La Gendarmerie nationale algérienne a publié un communiqué précisant les conditions légales de conduite applicables aux deux-roues électriques, qu’il s’agisse de motos, de scooters ou de trottinettes électriques. Ce rappel réglementaire s’inscrit dans le cadre du décret exécutif n° 25-169 du 22 juin 2025, qui a profondément remanié les règles de circulation routière en Algérie.
Dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine, la scène est désormais familière : des adolescents filent sur des trottinettes électriques entre les voitures, des livreurs sillonnent les quartiers sur des scooters sans plaque d’immatriculation, des conducteurs de motos électriques circulent sans que nul ne sache avec certitude quel document administratif ils devraient présenter en cas de contrôle. C’est précisément pour mettre fin à cette confusion que la Gendarmerie nationale a choisi de diffuser un communiqué pédagogique détaillant les obligations légales selon la puissance de l’engin utilisé. Ce texte s’appuie sur le décret n° 25-169, signé le 22 juin 2025 par le Premier ministre Nadir Larbaoui, qui modifie et complète le décret de référence du 28 novembre 2004 fixant les règles générales de la circulation routière.
Trois seuils de puissance, trois obligations distinctes
Le cœur du dispositif réglementaire repose sur une graduation selon la puissance nominale du moteur électrique, exprimée en kilowatts. Pour les motos et scooters électriques dont la puissance est comprise entre 4 et 15 kilowatts — la tranche qui regroupe la majorité des engins vendus sur le marché algérien — le conducteur doit être titulaire d’un permis de conduire de catégorie A1, laquelle couvre les motocyclettes dont la puissance maximale nette ne dépasse pas 15 kW. Au-delà de ce seuil, les exigences montent d’un cran : les engins dont la puissance excède 15 kilowatts relèvent de la catégorie A, réservée aux motos de plus forte puissance.
Le troisième régime concerne les engins les plus légers, dont la puissance est inférieure à 4 kilowatts. Cette tranche englobe une large partie des trottinettes électriques de ville, souvent utilisées pour les trajets de proximité ou les derniers kilomètres. Pour ces véhicules, aucun permis de conduire au sens classique du terme n’est exigé. Leur mise en circulation est toutefois subordonnée à l’obtention d’une autorisation administrative délivrée par le wali de la wilaya de résidence du propriétaire, une procédure qui vise à maintenir une traçabilité minimale sur un parc roulant en forte expansion.
Un décret qui soumet les deux-roues aux mêmes règles que les voitures
La réforme introduite par le décret de juin 2025 va bien au-delà d’une simple mise à jour des catégories de permis. Le texte soumet désormais les motocycles et cyclomoteurs à un contrôle de conformité par l’administration des mines, leur immatriculation devant obéir aux mêmes règles que celles applicables aux véhicules automobiles. Pendant des années, les deux-roues — et les trottinettes électriques dans une mesure encore plus grande — circulaient dans un vide juridique partiel en matière d’identification, ce qui rendait difficile tout suivi en cas d’accident ou d’infraction. Le même texte précise également que les engins dont la puissance dépasse 73,6 kilowatts doivent être équipés d’un système de freinage antiblocage (ABS), une disposition qui concerne les segments les plus puissants du marché électrique.
Par ailleurs, la réforme introduit un système d’équivalences automatiques entre certaines catégories : tout permis, quelle qu’en soit la catégorie, autorise la conduite des véhicules relevant de la catégorie A1. Un détenteur du permis B ordinaire peut donc légalement conduire une moto ou un scooter électrique dont la puissance ne dépasse pas 15 kilowatts, sans démarche supplémentaire. Cette disposition simplifie la situation de nombreux usagers qui conduisaient jusqu’alors dans l’ignorance totale ou partielle de leurs droits.
Trottinettes et scooters : un marché en plein essor face à un vide de contrôle
La publication de ce communiqué par la Gendarmerie nationale intervient dans un contexte de croissance soutenue et désordonnée du parc de deux-roues électriques. Des marques ont officiellement confirmé leur décision de mettre en place des unités d’assemblage de trottinettes électriques sur le territoire algérien, ciblant une demande en forte croissance dans les grandes agglomérations confrontées aux problématiques de circulation et de stationnement. La trottinette électrique s’est en particulier imposée comme un outil de mobilité du quotidien — courses de proximité, trajets domicile-travail, livraisons à domicile — dans des villes où les transports en commun peinent à absorber une demande croissante. Or, comme l’a documenté le quotidien El Watan, des trottinettes électriques circulent à vive allure dans les rues des centres-villes sans que leurs conducteurs ne soient soumis à aucun contrôle, créant des situations à risque pour les piétons et les autres usagers.
La démarche pédagogique privilégiée par la Gendarmerie nationale — diffuser l’information avant d’intensifier les contrôles — traduit la conscience des autorités que la mise en conformité ne peut être immédiate dans un secteur où les usages ont précédé le droit. Nombre de propriétaires de trottinettes ou de scooters électriques ont acquis leurs engins sans que le vendeur ne les informe des obligations légales, dans des circuits commerciaux informels où la question de l’homologation n’est pas toujours posée.
La régularisation administrative, une étape désormais incontournable
La Gendarmerie nationale rappelle que la première démarche à accomplir consiste à identifier avec précision la puissance nominale de son engin, une donnée que l’on trouve en règle générale sur la plaque signalétique du moteur ou dans la notice technique du fabricant. De cette information découle directement l’obligation applicable : permis de catégorie A1, permis de catégorie A, ou autorisation du wali. Tout manquement expose le contrevenant aux sanctions prévues par le code de la route, pouvant inclure l’immobilisation du véhicule et le paiement d’une amende. Les contrôles sur les deux-roues se sont intensifiés depuis l’entrée en vigueur du décret de juin 2025, notamment dans les grandes agglomérations.
Au-delà de l’aspect purement administratif, ce rappel réglementaire s’inscrit dans une politique de sécurité routière plus large. La mortalité liée aux accidents impliquant des deux-roues demeure l’une des préoccupations majeures des autorités algériennes, et la mise en place d’un cadre juridique clair — associant permis adaptés, immatriculation obligatoire et contrôle de conformité technique — constitue l’un des leviers structurels pour tenter d’enrayer cette tendance. Les prochains mois diront si les mesures d’accompagnement suffiront à régulariser en profondeur un parc roulant qui, par son ampleur même, défie la capacité de contrôle des forces de l’ordre.
Safia Rahmani