Le détroit d’Ormuz reste, malgré six mois de guerre, le principal goulot d’étranglement de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Avant le conflit, environ un quart du pétrole transporté par voie maritime et un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial y transitaient. Toute reprise des hostilités dans cette zone se répercute presque immédiatement sur les marchés européens de l’énergie, déjà fragilisés par six mois d’incertitude. Pour l’Algérie, l’un des principaux fournisseurs de gaz de l’Union européenne, chaque nouvel épisode de tension redessine un peu plus les rapports de force entre fournisseurs.
Le 1er septembre, l’armée américaine a mené une série de frappes contre une centaine de cibles iraniennes, selon des responsables cités par Axios. Elle a visé pour la première fois deux pétroliers appartenant au gouvernement iranien, ancrés au nord de la ligne de blocus naval américain. Deux jours plus tard, l’Iran a affirmé que deux pétroliers avaient heurté des mines navales en tentant de traverser le détroit. Le commandement central américain a de son côté assuré avoir frappé des sites de défense aérienne, de communication et de radar iraniens. La Jordanie et le Bahreïn ont annoncé, chacun de leur côté, avoir intercepté des tirs iraniens dirigés vers leur territoire.
Ce n’est pas une simple répétition des échanges de tirs qui rythment ce conflit depuis février. C’est la première fois, en six mois de guerre, que Washington vise directement des navires appartenant à l’État iranien, et non plus seulement des sociétés tierces ou des infrastructures militaires.
Une escalade qui vise directement les pétroliers de Téhéran
Le 4 septembre, l’US Naval Institute a rapporté de nouvelles frappes américaines contre des cibles iraniennes, dont deux navires non identifiés. Le commandement central en a diffusé les images sur le réseau social X. L’Iran, lui, revendique des attaques contre au moins treize navires commerciaux au mois d’août. La plus récente a visé le pétrolier MT Sidr le 1er septembre et provoqué la mort de deux marins. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, affirme que dix millions de barils par jour continuent de transiter par le détroit, avec un pic à quinze voire dix-sept millions un mardi de la semaine écoulée. Chris Newton, analyste à l’International Crisis Group interrogé par l’US Naval Institute, doute de l’ampleur réelle de ces volumes. Il estime le trafic effectif inférieur aux chiffres avancés par Washington.
Six mois de blocus depuis la fermeture du détroit par Téhéran
Le conflit remonte au 28 février. Des frappes israélo-américaines avaient alors visé le territoire iranien, poussant Téhéran à fermer le détroit d’Ormuz en représailles. Washington a répondu, le 13 avril, par un blocus naval empêchant les navires en provenance des ports iraniens de quitter le détroit. Cette mesure, suspendue à la mi-juin, a été rétablie depuis le 14 juillet. Ce premier blocus aurait déjà coûté à l’Iran près de 4,8 milliards de dollars de recettes pétrolières d’ici début mai, selon une estimation du département américain de la Défense. Entre les deux périodes de blocus, une accalmie relative avait permis une reprise partielle du trafic commercial. Les frappes de la semaine écoulée relancent désormais la crainte d’un nouvel arrêt prolongé.
L’Europe déjà marquée par une flambée des prix
Sur les marchés européens, les effets se font sentir avant même que le trafic ne s’interrompe réellement. Le prix du gaz sur le marché spot français PEG s’établissait le 2 septembre à 71,36 euros le mégawattheure pour une livraison en octobre. Le marché de gros de l’électricité a, lui, bondi de 97 % en un mois pour dépasser 181 euros le mégawattheure. La Commission de régulation de l’énergie a par ailleurs annoncé une hausse de 5,6 % du tarif de référence du gaz au 1er septembre. L’analyste énergétique Thierry Bros prévient que l’absence prolongée de gaz naturel liquéfié qatari, faute de passage sûr par Ormuz, pourrait alourdir d’un tiers la facture de gaz des ménages européens cet hiver. L’Union européenne continue pourtant d’importer 12 % de sa demande de gaz depuis la Russie. Ses achats de gaz liquéfié russe ont même progressé de 11 % entre janvier et mai.
Le gaz algérien en embuscade face à la pénurie qatarie
Dans ce contexte, l’Algérie se retrouve en position de fournisseur de recours. Le pays exporte l’essentiel de son gaz vers l’Europe via les gazoducs Transmed et Medgaz. Sonatrach a réduit fortement ses exportations de naphta vers l’Europe début septembre, un signe que l’entreprise publique réoriente une partie de sa production vers d’autres usages, selon les données publiées par Observalgérie. Le groupe s’apprête par ailleurs à récupérer le gaz jusqu’ici torché sur son deuxième plus grand champ pétrolier, une opération qui doit augmenter à terme les volumes disponibles à l’exportation. Le baril algérien Sahara Blend résiste mieux que d’autres références mondiales à la baisse générale des cours. La production pétrolière du pays se rapproche par ailleurs du million de barils par jour, son plus haut niveau depuis trois ans. Pour la diaspora algérienne installée en Europe, cette embellie conjoncturelle du secteur énergétique s’accompagne toutefois d’un paradoxe familier : elle profite d’abord aux recettes d’exportation de l’État, sans effet direct et immédiat sur le pouvoir d’achat en Algérie même.
La question du transit reste suspendue aux prochaines semaines
La suite dépendra largement de la capacité des deux camps à contenir l’escalade sans provoquer un arrêt total du trafic dans le détroit. Le groupe norvégien Equinor a de son côté relancé son intérêt pour un projet de terminal de gaz naturel liquéfié en Tanzanie. L’investissement nécessaire est évalué à 42 milliards de dollars. Il vise à contourner à terme la dépendance au détroit d’Ormuz. Ces alternatives prendront des années à se concrétiser. D’ici là, c’est la fiabilité de fournisseurs déjà connectés au continent, au premier rang desquels l’Algérie, qui continuera de peser sur les arbitrages énergétiques européens cet hiver.
Sources
- USNI News – “U.S., Iran Trade Strikes in Strait of Hormuz as Both Battle on Social Media” https://news.usni.org/2026/09/04/u-s-iran-trade-strikes-in-strait-of-hormuz-as-both-battle-on-social-media – consulté le 6 septembre 2026
- Axios – “U.S. strikes Iran oil tankers for first time in retaliation for Hormuz strikes” https://www.axios.com/2026/09/02/iran-tankers-hormuz-attacks-oil – consulté le 6 septembre 2026
- CNBC – “Two tankers hit Hormuz naval mines, Iran says amid regional strikes” https://www.cnbc.com/2026/09/02/us-iran-war-trump-hormuz-irgc-jordan-bahrain.html – consulté le 6 septembre 2026
- Wikipedia (dossier documenté et sourcé) – “2026 United States naval blockade of Iran” https://en.wikipedia.org/wiki/2026_United_States_naval_blockade_of_Iran – consulté le 6 septembre 2026
- Optima Énergie – “Évolution du prix du gaz en 2026” https://www.optima-energie.fr/blog/actualites/prix-du-gaz-evolution/ – consulté le 6 septembre 2026
- Observalgérie – Rubrique Économie, données sur les exportations et la production pétrolière algériennes https://observalgerie.com/economie/ – consulté le 6 septembre 2026
Amel Bensalem – ALG247.COM
