Les Fennecs disputeront leurs matchs en Amérique du Nord cet été, mais leurs supporters au départ d’Alger n’auront toujours pas de vol direct pour New York. La ligne transatlantique promise par le PDG d’Air Algérie ne sera pas opérationnelle pour la Coupe du Monde 2026. Ce retard s’inscrit dans un tableau plus large : Berlin, Bilbao, Dublin restent absentes d’un réseau que les élus de la diaspora réclament d’élargir, pendant que les billets pour l’été flambent jusqu’à 1 000 euros l’aller-retour.
Quand les Fennecs fouleront les pelouses de New York/New Jersey, de Los Angeles et de Vancouver cet été, les supporters partant d’Alger devront transiter par Paris-CDG, Londres Heathrow ou Istanbul — comme en 2014. Air Algérie n’aura pas de vol direct Alger–New York à temps pour le coup d’envoi. Le PDG Hamza Benhamouda l’a confirmé sans détour fin 2025 : la ligne ne sera pas opérationnelle avant la Coupe du Monde 2026. Son lancement est envisagé « à partir de » cette échéance, soit au mieux à l’automne, une fois la compétition achevée. Des mois de préparation technique et logistique sont encore nécessaires, a-t-il précisé, sans avancer de date ferme. Pour la diaspora algérienne en Amérique du Nord, qui espérait ce vol historique, la désillusion est concrète.
Une flotte orientée vers l’Afrique et l’Asie, pas encore vers l’Atlantique
La demande pour New York existe, et la compagnie le sait. Ce qui manque, ce n’est pas l’ambition mais l’appareil capable de l’assurer. Air Algérie dispose désormais de quatre Airbus A330-900neo livrés, un cinquième en approche et un sixième repéré à Toulouse en attente de certification. Ces longs-courriers modernes sont capables d’assurer la traversée atlantique — mais ils sont déjà mobilisés sur les nouvelles routes africaines ouvertes depuis le début de l’année : Lagos, Luanda, Maputo, Accra, Libreville, sans oublier Kuala Lumpur depuis le 29 mars et Shanghai prévu pour l’hiver 2026. La compagnie a opéré un choix stratégique assumé : faire d’Alger un hub continental africain et asiatique avant d’ouvrir l’Atlantique Nord. New York arrive en second.
Devant la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée populaire nationale le 30 avril, Benhamouda a qualifié la desserte de la diaspora de « responsabilité nationale plutôt que mission commerciale ». Il a annoncé des négociations avancées pour un nouveau partenariat codeshare avec une compagnie internationale non encore nommée. Air Algérie a déjà conclu un accord similaire avec Qatar Airways, qui permet des correspondances vers Hong Kong, Kuala Lumpur et Mascate via Doha. Un second accord élargirait les options de la diaspora nord-américaine sans attendre la ligne directe.
Berlin, Bilbao, Dublin : la liste des oubliés du réseau
New York n’est pas la seule lacune que la diaspora pointe. Le 2 mai, le député Farès Rahmani a publiquement listé les lignes réclamées par ses administrés : Berlin, Bilbao, Francfort–Oran, Bruxelles vers plusieurs régions d’Algérie, Dublin–Alger. Il cite en modèle la liaison Manchester–Alger, ouverte récemment à la suite de pressions similaires, comme preuve que le dialogue avec le ministère des Transports produit des résultats.
Berlin concentre une demande structurelle. Plus de 46 000 immigrés algériens vivent en Allemagne, essentiellement dans les bassins industriels de Francfort, Munich et Berlin. La liaison Berlin–Alger a existé, elle a été suspendue. Seul Francfort reste desservi en direct — et Air Algérie y change même de terminal le 5 mai, passant du terminal 2 au terminal 3, signe d’une opération qui se pérennise sur ce corridor.
Bilbao est moins visible en première lecture, mais reflète une réalité géographique précise : la communauté algérienne dans le nord de l’Espagne est historiquement liée à l’industrie basque, et la ville constitue le deuxième hub économique du pays. Or l’Espagne demeure structurellement sous-desservie depuis la crise diplomatique de 2022, quand Madrid a révisé sa position sur le Sahara occidental. Le réseau vers la péninsule ibérique s’est contracté : Iberia n’assure plus qu’un vol hebdomadaire Madrid–Alger, Vueling maintient Barcelone–Alger trois fois par semaine, et le nord du pays n’est pas couvert.
Des billets à 1 000 euros qui aggravent la fracture pour les familles
Dans ce contexte de réseau incomplet, la flambée des tarifs pour l’été 2026 durcit encore la situation. Le kérosène en Europe du Nord-Ouest a bondi de 750 dollars la tonne en mars à 1 900 dollars début avril, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz. Air France et Transavia ont répercuté la hausse deux fois en quelques semaines. Chez Air Algérie, l’aller simple Paris–Alger s’affiche à 585,99 euros en tarif Économique Plus pour juillet. En aller-retour avec ASL Airlines, certains créneaux d’août dépassent les 1 000 euros. En 2025, 5,4 millions de passagers avaient emprunté le corridor France–Algérie.
Rahmani a interpellé le ministre des Finances pour réclamer « un budget spécial pour subventionner les billets de voyage » des expatriés. Un aller-retour Paris–Alger pour deux adultes et trois enfants en plein été peut atteindre 2 950 euros, a-t-il chiffré. La compagnie a répondu en avril avec l’offre promotionnelle « Djalia » — 30 % de réduction pour la diaspora au départ de l’étranger, valable une semaine — et relancé une nouvelle campagne tarifaire début mai sur cinq destinations. Des gestes appréciés, mais ponctuels, qui n’effacent pas l’écart entre l’offre disponible et les besoins d’une communauté qui représente le premier marché international d’Air Algérie.
Ce qu’il faut surveiller après le coup de sifflet final
La Coupe du Monde s’achève le 19 juillet 2026. C’est à partir de cette date qu’une annonce officielle sur la ligne Alger–New York devient plausible, sous réserve de la livraison d’un appareil long-courrier supplémentaire libéré des routes africaines. Pour les lignes européennes réclamées — Berlin, Bilbao, Dublin — l’horizon dépend de l’élargissement de la flotte moyen-courriers, Boeing 737 MAX et A320, dont les livraisons progressent mais restent liées au calendrier des constructeurs. La comparution du PDG devant l’APN le 30 avril a formalisé le dossier diaspora dans l’agenda parlementaire. Les prochaines déclarations publiques du ministre des Transports Saïd Sayoud constitueront l’indicateur le plus fiable d’un calendrier réel.
Safia Rahmani