Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, des avions militaires américains ont frappé plusieurs sites du nord du Venezuela, dont la capitale Caracas, dans le cadre d’une opération baptisée « Absolute Resolve ». L’attaque a duré moins de trente minutes. Les forces américaines ont capturé le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, transférés dans la foulée vers un centre de détention de Brooklyn, à New York. Lors d’une conférence de presse organisée le jour même, Donald Trump a justifié l’opération en invoquant une doctrine américaine vieille de plus de deux siècles, qu’il a qualifiée de « trop longtemps oubliée ». Le président américain est même allé jusqu’à surnommer sa version personnelle du texte la « Donroe Doctrine », contraction assumée de son propre nom et de celui de James Monroe, cinquième président des États-Unis, qui avait formulé la doctrine originelle en 1823.
Une capture présidentielle comme point de départ d’une doctrine réactivée
Le précédent vénézuélien ne relève pas d’un épisode isolé. Le 7 mars 2026, Donald Trump a réuni plusieurs chefs d’État latino-américains lors d’un sommet baptisé « Bouclier des Amériques », en présence du secrétaire d’État Marco Rubio. Ce sommet s’appuie sur la Stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025, qui définit désormais le monde comme un ensemble de zones d’influence où chaque puissance gère ses propres intérêts sans immixtion extérieure. Quatre mois plus tard, à Cusco, au Pérou, un haut responsable du Pentagone a présenté cette relecture de la doctrine Monroe comme un outil de protection plutôt que d’ingérence, une lecture que plusieurs observateurs qualifient au contraire d’impérialisme assumé.
Ce basculement ne se limite pas à un affrontement entre Washington et un pays isolé : il redessine un rapport de force à plusieurs pôles, où chaque État latino-américain arbitre, au cas par cas, entre les États-Unis et la Chine.
De Monroe à Roosevelt, une doctrine façonnée par l’interventionnisme
Formulée le 2 décembre 1823 par le président James Monroe dans un message adressé au Congrès, la doctrine originelle établissait une frontière nette entre l’Ancien Monde et le Nouveau Monde. Les puissances européennes s’engageaient à ne plus coloniser les Amériques, en échange de la non-intervention américaine dans les affaires du continent européen. Le tournant décisif intervient en 1904, lorsque le président Theodore Roosevelt y ajoute un corollaire autorisant les États-Unis à intervenir directement dans les pays d’Amérique latine pour y « maintenir l’ordre ». Ce corollaire a servi de justification à la construction du canal de Panama et à une série d’interventions militaires répétées au tournant du vingtième siècle. La menace coloniale européenne qui avait motivé le texte a pourtant disparu depuis longtemps. La doctrine, elle, n’a jamais quitté le vocabulaire diplomatique américain. La relance de janvier 2026 l’illustre avec une netteté inédite.
Brasília, cible d’une guerre commerciale sans précédent
Le Brésil concentre une part disproportionnée de la pression américaine. Depuis le 6 août 2025, les exportations brésiliennes vers les États-Unis sont frappées d’un tarif cumulé de 50 %, associant une taxe standard de 10 % à une surtaxe additionnelle de 40 %. Washington justifie officiellement cette surtaxe par la poursuite judiciaire de l’ancien président Jair Bolsonaro, allié de Donald Trump, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. L’organisation suisse Global Trade Alert classe désormais le Brésil et la Turquie au deuxième rang des pays les plus taxés par Washington, juste derrière la Chine. Le président Lula a répondu par une tribune où il affirme rester ouvert à « un dialogue ouvert et constructif », tout en refusant l’entrée sur le territoire brésilien à deux hauts fonctionnaires du département d’État américain. Il a par ailleurs sollicité ses homologues chinois et indien pour construire, au sein des BRICS, une réponse coordonnée face aux barrières tarifaires américaines.
Pékin consolide en silence sa présence sur le même continent
Pendant que Washington multiplie les mesures de rétorsion, la Chine approfondit méthodiquement son ancrage régional. Le mégaport de Chancay, au nord de Lima, inauguré en novembre 2024 et financé par des capitaux chinois, s’impose désormais comme la principale porte d’entrée de la Nouvelle Route de la soie sur le continent. Au Chili, en Bolivie et en Argentine, les investissements chinois se concentrent sur le lithium, ressource stratégique pour la transition énergétique mondiale. Au Brésil, la part des États-Unis dans les exportations est tombée de 12 % à un peu plus de 9 % en un an, un plancher inédit depuis 1997. Dans le même temps, les ventes vers la Chine ont bondi de 38,7 % sur le seul mois de février 2026. Cette dynamique dément la lecture binaire d’un hémisphère uniformément aligné derrière Washington. La plupart des économies de la région cherchent au contraire à répartir leurs dépendances entre les deux puissances, quitte à s’exposer, selon certains chercheurs, à un nouvel endettement vis-à-vis de Pékin.
Les échéances qui préciseront le rapport de force
Plusieurs rendez-vous permettront de mesurer la solidité de cette doctrine réaffirmée. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 détermineront la marge de manœuvre intérieure de Donald Trump pour poursuivre cette ligne. Le sommet climatique de Belém, auquel Lula a personnellement invité le président américain, offrira une occasion de tester le dégel amorcé lors de leur entretien téléphonique. Washington a par ailleurs élargi ses enquêtes commerciales fondées sur la section 301 à l’Inde, au Vietnam, à la Malaisie et à plusieurs économies européennes. La logique tarifaire déployée contre le Brésil pourrait ainsi devenir un instrument de politique étrangère à portée mondiale, plutôt qu’un cas isolé.
La capture de Nicolás Maduro a placé les Nations unies devant une fracture inédite de l’ordre international. Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, plusieurs délégations ont opposé la conception extraterritoriale de l’État de droit revendiquée par Washington aux principes de souveraineté et de non-agression inscrits dans la charte des Nations unies. Cette ligne de fracture, plus que la carte des alliances tarifaires ou militaires, dessine la question qui occupera les chancelleries dans les mois à venir.
Sources
- ONU Info – Capture de Nicolás Maduro : l’ONU face à une ligne rouge du droit international
https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158177 – consulté le 12 août 2026 - franceinfo – La doctrine Monroe, un texte vieux de deux siècles exhumé par Donald Trump pour justifier sa politique étrangère
https://www.franceinfo.fr/monde/venezuela/attaque-americaine-sur-le-venezuela/la-doctrine-monroe-un-texte-vieux-de-deux-siecles-exhume-par-donald-trump-pour-justifier-sa-politique-etrangere_7719877.html – consulté le 12 août 2026 - Revue Défense Nationale (Cairn.info) – Sommet « Bouclier des Amériques » : une nouvelle alliance autour de Donald Trump
https://shs.cairn.info/revue-defense-nationale-2026-4-page-116?lang=fr – consulté le 12 août 2026 - La Nouvelle Tribune – Face à Trump, Lula sort un chiffre qui contredit toute la stratégie tarifaire américaine
https://lanouvelletribune.info/2026/07/face-a-trump-lula-sort-un-chiffre-qui-contredit-toute-la-strategie-tarifaire-americaine/ – consulté le 12 août 2026 - Le Grand Continent – « Avec Lula, le Brésil est en position de force »
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/05/21/bresil-durigan/ – consulté le 12 août 2026 - IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) – L’Amérique latine, une région prioritaire pour la Chine
https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2025/07/AFD_2025_07_Chine_Ameriquelatine_Note.pdf – consulté le 12 août 2026
Yacine Messaoud
