Volley féminin : ce que le scandale du Widad Tlemcen révèle sur la violence dans le sport algérien

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Des joueuses majoritairement mineures insultées, une entraîneuse nationale visée, un dirigeant adverse qui jette une bouteille sur le terrain pour interrompre le match – le club tlemcénien du Widad dénonce des faits d’une gravité exceptionnelle lors de la rencontre de montée contre l’équipe d’El Ghalia Chlef, et annonce des poursuites judiciaires. Derrière l’incident, c’est la question lancinante de la protection du sport féminin algérien qui revient une fois de plus au premier plan.

C’est en milieu de semaine que le club de volley-ball féminin du Widad de Tlemcen a rendu public un communiqué officiel dénonçant des faits survenus lors d’un match décisif de montée face à l’équipe d’El Ghalia Chlef. La direction du club décrit une atmosphère de pression et d’intimidation psychologique tout au long de la rencontre, marquée par des insultes répétées à l’encontre des joueuses et du staff technique. Ce que le communiqué souligne avec une insistance particulière, c’est que plusieurs de ces athlètes sont mineures – une circonstance qui transforme l’incident sportif en affaire de protection de l’enfance.

Des insultes racistes depuis les tribunes – et depuis le banc adverse

Selon le communiqué publié par le Widad Tlemcen, les invectives proférées à l’encontre de la délégation tlemcénienne n’étaient pas anodines. Le club parle explicitement d’« expressions humiliantes, discriminatoires et racistes portant atteinte à la dignité humaine » – des termes que la direction qualifie d’inacceptables dans une enceinte sportive, qui devrait constituer selon elle « un espace d’éducation et de respect ». Or ce qui frappe dans ce cas précis, c’est l’identité présumée des auteurs : selon le club, les personnes à l’origine de ces débordements verbaux seraient des dirigeants du club adverse, des « décideurs » dont les propos auraient été captés dans des vidéos et diffusés en direct sur les réseaux sociaux.

Cette précision change considérablement la nature de l’affaire. Il ne s’agit pas d’un simple dérapage de supporters exaltés, difficiles à identifier et à sanctionner, mais de responsables associatifs auxquels des obligations statutaires et légales s’imposent directement. D’après les informations du Widad Tlemcen, un individu présenté comme le manager de l’équipe adverse aurait même lancé une bouteille d’eau sur le terrain du club tlemcénien, entraînant l’interruption du match – un geste dont les conséquences sportives, en termes de décompte des points et de calcul des conditions de montée, restent à établir par les instances fédérales.

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Mme Aisani, sélectionneuse nationale, au coeur des attaques

Parmi les cibles des attaques verbales documentées par le club figure l’entraîneuse principale du Widad, Mme Aisani, dont la direction rappelle qu’elle occupe par ailleurs la fonction de sélectionneuse nationale de l’équipe d’Algérie de volley-ball féminin. Ce détail n’est pas anodin : s’en prendre à une cadre technique de la fédération nationale dans l’exercice de ses fonctions au niveau des clubs constitue une dimension institutionnelle que les autorités sportives algériennes ne peuvent pas traiter comme un simple conflit inter-clubs.

Le communiqué du Widad salue explicitement « le courage, la résistance et la discipline » dont Mme Aisani et ses joueuses ont fait preuve malgré des conditions qu’il qualifie de particulièrement difficiles, soulignant que le niveau de jeu de l’équipe est resté élevé tout au long de la rencontre, y compris au moment du set décisif qui avait conduit à retirer un point au club adverse – une situation qui, selon le texte, aurait exacerbé les tensions.

La fédération algérienne de volley-ball devant ses responsabilités

Le Widad Tlemcen annonce deux types de réponse à ces incidents. Sur le plan judiciaire, le club indique qu’il saisira les juridictions algériennes compétentes pour obtenir des sanctions contre les auteurs des faits décrits. Sur le plan sportif et institutionnel, il adresse une demande formelle à la Fédération algérienne de volley-ball pour que celle-ci prenne des « décisions strictes » afin de mettre fin à ce type de comportement.

Cette double approche – judiciaire et fédérale – traduit une volonté affichée de ne pas laisser l’incident se noyer dans l’oubli habituel des contentieux sportifs. Elle pose aussi une question structurelle à laquelle la fédération devra apporter une réponse publique : quels mécanismes de protection existent concrètement pour les athlètes féminines mineures qui évoluent dans des compétitions officielles, et quelles sanctions disciplinaires s’appliquent aux dirigeants reconnus coupables de comportements discriminatoires ou violents ?

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Un signal d’alarme pour le sport féminin algérien

Ce qui se joue à travers cet incident dépasse le seul cadre du volley-ball tlemcénien : c’est un révélateur de la vulnérabilité structurelle des pratiquantes dans un sport féminin algérien encore insuffisamment protégé par des règlements disciplinaires fermes et appliqués. Les propos racistes et sexistes dans les enceintes sportives ne sont pas une nouveauté en Algérie, mais leur occurrence dans un match officiel de haut niveau régional, impliquant des mineures et une représentante de l’équipe nationale, leur confère une gravité particulière.

La réponse de la Fédération algérienne de volley-ball dans les prochains jours constituera un test : soit les instances se limitent à un communiqué de principe, soit elles ouvrent une procédure disciplinaire formelle à l’encontre des dirigeants mis en cause. Le Widad Tlemcen, pour sa part, a indiqué clairement qu’il ne « normalisera pas face au discours de haine et à la violence verbale », que ce soit dans le sport féminin ou ailleurs. « Le respect est un droit, la dignité est une ligne rouge, et le fair-play est une valeur sur laquelle nous n’acceptons pas de compromis », conclut le communiqué du club. Des mots qui résonnent comme un ultimatum adressé autant à la fédération qu’aux responsables présumés des débordements.


Sources

  1. Widad Tlemcen Volley-ball – Communiqué officiel de la direction du club suite au match de montée contre El Ghalia Chlef – publié sur les réseaux sociaux officiels du club, consulté le 24 juin 2026.
  2. Fédération algérienne de volley-ball (FAV) – Règlement disciplinaire des compétitions nationales – fav-volley.dz – à consulter pour vérification des procédures applicables.
  3. Code du sport algérien – Loi n°13-05 du 23 juillet 2013 relative à l’organisation et au développement des activités physiques et sportives, notamment les dispositions relatives à la protection des mineurs et à l’éthique sportive.

Safia Rahmani

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