Algeria Bid Round 2026 : Alger saisit la fenêtre énergétique mondiale pour attirer les majors pétrolières

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Yacine Messaoud
Yacine Messaoudhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé dans les relations internationales et les équilibres géopolitiques contemporains. Il suit particulièrement les dynamiques entre puissances mondiales, les conflits et les recompositions diplomatiques. Ses articles privilégient la mise en contexte et la compréhension des rapports de force plutôt que la simple chronologie événementielle.

L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) a officiellement lancé ce dimanche 19 avril, à Alger, un nouveau cycle d’appels d’offres internationaux portant sur sept blocs d’exploration pétrolière et gazière. Cette opération, baptisée « Algeria Bid Round 2026 », intervient dans un contexte de perturbation historique des marchés énergétiques mondiaux, alors que le détroit d’Ormuz reste partiellement bloqué et que l’Europe cherche en urgence à sécuriser ses approvisionnements.

La cérémonie de lancement, présidée par le ministre d’État aux Hydrocarbures Mohamed Arkab en présence du PDG de Sonatrach Noureddine Daoudi et de plusieurs membres du gouvernement, a marqué l’ouverture officielle de la compétition internationale pour l’attribution de sept périmètres d’exploration onshore. Ces blocs, sélectionnés parmi un portefeuille initial de vingt-quatre zones soumis à plus de soixante-dix compagnies énergétiques internationales lors d’un processus de nomination clôturé en janvier 2026, couvrent les principaux bassins hydrocarbures du pays : Illizi, Berkine, Ahnet-Messaoud, Oued Mya, Nord et Ouest. Plusieurs de ces périmètres comportent des découvertes existantes n’ayant pas encore fait l’objet d’une évaluation complète, ce qui constitue, selon ALNAFT, un avantage concurrentiel rare sur les marchés mondiaux de l’exploration.

Un appel d’offres lancé au moment où les marchés regardent vers l’Afrique du Nord

Le calendrier du Bid Round 2026 n’est pas le fruit du hasard. Depuis le 28 février, la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, consécutive aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, a provoqué ce que le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie Fatih Birol a qualifié de plus important choc d’approvisionnement en énergies fossiles de ces dernières décennies. Le Qatar, dont les installations de Ras Laffan ont été partiellement endommagées, a vu interrompre environ 17 % de ses exportations de gaz naturel liquéfié. Dans ce contexte de pénurie, l’Europe a accéléré sa recherche de fournisseurs alternatifs — et l’Algérie s’est retrouvée en première ligne.

Les chiffres le confirment. Selon les données publiées par Energy Research Unit, les exportations algériennes de GNL ont atteint 938 000 tonnes en mars 2026, contre 440 000 tonnes en janvier, soit une hausse de 112 % en l’espace de deux mois. La France s’est hissée au premier rang des importateurs avec 347 000 tonnes sur ce seul mois, en progression de 18 % sur un an. L’Italie, de son côté, étudie la possibilité d’augmenter les volumes transitant par le Trans-Méditerranéen Pipeline, qui relie les gisements algériens à la péninsule en passant par la Tunisie — une infrastructure dont les capacités restent utilisées à environ 80 %, selon les données disponibles. C’est dans ce contexte de demande européenne en pleine expansion qu’Alger choisit de lancer sa compétition pétrolière internationale.

La loi 19-13 comme levier d’attractivité, après l’échec de 2014

Pour comprendre la portée du Bid Round 2026, il faut remonter à l’échec cuisant du cycle d’appels d’offres de 2014, qui n’avait abouti qu’à quatre attributions sur trente et un blocs proposés. À l’époque, le cadre juridique et fiscal algérien était jugé dissuasif par les grandes compagnies pétrolières : la règle dite « 49-51 » plafonnait à 49 % la participation étrangère dans toute entreprise algérienne, tandis que les conditions de partage de production restaient peu compétitives au regard des standards internationaux.

La loi sur les hydrocarbures n°19-13, adoptée en 2019, a profondément modifié ces paramètres. Elle a réintroduit les contrats de partage de production, assoupli les conditions fiscales et supprimé l’obligation de majorité algérienne dans les coentreprises du secteur amont. Le premier test de ce nouveau cadre, l’Algeria Bid Round 2024, a validé la méthode : cinq licences d’exploration ont été attribuées en juin 2025 pour un montant total de 606 millions de dollars, à des compagnies aussi diversifiées que TotalEnergies associée à QatarEnergy, ENI avec le groupe thaïlandais PTTEP, et SINOPEC, le géant pétrolier chinois. La présence de ces acteurs de premier plan dans le portefeuille algérien a contribué à accroître l’attractivité du Bid Round 2026 auprès de nouvelles parties intéressées.

BP de retour, Sonatrach en campagne de forage record

Plusieurs signaux témoignent de l’intensification de l’offensive énergétique algérienne dans les semaines qui ont précédé le lancement officiel. Le 14 avril, ALNAFT a accordé une autorisation de prospection à British Petroleum (BP) dans le bassin oriental — acte marquant le retour du groupe britannique en Algérie après plus de trois ans d’absence. Cette décision, perçue dans le secteur comme un test avant le Bid Round, illustre la capacité d’Alger à attirer des acteurs qui s’en étaient éloignés.

Parallèlement, Sonatrach a annoncé en février 2026 le lancement de ce que la compagnie décrit comme le plus grand programme de forage de son histoire : 500 puits d’exploration et 950 puits de développement sont prévus dans le cadre d’une feuille de route couvrant la période 2025-2029, qui consacre 80 % des investissements énergétiques aux activités amont. Ce plan traduit une ambition claire : renouveler les réserves d’un pays dont la production de gaz, première du continent africain avec 101,84 milliards de mètres cubes en 2025 selon Energy Research Unit, a enregistré un léger recul de 2,5 % par rapport à l’année précédente. La stabilisation, puis la croissance de ces volumes, dépend directement du succès des cycles d’exploration en cours.

Une stratégie à double détente : besoins immédiats et positionnement à long terme

Derrière l’urgence conjoncturelle se dessine une stratégie de plus long terme. Les autorités algériennes ont saisi l’opportunité que représente la crise d’Ormuz pour repositionner le pays comme « acteur énergétique fiable », selon les termes du ministre Arkab lors de la cérémonie de ce dimanche. L’ambition dépasse le seul pétrole et le seul gaz : les programmes solaires, l’hydrogène vert et la pétrochimie sont présentés comme les axes complémentaires d’une diversification énergétique qui permettrait à l’Algérie de proposer aux partenaires européens un paquet d’offres élargi au-delà des hydrocarbures conventionnels.

Les prix jouent en faveur d’Alger. Sonatrach a relevé en avril ses tarifs de GPL entre 38 % et 80 % par rapport aux niveaux de mars, une révision rendue possible par la pression de la demande mondiale. Ces recettes supplémentaires sont susceptibles d’alimenter les budgets d’exploration — un cercle vertueux que le Bid Round 2026 vise précisément à enclencher. Selon les prévisions du FMI publiées le 14 avril, chaque hausse de 10 % du prix du pétrole entraîne une baisse de 0,1 à 0,2 % de la production mondiale — ce qui pèse sur les pays importateurs et renforce, en miroir, la position des exportateurs non exposés à la crise du Golfe.

Les attributions attendues dans les prochains mois

Les résultats du Bid Round 2026 sont attendus dans les prochains mois, selon le calendrier habituel d’ALNAFT. Les noms précis des sept blocs n’ont pas encore été rendus publics lors du lancement de ce dimanche, la procédure de confidentialité jusqu’à la cérémonie officielle étant standard dans ce type d’opération. Le Bid Round 2026 s’inscrit dans un programme plus large : l’agence a identifié dix-sept projets au total — treize combinant développement et exploration, onze purement exploratoires — destinés à être soumis à la concurrence internationale dans les années à venir. La cadence, deux cycles d’appels d’offres en deux ans, contraste nettement avec la décennie de léthargie qui avait suivi l’échec de 2014 et témoigne d’une rupture de méthode assumée par les autorités algériennes.

Yacine Messaoud

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