L’annonce a été faite au palais présidentiel de Damas, en présence du président syrien Ahmed al-Charaa, lors d’une conférence retransmise par la télévision d’État syrienne. Mazloum Abdi a évoqué « la dissolution des Forces démocratiques syriennes en tant que force militaire autonome », mettant un terme à onze années d’existence d’une coalition qui a longtemps administré le nord-est syrien. Cette dissolution parachève un processus engagé après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa. Elle intervient sept mois après la signature, le 29 janvier 2026, d’un accord global entre Damas et les FDS, négocié avec l’appui diplomatique de Washington et de Paris avant d’être avalisé par Ankara. Ce geste met un terme à plus d’une décennie d’autonomie de facto exercée par les Kurdes syriens sur des régions riches en hydrocarbures, une réalité que ni Damas ni Ankara n’avaient jusqu’ici formellement acceptée.
Un accord avec les FDS scellé après l’offensive syrienne de janvier
L’accord du 29 janvier 2026 n’est pas né d’une négociation apaisée. Il fait suite à une offensive lancée en janvier par l’armée syrienne. Celle-ci a repris de vastes zones dans l’est et le nord-est du pays, Damas ayant accusé les FDS de violations répétées d’un accord conclu en mars 2025. Le texte signé fin janvier prévoyait un cessez-le-feu immédiat, l’ouverture d’un processus de fusion militaire et administrative, ainsi que le retour des populations déplacées dans leurs régions d’origine. D’après des informations relayées par Euronews fin juillet, le taux d’intégration des institutions de l’Administration autonome kurde dans l’appareil d’État syrien avait alors atteint environ 70 %. Début août, une visite à Damas du président du Kurdistan irakien, Néchirvane Barzani, avait permis de faire le point sur l’avancement de ce chantier avant l’annonce finale de mardi.
Une coalition née en 2015 pour combattre Daech
Les FDS ont vu le jour en octobre 2015 sous la forme d’une alliance militaire rassemblant des combattants kurdes, arabes, syriaques, assyriens et turkmènes. Les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ) en constituaient l’ossature. La coalition s’est imposée comme le principal partenaire terrestre de la coalition internationale menée par les États-Unis dans la guerre contre le groupe État islamique. Elle a repris la ville de Raqqa, avant l’élimination du dernier bastion du groupe à Baghouz en 2019. Au fil des années, les FDS ont aussi assuré la garde de plusieurs prisons et camps abritant des combattants de Daech et leurs familles, dont le camp d’Al-Hol et la prison industrielle de Hassaké. Elles administraient également des champs pétroliers et gaziers, des terres agricoles et plusieurs points de passage frontaliers stratégiques dans le nord-est syrien.
Ankara, Washington et l’ombre du PKK
La Turquie considère depuis longtemps les YPG comme le prolongement syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement classé organisation terroriste par Ankara, Washington et l’Union européenne. Le contexte régional a toutefois évolué depuis mai 2025. Le PKK a alors annoncé sa propre dissolution, après un appel lancé en février par son fondateur emprisonné, Abdullah Öcalan, mettant fin à une insurrection de quatre décennies qui a coûté la vie à environ 40 000 personnes d’après les estimations reprises par plusieurs médias. Ce processus de réconciliation en Turquie a fourni la toile de fond politique du règlement syrien. Washington, longtemps principal soutien militaire des FDS face à Daech, a réorienté son poids diplomatique vers le gouvernement d’Ahmed al-Charaa après la chute d’Assad. La correspondante d’Al Jazeera à Damas, Heidi Pett, a qualifié cette bascule de moment hautement significatif pour la Syrie.
L’enseignement du kurde garanti en échange de la dissolution des FDS
Le volet militaire s’accompagne de concessions culturelles. Le 16 janvier 2026, Ahmed al-Charaa a promulgué un décret garantissant le droit à l’enseignement de la langue kurde et reconnaissant certains droits culturels de cette communauté, qui représente la principale minorité de Syrie. Selon des experts cités par le quotidien émirati The National, la dissolution des FDS constitue néanmoins une concession majeure pour une population dont les aspirations à l’autonomie se trouvent désormais réduites à l’échelon municipal. Sur le plan opérationnel, les arrangements prévoient l’incorporation des combattants locaux dans l’armée syrienne, sous l’autorité du ministère de la Défense. Certains d’entre eux rejoignent aussi les forces de sécurité intérieure, qui dépendent du ministère de l’Intérieur. Les cadres et combattants étrangers liés au PKK doivent, eux, quitter la région, tandis que l’administration des champs pétroliers, des terres agricoles et des postes-frontières revient progressivement aux institutions de l’État syrien.
Fidan exige une vérification avant de parler de succès
Depuis la province orientale d’Elazığ, où il effectuait une tournée de deux jours dans l’est et le sud-est de la Turquie, Hakan Fidan a qualifié l’annonce de Damas de développement « extrêmement positif ». Cette qualification reste toutefois conditionnée, selon lui, à une traduction réelle dans les faits. Le chef de la diplomatie turque a insisté sur ce point. Ankara vérifiera la mise en œuvre concrète de la dissolution avant de tirer des conclusions définitives. Il a par ailleurs affirmé que la Turquie soutient la protection de l’identité kurde en Syrie, tout en rejetant toute évolution susceptible de fragiliser l’unité nationale, la souveraineté ou l’intégrité territoriale du pays. Fidan a également exprimé l’espoir que les différends encore en suspens entre Kurdes syriens et pouvoir central soient réglés par le dialogue plutôt que par une nouvelle confrontation armée.
Ce même jour, à Ahlat, Hakan Fidan a commémoré aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan le 955e anniversaire de la bataille de Manzikert, évoquant la coexistence séculaire des Turcs, des Kurdes et des Arabes en Anatolie. Le ministre turc a lié cette portée historique aux prochaines étapes concrètes qu’il attend désormais de Damas : le départ effectif des cadres liés au PKK et le retour intégral des champs pétroliers du nord-est syrien sous administration exclusive de l’État syrien.
Sources
- Daily Sabah – « FM Fidan welcomes YPG dissolution claim, urges proof on ground »
https://www.dailysabah.com/politics/fm-fidan-welcomes-ypg-dissolution-claim-urges-proof-on-ground/news – consulté le 26 août 2026 - Al Jazeera – « Kurdish-led SDF announces dissolution after merging with Syria’s military »
https://www.aljazeera.com/news/2026/8/25/kurdish-led-forces-in-syria-dissolve-after-merging-with-the-army – consulté le 26 août 2026 - Euronews (édition arabe) – « مظلوم عبدي يعلن نهاية قسد كقوة مستقلة.. اندماج كامل في الدولة السورية »
https://arabic.euronews.com/2026/08/25/mazloum-abdi-announces-the-end-of-the-sdf-as-an-independent-force-full-integration-into – consulté le 26 août 2026 - The National – « Syria’s Kurdish-led SDF is dissolved as fighters join state forces »
https://www.thenationalnews.com/news/us/2026/08/25/syrias-kurdish-led-sdf-dissolves-as-fighters-join-state-forces/ – consulté le 26 août 2026 - CNN – « Kurdish PKK militant separatist group announces decision to dissolve after decades of conflict with Turkey »
https://www.cnn.com/2025/05/12/middleeast/turkey-pkk-militia-dissolves-intl-hnk – consulté le 26 août 2026
Julien Moreau pour ALG247.COM
