Le géant pétrolier et gazier français a publié, le 23 juillet 2026, ses résultats du deuxième trimestre et du premier semestre, selon un communiqué du groupe. Le bénéfice net part du groupe atteint 5,4 milliards de dollars, soit 4,7 milliards d’euros, contre 2,7 milliards de dollars un an plus tôt. Sur l’ensemble du premier semestre, ce bénéfice s’élève à 11,2 milliards de dollars, en hausse de 73 % sur un an, selon les chiffres relayés par franceinfo. Cette envolée intervient alors que les prix du pétrole et du gaz demeurent élevés depuis le déclenchement, fin février 2026, du conflit qui oppose l’Iran à Israël et aux États-Unis autour du détroit d’Ormuz.
5,4 milliards de dollars en trois mois, un doublement porté par le pétrole
Au-delà du bénéfice net, l’indicateur suivi de près par les analystes financiers, le résultat net ajusté, s’établit à 6 milliards de dollars pour ce deuxième trimestre, en progression de 67 % par rapport aux 3,6 milliards de dollars enregistrés un an plus tôt, selon les données publiées par France Épargne. Le groupe a également annoncé un programme de rachats d’actions de 1,5 milliard de dollars pour le troisième trimestre 2026 et un acompte sur dividende de 0,90 euro par action. À la Bourse de Paris, le titre TotalEnergies a grimpé de 2,7 %, à 76,32 euros, jeudi. Le groupe insiste de son côté sur la solidité de son modèle intégré, capable de capter de la valeur à chaque étape de la chaîne, de l’extraction jusqu’à la distribution. Ce que révèle ce contraste, ce n’est pas seulement l’ampleur des profits : c’est l’écart grandissant entre la rente tirée du baril et le portefeuille des automobilistes qui la financent à chaque plein.
Un conflit au Moyen-Orient qui a fait grimper le Brent de 45 % en un an
La flambée des cours trouve son origine dans le conflit qui oppose depuis fin février 2026 l’Iran à Israël et aux États-Unis, avec pour épicentre les tensions autour du détroit d’Ormuz, voie de passage d’une part importante du pétrole mondial. Le baril de Brent s’est négocié en moyenne à 97 dollars au deuxième trimestre, contre 67 dollars un an plus tôt, soit une hausse de près de 45 %, selon des données financières relayées par France Épargne. Les marges de raffinage, elles aussi exceptionnelles, ont accentué cet effet sur les résultats du groupe, qui profite à la fois de l’extraction et de la transformation du brut. Cette dynamique dépasse le seul cas français.
Le même choc pétrolier profite, à l’autre bout de la Méditerranée, à l’Algérie. Le prix du Sahara Blend, brut de référence algérien, est passé d’environ 70 dollars le baril au début de l’année à plus de 104 dollars en mars 2026, sous l’effet des mêmes tensions autour du détroit d’Ormuz, générant un surplus de recettes pétrolières de 455 millions de dollars sur le seul mois de mars, selon les données de Petrologistics relayées par ilBoursa. Pour la diaspora algérienne installée en France, confrontée à la même hausse des prix à la pompe que le reste des automobilistes, ce contraste illustre une dynamique géopolitique aux effets inversés : recettes budgétaires en hausse à Alger, facture alourdie à Paris.
Patrick Pouyanné revendique un modèle intégré face aux critiques
Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, justifie cette performance par la solidité d’un modèle qui capte de la valeur à chaque étape de la chaîne dans un contexte de prix élevés liés au conflit au Moyen-Orient, selon les propos rapportés dans le communiqué officiel. Il met également en avant la contribution fiscale de TotalEnergies, évaluée à environ 25 milliards de dollars par an entre 2022 et 2025 pour un chiffre d’affaires annuel proche de 200 milliards de dollars, selon Le Journal de l’Économie. Face aux critiques, il insiste par ailleurs sur les investissements engagés dans la transition énergétique, l’électricité représentant désormais environ 10 % des ventes du groupe, avec un objectif de 20 % en 2030, selon L’Energeek.
Des associations de consommateurs et plusieurs responsables politiques dénoncent, de leur côté, des « profits de guerre » réalisés sur le dos des automobilistes français, toujours selon L’Energeek. L’éditorialiste économique Catherine André, sur LCI, a relevé la concordance des annonces : le groupe avait mis en avant une mesure commerciale sur les prix à la pompe peu avant de révéler des bénéfices records. « C’est l’art du timing », a-t-elle résumé, des propos rapportés par Le Journal de l’Économie.
Un plafonnement resserré à une fraction du réseau, jugé insuffisant par ses détracteurs
Le dispositif de plafonnement mis en avant par TotalEnergies fixe le litre d’essence à 1,99 euro et le gazole à 2,25 euros, mais il ne s’applique qu’aux stations appartenant en propre au groupe, soit environ 3 500 points de vente en France, selon Le Journal de l’Économie. Le 23 juin 2026, Patrick Pouyanné avait pourtant resserré la mesure à 1 200 stations situées en zone rurale, retirant le plafond de 2 300 stations urbaines où la concurrence des grandes surfaces, qui distribuent environ 60 % des carburants en France, tire déjà les prix vers le bas, selon Social Mag. « Nous maintiendrons la mesure pour les zones en question », avait justifié le PDG, cité par Social Mag, en évoquant la nécessité de protéger les automobilistes les plus isolés. Ce resserrement, intervenu un mois avant la publication des résultats trimestriels, réduit mécaniquement la portée du dispositif à une fraction du réseau national.
Vers une taxe sur les superprofits avant la prochaine échéance électorale ?
Les résultats de TotalEnergies raniment, côté politique, la proposition de loi déposée par le Parti socialiste, qui vise à taxer entre 20 et 40 % l’excédent de bénéfices des entreprises réalisant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires, calculé par rapport à la moyenne des trois derniers exercices, selon franceinfo. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, évalue les recettes potentielles d’une telle taxe à environ 2 milliards d’euros. Le gouvernement privilégie jusqu’ici la voie de la négociation avec le secteur plutôt que celle d’un prélèvement obligatoire, tout en ayant prolongé ses propres aides face à la hausse des carburants.
Les prochains résultats du groupe, attendus en octobre pour le troisième trimestre, permettront de mesurer si la trajectoire du Brent, portée par un conflit toujours actif autour du détroit d’Ormuz, continue de profiter à la même échelle à TotalEnergies. D’ici là, la question du partage de la rente pétrolière entre actionnaires, État et automobilistes reste ouverte.
Sources
- TotalEnergies – Communiqué “Résultats du deuxième trimestre et du premier semestre 2026”
https://totalenergies.com/fr/actualites/communiques-presse/resultats-du-deuxieme-trimestre-du-premier-semestre-2026 – consulté le 23 juillet 2026 - Franceinfo – “TotalEnergies double son bénéfice net au 2e trimestre, à 4,7 milliards d’euros”
https://www.franceinfo.fr/environnement/energie/energies-fossiles/totalenergies/totalenergies-double-son-benefice-net-au-2e-trimestre-a-4-7-milliards-d-euros_8118845.html – consulté le 23 juillet 2026 - France Épargne – “TotalEnergies : bénéfice T2 2026 en hausse de 67 %”
https://www.france-epargne.fr/news/totalenergies-le-benefice-bondit-de-67-au-deuxieme-trimestre-grace-a-la-flambee-du-petrole – consulté le 23 juillet 2026 - Le Journal de l’Économie – “TotalEnergies face à ses profits : la stratégie du plafonnement des prix pour séduire les Français”
https://www.journaldeleconomie.fr/totalenergies-face-profits-plafonnement/ – consulté le 23 juillet 2026 - L’Energeek – “Carburant : le plafonnement des prix maintenu chez TotalEnergies”
https://lenergeek.com/2026/06/24/carburant-plafonnement-prix-maintenu-chez-totalenergies/ – consulté le 23 juillet 2026 - Social Mag – “Carburant : le plafonnement TotalEnergies cache une stratégie floue”
https://www.socialmag.news/24/06/2026/carburant-pourquoi-plafonnement-totalenergies-cache-strategie-ambigue/ – consulté le 23 juillet 2026 - Franceinfo – “Taxation des superprofits de TotalEnergies : ce que réclament les partis politiques”
https://www.franceinfo.fr/politique/taxation-des-superprofits-de-totalenergies-ce-que-reclament-les-partis-politiques-apres-la-publication-des-benefices-du-groupe-petrolier_7976267.html – consulté le 23 juillet 2026 - ilBoursa – “Les recettes pétrolières de l’Algérie explosent au mois de mars”
https://www.ilboursa.com/marches/les-recettes-petrolieres-de-l-algerie-explosent-au-mois-de-mars_60883 – consulté le 23 juillet 2026
Yacine Messaoud
