L’ONG de défense des droits humains FairSquare a annoncé mercredi son intention de saisir la commission d’éthique du Comité international olympique (CIO) d’une plainte contre Gianni Infantino, l’accusant de violations répétées du principe de neutralité politique. La démarche intervient quelques jours après la controverse suscitée par l’appel téléphonique de Donald Trump au président de la FIFA, qui a précédé la levée de la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun.
FairSquare a fait connaître sa décision mercredi, expliquant vouloir porter devant l’instance olympique le dossier des liens entre le président de la Fédération internationale de football association et le président américain. Selon le journal L’Équipe, l’organisation fonde sa plainte sur le serment prêté par la centaine de membres du CIO, dont fait partie Gianni Infantino depuis 2021. Ce texte leur impose d’agir indépendamment des intérêts commerciaux et politiques, une obligation reprise par la Charte olympique elle-même.
Une accusation fondée sur le serment d’indépendance des membres du CIO
L’argument juridique de FairSquare tient en une phrase : un membre du CIO ne peut, selon les statuts qu’il a signés, cultiver une proximité affichée avec un chef d’État sans s’exposer à une remise en cause de son indépendance. Ce n’est pas la première fois que cette règle est invoquée contre le dirigeant suisse. En février dernier, le CIO avait déjà écarté une polémique portant sur la présence d’Infantino au « Conseil de paix » convoqué par Donald Trump, où le président de la FIFA était apparu coiffé d’une casquette floquée « USA » et « 45-47 ».
Ce n’est pas non plus la première interpellation de l’instance de Lausanne sur ce dossier. Interrogée mardi sur l’appel passé par Donald Trump à Gianni Infantino avant la levée de la suspension de Balogun, la présidente du CIO, Kirsty Coventry, a répondu que la commission d’éthique n’avait, à sa connaissance, reçu aucune plainte formelle à ce sujet, tout en précisant que l’organisation examinerait toute saisine conforme aux procédures en vigueur.
L’affaire Balogun, catalyseur d’une contestation plus large
Ce qui a précipité la démarche de FairSquare, c’est un épisode survenu ce mois-ci en marge de la Coupe du monde organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Le 1er juillet, l’attaquant américain Folarin Balogun avait reçu un carton rouge lors du seizième de finale contre la Bosnie-Herzégovine, entraînant automatiquement une suspension pour le match suivant contre la Belgique, sans possibilité de recours selon le code disciplinaire de la FIFA.
Quatre jours plus tard, la FIFA a annoncé la suspension probatoire de cette sanction, sur la base d’un article du code disciplinaire jamais invoqué auparavant pour annuler une exclusion automatique en cours de tournoi. Deux sources ont indiqué à l’agence AFP que Donald Trump avait personnellement appelé Gianni Infantino, le jour même du carton rouge, pour lui demander de revoir la décision. Le président américain a lui-même confirmé cette démarche devant la presse, tout en reconnaissant qu’il ignorait initialement ce que signifiait un carton rouge au football.
Ce revirement ne s’explique pas seulement par un cas disciplinaire isolé : il ravive un doute déjà installé sur la capacité de la FIFA à trancher ses litiges sportifs sans considération pour les rapports de force diplomatiques. Gianni Infantino a assuré, dans un communiqué, que la décision avait été prise de façon indépendante par les organes juridictionnels de la FIFA, comparant son échange avec Donald Trump aux appels réguliers qu’il entretient avec d’autres chefs d’État sur des questions liées au tournoi. La Fédération royale belge de football a néanmoins dénoncé une atteinte au règlement, faute d’avoir reçu, selon elle, les motifs de la décision.
Une deuxième plainte, déjà déposée devant la FIFA elle-même
L’initiative de FairSquare auprès du CIO ne constitue pas une première démarche contre Gianni Infantino. En décembre dernier, l’organisation avait saisi la commission d’éthique de la FIFA elle-même, invoquant cette fois des entorses répétées au principe de neutralité inscrit dans les statuts de l’instance mondiale du football. Cette première plainte visait notamment la remise, le 5 décembre 2025, du tout nouveau « Prix de la paix de la FIFA » à Donald Trump, une distinction créée après l’échec de la candidature du président américain au prix Nobel de la paix.
Selon FairSquare, cette procédure a depuis reçu le soutien de plus de cinquante députés du Parlement européen ainsi que celui de la Fédération norvégienne de football, qui a rejoint la plainte en juin. Aucune enquête officielle n’a toutefois été ouverte à ce jour par la commission d’éthique de la FIFA, précise l’ONG.
Un calendrier électoral qui pèse sur la position d’Infantino
Cette accumulation de contestations survient à un moment sensible pour le dirigeant suisse, qui a déjà fait connaître son intention de briguer un nouveau mandat lors de l’élection présidentielle prévue en marge du 77e Congrès de la FIFA, en mars 2027. Les équilibres internes à l’organisation pourraient s’en trouver affectés : l’UEFA a critiqué à plusieurs reprises les décisions récentes de la FIFA, qualifiant celle concernant Balogun d’inédite et d’injustifiable, tandis que la CAF observe l’évolution du dossier à l’approche de la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
L’ancien président de la FIFA Sepp Blatter, devenu l’un des détracteurs les plus constants de son successeur, a lui aussi réagi à l’épisode Balogun, estimant que le football ne devait jamais devenir un terrain de jeu pour le pouvoir politique. Cette remarque, venue d’un dirigeant lui-même sanctionné par le passé pour manquements à l’éthique, illustre l’ampleur inhabituelle du front critique désormais formé autour d’Infantino.
Selon le site du CIO, toute personne peut transmettre des informations sur un soupçon de manquement aux principes éthiques de l’institution, ce qui ouvre la voie à un examen de la plainte de FairSquare par la commission compétente. Aucun calendrier n’a pour l’heure été communiqué quant à l’ouverture éventuelle d’une procédure formelle, la commission d’éthique du CIO n’ayant, selon Kirsty Coventry, reçu à ce jour aucune saisine officielle sur ce dossier précis.
Sources
- Yahoo Actualités (AFP) – « Violations répétées de la neutralité politique » : une ONG saisit le CIO d’une plainte contre Gianni Infantino
https://fr.news.yahoo.com/violations-r%C3%A9p%C3%A9t%C3%A9es-neutralit%C3%A9-politique-ong-145617703.html – consulté le 9 juillet 2026 - Goal.com France – Infantino au cœur des crises : une nouvelle plainte internationale menace l’avenir du président de la FIFA
https://www.goal.com/fr/news/infantino-dans-la-tourmente-une-nouvelle-plainte-internationale-menace-l-avenir-du-president-de-la-fifa/blt464135c1bfedba48 – consulté le 9 juillet 2026 - Radio-Canada – Trump confirme avoir demandé à la FIFA une révision du carton rouge de Balogun
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2267218/trump-confirme-demande-fifa-carton-rouge-balogun – consulté le 9 juillet 2026 - Euronews (AFP) – Mondial-2026 : la FIFA lève la suspension de l’Américain Balogun après un appel de Trump à Infantino
https://www.euronews.com/2026/07/06/fifa-lifts-us-striker-baloguns-red-card-world-cup-suspension-after-trump-calls-infantino – consulté le 9 juillet 2026 - Le Temps – « La polémique la plus stupéfiante de la Coupe du monde » : après un appel de Donald Trump, la FIFA lève le carton rouge de Balogun
https://www.letemps.ch/sport/la-polemique-la-plus-stupefiante-de-la-coupe-du-monde-apres-un-appel-de-donald-trump-la-fifa-leve-le-carton-rouge-de-l-attaquant-americain-balogun – consulté le 9 juillet 2026
Yacine Messaoud
