Le juge d’instruction du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed a ordonné, dans la nuit de lundi à mardi, le placement en détention provisoire de Djahid Zefizef, ancien président de la Fédération algérienne de football. Six autres personnes ont été écrouées dans le même dossier, celui de la société publique Frigomedit, dont il assurait la direction générale. Avec cet incarcération, trois anciens présidents de la FAF se retrouvent simultanément en détention, dans ce qui constitue la crise judiciaire la plus grave de l’histoire du football national.
L’affaire avait pris forme en juillet 2024 avec l’ouverture d’une enquête portant sur quatorze cadres gravitant autour de la Fédération algérienne de football. Elle franchit mardi un nouveau palier. Djahid Zefizef, qui avait présidé l’instance fédérale du 7 juillet 2022 au 16 juillet 2023, a été conduit à la prison de Koléa après que le juge d’instruction de la sixième chambre du pôle économique de Sidi M’hamed eut signé son mandat de dépôt, selon les informations convergentes des quotidiens Ennahar et Echorouk. Il n’est pas seul : six autres prévenus ont été placés en détention provisoire dans le même dossier, portant à sept le nombre de personnes écrouées ce mardi dans cette affaire. Zefizef était sous contrôle judiciaire depuis novembre 2023, avec retrait de passeport et interdiction de quitter le territoire national. La chambre d’accusation du Conseil judiciaire d’Alger avait alors estimé ce régime suffisant. La décision du juge d’instruction marque un durcissement sensible de la procédure.
Frigomedit, une société publique au cœur du dossier
Le volet qui a conduit à l’incarcération de Zefizef ce mardi est distinct — bien que connexe — de l’enquête sur la gestion de la FAF. Il concerne Frigomedit, entreprise publique spécialisée dans le froid industriel et la régulation du marché des produits alimentaires de large consommation. Zefizef en avait pris la direction générale en 2011, à l’issue de la restructuration du groupe Sotracov dont il était issu. Frigomedit avait pour mission notamment d’approvisionner les institutions publiques en denrées alimentaires — dont le ministère de la Défense nationale et la Direction générale de la sûreté nationale. Selon Algerie360, l’enquête sur cette société implique au total soixante personnes. Les soupçons portent sur des irrégularités dans la passation de marchés publics, la mauvaise gestion de fonds d’État et l’octroi d’avantages illégitimes à des tiers, avec à la clé des préjudices financiers causés à l’entreprise et aux finances publiques.
Une procession judiciaire sans précédent à la tête du football algérien
L’incarcération de Zefizef est d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans une séquence judiciaire inédite touchant les trois derniers présidents de la FAF. Kheireddine Zetchi, qui avait dirigé la fédération de 2017 à 2020, avait été le premier à être écroué, en novembre 2024, dans le cadre de l’enquête sur la gestion de la FAF. Charaf-Eddine Amara, son successeur de 2020 à 2022, avait suivi le même chemin en décembre 2024. Avec Zefizef, c’est donc le troisième occupant consécutif du siège de président fédéral à se retrouver en détention provisoire. Les chefs d’accusation dans le volet FAF recouvrent notamment la conclusion de contrats en violation des procédures légales, l’attribution d’avantages injustifiés à des tiers et la dilapidation de fonds appartenant à l’institution. Les poursuites englobent également d’anciens cadres administratifs de la fédération, parmi lesquels deux ex-secrétaires généraux et un ancien directeur de l’administration générale, déjà incarcérés depuis l’automne 2024. L’actuel président de la FAF, Walid Sadi, n’est pas impliqué dans ces procédures.
Un profil d’apparatchik des capitaux marchands de l’État
Pour comprendre la portée de l’affaire, le parcours de Zefizef éclaire utilement le profil des mis en cause. Cadre supérieur de l’État depuis les années 2000, il avait successivement dirigé le groupe Avicole Centre, le groupe Sotracov, puis Frigomedit, avant de prendre la tête du groupe des Industries Agro-Alimentaires et Logistique (AGROLOG) en 2017 — poste dont il avait été démis en novembre 2024. Il avait exercé ces fonctions tout en multipliant les rôles au sein de la FAF : chef de délégation lors des Coupes du monde 2010 et 2014, membre du bureau fédéral sous Zetchi, puis manager général de l’équipe nationale en 2022, avant d’accéder à la présidence. Ce cumul de fonctions entre le secteur des capitaux marchands de l’État et l’instance dirigeante du football national est précisément au cœur des investigations : les enquêteurs cherchent à établir si des passerelles illicites ont été établies entre la gestion d’entreprises publiques et les décisions fédérales.
La FAF sur le banc des accusés à dix semaines du Mondial
Cette actualité judiciaire surgit dans un moment particulièrement sensible pour le football algérien. La sélection nationale est engagée dans la phase de préparation pour la Coupe du monde 2026, dont les matches de groupe commencent en juin. La multiplication des procédures judiciaires visant d’anciens dirigeants ne menace pas directement le fonctionnement sportif de la FAF sous la présidence de Walid Sadi, mais elle projette une ombre sur l’image institutionnelle de la fédération à un moment où l’attention internationale se porte sur le football algérien. Les audiences à venir, qui pourraient déboucher sur des renvois en jugement, seront suivies de près par les observateurs du sport national, tandis que la justice poursuit un nettoyage méthodique d’une gouvernance fédérale dont les dysfonctionnements semblent remonter à plusieurs mandats successifs.
Karim Haddad