Législatives du 2 juillet : la diaspora algérienne entre en campagne avec douze sièges à conquérir

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Pour la première fois de son histoire, la communauté algérienne établie à l’étranger sera représentée par douze députés à l’Assemblée populaire nationale, contre huit lors de la précédente législature. À moins de soixante-dix jours du scrutin, les quelque 865 000 électeurs inscrits à l’étranger font face à un calendrier serré, une procédure d’inscription close depuis le 26 avril, et une question récurrente : leur participation sera-t-elle à la hauteur des sièges supplémentaires qui leur sont accordés ?

Le décret présidentiel n° 26-145 du 4 avril 2026 a officiellement convoqué le corps électoral pour le 2 juillet, fixant en même temps les dates de la révision exceptionnelle des listes électorales : du 12 au 26 avril. Cette fenêtre, désormais close depuis hier, a permis aux ressortissants algériens établis à l’étranger de s’inscrire ou de mettre à jour leur situation auprès de leurs consulats respectifs, par voie physique, postale ou électronique. Depuis les ambassades et consulats de France, de Belgique, du Canada, ou des pays du Golfe, les postes diplomatiques algériens ont relayé l’appel à l’inscription, condition sine qua non pour accéder aux urnes le 2 juillet.

Douze sièges au lieu de huit : une réforme inscrite dans la loi du 8 avril 2026

L’augmentation du nombre de représentants de la diaspora est l’une des mesures les plus visibles de la nouvelle architecture électorale adoptée pour ce scrutin. La loi n° 26-07 du 8 avril 2026, fixant les circonscriptions électorales et le nombre de sièges à pourvoir au Parlement, a porté de huit à douze le nombre de députés représentant la communauté nationale à l’étranger. Ce changement place la circonscription diaspora au quatrième rang national, juste derrière Alger (31 sièges), Sétif (17) et Oran (16), et devant plusieurs grandes wilayas comme Batna, Blida ou Tizi-Ouzou, qui comptent chacune onze représentants.

Cette progression n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de redécoupage territorial : l’Algérie est passée de 58 à 69 wilayas depuis la réforme administrative de 2022, et le nouveau texte fixe les circonscriptions électorales à l’aune de ce nouveau découpage. La nouvelle loi retient une clé de répartition d’un siège par tranche de 120 000 habitants — plus un siège supplémentaire pour chaque tranche restante de 60 000 — ce qui a mécaniquement modifié la représentation de nombreuses wilayas. Pour la diaspora, dont la taille réelle est difficile à évaluer précisément, le nombre de douze sièges a été fixé par décision législative, indépendamment du seul critère démographique.

Un réseau consulaire mobilisé sur plusieurs continents

Concrètement, le vote des Algériens de l’étranger s’organise depuis les postes diplomatiques et consulaires algériens répartis dans le monde. La France, qui concentre la grande majorité de la diaspora, dispose d’un maillage de dix-huit consulats, du consulat général de Paris — dont la circonscription couvre Paris, sept départements limitrophes et les DOM-TOM — aux postes de Bobigny, Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux, et plusieurs autres villes. Chaque électeur doit être immatriculé auprès du consulat de sa circonscription de résidence, condition préalable à l’inscription sur les listes électorales. L’inscription sur ces listes ne découle pas automatiquement de l’immatriculation consulaire : elle doit être expressément sollicitée.

Pour les législatives du 2 juillet, la loi électorale prévoit que les membres de la communauté algérienne à l’étranger peuvent voter jusqu’à 120 heures avant le scrutin national, soit dès la fin du mois de juin. Ce mécanisme, destiné à tenir compte des contraintes logistiques liées à la dispersion géographique, permet aux postes consulaires d’étaler l’opération de vote sur plusieurs jours. Le vote par procuration est également prévu pour les électeurs hospitalisés, invalides, en déplacement professionnel ou retenus hors de leur circonscription consulaire lors du scrutin.

Les conditions de candidature, reflet de la complexité du dispositif

Pour se présenter depuis l’étranger, un candidat doit répondre à des exigences précises. Outre les conditions générales — nationalité algérienne, 25 ans révolus, situation militaire régulière, casier judiciaire vierge de condamnations définitives pour crime ou délit intentionnel — les candidats à l’étranger doivent résider dans la zone géographique qu’ils souhaitent représenter. Toute liste déposée en circonscription étrangère doit respecter les règles de parité et de jeunesse applicables à l’ensemble du scrutin : au moins un tiers de femmes, au moins la moitié de candidats de moins de 40 ans, et au moins un tiers de diplômés de l’enseignement supérieur.

Pour les listes indépendantes ou les partis qui ne remplissent pas les seuils de représentativité issus des élections précédentes, la condition de parrainage est allégée à l’étranger par rapport à l’intérieur du pays : 100 signatures d’électeurs de la circonscription concernée par siège à pourvoir, contre 150 en Algérie. Ce différentiel reconnaît implicitement la difficulté pratique de mobiliser des parrainages dans des communautés disséminées sur plusieurs pays.

Une abstention chronique que douze sièges ne suffiront pas à résorber seuls

L’enjeu de la participation reste entier. Lors des élections législatives du 12 juin 2021, le taux de participation national n’avait atteint que 23 %, l’un des plus bas de l’histoire électorale algérienne. À l’étranger, la mobilisation avait été encore plus faible : moins de 5 % des inscrits s’étaient déplacés pour voter, selon les chiffres communiqués en cours de journée par l’ANIE, sur quelque 902 000 électeurs inscrits. Un chiffre qui contraste avec la présidentielle de septembre 2024, où la communauté à l’étranger avait atteint 16,18 % de participation sur 865 000 inscrits — taux plus élevé, mais sur un corps électoral en légère réduction.

Cette abstention chronique tient à plusieurs facteurs structurels. Le sentiment que le vote diaspora n’influence pas réellement les équilibres politiques, le manque d’information sur les candidats et les listes se présentant depuis l’étranger, la dispersion géographique qui rend parfois difficile le déplacement au bureau de vote consulaire, et, pour une partie de la diaspora engagée politiquement, un rejet plus profond du cadre institutionnel depuis le mouvement populaire de 2019. La nouvelle loi organique sur les partis politiques, publiée au Journal officiel n° 30 du 23 avril 2026 et entrée immédiatement en vigueur, a par ailleurs écarté quatorze formations politiques du scrutin, faute de conformité administrative aux nouvelles règles, ce qui restreint encore les options disponibles pour les électeurs soucieux d’une représentation alternative.

Une diaspora appelée à peser sur la dixième législature

Depuis leur première élection en 2002, les représentants de la diaspora à l’APN ont occupé une place institutionnellement marginale, souvent absents des débats majeurs et peu visibles dans l’espace public algérien. Le passage de huit à douze sièges ne modifie pas mécaniquement cette réalité, mais il envoie un signal sur la place que l’État entend reconnaître à une communauté estimée à quelque huit millions de personnes à travers le monde, dont la majorité en France et en Europe. Dans un contexte marqué par les débats sur l’e-visa, les tarifs consulaires, les liaisons aériennes et la question de la double nationalité, les futurs élus de la communauté à l’étranger auront, en théorie, une tribune parlementaire renforcée pour porter ces dossiers.

La prochaine étape sera le dépôt des listes de candidature, dont les délais précis restent à confirmer par l’ANIE dans les jours à venir. Selon le cadre légal en vigueur, la campagne électorale devra s’ouvrir trente jours avant le scrutin, soit aux alentours du 2 juin 2026. Les conditions pratiques du vote depuis l’étranger — bureaux de vote, horaires, modalités de procuration — feront l’objet de communications des postes consulaires dans les semaines suivantes.

Safia Rahmani

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