de Hassi Messaoud : l’affaire est close, mais les questions demeurent »
    https://www.elkhabar.com/fr/societe/la-lionne-de-hassi-messaoud-l-affaire-est-close-mais-les-questions-demeurent-264000 – consulté le 22 juin 2026
  4. L’Algérie Aujourd’hui – « Une lionne en liberté sème l’inquiétude à Hassi Messaoud »
    https://lalgerieaujourdhui.dz/une-lionne-en-liberte-seme-linquietude-a-hassi-messaoud-video/ – consulté le 22 juin 2026
  5. Le Zoom DZ – « Hassi Messaoud : une lionne rode en plein centre-ville »
    https://www.lezoomdz.com/hassi-messaoud-une-lionne-rode-en-plein-centre-ville/ – consulté le 22 juin 2026

Safia Rahmani

Plus d'articles

Tendance

NOUVEAUTÉS