Hassan Bouras, journaliste indépendant et ancien responsable régional de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), organisation aujourd’hui dissoute, est incarcéré depuis le 12 avril 2026 à la prison d’El Haoudh, à El Bayadh, dans le sud-ouest algérien. Il a été arrêté ce dimanche-là vers 19h45 devant son domicile par des éléments de la sûreté de wilaya, avant que son domicile familial ne soit perquisitionné le soir même et qu’un ordinateur portable ne soit saisi. C’est dans ce contexte que sa sœur, Zohral Bourras, a choisi de rendre son inquiétude publique.
Une sœur alerte sur les conditions de détention de son frère
Dans son appel, Zohral Bourras affirme que son frère est aujourd’hui détenu dans une cellule où se trouvent des personnes condamnées pour des faits liés à l’organisation Daech, et qu’il y subirait des pressions et du harcèlement de leur part. « J’appelle les autorités compétentes à garantir sa sécurité », écrit-elle, réclamant le respect de l’intégrité physique et psychologique de son frère. Cette information, publiée par la famille sur les réseaux sociaux. Elle s’ajoute néanmoins à un tableau déjà documenté par plusieurs organisations de défense des droits humains, qui décrivent une détention marquée par l’isolement et une santé fragilisée.
La famille se heurte depuis avril à la même difficulté : obtenir des informations vérifiables sur les conditions de détention de Hassan Bouras, dans un dossier où les autorités judiciaires n’ont toujours pas rendu publiques les charges exactes retenues contre lui. Amnesty International avait déjà signalé en mai que le journaliste souffrait de troubles cardiaques, de rhumatismes et d’asthme, aggravés par un environnement carcéral où d’autres détenus fument.
Un dossier ouvert sur fond d’accusations de terrorisme
Le 13 avril 2026, au lendemain de son arrestation, un juge d’instruction du tribunal d’El Bayadh a ordonné le placement en détention provisoire de Hassan Bouras dans le cadre d’une enquête portant sur quatre chefs d’accusation, deux qualifiés de crimes et deux de délits. Selon des experts des Nations unies, ces poursuites incluent notamment l’appartenance à une organisation terroriste et la diffusion de publications jugées préjudiciables aux intérêts nationaux. Le détail complet des charges n’a, à ce jour, pas été rendu public par les autorités judiciaires algériennes.
Cette accusation de terrorisme n’est pas une première pour le journaliste. En 2021, il avait déjà été inculpé d’appartenance à une organisation terroriste et d’apologie du terrorisme, avant d’être finalement condamné en 2022 à deux ans de prison, dont un an avec sursis, pour des chefs moins graves. La cour d’appel d’Alger avait alors acquitté Hassan Bouras des accusations les plus lourdes, dont celle de complot visant à changer le système de gouvernance. Ce précédent judiciaire nourrit aujourd’hui les doutes exprimés par plusieurs organisations sur la solidité du nouveau dossier ouvert contre lui.
Un journaliste déjà confronté à deux décennies de poursuites
Connu pour ses enquêtes sur la corruption locale et pour avoir documenté des atteintes aux droits humains dans les régions du sud algérien, Hassan Bouras fait l’objet de poursuites judiciaires répétées depuis 2003. Il a été condamné ou détenu à plusieurs reprises, notamment en 2015 et en 2016, pour des faits liés à ses écrits et à ses prises de position publiques. Son arrestation d’avril 2026 est intervenue la veille de la visite en Algérie du pape Léon XIV, une coïncidence de calendrier relevée par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui y voit un signal adressé aux voix critiques.
La famille Bouras dans son ensemble a payé le prix de cet engagement. Selon des organisations de défense des droits humains, deux sœurs du journaliste ont, par le passé, subi des mesures de rétorsion professionnelle et des pressions similaires en raison de leur soutien à leur frère. Depuis son arrestation d’avril, la famille dénonce également l’impossibilité pour Hassan Bouras d’avoir accès à un avocat dans les premiers jours de sa détention, faute de moyens financiers suffisants pour couvrir les frais liés à la distance entre El Bayadh et les grands centres urbains.
Une grève de la faim entamée en signe de protestation
Le 3 mai 2026, Hassan Bouras a entamé une grève de la faim à durée indéterminée pour protester contre ce qu’il qualifie de détention arbitraire. Dans une lettre transmise à sa famille à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il écrivait avoir été arrêté devant son domicile par des policiers en civil et affirmait ne connaître aucune charge précise justifiant sa privation de liberté. Début juin, un nouveau message transmis par ses proches faisait état d’une détérioration de son état de santé, incluant une hypertension non maîtrisée et une baisse de la vue.
Ce que cette succession de messages traduit, au-delà du cas individuel de Hassan Bouras, c’est un climat plus large de restriction des libertés publiques en Algérie. Selon un rapport publié en juin par l’organisation Riposte Internationale, au moins sept journalistes ou professionnels des médias ont été poursuivis, détenus ou condamnés depuis fin 2025 pour l’exercice de leur métier ou l’expression de leurs opinions.
Une mobilisation internationale qui s’intensifie
Le dossier de Hassan Bouras a franchi, au fil des mois, plusieurs paliers de mobilisation internationale. En mai, Amnesty International a exigé sa libération immédiate et inconditionnelle, aux côtés de celle d’autres journalistes poursuivis pour des accusations similaires. En juillet, un groupe de rapporteurs spéciaux des Nations unies, incluant les rapporteurs sur la liberté d’expression, sur les défenseurs des droits humains et sur la lutte antiterroriste, a publiquement estimé que sa détention semblait directement liée à l’exercice pacifique de son métier de journaliste.
Ces prises de position n’ont pour l’instant pas modifié la situation judiciaire du détenu, toujours maintenu en détention provisoire plus de trois mois après son arrestation. L’appel lancé par sa sœur s’inscrit dans cette séquence : il vise à maintenir la pression sur les autorités algériennes, alors même que le silence de la presse nationale sur ce dossier a été relevé par plusieurs observateurs dès les premiers jours de l’arrestation.
Aucune date d’audience ou de procès n’a pour l’heure été communiquée par le tribunal d’El Bayadh. La famille de Hassan Bouras, elle, continue de réclamer des informations officielles sur les conditions exactes de sa détention et sur les suites judiciaires réservées à son dossier.
Rédaction ALG247
