Situé dans le district de Tyr, à quelques kilomètres de la frontière israélienne, Mansouri a subi vendredi une nouvelle vague de frappes, selon l’Agence nationale d’information (ANI), l’agence de presse officielle libanaise. L’armée israélienne y a mené des tirs d’artillerie et des raids qui ont provoqué un incendie dans le village en fin de journée, selon le correspondant de L’Orient-Le Jour sur place. Un soldat de l’armée libanaise a été légèrement blessé. Il était entré dans la localité pour dégager les axes routiers après les bombardements, lorsqu’une frappe a visé le bulldozer qu’il conduisait, selon l’agence Naharnet. L’ANI affirme de son côté qu’une bombe chimique a été employée lors de cette opération. Aucune agence internationale n’a pour l’heure corroboré cette accusation de façon indépendante, alors même que le recours au phosphore blanc dans la région est documenté depuis près de trois ans.
Mansouri, village frappé depuis le début du mois d’août
Mansouri n’en est pas à sa première épreuve depuis le début du mois. L’armée israélienne avait ordonné l’évacuation du village dès le 5 août, quelques minutes avant d’annoncer des frappes ciblées dans le sud du Liban. Elle justifiait cette opération par la mort de deux de ses soldats, tués dans l’explosion d’un bâtiment piégé à Majdalzoun et imputée au Hezbollah. Depuis, les destructions de maisons et les tirs d’artillerie se sont multipliés dans la localité, ainsi qu’à Kfartebnit et Haddatha, deux villages voisins également visés.
Ce nouvel épisode ne s’explique pas seulement par la poursuite des combats sur le terrain. Il s’inscrit dans un vide juridique international qui n’a toujours pas comblé les lacunes du Protocole III sur les armes incendiaires, resté sans portée réelle sur les munitions tirées depuis le sol. Cette faille explique en partie pourquoi les accusations réitérées d’usage de phosphore blanc n’ont, à ce jour, entraîné aucune sanction contre Israël.
Le phosphore blanc, une arme documentée depuis octobre 2023
Le phosphore blanc est une substance chimique qui s’enflamme spontanément au contact de l’oxygène. Il peut brûler des habitations, des champs et des tissus humains durant plusieurs minutes. Autorisée sur les champs de bataille pour créer des écrans de fumée ou marquer des cibles, son utilisation à basse altitude au-dessus de zones peuplées est jugée illégale par le droit international humanitaire.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé, en mars 2026, des photographies montrant des explosions de munitions au phosphore blanc au-dessus d’un quartier résidentiel de Yohmor, dans le Liban-Sud. Ces explosions ont provoqué des incendies dans au moins deux maisons et un véhicule. Selon le Centre national de la recherche scientifique libanais, cité par L’Orient-Le Jour, 173 hectares de terres ont été incendiés par des largages de ce type au cours du premier semestre 2026, un chiffre qui s’ajoute aux 175 attaques déjà recensées par le même organisme entre octobre 2023 et juillet 2024.
Human Rights Watch et l’armée israélienne, deux versions qui s’affrontent
Pour Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch, l’usage de cette arme au-dessus de zones résidentielles est « extrêmement alarmante, et aura des conséquences désastreuses pour les civils ». L’organisation appelle les principaux fournisseurs d’armes d’Israël, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, à suspendre leurs livraisons et à exiger l’arrêt de cette pratique.
L’armée israélienne n’a pas confirmé l’usage de phosphore blanc lors des frappes de vendredi à Mansouri. Par le passé, un porte-parole avait indiqué ne pas être en mesure de confirmer ou d’infirmer ce type d’accusation, faute d’avoir examiné les images sur lesquelles s’appuie Human Rights Watch. Les autorités libanaises n’ont pas non plus commenté formellement l’incident, au-delà du communiqué initial de l’ANI.
Des brûlures et des terres agricoles durablement touchées
Au-delà de l’incident du 7 août, c’est la répétition de ces épisodes qui inquiète les organisations de défense des droits humains. Les brûlures causées par le phosphore blanc sont profondes et difficiles à traiter. Elles peuvent laisser des séquelles à vie lorsque des fragments de feutre imbibés de la substance restent au contact de la peau. Les incendies qu’il déclenche touchent aussi les terres agricoles, compromettant la capacité des agriculteurs du Liban-Sud à cultiver leurs parcelles dans les mois suivant une attaque.
Plus de 92 000 personnes avaient déjà été déplacées des villages du sud par ces attaques au cours des deux premières années du conflit, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Ce chiffre a probablement augmenté depuis la reprise des hostilités début mars 2026. Aucun bilan actualisé et spécifique au phosphore blanc n’a toutefois été publié à ce jour.
Les négociations de Rome se poursuivent malgré l’escalade
L’attaque de Mansouri intervient alors que Beyrouth et Tel-Aviv menaient, au même moment, un septième cycle de négociations à Rome sous médiation américaine. Les discussions portent sur le désarmement du Hezbollah et le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Selon une source présidentielle libanaise citée par l’agence Naharnet, Israël refuse pour l’heure de se retirer de nouvelles zones tant que l’armée libanaise n’aura pas pris le contrôle total de deux zones dites pilotes.
Le contraste entre les discussions diplomatiques et la poursuite des frappes sur le terrain illustre les limites d’un cessez-le-feu que ni Israël ni le Hezbollah ne semblent considérer comme pleinement acquis.
Sur le terrain, les habitants de Mansouri restent partiellement évacués. Les autorités libanaises n’ont donné aucune indication sur un retour possible avant l’accalmie des combats. Human Rights Watch a indiqué poursuivre la vérification d’images supplémentaires susceptibles de documenter l’usage de munitions incendiaires lors des frappes de la première semaine d’août.
Sources
- Nations Unies – Lettre officielle du Liban au Conseil de sécurité sur l’usage du phosphore blanc par Israël (A/78/568-S/2023/827, 31 octobre 2023)
https://digitallibrary.un.org/record/4026987/files/A_78_568–S_2023_827-FR.pdf – consulté le 12 août 2026 - Human Rights Watch – « Liban : Israël a illégalement utilisé des munitions au phosphore blanc » (9 mars 2026)
https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/09/liban-israel-a-illegalement-utilise-des-munitions-au-phosphore-blanc – consulté le 12 août 2026 - L’Orient-Le Jour – « Phosphore blanc au Liban-Sud : dégâts immédiats plutôt que conséquences à long terme » (16 juin 2026), citant le CNRS libanais
https://www.lorientlejour.com/article/1537947/phosphore-blanc-au-liban-sud-degats-immediats-plutot-que-consequences-a-long-terme.html – consulté le 12 août 2026 - L’Orient-Le Jour – Édition en direct du 7 août 2026 sur les frappes israéliennes à Mansouri et Haddatha
https://www.lorientlejour.com/article/1543782/mbs-reunit-a-djeddah-les-dirigeants-turc-et-pakistanais-pour-sceller-un-accord-de-defense-nouveaux-dynamitages-israeliens-a-haddatha-au-liban-sud-dire.html – consulté le 12 août 2026 - Naharnet – « Israel targets Lebanese army bulldozer in al-Mansouri, wounds soldier » (7 août 2026)
https://www.naharnet.com/stories/en/321706-israel-targets-lebanese-army-bulldozer-in-al-mansouri-wounds-soldier – consulté le 12 août 2026 - Agence nationale d’information (ANI) – Communiqué du 7 août 2026 sur l’attaque de Mansouri, agence de presse officielle libanaise, cité par plusieurs médias régionaux le 8 août 2026 – consulté le 12 août 2026
Julien Moreau
