Pourquoi le financement contre Ebola tarde à arriver en RDC

Quatre chefs d'État africains et le directeur général d'Africa CDC ont interpellé mardi les bailleurs internationaux sur le décalage entre les annonces de financement et les sommes réellement versées pour combattre Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. Sur 1,2 milliard de dollars promis, seuls 816 millions ont été décaissés, alors que l'épidémie a déjà tué plus de 2 500 personnes en trois mois.

Le président congolais Félix Tshisekedi, son homologue ougandais Yoweri Museveni, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le chef de l’État burundais Évariste Ndayishimiye ont signé une déclaration commune publiée le 25 août. Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, l’a cosignée. Le texte dresse un constat simple : les engagements financiers pris par la communauté internationale pour endiguer l’épidémie de maladie à virus Ebola ne se traduisent pas assez vite en moyens sur le terrain. Selon les signataires, cet écart entre les annonces et les décaissements prive des villages entiers de traitements et empêche certaines équipes de surveillance d’atteindre les communautés à temps.

Un appel commun de quatre chefs d’État et d’Africa CDC

La déclaration établit trois constats. D’abord, que les annonces financières ne suffisent pas à elles seules : sur les 1,2 milliard de dollars promis pour la riposte en RDC et en Ouganda, moins de sept dixièmes avaient été effectivement versés à la fin du mois d’août, selon les chiffres cités par les signataires. Ensuite, que chaque retard de décaissement se traduit concrètement par des traitements qui n’arrivent pas et des équipes de suivi des contacts qui ne peuvent pas se déployer à temps. Enfin, que les financements utilisés en dehors des mécanismes nationaux, ou sans information précise sur leur emploi, risquent de fragmenter une riposte qui doit pourtant franchir des frontières. Ce que révèle cette déclaration commune, c’est moins un désaccord sur le montant de l’aide qu’une crise de confiance sur sa traçabilité.

Les cinq signataires formulent trois demandes précises. Ils réclament un décaissement rapide des sommes promises, alignées sur les priorités définies par les gouvernements nationaux concernés. Ils exigent aussi une traçabilité complète de chaque financement, avec quatre questions systématiques : où l’argent est-il arrivé, quand, pour quelle intervention et avec quel résultat. Ils demandent enfin que les bailleurs financent à la fois les réponses nationales et la coordination régionale, notamment la surveillance transfrontalière et les laboratoires, car aucun plan national ne peut à lui seul suivre les mouvements de population au-delà des frontières congolaise et ougandaise. Leur formule résume l’organisation qu’ils appellent de leurs vœux : les pays dirigent, Africa CDC coordonne, les partenaires financent.

Une épidémie inédite qui a déjà fait plus de 2 500 morts

L’épidémie a été confirmée le 15 mai dans la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, avant de s’étendre à cinq autres provinces du pays ainsi qu’à l’Ouganda voisin. Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola recensée en RDC. Elle reste toutefois la première provoquée à cette échelle par la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin n’a encore fait la preuve de son efficacité, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Cent jours après la déclaration officielle, France 24 recensait le 24 août plus de 2 500 morts pour 5 375 cas enregistrés. Ce bilan dépasse déjà celui de l’épidémie de 2018-2020, jusque-là considérée comme la plus meurtrière de l’histoire du pays.

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Le coordinateur humanitaire des Nations unies en RDC, Julien Harneis, a qualifié l’évolution de la maladie d’exponentielle lors d’un point de presse tenu à Genève le 21 août. La moitié des décès recensés depuis le début de l’épidémie est survenue au cours des vingt jours précédents, a-t-il précisé. La zone touchée couvre désormais une superficie supérieure à celle de la France.

Kinshasa réclame un droit de regard sur les financements extérieurs

Au-delà de l’appel commun aux bailleurs, le gouvernement congolais réclame directement une meilleure coordination des financements extérieurs et souhaite gérer une part plus importante de l’aide reçue. Le problème identifié par les autorités de Kinshasa tient en une observation simple : l’ensemble de l’argent mobilisé pour la riposte n’arrive pas dans une caisse commune. Les États-Unis en offrent l’exemple le plus net. Washington a annoncé le 5 août une enveloppe supplémentaire de 242 millions de dollars, portant à 512 millions ses engagements pour la réponse directe à Ebola et la préparation régionale. Ce montant s’ajoute, sans s’y confondre, aux 350 millions de dollars déjà mobilisés pour l’aide humanitaire en RDC, au Soudan du Sud et en Ouganda, d’après Africa CDC.

Or, l’Organisation mondiale de la santé précise que cet argent américain ne transite pas par ses propres circuits : Washington utilise ses mécanismes et ses opérateurs, ce qui empêche l’OMS de détailler la manière dont ces fonds sont répartis sur le terrain. C’est précisément cette fragmentation, entre financements bilatéraux, multilatéraux et humanitaires, que les autorités congolaises cherchent désormais à mieux encadrer.

Les intervenants de terrain payés en retard, selon une coalition congolaise

La question du financement alimente aussi un débat interne en RDC. La coalition Le Congo n’est pas à vendre a dénoncé des dysfonctionnements dans la gestion des fonds déjà disponibles. Elle pointe notamment des retards de paiement touchant les intervenants de première ligne dans les zones affectées. Dans un entretien accordé à la Deutsche Welle, son porte-parole Jean-Claude Mputu a réclamé la publication des rapports financiers de la riposte ainsi que l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’utilisation des ressources mobilisées.

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Le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations unies a pourtant débloqué 30,5 millions de dollars supplémentaires ces dernières semaines, qui s’ajoutent à 24 millions déjà alloués à la RDC et à quatre pays voisins. Jean Kaseya a de son côté proposé de renforcer la traçabilité des fonds en numérisant les paiements versés aux équipes de terrain. La coalition congolaise juge toutefois cette mesure difficile à appliquer dans des zones dépourvues d’infrastructures bancaires.

L’OMS se donne trois mois pour inverser la courbe

Réunie le 12 août, l’Organisation mondiale de la santé s’est fixé un objectif calendaire précis : inverser la tendance à la hausse de l’épidémie d’ici trois mois et interrompre la transmission du virus d’ici six mois. L’organisation reconnaît toutefois que la progression varie fortement d’une zone à l’autre, notamment dans la province de l’Ituri, où le pic épidémique n’avait pas encore été atteint à la mi-août selon ses propres services.

En Ouganda, la situation reste plus favorable. Africa CDC et l’OMS ont salué l’interruption de la transmission locale, tout en appelant à maintenir la vigilance tant que l’épidémie progresse de l’autre côté de la frontière congolaise. La déclaration commune du 25 août ne fixe ni nouveau montant ni calendrier contraignant pour les bailleurs. Elle pose en revanche une question qui structurera les prochaines semaines de la riposte : celle de savoir si les 384 millions de dollars encore promis, mais non versés, seront décaissés avant que l’épidémie ne franchisse un nouveau seuil critique.


Sources

  1. RFI (via Yahoo Actualités) – Ebola : quatre chefs d’État africains réclament des financements rapides et traçables
    https://fr.news.yahoo.com/ebola-quatre-chefs-d-état-122126788.html – consulté le 26 août 2026
  2. France 24 – Ebola en RDC : plus de 2500 morts sur 5375 cas enregistrés en 100 jours
    https://www.france24.com/fr/vidéo/20260824-ebola-en-rdc-plus-de-2500-morts-sur-5375-cas-enregistrés-en-100-jours – consulté le 26 août 2026
  3. La Presse – L’épidémie d’Ebola « progresse de façon exponentielle », alerte l’ONU
    https://www.lapresse.ca/international/afrique/2026-08-21/republique-democratique-du-congo/l-epidemie-d-ebola-progresse-de-facon-exponentielle-alerte-l-onu.php – consulté le 26 août 2026
  4. Africa CDC – Africa CDC salue les orientations et les directives du Président Tshisekedi en faveur d’une riposte intensifiée
    https://africacdc.org/news-item/africa-cdc-salue-les-orientations-et-les-directives-du-president-tshisekedi-en-faveur-dune-riposte-intensifiee-redevable-et-centree-sur-les-villages-face-a-lepidemie-de-maladie-a-vi/ – consulté le 26 août 2026
  5. Centre d’études stratégiques de l’Afrique – Épidémie d’Ebola en RDC : explication
    https://africacenter.org/fr/spotlight/ebola-rdc/ – consulté le 26 août 2026
  6. allAfrica (Deutsche Welle) – Ebola : « Il faut une enquête parlementaire pour comprendre pourquoi l’épidémie progresse malgré les moyens mobilisés » (Jean-Claude Mputu)
    https://fr.news.yahoo.com/ebola-faut-enquête-parlementaire-comprendre-074800441.html – consulté le 26 août 2026
  7. allAfrica – Ebola : derrière les millions annoncés pour la riposte, le défi de coordonner les financements
    https://fr.allafrica.com/stories/202608140250.html – consulté le 26 août 2026

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