Pourquoi la sécheresse du Danube fragilise le nucléaire européen

Le Danube, deuxième plus long fleuve d'Europe, a atteint à Budapest son niveau le plus bas jamais mesuré, contraignant la Hongrie à arrêter dimanche son unique centrale nucléaire et la Roumanie à fermer un réacteur à Cernavoda. Cette double panne révèle la vulnérabilité d'un parc nucléaire conçu pour un climat qui n'existe plus, au moment où l'Europe cherche des fournisseurs de gaz alternatifs, dont l'Algérie.

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Le niveau du fleuve à Budapest est tombé à environ dix centimètres lundi, très loin sous le précédent record de 33 centimètres établi en 2018. La Hongrie a annoncé l’arrêt de son unique centrale nucléaire après que des niveaux record du Danube ont perturbé le refroidissement des réacteurs. Ce site fournit à lui seul près de la moitié de l’électricité consommée dans le pays, ce qui transforme un incident technique localisé en enjeu de sécurité énergétique nationale.

Deux centrales à l’arrêt le même week-end

Le premier ministre hongrois Peter Magyar a annoncé que la centrale de Paks serait mise à l’arrêt dimanche, une première depuis sa mise en service il y a 44 ans. La production était déjà tombée à 965 mégawatts vendredi, puis à 240 mégawatts dans la nuit, très en dessous des 2 000 mégawatts habituels. Le site, construit à l’époque soviétique, puise l’eau du Danube pour refroidir ses quatre réacteurs, mais le faible niveau du fleuve empêche désormais les pompes d’aspirer un volume suffisant. Un niveau de moins 134 centimètres déclenche l’arrêt complet de l’installation, un seuil que la rivière devait frôler avant une légère remontée.

En Roumanie, la situation n’est pas moins critique. Le débit du Danube y est tombé à 1 500 mètres cubes par seconde, moins d’un tiers de sa moyenne du mois de juillet, et les autorités ont fermé l’un des deux réacteurs de la centrale de Cernavoda, dont le second tourne à environ la moitié de sa capacité habituelle. Pour tenter de restaurer le débit vers l’installation, la marine roumaine a fait exploser 180 kilogrammes d’explosifs près du canal de Bala afin de rediriger l’eau vers le chenal principal du fleuve.

Une architecture de refroidissement conçue pour un autre climat

Paks et Cernavoda partagent la même faiblesse technique. Ces centrales utilisent un système de refroidissement à circuit ouvert, qui puise l’eau du fleuve pour extraire la chaleur des réacteurs avant de la restituer plus chaude au cours d’eau, un mécanisme conçu pour des conditions hydrologiques historiques laissant une marge suffisante avant d’atteindre les limites environnementales de rejet. Ce n’est pas tant la sécheresse isolée qui menace ces installations que l’écart croissant entre des infrastructures pensées pour des décennies de climat stable et des vagues de chaleur devenues plus fréquentes et plus sévères.

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Le phénomène s’était déjà manifesté lors de la sécheresse européenne de 2022 et d’un épisode similaire à l’été 2024, mais 2026 se distingue par son ampleur géographique, avec des niveaux records touchant simultanément le Rhin allemand et le delta du Danube en mer Noire, tandis que le parc nucléaire français a lui aussi réduit sa production lors de trois vagues de chaleur successives. La navigation commerciale reste possible mais s’effectue avec des cargaisons allégées, un phénomène qui a déjà contraint l’Ukraine à réorienter une partie de ses exportations céréalières transitant habituellement par les ports de la mer Noire. À Belgrade, où le Danube rejoint la Save, le recul des eaux a paradoxalement dégagé une plage supplémentaire pour la population en pleine canicule.

Budapest et Bucarest en première ligne

Plus d’une centaine de villes et villages hongrois ont été placés sous restriction d’usage de l’eau, et le gouvernement a demandé aux entreprises grandes consommatrices de réduire volontairement leur consommation. En Roumanie, le premier ministre par intérim Ilie Bolojan a décrété l’état d’alerte national dans le secteur énergétique pour l’ensemble du mois d’août et a averti qu’un arrêt du second réacteur de Cernavoda entraînerait une perte d’environ 20 % de la production électrique nationale. Bucarest a annoncé importer de l’électricité depuis l’Ukraine aux heures de pointe et négocier un soutien similaire avec la Bulgarie et la Grèce.

Une facture énergétique qui pourrait profiter au gaz algérien

Cette fragilisation simultanée de deux centrales nucléaires en Europe centrale intervient alors que le continent reste dépendant du gaz naturel pour compenser toute défaillance de sa production électrique. Dans ce contexte, l’Algérie occupe une position singulière : le pays a fourni environ 40 milliards de mètres cubes de gaz à l’Union européenne en 2025, soit près de 14 % des importations gazières du bloc. Ses exportations par gazoduc ont encore progressé de 13 % en mai 2026 par rapport à l’année précédente, portées par le Medgaz vers l’Espagne et le TransMed vers l’Italie via la Tunisie.

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Une aggravation de la crise énergétique en Europe centrale, où les prix de l’électricité restent indexés sur ceux du gaz, aurait des répercussions concrètes sur le pouvoir d’achat des ménages européens, y compris au sein de la diaspora algérienne installée en France et dans le reste de l’Union.

Aucune amélioration attendue avant plusieurs semaines

Quelques précipitations sont attendues en Autriche cette semaine, mais les modèles à plus long terme privilégient la persistance de hautes pressions, repoussant tout retour à la normale à une date incertaine. La Commission européenne avait pourtant anticipé ce type de choc dès juin 2025 avec sa stratégie de résilience hydrique, alors que les sécheresses affectent déjà environ 4 % du territoire de l’Union chaque année.

Le niveau du Danube à Budapest a légèrement remonté, de cinq centimètres selon le premier ministre Magyar, ce qui pourrait éviter, au moins temporairement, l’arrêt total de Paks lors de l’un des pics de consommation les plus élevés de l’année. La trajectoire des prochaines semaines dépendra désormais autant de la météo que de la capacité des opérateurs à maintenir leurs réacteurs sous le seuil critique. yale

Sources

  1. Al Jazeera – Hungary plans to shut down only nuclear power plant amid drought
    https://www.aljazeera.com/news/2026/8/2/hungary-plans-to-shut-down-only-nuclear-power-plant-amid-drought – consulté le 8 août 2026
  2. Fortune – The Danube is running dry, and Europe’s power grid is suffering as a result
    https://fortune.com/2026/08/03/the-danube-is-running-dry-and-europes-power-grid-is-suffering-as-a-result/ – consulté le 8 août 2026
  3. EU Perspectives – A shrinking Danube leaves two nuclear plants gasping for water
    https://euperspectives.eu/2026/08/a-shrinking-danube-leaves-two-nuclear-plants-gasping-for-water/ – consulté le 8 août 2026
  4. TechTimes – Danube Falls to All-Time Low as Europe’s Drought Forces Nuclear Reactors Offline
    https://www.techtimes.com/articles/322051/20260729/danube-falls-all-time-low-europes-drought-forces-nuclear-reactors-offline.htm – consulté le 8 août 2026
  5. ObservAlgerie – Gaz algérien : les exportations vers l’Europe en hausse de 13 %
    https://observalgerie.com/2026/08/05/economie/gaz-algerien-les-exportations-vers-leurope-en-hausse-de-13 – consulté le 8 août 2026

Safia Rahmani

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