Situé au cœur de la capitale britannique, Hyde Park attire chaque année des dizaines de millions de visiteurs venus profiter de ses pelouses et de son lac artificiel, la Serpentine. Depuis la fin du mois de juillet, ce décor habituel a cédé la place à une étendue d’herbe roussie et craquelée par endroits, que plusieurs photographies prises le 30 juillet et le 1er août montrent parsemée de chaises longues installées sur un sol plus proche du sable que du gazon. Le phénomène ne se limite pas à ce seul parc londonien : il concerne l’ensemble du territoire anglais, où l’Environment Agency a déclaré la sécheresse dans sept régions couvrant 51,4 % du pays.
Une pelouse emblématique métamorphosée en paysage aride
Géré par l’organisme The Royal Parks, qui administre huit parcs royaux à Londres dont Hyde Park, Kensington Gardens et Regent’s Park pour un total avoisinant 77 millions de visites annuelles, cet ensemble d’espaces verts reçoit habituellement un entretien constant pour préserver ses pelouses. Mais l’absence prolongée de précipitations a rendu tout arrosage insuffisant face à l’évaporation provoquée par les températures élevées de l’été. Les images diffusées début août montrent de larges portions du parc entièrement dépourvues de végétation verte, un contraste saisissant avec les étés précédents.
Ce n’est pas seulement un été particulièrement sec qui frappe l’Angleterre : c’est la troisième sécheresse en cinq ans, un rythme qui bouscule la définition même d’un phénomène longtemps considéré comme exceptionnel dans un pays réputé pour ses pluies fréquentes.
La pluviométrie la plus faible enregistrée depuis 1868
Les données provisoires du Met Office, l’agence météorologique britannique, situent juillet 2026 parmi les mois les plus secs jamais enregistrés en Angleterre, avec seulement 10 % des précipitations moyennes habituelles. Pour l’ensemble du Royaume-Uni, il s’agit du troisième mois de juillet le plus sec depuis le début des relevés, et du juillet le plus sec en Angleterre depuis 1868. Le sud du pays a été particulièrement touché, avec seulement 1,9 millimètre de pluie tombée sur l’ensemble du mois, soit environ 3 % de la moyenne à long terme pour cette période.
Dix-neuf comtés anglais ont enregistré un millimètre de pluie ou moins sur l’intégralité du mois de juillet. Ce déficit pluviométrique, conjugué à une quatrième vague de chaleur généralisée depuis le début de l’année, a accéléré l’assèchement des sols et des cours d’eau à un rythme que les météorologues qualifient de “sécheresse éclair”, un phénomène qui se développe rapidement sous l’effet combiné de la chaleur et du manque de pluie.
L’Environment Agency et Thames Water en première ligne face à la crise
Face à cette situation, l’Environment Agency a réuni le National Drought Group, qui rassemble représentants gouvernementaux, météorologues, régulateurs, distributeurs d’eau et agriculteurs, pour coordonner la réponse dans les régions touchées. Helen Wakeham, directrice de l’eau au sein de l’agence, a averti qu'”un second été consécutif de sécheresse est une situation exceptionnellement sérieuse”, aux conséquences durables pour l’environnement, la faune et l’économie du pays.
Thames Water, qui alimente plus de dix millions de foyers dans le Grand Londres et la vallée de la Tamise, a instauré une interdiction temporaire d’utilisation des tuyaux d’arrosage dès le 23 juillet. La consommation d’eau dépasse actuellement de 10 % la normale dans la vallée de la Tamise et les comtés voisins, et de 7 % à Londres même, selon ITV News. Plus de vingt millions de personnes en Angleterre et au pays de Galles vivent désormais sous une forme de restriction d’usage de l’eau, le pays de Galles ayant lui aussi été placé intégralement en état de sécheresse.
Des rivières à sec et une agriculture déjà fragilisée
Les cours d’eau anglais affichent des débits inférieurs de 78 % à la normale par endroits, selon CNN. Certains tronçons de la Tamise atteignent des niveaux historiquement bas, tandis que la hausse des températures de l’eau favorise la prolifération d’algues dans plusieurs rivières et canaux. Les agriculteurs sont contraints de récolter une partie de leurs cultures avant terme pour limiter les pertes, une pratique qui se traduit mécaniquement par des rendements inférieurs et fragilise davantage des exploitations déjà éprouvées par deux étés secs consécutifs.
Pauline Scheelbeek, professeure associée à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, a souligné que “la sécheresse pourrait avoir un effet direct sur l’approvisionnement alimentaire”. Une perturbation répétée de la production maraîchère pourrait, selon elle, renchérir l’accès à une alimentation saine pour les foyers les plus modestes et peser durablement sur la santé publique, en particulier dans les régions déjà confrontées à des inégalités sociales marquées.
Une troisième sécheresse en cinq ans qui interroge les climatologues
L’Angleterre a désormais connu trois épisodes de sécheresse en cinq ans, après ceux de 2022 et de 2025. Cette fréquence accrue, conjuguée à la rapidité avec laquelle les conditions basculent d’un hiver pluvieux à un été aride, a conduit certains météorologues à parler de “gîte climatique” pour décrire ces changements brutaux. La bibliothèque de la Chambre des communes britannique confirme que sept zones opérationnelles de l’Environment Agency sont désormais en sécheresse, tandis que six autres restent en état de “temps sec prolongé”, la phase qui précède généralement une déclaration officielle.
Le gouvernement britannique a indiqué que le National Drought Group intensifierait sa réponse dans les prochaines semaines, avec un renforcement de la surveillance des cours d’eau, une vigilance accrue face au risque d’incendie et davantage de communication publique sur les restrictions en vigueur. Aucune amélioration significative des ressources en eau n’est attendue tant que des pluies soutenues ne seront pas revenues sur l’ensemble du territoire anglais.
Sources
- Euronews – More than half of England ‘officially in drought’, UK Environment Agency says
https://www.euronews.com/2026/07/29/more-than-half-of-england-officially-in-drought-uk-environment-agency-says – consulté le 8 août 2026 - The National – England records its driest July after only 10 per cent of usual rainfall
https://www.thenationalnews.com/news/uk/2026/08/03/england-records-its-driest-july-after-only-10-per-cent-of-usual-rainfall/ – consulté le 8 août 2026 - CNN – England is notoriously rainy, yet an ‘exceptionally serious’ drought has hit half the nation
https://edition.cnn.com/2026/07/30/uk/england-drought-heatwaves-wildfires-intl – consulté le 8 août 2026 - ITV News – The areas of England at risk of drought and where hosepipe bans are in place
https://www.itv.com/news/2026-07-21/the-areas-of-england-at-risk-of-drought-and-where-hosepipe-bans-are-in-place – consulté le 8 août 2026 - House of Commons Library – Droughts in England
https://commonslibrary.parliament.uk/droughts-in-england/ – consulté le 8 août 2026 - Getty Images – A view of a very dry Hyde Park, photographie datée du 30 juillet 2026
https://www.gettyimages.com/detail/news-photo/view-of-a-very-dry-hyde-park-a-drought-has-been-declared-in-news-photo/2287646157 – consulté le 8 août 2026
Karim Haddad
