Abdelkader Mouales, élu indépendant à l’Assemblée populaire de wilaya de Béjaïa, a été placé en détention provisoire par ordonnance d’un juge d’instruction du tribunal de Béjaïa. Selon des sources citées par la chaîne NAtv, il est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec le blogueur algérien en exil Amir Boukhros, connu sous le pseudonyme « Amir Dz », et de lui avoir fourni des informations sur la gestion des affaires locales.
Élu au titre des indépendants (Ahrar), Mouales Kada — de son prénom complet Abdelkader — est également l’administrateur de la page Facebook citoyenne « Béjaïa sois l’observateur », l’une des plateformes d’information locale les plus suivies de la wilaya. C’est le juge d’instruction du tribunal de Béjaïa qui a ordonné son placement sous mandat de dépôt, une mesure de détention provisoire qui intervient dans le cadre d’une information judiciaire ouverte, avant tout jugement au fond.
Des informations transmises à un opposant sous mandat d’arrêt international
Selon les sources particulières citées par NAtv, le mis en cause est soupçonné d’avoir été en communication directe avec Amir Boukhros, mieux connu en Algérie et dans la diaspora sous le pseudonyme « Amir DZ ». Les soupçons portent précisément sur la transmission à ce dernier de données relatives au fonctionnement des institutions locales de la wilaya de Béjaïa. Ces informations auraient ensuite été utilisées dans des publications ciblant des responsables locaux, parmi lesquels le wali Kamal-Eddine Kerbouche et la cheffe de la daïra de Béjaïa, Houda Ghannami.
Amir Boukhros est un blogueur et opposant algérien réfugié en France, suivi par plusieurs millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. La justice algérienne l’a condamné par contumace à vingt ans de prison, et neuf mandats d’arrêt internationaux ont été émis à son encontre, dont plusieurs pour « adhésion à un groupe terroriste ciblant la sécurité de l’État ». Il avait obtenu le statut de réfugié politique en France en 2023, après que la justice française eut estimé que son extradition vers l’Algérie ferait peser un risque sérieux sur le respect de ses droits fondamentaux. Son dossier est au cœur d’une grave crise diplomatique entre Paris et Alger : le 29 avril 2024, il avait été enlevé en région parisienne par des hommes se faisant passer pour des policiers, séquestré pendant vingt-sept heures, dans un épisode que les enquêteurs français ont attribué à une opération commanditée depuis les “services algériens”.
Vingt-huit plaintes et une défense qui invoque la politique
Le dossier judiciaire de l’élu dépasse la seule affaire Boukhros. Selon les mêmes sources de NAtv, Mouales Kada fait face à vingt-huit plaintes déposées par diverses institutions locales, dont la direction de l’Algérienne des eaux, la direction des travaux publics et d’autres organismes de la wilaya. Ce volume de procédures, particulièrement inhabituel pour un élu local, a suscité des interrogations parmi les observateurs locaux, certains y voyant une accumulation de dossiers à caractère administratif, d’autres une démarche coordonnée.
Dans ce contexte, des proches et sympathisants du mis en cause ont publiquement rejeté les accusations. Ils estiment que les poursuites sont de nature politique, et font valoir qu’elles ont coïncidé avec les critiques répétées que l’élu avait formulées à l’encontre de la gestion locale, notamment sur ce qu’il qualifiait de « retards et de mauvaises exécutions » dans plusieurs projets d’infrastructure de la wilaya. Ces positions, amplifiées par la page « Béjaïa sois l’observateur », avaient régulièrement irrité l’exécutif de wilaya.
Une affaire qui soulève la question du rôle des élus locaux
Au-delà du cas individuel, cette détention relance un débat plus large sur les limites du mandat de contrôle des élus locaux en Algérie. D’un côté, la question se pose de savoir jusqu’où un représentant élu peut légitimement collecter et transmettre des informations sur la gestion des affaires publiques, y compris à des acteurs extérieurs. De l’autre, la qualification pénale liée au contact avec un individu inscrit sur les listes algériennes des personnes recherchées constitue un terrain juridique sensible, d’autant que le profil d’Amir Boukhros mêle activisme numérique populaire et contentieux judiciaire grave aux yeux des autorités algériennes.
Aucune réaction officielle du parquet de Béjaïa ni des services de la wilaya n’était disponible au moment de la publication de cet article. ALG247.COM suivra l’évolution de ce dossier.
Safia Rahmani