Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a adopté un ton d’une fermeté rare face aux États-Unis, lors d’un entretien accordé à la chaîne ABC News. Interrogé sur une possible offensive terrestre américaine, il a répliqué posément : « Non, nous ne la craignons pas. Nous les attendrons. » Ces mots traduisent un climat de défi croissant entre Téhéran et Washington, alimenté par des affrontements sporadiques et des tensions diplomatiques ravivées.
Un défi lancé aux menaces américaines
Dans cet échange diffusé mercredi soir, Abbas Araghchi a assuré que l’Iran était prêt à affronter toute « invasion terrestre » venue des États-Unis, un scénario qui, selon lui, tournerait « à la catastrophe » pour l’armée américaine. Il a vanté la « préparation » et la « résilience » des forces iraniennes, nourries par les leçons de la guerre de juin 2025. « Nos soldats sont prêts à toutes les éventualités, y compris une offensive directe », a-t-il ajouté, citant la portée élargie des missiles iraniens et les progrès des capacités défensives.
Ces propos interviennent après une nouvelle série de frappes américaines et israéliennes sur des sites militaires iraniens. Malgré leur violence, le chef de la diplomatie téhéranaise a rappelé que son pays n’avait pas réclamé de cessez-le-feu. Lors de l’affrontement précédent, « c’est Israël, et non l’Iran, qui avait demandé une trêve après douze jours d’attaques infructueuses ».
Dénonciation des « trahisons » de Washington
Araghchi a aussi évoqué des négociations secrètes menées récemment à Genève avec deux envoyés du président Donald Trump : l’homme d’affaires américano-israélien Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de l’ex-président. Ces discussions portaient sur un possible accord régional et nucléaire.
« Nous étions en pleine conversation quand l’attaque a eu lieu. C’était un acte de trahison », a-t-il lancé. Cette rupture de confiance rend « impossible toute reprise de dialogue avec une administration sans bonne foi ». Plus de contact avec ces interlocuteurs depuis une semaine, a-t-il précisé : « Nous n’avons jamais connu de négociations positives avec les États-Unis, surtout avec celle-ci. Deux tentatives, l’an dernier et cette année ; à chaque fois, ils ont frappé pendant les pourparlers. »
Un échec partagé dans le conflit
Pessimiste sur l’issue actuelle, le ministre a jugé : « Il n’y a aucun vainqueur dans cette guerre. » Pour lui, « la vraie victoire, c’est résister aux objectifs illégitimes ». Les États-Unis et Israël « n’ont pas atteint leurs buts », malgré leur puissance militaire.
À Téhéran, les observateurs y voient une affirmation de la détermination nationale, plus qu’un appel à l’escalade. L’Iran présente la crise comme une épreuve de souveraineté face aux pressions occidentales. Les déclarations d’Araghchi prolongent le discours des Gardiens de la révolution, qui insistent sur un équilibre stratégique régional intact.
Soutien mesuré de Moscou et Pékin
Questionné sur ses alliés, Abbas Araghchi a salué le « soutien politique » de la Russie et de la Chine, évoquant « d’autres formes d’aide » sans détails. À Vienne, des sources diplomatiques indiquent que Moscou et Pékin optent pour une assistance discrète, pour éviter un embrasement militaire perturbant le marché énergétique mondial.
Dans le golfe Persique et en Syrie, où les tensions s’accumulent, ce coup de pouce défensif renforce Téhéran sans franchir le pas d’une confrontation entre puissances. Pour les diplomates européens, il s’agit d’une coordination opportuniste, loin d’une alliance militaire déclarée.
Du négociateur à l’incarnation de la fermeté
Ancien artisan de l’accord nucléaire de 2015 à Vienne, Abbas Araghchi symbolise aujourd’hui une ligne plus dure au Quai d’Orsay iranien. Son parcours reflète celui du régime : du dialogue à la confrontation. Depuis le retrait américain de l’accord en 2018 et le retour des sanctions, Téhéran a raidi sa posture, fustigeant la duplicité de Washington et la mollesse européenne.
Les frappes israéliennes répétées sur des infrastructures clés ont galvanisé les partisans de la résistance. La fermeté d’Araghchi y puise sa force : un message de dissuasion pour les États-Unis autant qu’un signe interne de cohésion au pouvoir.
Rhétorique belliqueuse et calcul diplomatique
À Londres et Paris, des analystes estiment que ces mots visent à souligner la capacité de riposte iranienne, sans présager d’une guerre imminente. L’évocation d’une invasion américaine – jugée improbable par les experts – vise à souder le pays face aux sanctions qui pèsent sur son économie.
Le Pentagone a tempéré, affirmant que « toutes les options restaient ouvertes » sans projet terrestre immédiat. Des diplomates européens sonderaient encore des canaux indirects via Oman et le Qatar, médiateurs historiques.
Tensions régionales à leur comble
Les tirs sporadiques persistent dans le sud de l’Iran et le détroit d’Ormuz. Les Nations unies pressent les parties d’éviter un dérapage incontrôlable. Sur les réseaux iraniens, l’extrait de l’interview ABC News cartonne, brandi comme preuve que « l’Iran ne craint pas la guerre ».
Le ministre insiste : son pays ne la provoque pas, mais « ne reculera devant aucun agresseur ». Phrase virale en clôture : « Nous ne craignons pas la guerre, mais nous n’y aspirons pas. Et s’ils viennent, nous les attendrons. »
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