L’Espagne, l’Irlande et la Slovénie refusent de diffuser l’Eurovision 2026 à Vienne à cause d’Israël

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Eurovision 2026 : RTVE, RTÉ et RTV refusent de diffuser le concours

Les chaînes publiques espagnole, irlandaise et slovène ont annoncé lundi qu’elles ne diffuseront pas l’Eurovision cette semaine, en signe de protestation contre la participation d’Israël au concours. La 70ᵉ édition de la compétition, qui se tient du 13 au 17 mai à Vienne, s’ouvre ainsi dans un contexte de fractures inédites au sein de l’Union européenne de radio-télévision.

Pour la première fois de leur histoire commune au sein du Concours Eurovision de la Chanson, trois diffuseurs publics européens — RTVE (Espagne), RTÉ (Irlande) et RTV (Slovénie) — ont fait le choix de ne pas mettre à l’antenne l’événement musical le plus regardé du monde. La décision, annoncée lundi 11 mai, porte à cinq le nombre de pays qui boycottent la compétition cette année : l’Islande et les Pays-Bas s’y étaient retirés avant le début de la semaine, bien que leurs diffuseurs publics nationaux aient, eux, choisi de maintenir la retransmission. Cette divergence entre la position des délégations nationales et celle des chaînes audiovisuelles illustre l’ampleur des tensions qui traversent le concours depuis plusieurs mois.

Trois diffuseurs, trois programmes alternatifs choisis en signe de rupture

Plutôt que de laisser un écran noir à la place du concours, chacun des trois diffuseurs a élaboré une programmation de substitution chargée de sens. La chaîne slovène RTV a annoncé qu’elle consacrerait ses soirées à une série thématique intitulée Voix de Palestine, décrivant dans un communiqué l’Eurovision comme un « cirque » auquel elle refusait désormais de participer. L’irlandais RTÉ, de son côté, diffusera lors de la première demi-finale des émissions issues de sa grille habituelle, puis, pour la grande finale du samedi, un épisode à thème Eurovision de la série comique Father Ted, figure de la culture populaire irlandaise depuis les années 1990. Quant à RTVE, la télévision publique espagnole, elle proposera à ses téléspectateurs un programme musical propre, intitulé La Casa de la Música, en lieu et place de la soirée viennoise.

Une édition à 35 participants, la plus restreinte depuis l’élargissement de 2004

L’édition 2026, célébrée à Vienne pour le 70ᵉ anniversaire du concours, réunit 35 pays participants — un plancher inégalé depuis l’ouverture du concours aux nouvelles adhésions en 2004. Cette contraction de la carte des participants trahit une crise de confiance profonde envers les modalités de gestion du concours par l’Union européenne de radio-télévision (UER), l’alliance internationale de médias de service public qui en assure l’organisation depuis sa création en 1956. Les griefs formulés par les pays et diffuseurs dissidents sont multiples : ils portent à la fois sur la présence d’Israël dans un concours qui se veut porteur de valeurs communes, sur des soupçons de manipulation du système de vote par télévision, et sur des entraves à la liberté de la presse.

L’avertissement adressé à KAN et les soupçons de manipulation du vote

La polémique a pris une dimension supplémentaire ce week-end, lorsque la direction du concours a émis un avertissement formel à l’encontre de KAN, le diffuseur public israélien, après la diffusion de vidéos promotionnelles invitant les téléspectateurs à « voter dix fois » pour la délégation israélienne. Le directeur du Concours Eurovision, Martin Green, a indiqué dans un communiqué que ces vidéos étaient « contraires aux règles et à l’esprit de la compétition ». Cet incident s’inscrit dans une série de suspicions soulevées depuis l’édition précédente, organisée à Bâle en 2025, où des irrégularités présumées dans le système de télévote auraient artificiellement favorisé l’entrée israélienne. Par ailleurs, plusieurs diffuseurs ont dénoncé les restrictions imposées par les autorités israéliennes aux journalistes souhaitant couvrir la situation à Gaza, y voyant une atteinte directe à la liberté d’accès à l’information.

L’UER sous le feu des critiques : le précédent russe en toile de fond

Au cœur de la contestation se trouve une question que l’UER n’a pas réussi à trancher : pourquoi Israël, dont la conduite militaire à Gaza a suscité de larges condamnations internationales, continue-t-il de participer au concours, alors que la Russie en avait été exclue dès 2022, quelques jours après l’invasion de l’Ukraine ? Pour Amnesty International, la réponse de l’organisation est sans équivoque : son secrétaire général, Agnes Callamard, a qualifié le refus de l’UER de suspendre la participation israélienne d’« acte de lâcheté » et d’illustration de « doubles standards flagrants ». L’organisation a soutenu que la présence d’Israël à Vienne offrait au pays « une tribune pour tenter de détourner l’attention de son génocide en cours dans la bande de Gaza occupée ». En septembre dernier, une commission d’enquête mandatée par l’ONU avait conclu que « des actes de génocide se commettent à Gaza » — une qualification qu’Israël conteste vigoureusement.

Vienne sous tension, à l’heure du bilan pour une institution centenaire

L’UER se trouve ainsi à la croisée des chemins. Institution fondée sur le principe de la coopération culturelle transnationale et du service public de l’audiovisuel, elle doit aujourd’hui arbitrer entre la neutralité politique qu’elle revendique et les pressions croissantes d’une partie de ses membres qui estiment que cette neutralité est elle-même devenue une position politique. La comparaison avec la décision d’exclure la Russie — adoptée en l’espace de quarante-huit heures — continue d’alimenter la controverse, y compris au sein des instances dirigeantes de l’Union. Certains diffuseurs membres ont explicitement demandé que les critères d’exclusion soient clarifiés et rendus publics, afin d’éviter que des décisions perçues comme arbitraires ne fragilisent davantage la légitimité du concours.

Le premier tour de la compétition s’est ouvert mardi 12 mai avec la demi-finale réunissant des délégations de 35 pays, la grande finale étant programmée pour le samedi 16 mai. D’ici là, la question de la participation israélienne aux prochaines éditions devrait être formellement inscrite à l’agenda de l’UER, selon des sources proches des délibérations en cours au sein de l’organisation.

Safia Rahmani

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