Le gaz de schiste en Algérie : pourquoi l’Algérie ne doit pas franchir ce pas

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Karim Haddad
Karim Haddadhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé en économie internationale et questions énergétiques. Il analyse les marchés, les politiques monétaires, les matières premières et les stratégies industrielles, avec une attention particulière pour les enjeux énergétiques mondiaux.

La nappe de l’Albien – plus grande réserve d’eau souterraine au monde avec plus de 50 000 milliards de mètres cubes, patrimoine hydrique de l’Algérie, de la Libye et de la Tunisie pour les siècles à venir – se trouve dans les mêmes couches sédimentaires que les bassins de gaz de schiste que le gouvernement algérien envisage d’exploiter avec ExxonMobil et Chevron. Cette coïncidence géologique n’est pas un détail technique. C’est le cœur d’une décision qui engage l’avenir de dizaines de millions d’Algériens actuels et futurs. En 2015, les habitants d’In Salah l’ont compris avant leurs dirigeants. Dix ans plus tard, leurs descendants le rappellent : certaines décisions ne se prennent pas dans le secret, ne se confient pas à des multinationales étrangères, et n’hypothèquent pas l’avenir de générations qui n’ont pas encore la parole.


Introduction

Il existe dans l’histoire politique et économique de chaque nation des moments où une décision irréversible se prend dans l’ombre, loin du regard des citoyens, sous la pression de puissances étrangères dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux du peuple. L’Algérie de 2025-2026 vit l’un de ces moments.

Depuis août 2025, selon des informations publiées par l’agence Bloomberg et confirmées par le président de l’ALNAFT Samir Bekhti, l’Algérie négocie avec les géants pétroliers américains ExxonMobil et Chevron un accord pour exploiter ses réserves de gaz de schiste – les troisièmes plus importantes au monde. Les aspects techniques sont selon lui « plus ou moins convenus ». Il ne reste plus que la question commerciale à régler. La décision, dans les faits, est prise. Le peuple algérien, lui, n’a pas été consulté.

Voici un dossier complet que nous consacrons à cette épineuse question, un dossier fondé sur les faits, les données scientifiques et les expériences documentées d’autres pays : l’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique dans le Sahara algérien représente un danger environnemental et sanitaire avéré, une menace existentielle pour les réserves hydriques d’un peuple qui vit en zone désertique, et un choix de civilisation qui ne peut pas être pris par des bureaucrates et des négociateurs pétroliers à l’abri de tout regard citoyen et démocratique.

Ce dossier retrace l’histoire du gaz de schiste en Algérie depuis les premières décisions de 2013, analyse les risques documentés pour les nappes phréatiques et l’environnement, rappelle avec précision ce que fut la résistance d’In Salah en 2015, dresse le portrait des multinationales qui font pression sur Alger, examine les choix des pays qui ont refusé cette voie, et pose la question centrale : si des nations comme la France, la Bulgarie, l’Irlande et la Suisse ont jugé que les risques environnementaux dépassaient les bénéfices économiques, au nom de quoi l’Algérie – pays désertique dont la survie dépend de ses nappes fossiles – prendrait une décision inverse, dans le secret, sans débat public ni consultation des populations concernées ?


Chiffres clés du dossier gaz de schiste algérien

IndicateurDonnées
Rang mondial des réserves de gaz de schiste récupérables3e mondial (EIA américaine)
Volume récupérable estimé (EIA)707 000 milliards de pieds cubes
Volume en place estimé3 419 trillions de pieds cubes
Pays devant l’Algérie selon l’EIA 2013Chine (1er), Argentine (2e). Note : selon les propres documents de Sonatrach, les États-Unis précèdent également l’Algérie, la plaçant au 4e rang
Volume de la nappe de l’AlbienPlus de 50 000 milliards de m³ d’eau
Extension de la nappe de l’AlbienPlus d’un million de km² (Algérie, Tunisie, Libye)
Part algérienne de la nappe70 %
Caractère de la nappe de l’AlbienFossile, non renouvelable à l’échelle humaine
Eau nécessaire par puits de schiste15 à 20 millions de litres (15 000-20 000 m³)
Nombre de forages envisagés par Sonatrach (projet 2014)200 par an pour 20 Mds m³ de gaz
Bassins de gaz de schiste principauxAhnet, Gourara, Berkine, Illizi
Proximité géologique nappe Albien / bassins schisteDans les mêmes couches sédimentaires
Date du premier forage exploratoire2014 (bassin d’Ahnet, In Salah)
Date des manifestations d’In Salah1er janvier 2015 – plusieurs mois
Date de la suspension officielleMi-2015 (baisse des cours du pétrole)
Date de la relance des négociations2023-2025 (ExxonMobil, Chevron)
Pays ayant interdit le frackingFrance (2011), Bulgarie (2012), Irlande (2016), Écosse (moratoire), Pays de Galles (moratoire), plusieurs États américains
Rang de l’Algérie à l’indice de perception de la corruption104e / 180 (2024)

I. Définitions : comprendre ce qu’est vraiment le gaz de schiste

La roche-mère et son gaz prisonnier

Le gaz naturel conventionnel migre naturellement depuis sa roche-mère vers des réservoirs poreux – grès, calcaires – où il s’accumule et d’où il peut être extrait par simple forage. Le gaz de schiste, lui, est resté piégé dans la roche argileuse qui l’a produit. Il n’a pas migré. Il ne s’est pas accumulé dans un réservoir accessible. Pour le libérer, il faut casser la roche qui l’emprisonne – opération à mille lieues de l’extraction conventionnelle.

Le gaz de schiste est un gaz non conventionnel, retenu à grande profondeur dans les schistes de bassins sédimentaires. Les schistes sont des roches feuilletées souvent argileuses, dont la perméabilité naturelle est extrêmement faible. Le gaz y est dissous ou absorbé dans la roche même, inaccessible sans une intervention mécanique de grande ampleur.

La fracturation hydraulique : un procédé industriel massif

La fracturation hydraulique – en anglais hydraulic fracturing, ou “fracking” – est le procédé qui permet d’extraire ce gaz. Elle consiste à forer d’abord verticalement jusqu’à la couche de schiste (entre 2 000 et 5 000 mètres de profondeur dans le Sahara algérien), puis à dévier horizontalement sur plusieurs kilomètres, et à injecter un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques à très haute pression dans la roche. Cette injection génère des micro-fractures qui permettent au gaz de s’échapper et de remonter vers la surface.

L’ampleur du procédé est industrielle. Un forage de schiste nécessite des quantités d’eau plus grandes qu’un puits classique – les habitants d’In Salah l’avaient bien compris : 15 à 20 millions de litres par puits. Pour l’objectif algérien de 200 forages par an, cela représente entre 3 et 4 milliards de litres d’eau annuels – prélevés dans le Sahara, l’endroit de la planète où l’eau est le plus rare et le plus précieux.

Les fluides de fracturation contiennent, outre l’eau et le sable, des dizaines de produits chimiques : biocides, agents viscosifiants, réducteurs de friction, inhibiteurs de corrosion. Plusieurs de ces substances sont des perturbateurs endocriniens ou des composés potentiellement cancérigènes. Leur liste complète a longtemps été tenue secrète par les compagnies pétrolières aux États-Unis – ce qui en dit long sur la transparence du secteur.

Une fois la fracturation effectuée, une partie du fluide injecté remonte à la surface – c’est le “flowback”. Ce fluide est alors contaminé par des éléments naturellement présents dans la roche : métaux lourds, radioéléments naturels, sels, composés organiques volatils. Il doit être traité et stocké – dans des bassins de surface dont l’étanchéité n’est jamais garantie à 100 %, comme le soulignait déjà la source algérienne Revolution Énergétique : le gaz de schiste s’extrait par voie de forage qui génère de grandes quantités d’eau polluée, que les exploitants cumulent dans des bassins construits sur le sable même, dont l’étanchéité n’est jamais garantie.

La différence avec les autres énergies non conventionnelles

Il importe de distinguer le gaz de schiste du tight gas (gaz compact, extrait de grès peu perméables), du gaz de charbon (coal bed methane, extrait des veines de charbon) et de l’huile de schiste (shale oil). Dans le cas algérien, c’est principalement du gaz de schiste qui est concerné – un gaz plus profondément enfoui, dans une géologie saharienne qui présente des défis spécifiques d’accès à l’eau et de logistique que n’ont pas les principaux pays producteurs de schiste, dont les États-Unis.


II. Les réserves algériennes : une richesse qui peut devenir un piège

Un sous-sol exceptionnel dans un territoire fragile

L’Algérie possèderait la troisième plus grande réserve au monde de gaz de schiste avec environ 20 000 milliards de m³ selon les estimations, quatre fois plus que ses réserves de gaz conventionnel. Les bassins sédimentaires du Sahara algérien sont vastes, riches, et peu explorés pour ce type de ressource. Les principaux bassins identifiés par l’EIA américaine et l’ALNAFT algérienne comprennent le bassin d’Ahnet-Timimoun, le bassin de Gourara, le bassin de Berkine-Illizi et le bassin de Rhourd Nouss.

La superficie des bassins sédimentaires du Sahara algérien dépasse 1,5 million de kilomètres carrés – une immensité comparable à l’ensemble de la surface de l’Europe occidentale. Cette immensité est à la fois un atout potentiel – les réserves sont considérables – et un facteur de risque : l’ampleur des opérations nécessaires pour exploiter ces réserves serait elle aussi considérable, avec des impacts difficiles à maîtriser sur un territoire aussi vaste.

La nappe de l’Albien : le trésor qu’on risque de détruire

C’est ici que se concentre l’essentiel du risque. La nappe de l’Albien (également appelée aquifère du Continental Intercalaire) est la plus grande nappe d’eau souterraine au monde. Elle est à cheval sur trois pays, l’Algérie, la Libye et la Tunisie. 70 % de la nappe se trouve en territoire algérien au sud-est du pays.

Cette nappe de l’Albien est estimée à plus de 50 000 milliards de mètres cubes d’eau selon les données reprises par Wikipedia et les médias algériens – chiffre qui varie significativement selon les méthodologies entre 31 000 et 60 000 milliards de m³ selon les études disponibles. Elle s’étend sur plus d’un million de km² entre l’Atlas saharien, l’Ahaggar et la Tripolitaine. Et elle est fossile : constituée au cours des périodes humides qui se sont succédé depuis plus d’un million d’années, elle ne se recharge pratiquement pas à l’échelle de temps humaine.

Ce dernier point est capital. Une nappe fossile non renouvelable est, en termes pratiques, une ressource à usage unique. Contrairement à une nappe phréatique superficielle qui se renouvelle avec les pluies, la nappe de l’Albien ne se reconstitue pas. L’eau qu’elle contient est l’héritage de millions d’années de conditions climatiques révolues. Si elle est polluée, elle ne se nettoiera pas. Si elle est épuisée, elle ne se remplit pas.

La coïncidence géologique qui rend le dossier algérien si préoccupant est exprimée clairement par les sources scientifiques disponibles : la nappe albienne saharienne se trouve dans les couches sédimentaires où se trouvent également les hydrocarbures. Les bassins de gaz de schiste et la nappe de l’Albien coexistent dans les mêmes profondeurs du Sahara. Exploiter les uns, c’est inévitablement prendre le risque de compromettre l’autre.

Les limites des estimations de réserves

Il faut prendre les chiffres de réserves de gaz de schiste avec la prudence méthodologique qu’ils méritent. Les estimations de l’EIA américaine sont des calculs de ressources techniquement récupérables selon les méthodes actuelles et des hypothèses économiques données. Elles ne constituent pas des réserves prouvées économiquement viables. L’exemple polonais est ici éclairant : le pays avait initialement misé sur des estimations optimistes de réserves pouvant durer des siècles ; les études ultérieures ont révélé une réalité bien moins prometteuse, et les grandes compagnies qui avaient investi dans l’exploration polonaise ont abandonné leurs projets.

Dans le cas algérien, les défis spécifiques du Sahara – la rareté de l’eau, les coûts logistiques dans un territoire désertique, la profondeur des formations géologiques (entre 2 500 et 5 000 mètres dans certaines zones), les températures extrêmes – rendent le coût d’extraction potentiellement très supérieur à celui des États-Unis. La question n’est donc pas seulement de savoir si le gaz existe en quantité suffisante, mais à quel prix réel il peut être extrait, et au détriment de quoi.


III. Histoire du dossier en Algérie : une décision imposée, jamais assumée (2011-2026)

2011-2013 : l’ouverture législative discrète

Le processus algérien du gaz de schiste a commencé dans la discrétion. En 2013, une loi sur les hydrocarbures ouvre juridiquement la porte à l’exploration des “hydrocarbures non conventionnels”. Cette décision n’a pas fait l’objet d’un grand débat public. Elle a été présentée comme une nécessité économique dans le contexte d’un pays dont les revenus hydrocarbures commençaient à montrer des signes de fragilité.

Sonatrach et Total entament dès lors les premiers forages d’exploration dans le bassin d’Ahnet, au sud du pays, à proximité d’In Salah. Ces forages sont réalisés sans publicité, sans consultation des populations locales, sans étude d’impact environnemental publiquement accessible. Les habitants du Sud algérien n’apprennent ce qui se passe sous leurs pieds que lorsqu’ils voient les torches s’allumer.

2014-2015 : In Salah, l’éveil d’une conscience nationale

C’est une information qui a été publiée en catimini. En janvier 2015, la Sonatrach inaugure officiellement le premier forage exploratoire du gaz de schiste, près de la ville d’In Salah, au cœur du Sahara. La décision avait été prise. Les habitants d’In Salah n’avaient pas été consultés. Ils ont répondu comme ils pouvaient : dans la rue.

Le 1er janvier 2015, les citoyens d’In Salah organisent une première manifestation. Les manifestants, au nombre de 1 000 selon les sources locales, brandissent des banderoles : « oui au solaire thermique », « non au gaz de schiste », « non à l’extermination du Sud par le gaz de schiste », « In Salah agonise ». Ces slogans ne sont pas ceux de militants professionnels. Ce sont les mots de gens simples, ingénieurs, techniciens de Sonatrach, agriculteurs, commerçants, femmes au foyer – qui ont compris avant leurs dirigeants que ce qui se passe sous le sol de leur région les concerne directement.

Le mouvement prend une ampleur inattendue. Depuis le 1er janvier 2015, les habitants de In Salah manifestent, avec détermination et sans violence, leur opposition à la décision du gouvernement de procéder à l’exploitation du gaz de schiste dans le bassin de l’Ahnit, proche de la ville. Chaque jour plus nombreux, ils dénoncent également la collusion des multinationales telles que Halliburton et Schlumberger dans l’exécution de ce projet.

La mobilisation s’étend rapidement à toute la région du Grand Sud – Tamanrasset, Adrar, Illizi. Elle reçoit le soutien de nombreux chercheurs scientifiques et d’experts dans le domaine des hydrocarbures, ainsi que de personnalités intellectuelles algériennes. Un Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste est créé le 30 mars 2015. Un collectif “Non au gaz de schiste à In Salah” se structure pour exiger un moratoire.

La dimension de cette mobilisation est sans précédent dans l’histoire de la contestation populaire algérienne sur un sujet environnemental. Elle révèle, comme l’observe un éditorialiste de l’époque, les carences du pouvoir politique en matière de communication et de gestion des conflits. Toutes les missions et médiations entreprises par des ministres et des experts pétroliers ont tourné court. Quant à l’intervention de l’armée qui a permis de ramener le calme, elle en dit long sur la crédibilité dont jouissent les institutions politico-civiles auprès de la population d’In Salah.

La répression et ses victimes

Face à une contestation pacifique et argumentée, le pouvoir algérien choisit la répression. Les 28 et 29 février 2015, un assaut est donné par la gendarmerie et des compagnies nationales de sûreté, utilisant gaz lacrymogène et balles en caoutchouc : plus de 40 manifestants sont blessés, dont 3 grièvement ; d’autres sont détenus. Un habitant d’In Salah, Moulay Nakhou, succombe aux suites d’une intoxication causée par les gaz lacrymogènes utilisés dans la répression du mouvement.

Cette répression est documentée et condamnée par des associations internationales, dont la Fondation Danielle Mitterrand et France Libertés. Dix-huit opposants apprennent ensuite qu’ils sont poursuivis en justice pour “dégradations de lieux publics”. Des militants à Adrar sont convoqués et interrogés par la sûreté de wilaya. Le message du pouvoir est clair : la contestation de la politique énergétique ne sera pas tolérée.

La répression policière des manifestations de 2015 à In Salah a été violente. Aujourd’hui encore, la répression se poursuit – mais sous des formes moins visibles, moins filmables, moins relayées.

Le sens profond d’In Salah

Pour comprendre la résistance d’In Salah, il faut comprendre la culture du Sahara algérien. Il y a dans le Sahara un attachement à l’eau qui est indéniable : toute l’organisation sociale est fondée sur cette ressource considérée comme rare et donc précieuse. L’eau, dans la culture des populations du Sud – Touaregs, Mozabites, Chaamba – n’est pas une simple ressource économique. Elle est une dimension identitaire, spirituelle, existentielle. Une famille qui a construit sa maison autour d’un puits, une palmeraie qui survit depuis des siècles grâce à une foggara, un éleveur qui connaît chaque point d’eau de son territoire : ces gens-là savent, d’une connaissance ancrée dans l’expérience millénaire, que détruire l’eau, c’est détruire la vie.

La protestation populaire d’In Salah contre l’exploitation du gaz de schiste a pris de court des autorités politiques habituées à faire face à des revendications de type classique – emplois, logements. Elles se sont trouvées face à des interlocuteurs très au fait des questions écologiques, des interlocuteurs instruits, certains étant des ingénieurs et des techniciens de Sonatrach, produits de surcroit de l’école algérienne. Ces ingénieurs savaient exactement ce que signifiait ce qui se passait sous leurs pieds. Et ils ont dit non.

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2015-2022 : le dossier en veille, les problèmes qui restent

En janvier 2015, Sonatrach annonce la suspension de l’exploration du gaz de schiste à In Salah. La raison officielle n’est pas la pression populaire – les autorités ne l’admettront jamais. C’est la chute du cours du pétrole à moins de 40 dollars le baril, qui a rendu l’exploration trop coûteuse. Sur les six plateformes prévues, deux seulement sont officiellement abandonnées.

Les militants ne croient pas à cette suspension. “On n’est sûr de rien, réagit Hacina Zegzeg, militante antigaz de schiste. On ne croit pas à cette suspension, qui de toute façon est annoncée comme temporaire.” Cette méfiance était fondée. La loi sur les hydrocarbures de 2019 maintient le cadre juridique des hydrocarbures non conventionnels. Le dossier dort, mais il n’est pas clos.

2023-2026 : la relance en catimini

En 2023, le Wall Street Journal révèle que Sonatrach négocie avec ExxonMobil et Chevron des accords portant sur le gaz conventionnel, mais aussi sur les énormes réserves algériennes de gaz de schiste, les troisièmes plus importantes au monde. Ces négociations concernent notamment les bassins d’Ahnet, de Gourara et de Berkine.

En juin et juillet 2025, le président Tebboune reçoit personnellement les représentants des deux compagnies. En août 2025, l’agence Bloomberg confirme la situation : les aspects techniques sont plus ou moins convenus ; les négociations portent désormais sur l’aspect commercial. Le président de l’ALNAFT déclare que l’Algérie a décidé de ne plus distinguer officiellement entre gaz conventionnel et gaz de schiste.

Ce dernier point mérite d’être relevé : en décidant de ne plus distinguer officiellement les deux types de ressources, les autorités algériennes effacent non seulement une différence technique fondamentale, mais aussi le marqueur juridique et politique qui permettrait de suivre qui décide quoi, à quel moment, avec quel partenaire, selon quelles conditions, avec quelles contreparties environnementales. C’est une décision prise dans le secret, que le peuple algérien n’a pas choisie. Et c’est là, au-delà même du débat environnemental, que réside le problème démocratique le plus grave.


IV. Les risques environnementaux : ce que la science dit

La contamination des nappes phréatiques : un risque documenté

La question de la contamination des nappes phréatiques par la fracturation hydraulique est au cœur du débat scientifique international depuis des années. Les positions des experts sont nuancées, mais les risques sont réels et documentés.

La contamination des nappes d’eau potable peut être provoquée par la perte de contrôle des fluides de fracturation (en profondeur le long du puits, ou en surface où ils sont stockés), par le gaz lui-même, d’autres constituants (organiques ou minéraux) provenant du sous-sol et éventuellement par les produits chimiques utilisés. Pour éviter cette pollution, les tubes en acier destinés à conduire les fluides et les gaz sont cimentés sur les premières centaines de mètres du puits, là où les nappes phréatiques peuvent être traversées par le forage vertical. Mais la cimentation peut être imparfaite, se dégrader dans le temps, être sujette à des défauts de fabrication.

Des éléments chimiques comme le fer et le manganèse, issus des aquifères ou de la roche, peuvent migrer avec l’eau. La technique d’exploitation des gaz de schiste nécessite beaucoup plus de forages que les hydrocarbures classiques. Il y aura donc beaucoup plus de fuites de méthane en routine en exploitant des gaz de schiste que des hydrocarbures conventionnels. Or, le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans (28 fois sur 100 ans selon le GIEC).

Dans le contexte algérien spécifique, un risque particulier a été identifié : la coïncidence spatiale entre les bassins de gaz de schiste et la nappe de l’Albien. Les sites pressentis pour les forages de gaz de schiste sont à un plus ou moins proche voisinage de la nappe phréatique de l’Albien, une réserve d’eau fossile, certes gigantesque, mais peu renouvelable et extrêmement vulnérable à toute perturbation de nature anthropologique.

La vulnérabilité de la nappe de l’Albien est accentuée par un facteur que les défenseurs du schiste ignorent systématiquement : du fait de la connaissance encore imparfaite du fonctionnement du système des différentes nappes de l’Albien, il est établi qu’il existe un fort risque de perturber les mécanismes encore mal définis qu’entretiennent ces dernières entre elles. Personne ne sait exactement comment les différentes couches de la nappe communiquent entre elles. Dans une situation d’incertitude scientifique aussi profonde, le principe de précaution devrait s’imposer.

La leçon algérienne des catastrophes antérieures

L’Algérie a déjà frôlé de grandes catastrophes écologiques liées à des interventions dans le sous-sol saharien. La première a eu lieu dans la région d’El Oued : la remontée des nappes phréatiques due aux rejets d’eaux usées avait mis en péril les palmeraies – ces jardins millénaires qui représentent à la fois une ressource économique et un héritage culturel irremplaçable. La seconde catastrophe est survenue dans la région de Ouargla : l’injection d’eau dans des puits de forages pour les besoins de la prospection pétrolière avait provoqué la constitution de cratères.

Ces catastrophes passées ne sont pas des anecdotes : elles montrent que le sous-sol saharien réagit aux interventions humaines de façon imprévisible, et que les conséquences peuvent être dramatiques et durables. Elles constituent une mise en garde que le gouvernement algérien ferait bien de méditer avant de lancer des opérations de fracturation hydraulique à grande échelle dans les mêmes zones géologiques.

Les pigeons, les faucons et les chameaux

La révolution-energetique.com a mis en lumière un fait qui n’a jamais fait l’objet d’une enquête officielle sérieuse en Algérie : dès les premiers essais effectués en 2009 par Sonatrach et TotalÉnergies à In Salah, des témoignages locaux ont signalé que des pigeons, des faucons, des cigognes en migration et même des chameaux mouraient dans les environs des sites de forage, sans que cela n’ait inquiété les autorités. Il a été reproché aux opérateurs de ne pas y avoir installé d’appareils de mesure de la toxicité de l’air.

Ces morts animales, non expliquées et non investiguées, constituent un signal d’alarme que les autorités algériennes ont délibérément ignoré. Dans tout autre pays doté d’un minimum de régulation environnementale, de tels événements auraient immédiatement déclenché des enquêtes sanitaires et la suspension des forages jusqu’à élucidation. En Algérie, ils ont été passés sous silence.

Les émissions de méthane et le défi climatique

L’Algérie est signataire des accords de Paris sur le climat. Elle s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. L’exploitation du gaz de schiste est incompatible avec ces engagements : les fuites de méthane lors du forage et de la production sont structurellement plus importantes que dans l’exploitation conventionnelle, et le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans.

Le Parlement européen, dans une étude commandée à sa commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, a conclu que compte tenu des émissions de gaz à effet de serre du gaz de schiste issues du processus de fracturation, son bilan énergétique reste décevant. Ce bilan climatique médiocre est l’une des raisons fondamentales pour lesquelles de nombreux pays ont choisi de renoncer à cette voie.

La sismicité induite

La fracturation hydraulique provoque des micro-séismes. Ce phénomène, dit “sismicité induite”, est documenté dans tous les pays où le fracking a été pratiqué à grande échelle. Au Royaume-Uni, le forage de gaz de schiste a causé deux séismes de magnitude 2,3 et 1,5 près de Blackpool en mai 2011, conduisant à une suspension immédiate des opérations. En Oklahoma, la multiplication des forages de schiste a été associée à une augmentation spectaculaire de la fréquence des séismes dans une zone autrefois peu sismique.

Le sous-sol saharien algérien n’est pas exempt de risques sismiques. La région du Grand Sud présente des structures géologiques complexes, incluant des failles profondes. Les effets de la sismicité induite à grande profondeur dans ces structures sont peu étudiés et potentiellement imprévisibles.


V. Les acteurs de la pression : qui veut exploiter le schiste algérien et pourquoi

ExxonMobil et Chevron : des intérêts qui ne sont pas ceux de l’Algérie

Depuis 2023, ExxonMobil et Chevron sont les deux acteurs centraux des négociations avec Sonatrach et l’ALNAFT pour l’exploitation du gaz de schiste algérien. Ces deux compagnies sont parmi les plus grandes du monde, dont les intérêts fondamentaux sont la maximisation des profits pour leurs actionnaires – pas la préservation de l’eau des Algériens ni le développement durable de l’économie nationale algérienne.

L’Algérie est proche de la conclusion d’accords avec les sociétés américaines ExxonMobil et Chevron pour le développement de gisements de gaz, y compris de gaz de schiste, selon les déclarations d’août 2025 de Samir Bekhti à Bloomberg. Sonatrach avait conclu à titre préliminaire un accord avec les deux entreprises pour le développement des ressources en hydrocarbures dans le bassin d’Ahnet, où le premier puits d’essai avait été foré en 2014, ainsi que dans le bassin de Berkine.

La temporalité de ces négociations n’est pas anodine. ExxonMobil et Chevron sont des compagnies étroitement liées à l’administration Trump, revenue à la Maison-Blanche. Cette administration est outrageusement alignée sur les positions les plus radicales concernant les combustibles fossiles, et a systématiquement démembré les régulations environnementales aux États-Unis. Ces compagnies défendent dans le monde entier l’expansion de l’exploitation des énergies fossiles, au moment même où la communauté scientifique internationale considère que cette expansion est incompatible avec la survie de l’humanité dans des conditions climatiquelement supportables.

La contradictions algérienne est saisissante. D’un côté, l’Algérie déclame à l’ONU ses positions en faveur du peuple palestinien et de la souveraineté des peuples. De l’autre, elle finalise une négociation économique majeure avec deux multinationales étroitement liées à l’administration Trump. L’image est saisissante : d’un côté, des paroles hautes et fermes en faveur des droits palestiniens ; de l’autre, une négociation économique majeure avec deux multinationales étroitement liées à l’administration Trump, aujourd’hui revenue à la Maison-Blanche et outrageusement alignée sur les positions les plus radicales d’Israël.

Halliburton et Schlumberger : les sous-traitants déjà présents

Lors des forages exploratoires de 2014-2015 à In Salah, les habitants avaient clairement identifié d’autres acteurs : les sociétés américaines Halliburton et Schlumberger (aujourd’hui SLB). Ces deux géants du parastatal pétrolier mondial sont les principaux spécialistes de la fracturation hydraulique dans le monde. Leur présence dès les premiers forages algériens montre que la logique d’exploitation était bien avancée, bien au-delà de la simple exploration.

Depuis lors, les citoyens d’In Salah avaient décidé d’empêcher l’entreprise de fracturer en construisant un barrage humain sur le site du forage et en barrant la route à Halliburton. Cette décision courageuse, prise par des civils non armés face à une compagnie multinationale et à la gendarmerie nationale, dit quelque chose d’essentiel sur ce que ces citoyens avaient compris : que si on ne résiste pas maintenant, il sera trop tard.

L’Union européenne et son double jeu

L’ambivalence de l’Union européenne sur ce dossier mérite d’être relevée. L’exploitation du gaz de schiste, en particulier grâce à la fracturation hydraulique, a donné lieu à d’importants débats en raison de ses conséquences environnementales et sociales. Malgré les politiques internes de l’UE qui dissuadent d’utiliser la fracturation hydraulique en raison de ses risques environnementaux, certains États membres soutiennent l’extraction de gaz de schiste à l’étranger, notamment en Algérie.

Ce double standard est moralement insoutenable. L’Europe interdit le fracking sur son propre sol – la France depuis 2011, la Bulgarie depuis 2012, l’Irlande depuis 2016 – mais pousse l’Algérie à l’exploiter pour en importer le gaz. C’est une forme de délocalisation de la pollution : ce que les Européens refusent de faire chez eux parce que c’est dangereux pour leur eau et leur santé, ils l’encouragent ou le tolèrent chez les autres. Une position que les défenseurs des droits environnementaux comme Amnesty International qualifient d’hypocrisie systémique.


VI. Ce que les autres pays ont choisi : la géographie mondiale du refus

La France : une interdiction constitutionnellement ancrée

La France est le premier grand pays à avoir franchi le pas de l’interdiction. En juillet 2011, le Parlement français interdit la fracturation hydraulique. En 2013, le Conseil constitutionnel confirme cette interdiction. En 2017, la France va plus loin : elle vote la fin de toute délivrance de permis d’exploration ou d’exploitation d’hydrocarbures, conventionnels ou non, sur son territoire à l’horizon 2040.

Cette position française est d’autant plus notable que la France dispose de réserves de gaz de schiste estimées à 3 900 milliards de m³ selon certaines évaluations – dans les régions du Bassin parisien et du Bassin aquitain. La France a donc renoncé à d’importantes réserves potentielles, en faisant prévaloir les risques environnementaux sur les bénéfices économiques à court terme. 89 % des Français seraient inquiets si un forage de gaz de schiste avait lieu dans leur voisinage, selon un Eurobaromètre cité par les études académiques disponibles.

La Bulgarie, l’Irlande, le Pays de Galles, l’Écosse

La Bulgarie a interdit la fracturation hydraulique en janvier 2012, sous la pression d’une mobilisation populaire massive dans les six principales villes du pays. Le permis que Chevron détenait dans la région de Dobroudja a été annulé. Cherchant de nouveaux terrains après ce refus européen, les compagnies ont axé leurs efforts vers des pays censés être moins regardants – dont l’Algérie. L’Irlande a suivi en 2016, décidant d’un moratoire puis d’une interdiction permanente. L’Écosse et le Pays de Galles ont également instauré des moratoires qui équivalent, dans la pratique, à des interdictions.

Ces décisions ne sont pas le fait de pays pauvres qui ne peuvent pas se permettre d’exploiter leurs ressources. Ce sont des pays développés, à économies avancées, qui ont fait un calcul rationnel : les risques environnementaux à long terme dépassent les bénéfices économiques à court terme. Et pour une ressource non renouvelable comme la nappe de l’Albien – une ressource d’eau qui ne se reconstituera pas dans les prochains millions d’années – ce calcul est encore plus favorable à l’interdiction.

L’Allemagne et ses 14 % de surfaces protégées

L’Allemagne a mis en place une réglementation très restrictive sur la fracturation hydraulique. Presque 14 % des surfaces sont interdites à l’exploitation pour protéger les ressources hydriques fondamentales. Une étude publiée par le ministère allemand de l’Environnement avait conclu que la fracturation hydraulique risquait de contaminer les nappes phréatiques et réclamait une réglementation très stricte. En pratique, les contraintes réglementaires sont si sévères qu’aucun projet commercial de gaz de schiste n’a été lancé en Allemagne.

Le Québec : la résistance d’une société civile

Même en Amérique du Nord, berceau de la révolution du schiste, des sociétés ont dit non. Au Québec, l’opposition populaire a été si forte, relayée par des découvertes de fuites dans 11 des 31 puits existants, que le gouvernement a imposé un moratoire puis une interdiction. La province canadienne dispose pourtant de réserves estimées dans les bassins du Saint-Laurent. Elle a choisi de les laisser dans le sol.

La leçon comparative : ce que ces pays ont évité

La liste des pays qui ont refusé ou restreint sévèrement le fracking n’est pas un catalogue de nations antiprogrès ou de sociétés économiquement irresponsables. Ce sont des nations qui ont fait le choix informé – après débats publics, après études scientifiques indépendantes, après consultations des populations concernées – que certaines ressources ne méritent pas d’être exploitées au prix de risques environnementaux irréversibles.

L’Algérie, avec la nappe de l’Albien comme patrimoine hydrique de plusieurs générations et comme condition de vie du peuple saharien, a précisément le type de ressource irremplaçable qui justifie cette prudence. L’eau ne se remplace pas. Le gaz, lui, peut être importé, substitué par des énergies renouvelables, ou simplement attendu que les technologies d’extraction futures permettent de l’extraire sans contaminer les nappes. Ce gaz appartient aux générations futures qui l’exploiteront de la manière la plus consciencieuse et prudente, selon les procédés qui seront mis au point par des scientifiques, comme l’écrivait déjà en 2015 un expert algérien sur la plateforme Mondialisation.


VII. Le cadre légal algérien : des textes insuffisants pour protéger l’essentiel

La loi de 2013 : une ouverture sans garde-fous suffisants

La loi algérienne sur les hydrocarbures de 2013 intègre pour la première fois un cadre pour les “hydrocarbures non conventionnels”. Elle prévoit des autorisations d’exploration et d’exploitation, des études d’impact, des zones protégées. Mais ce cadre présente des lacunes fondamentales qui ont été relevées par les experts et les militants : les études d’impact n’ont pas été rendues publiques, les zones de protection de la nappe de l’Albien ne sont pas définies avec précision, les mécanismes de consultation des populations ne sont pas prévus.

La loi de 2019 : l’incitation plutôt que la protection

La loi sur les hydrocarbures de 2019 (loi 19-13) va dans le sens inverse de ce que la prudence environnementale commanderait. Elle améliore les conditions fiscales et la flexibilité des contrats pour attirer les investisseurs étrangers dans le secteur des hydrocarbures non conventionnels. C’est une loi d’incitation à l’exploitation, pas de protection de l’environnement.

À titre de comparaison, en France, l’Assemblée nationale a prononcé un moratoire sur le forage de gaz de schiste et a interdit la fracturation hydraulique. En Algérie, la législation a évolué dans le sens exactement opposé, ouvrant davantage le secteur plutôt que le restreignant.

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Ce qui manque : les vides juridiques critiques

Plusieurs lacunes fondamentales du cadre législatif algérien rendent le projet d’exploitation du gaz de schiste particulièrement risqué. Il n’existe pas de loi spécifique sur la fracturation hydraulique, définissant les conditions techniques, les matériaux autorisés, les distances de sécurité par rapport aux nappes phréatiques. Il n’existe pas de cadre réglementaire précis sur la gestion des eaux usées de fracking – le flowback contaminé. Il n’existe pas de mécanisme légal de consultation obligatoire des populations locales avant toute décision d’exploitation. Il n’existe pas d’étude d’impact nationale publiée sur les risques de l’exploitation du gaz de schiste pour la nappe de l’Albien. Le rapport dit “rapport Mebtoul”, remis au Premier ministre, n’a jamais été publié – les militants d’In Salah en 2015 en réclamaient déjà la publication en vain.

Ces lacunes ne sont pas des accidents. Elles sont le reflet d’un mode de gouvernance qui traite les décisions énergétiques comme des affaires d’État réservées aux technocrates et aux négociateurs pétroliers, hors de portée du citoyen ordinaire et du parlementaire même bien intentionné. C’est un problème de démocratie autant qu’un problème environnemental.

La question de la corruption dans ce dossier

L’Algérie est classée 104e sur 180 pays à l’indice de perception de la corruption de Transparency International en 2024. Les négociations entre Sonatrach et des multinationales comme ExxonMobil et Chevron impliquent des milliards de dollars de contrats, des clauses fiscales complexes, des transferts de technologie, des royalties dont le calcul peut être manipulé. Sans transparence publique, sans accès des parlementaires et de la société civile aux termes réels de ces négociations, sans presse indépendante capable d’investiguer, comment les citoyens algériens peuvent-ils s’assurer que ces contrats servent l’intérêt national et non des intérêts privés particuliers ?

Cette question n’est pas une accusation. C’est un questionnement démocratique légitime, d’autant plus légitime qu’en Algérie, des scandales liés à des contrats pétroliers avec des acteurs étrangers ont déjà abouti à des condamnations judiciaires (affaire de l’autoroute Est-Ouest, affaire des 701 kg de cocaïne avec ses ramifications dans les milieux pétroliers). Dans ce contexte, l’exigence de transparence totale sur les négociations avec ExxonMobil et Chevron n’est pas un luxe démocratique. C’est une nécessité vitale.


VIII. L’argument économique : solide en apparence, fragile en réalité

L’objectif des 200 milliards de m³ et ses présupposés contestables

L’objectif de porter la production nationale de gaz naturel à 200 milliards de mètres cubes d’ici 2028 – contre 140 actuellement – est l’argument central avancé par les partisans de l’exploitation du schiste. Cet objectif est présenté comme nécessaire pour répondre à la demande intérieure croissante tout en maintenant les exportations vers l’Europe.

Mais les présupposés de cet objectif méritent d’être examinés. Premièrement, il suppose que la seule façon d’augmenter la production de gaz est d’exploiter le schiste – en ignorant le potentiel d’économie d’énergie intérieure que permettraient des réformes du prix du gaz et des programmes d’efficacité énergétique. Deuxièmement, il suppose un prix du gaz mondial suffisamment élevé pour rendre le schiste algérien rentable – ce qui est loin d’être garanti à long terme. Troisièmement, il suppose une maîtrise technologique que l’Algérie ne possède pas elle-même et qu’elle devra acquérir auprès de compagnies étrangères dans des conditions qui restent opaques.

Le coût d’extraction : une équation difficile au Sahara

Le coût d’extraction du gaz de schiste dans les bassins sahariens algériens est structurellement plus élevé que dans les bassins américains. Les coûts d’extraction en Europe sont généralement plus élevés que dans d’autres parties du monde, en raison de facteurs tels que la géologie et les régulations ; dans le Sahara algérien, les facteurs supplémentaires incluent la rareté de l’eau (qui devra être transportée ou extraite à grands frais), les distances logistiques dans un territoire désertique, les conditions climatiques extrêmes (température au sol dépassant 60°C en été), et la profondeur des formations géologiques.

Peu de pays – dont les États-Unis, encore imparfaitement – maîtrisent cette technologie de fracturation hydraulique. Si l’Algérie souhaite s’engager dans l’exploration du gaz de schiste, elle doit s’appuyer sur un copartenariat incluant des clauses restrictives assorties d’importantes pénalités en cas de non-respect de l’environnement, ainsi que des dispositions garantissant la formation des Algériens pour tout opérateur étranger intervenant sur le territoire national. Cette recommandation d’un expert algérien souligne implicitement que l’Algérie ne dispose pas de la capacité technique autonome pour pratiquer cette exploitation – ce qui crée une dépendance technologique que la nationalisation de 1971 avait précisément voulu éliminer.

L’alternative renouvelable : le calcul que personne ne fait

Le déploiement des énergies renouvelables offre une alternative structurelle à l’exploitation du schiste qui mérite d’être comparée sérieusement. L’Algérie dispose d’un des gisements solaires les plus importants au monde. La durée d’insolation sur la quasi-totalité du territoire national dépasse les 2 000 heures annuellement et peut atteindre les 3 900 heures aux Hauts-Plateaux et dans le Sahara.

Chaque mégawatt de solaire ou d’éolien installé est un mégawatt de gaz naturel économisé pour l’exportation. Avec un objectif de 22 000 MW de capacité renouvelable d’ici 2030, l’Algérie pourrait substituer une part significative de sa consommation intérieure de gaz par de l’électricité solaire. Ce gaz ainsi économisé pourrait être exporté vers l’Europe sans qu’il soit nécessaire d’exploiter une seule molécule de gaz de schiste. Cette équation n’est jamais présentée clairement dans le débat public algérien – probablement parce qu’elle rendrait visible que l’exploitation du schiste n’est pas une nécessité absolue, mais un choix politique.


IX. La question démocratique : de qui est l’eau du Sahara ?

Le droit des générations futures

La nappe de l’Albien n’appartient pas au gouvernement Tebboune. Elle n’appartient pas à ExxonMobil ni à Chevron. Elle appartient aux 48 millions d’Algériens actuels – et aux 80 millions qu’ils seront en 2050, aux 120 millions qu’ils pourraient être en 2100. Elle appartient à des générations qui n’ont pas encore la parole et dont nous sommes les seuls garants.

Ce gaz appartient aux générations futures qui l’exploiteront de la manière la plus consciencieuse et prudente, selon les procédés qui seront mis au point par des scientifiques. La science aura suffisamment avancé avec le temps pour créer de nouveaux procédés et équipements technologiques en mesure de garantir une exploitation énergétique respectueuse de l’environnement algérien. Ce raisonnement, formulé dès 2015, reste d’une actualité saisissante en 2026 : pourquoi se précipiter maintenant, avec des technologies dont les risques sont avérés et mal maîtrisés, alors que l’attente permettrait d’accéder à des procédés plus sûrs ?

Le manque de transparence comme trahison démocratique

Dans une démocratie digne de ce nom, une décision qui engage le patrimoine naturel d’un pays pour des siècles fait l’objet d’un débat public, d’une consultation citoyenne, d’un vote parlementaire, voire d’un référendum. La France a interdit le fracking par une loi du Parlement, adoptée après un débat public intense. La Bulgarie a cédé sous la pression d’une mobilisation populaire massive. L’Irlande a procédé à une consultation publique avant son interdiction.

En Algérie, la décision de relancer les négociations avec ExxonMobil et Chevron sur le gaz de schiste a été prise par quelques hauts fonctionnaires et représentants de Sonatrach, révélée par l’agence Bloomberg à l’été 2025, sans aucun débat au Parlement, sans aucune consultation des populations du Sud directement concernées, sans aucun audit environnemental indépendant rendu public. “Nous avons décidé de ne plus distinguer officiellement entre gaz conventionnel et gaz de schiste” – une phrase du président de l’ALNAFT qui résume l’approche : gommer les distinctions pour éviter les débats, avancer dans l’ombre pour éviter les résistances.

La mémoire d’In Salah comme boussole éthique

In Salah en 2015 n’était pas seulement une protestation locale contre un projet industriel indésirable. C’était la manifestation d’une conscience citoyenne qui affirmait un principe fondamental : les décisions qui engagent l’avenir environnemental d’une communauté ne peuvent pas être prises au-dessus d’elle, sans elle, contre elle.

Ce principe n’est pas algérien, ni africain, ni “occidental”. C’est un principe universel, ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans toutes les grandes chartes environnementales internationales. Il dit : les populations qui vivent sur un territoire ont le droit d’être consultées sur les décisions qui affectent durablement leur environnement et leur avenir.

Dix ans après In Salah, les autorités algériennes reprennent le chemin que les habitants du Sud avaient barré. Elles le reprennent en catimini, espérant que l’opinion publique n’aura pas les yeux rivés sur ce dossier. Elles font le pari que l’économique primera sur l’environnemental, que l’urgence de court terme l’emportera sur la prudence de long terme, que les milliards de dollars de contrats avec ExxonMobil pèseront plus lourd dans la balance que les millions de litres d’eau menacée dans le sous-sol saharien.

Ce pari est un mauvais pari. Pas seulement parce qu’il est économiquement fragile, pas seulement parce qu’il est environnementalement dangereux, mais parce qu’il est moralement inacceptable. Une nation qui se respecte ne joue pas à la roulette avec le seul patrimoine hydrique de son peuple.


Analyse prospective : trois choix, une seule voie raisonnable

Le scénario schiste : une solution de court terme aux conséquences irréversibles

Si l’Algérie conclut les accords avec ExxonMobil et Chevron, les premières productions commerciales ne seraient pas attendues avant 5 à 10 ans. D’ici là, les technologies de fracturation hydraulique telles qu’elles existent aujourd’hui auront été déployées dans un territoire où l’eau est rare et non renouvelable, par des compagnies dont la priorité n’est pas de protéger la nappe de l’Albien mais de maximiser les retours sur investissement pour leurs actionnaires.

Les risques environnementaux ne disparaîtront pas parce qu’Alger choisit de les ignorer. La nappe de l’Albien ne se déplacera pas parce que des responsables gouvernementaux ont décidé qu’elle ne sera pas contaminée. Et si, dans 20 ou 30 ans, cette nappe – celle que les géologues considèrent comme la plus grande réserve d’eau douce au monde – se révèle compromise par des années d’exploitation de schiste dans les couches qui la surplombent, aucun accord commercial, aucun profit gazier ne pourra réparer ce dommage.

Le scénario renouvelables : la solution durable qui existe

L’alternative renouvelable n’est pas une utopie. Elle est en cours de déploiement. L’accélération enregistrée en 2025 avec l’importation de 1,4 GW de panneaux solaires chinois et la mise en service des premières centrales solaires significatives montre que l’Algérie peut, si elle en décide politiquement, avancer rapidement sur cette voie.

Un programme massif d’énergies renouvelables associé à des réformes d’efficacité énergétique – notamment en réduisant progressivement les subventions excessives sur l’énergie domestique qui encouragent une consommation excessive – permettrait de libérer des volumes significatifs de gaz naturel conventionnel pour l’exportation, sans avoir à exploiter une seule molécule de gaz de schiste. C’est la voie qui respecte à la fois les engagements climatiques algériens, la préservation de la nappe de l’Albien, et la dignité des populations du Sud.

Le scénario moratoire : la sagesse du temps

À mi-chemin, un moratoire bien construit – non pas une suspension conjoncturelle liée aux prix du pétrole comme en 2015, mais un moratoire politique et législatif fondé sur une évaluation indépendante des risques – permettrait à l’Algérie de gagner le temps nécessaire pour que la science progresse, pour que les technologies d’extraction potentiellement moins risquées arrivent à maturité, et pour que la société algérienne ait le débat démocratique qu’elle n’a jamais eu sur cette question.

Ce moratoire supposerait : la publication intégrale du rapport Mebtoul et de tous les documents techniques liés aux forages de 2014-2015 ; la commande d’une étude d’impact indépendante, réalisée par des scientifiques sans lien avec les compagnies pétrolières, sur les risques pour la nappe de l’Albien ; l’organisation d’un débat national, avec représentation des populations du Sud, des experts en hydrogéologie, des économistes de l’énergie, des représentants de la société civile ; et enfin un vote du Parlement sur la base de ces éléments.

C’est la voie que la France, la Bulgarie, l’Irlande ont empruntée. C’est la voie que l’Algérie doit emprunter. Non pas parce que la France décide pour l’Algérie, mais parce que ces pays ont compris, avant et mieux que leurs gouvernements respectifs, que certaines décisions ne se reprennent pas.


FAQ – Questions fréquemment posées

Qu’est-ce que le gaz de schiste et pourquoi son extraction est-elle différente du gaz naturel conventionnel ?
Le gaz de schiste est un gaz naturel piégé dans des roches argileuses très peu perméables, à grande profondeur. Contrairement au gaz conventionnel qui a migré vers des réservoirs accessibles par simple forage, le gaz de schiste nécessite une technique spécifique : la fracturation hydraulique (fracking). Cette technique consiste à injecter un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques à très haute pression pour briser la roche et libérer le gaz. Elle requiert des volumes d’eau considérables (15 à 20 millions de litres par puits) et génère des eaux usées chimiquement contaminées dont la gestion est complexe.

Pourquoi la nappe de l’Albien est-elle particulièrement menacée par l’exploitation du schiste algérien ?
La nappe de l’Albien est la plus grande nappe d’eau souterraine au monde, avec plus de 50 000 milliards de m³. Elle occupe 70 % de sa superficie en territoire algérien et est fossile – non renouvelable à l’échelle humaine. Sa particularité géologique est qu’elle se trouve dans les mêmes couches sédimentaires que les bassins de gaz de schiste. La fracturation hydraulique, pratiquée à grande profondeur à proximité de ces couches, crée un risque documenté de contamination chimique et de perturbation des mécanismes de la nappe que les scientifiques reconnaissent comme encore mal définis. Une pollution de la nappe de l’Albien serait irréversible.

Que s’est-il passé à In Salah en 2015 ?
À partir du 1er janvier 2015, les habitants d’In Salah – ville saharienne algérienne – ont entamé un mouvement de protestation quotidien contre l’exploitation du gaz de schiste dans leur région. Le mouvement, pacifique, a rassemblé chaque jour des milliers de manifestants sur la “Place de la résistance” et a constitué des barrages humains face aux foreuses. Il a été violemment réprimé en février 2015, faisant plus de 40 blessés dont 3 graves, et un mort par intoxication aux gaz lacrymogènes. Des militants ont été poursuivis en justice. Malgré la répression, le mouvement n’a jamais revendiqué sa légitimité.

Quels pays ont interdit le fracking et pourquoi ?
La France a interdit la fracturation hydraulique par la loi en juillet 2011, confirmée par le Conseil constitutionnel en 2013. La Bulgarie a suivi en janvier 2012, après une mobilisation populaire massive dans six villes. L’Irlande a adopté une interdiction permanente en 2016. L’Écosse et le Pays de Galles ont des moratoires. L’Allemagne a des réglementations si strictes qu’aucun projet commercial n’est possible. Ces pays ont chacun conclu, après études et débats publics, que les risques environnementaux – contamination des nappes phréatiques, sismicité induite, émissions de méthane, gestion des eaux usées – dépassaient les bénéfices économiques à court terme.

Qui sont ExxonMobil et Chevron et quels sont leurs intérêts dans le schiste algérien ?
ExxonMobil et Chevron sont deux des plus grandes compagnies pétrolières et gazières mondiales, basées aux États-Unis. En août 2025, le président de l’ALNAFT (Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures) a confirmé à l’agence Bloomberg que les aspects techniques des accords avec ces deux compagnies pour l’exploitation du gaz de schiste algérien étaient “plus ou moins convenus”. Ces compagnies sont intéressées par les réserves algériennes de schiste – les troisièmes mondiales – et par la position géographique de l’Algérie, aux portes de l’Europe demandeuse de gaz. Leurs intérêts sont la rentabilité pour leurs actionnaires, pas la préservation de la nappe de l’Albien.

Y a-t-il une alternative à l’exploitation du gaz de schiste pour répondre aux besoins énergétiques algériens ?
Oui. L’Algérie dispose d’un des gisements solaires les plus riches au monde, avec une durée d’insolation pouvant dépasser 3 900 heures par an dans le Sahara. Un programme massif de déploiement des énergies solaires et éoliennes permettrait de substituer une part croissante de la consommation intérieure de gaz par de l’électricité renouvelable, libérant ainsi des volumes de gaz conventionnel pour l’exportation. Cette solution ne menace pas la nappe de l’Albien, respecte les engagements climatiques algériens et crée des emplois durables. Elle suppose toutefois une volonté politique que les partisans du schiste ont, jusqu’ici, refusé de montrer.


Pour aller plus loin sur ALG247.COM


Sources

  1. Wikipedia – Gaz de schiste en Algérie
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_de_schiste_en_Alg%C3%A9rie — consulté le 27 juin 2026
  2. Wikipedia – Nappe de l’Albien
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nappe_de_l%27Albien — consulté le 27 juin 2026
  3. Révolution Énergétique – Ces énormes réserves de gaz de schiste qui tentent l’Algérie (fév. 2023)
    https://www.revolution-energetique.com/actus/ces-enormes-reserves-de-gaz-de-schiste-qui-tentent-lalgerie/ — consulté le 27 juin 2026
  4. Reporterre – En Algérie, la bataille du peuple contre le gaz de schiste ne faiblit pas (mars 2019)
    https://reporterre.net/En-Algerie-la-bataille-du-peuple-contre-le-gaz-de-schiste-ne-faiblit-pas — consulté le 27 juin 2026
  5. DIA-Algérie / Bloomberg – L’Algérie proche de conclure des accords avec ExxonMobil et Chevron (août 2025)
    https://dia-algerie.com/lalgerie-proche-de-conclure-des-accords-avec-exxon-mobil-et-chevron/ — consulté le 27 juin 2026
  6. Maghreb Émergent – Confier le gaz de schiste à Exxon/Chevron est-il décent sous Gaza ? (sept. 2025)
    https://maghrebemergent.news/fr/confier-le-gaz-de-schiste-a-exxon-chevron-est-il-decent-sous-gaza/ — consulté le 27 juin 2026
  7. Classe Internationale – L’ambivalence de l’UE sur l’extraction du gaz de schiste en Algérie (jan. 2025)
    https://classe-internationale.com/2025/01/21/lambivalence-de-lue-sur-lextraction-du-gaz-de-schiste-en-algerie/ — consulté le 27 juin 2026
  8. France Libertés / Fondation Danielle Mitterrand – Soutien aux habitants de In Salah (mars 2015)
    https://france-libertes.org/fr/soutien-aux-habitants-de-in-salah-contre-lexploitation-du-gaz-de-schiste — consulté le 27 juin 2026
  9. Stop Gaz de Schiste 07 – Chronologie des manifestations d’In Salah (2015)
    https://www.stopaugazdeschiste07.org/article970.html — consulté le 27 juin 2026
  10. Algerie360 – Ressources hydriques dans le Sahara et nappe albienne (2017)
    https://www.algerie360.com/ressources-hydriques-dans-le-sahara-a-lombre-du-gaz-de-schiste-la-nappe-albienne-ce-joyau-abondant-et-fragile/ — consulté le 27 juin 2026
  11. La Sentinelle – Opportunités et risques de l’exploitation du gaz de schiste en Algérie (avril 2026)
    https://lasentinelle.dz/index.php/2026/04/04/opportunites-et-risques-de-lexploitation-du-gaz-de-schiste-en-algerie/ — consulté le 27 juin 2026
  12. Cairn.info / Écologie & Politique – Les oppositions au gaz de schiste dans le monde (2014)
    https://shs.cairn.info/revue-ecologie-et-politique-sciences-cultures-societes-2014-2-page-81 — consulté le 27 juin 2026
  13. Mondialisation.ca – Algérie : Pourquoi le gaz de schiste est une mauvaise solution (mars 2015)
    https://www.mondialisation.ca/algerie-pourquoi-le-gaz-de-schiste-est-une-mauvaise-solution/5437473 — consulté le 27 juin 2026

Dernière mise à jour : juin 2026. Ce dossier sera régulièrement actualisé en fonction de l’évolution des négociations avec ExxonMobil et Chevron et des développements scientifiques et juridiques pertinents.

Karim Haddad

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