Depuis l’entrée en vigueur de la loi n°22-18 du 24 juillet 2022, l’Algérie a enregistré plus de 15 600 projets d’investissement pour une valeur annoncée de 7 100 milliards de dinars et un potentiel de 379 000 emplois directs. Les flux d’IDE ont progressé de 255 millions de dollars en 2022 à 1,43 milliard en 2024, soit une multiplication par six en deux ans. Ces chiffres sont réels. Ils ne doivent pas masquer une autre réalité, documentée par la CNUCED et la Banque mondiale : l’Algérie, troisième économie africaine, ne se classe qu’au seizième rang continental pour l’attraction des investissements étrangers. Le fossé entre les annonces et les réalisations effectives, entre les textes et leur application, entre la volonté déclarée et les obstacles structurels persistants, reste le défi central de la politique d’investissement algérienne en 2026.
Introduction
Il y a des réformes qui changent les règles du jeu. Et il y a des réformes qui changent les textes sans encore changer les pratiques. La loi sur l’investissement adoptée par l’Algérie en juillet 2022 appartient, selon tous les indicateurs disponibles, à ces deux catégories à la fois : réelle dans ses avancées juridiques, insuffisante dans ses traductions concrètes.
Pendant des décennies, la règle dite des “51/49” a été le symbole le plus visible de la méfiance algérienne envers les investisseurs étrangers : aucune entreprise étrangère ne pouvait détenir plus de 49 % du capital d’une société en Algérie, garantissant une majorité algérienne systématique dans tout partenariat. Cette règle, introduite en 2009, avait découragé des pans entiers d’investisseurs qui ne souhaitaient pas perdre le contrôle de leur outil productif. Sa suppression partielle dès 2019, puis totale dans la loi de 2022, constituait un signal fort. Le message était clair : l’Algérie voulait s’ouvrir.
En 2024, l’Algérie a attiré 1,43 milliard de dollars d’IDE, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2023. La nette hausse enregistrée en 2023 et 2024 est présentée comme le fruit des dispositions de la nouvelle loi sur l’investissement. Néanmoins, l’Algérie est devancée par de nombreux pays africains, se classant seulement 16e du continent en termes de flux d’IDE.
Ce chiffre de 1,43 milliard – certes en forte progression par rapport aux 255 millions de 2022 – dit deux choses en même temps. Il dit que les réformes produisent des effets mesurables. Et il dit, mis en perspective avec les 46 milliards captés par l’Égypte, les 3,9 milliards attirés par l’Éthiopie ou même les 1,6 milliard du Maroc, que l’Algérie reste très en deçà de son potentiel.
Ce dossier analyse en détail ce que la loi de 2022 a effectivement changé, ce que les données réelles montrent trois ans après son entrée en vigueur, et ce qui continue de freiner l’investissement en Algérie malgré une volonté politique réelle de réforme.
Chiffres clés de l’investissement en Algérie (2022-2026)
| Indicateur | Données |
|---|---|
| Loi sur l’investissement | N°22-18 du 24 juillet 2022 |
| Projets enregistrés à l’AAPI (nov. 2022 – juin 2025) | 15 644 projets |
| Valeur totale des projets enregistrés | 7 112,7 milliards DA (~53 milliards USD) |
| Potentiel emplois directs | 379 223 emplois |
| Dont projets structurants | 18 |
| Dont grands projets | 112 |
| Dont projets en partenariat étranger | 270 |
| IDE entrants 2022 | 255 millions USD |
| IDE entrants 2023 | 1,216 milliard USD |
| IDE entrants 2024 | 1,43 milliard USD (CNUCED) |
| Projection IDE 2025 | <1,8 milliard USD (Maghreb Émergent) |
| Rang Algérie pour IDE en Afrique (2024) | 16e (CNUCED) |
| Rang Maroc pour IDE en Afrique (2024) | ~15e (1,6 milliard USD) |
| Rang Égypte pour IDE en Afrique (2024) | 1er (46,5 milliards USD) |
| Taux de concrétisation des projets annoncés | 20 à 30 % (Maghreb Émergent) |
| Classement innovation 2024 | 115e / 133 (Indice mondial de l’innovation) |
| Classement corruption 2024 | 104e / 180 (Transparency International) |
| PIB Algérie (2026, FMI) | 317 milliards USD (3e économie africaine) |
| Principaux investisseurs étrangers (stock) | États-Unis 29 %, Italie 10 %, France 10 % |
Avant la loi de 2022 : une décennie de blocage
Pour apprécier ce que la loi de 2022 a apporté, il faut d’abord mesurer l’état de délabrement de l’environnement d’investissement algérien dans les années précédentes. Plusieurs décisions politiques avaient profondément dégradé l’attractivité du pays.
La règle des 51/49, introduite lors de la loi de finances 2009 sous Bouteflika, avait envoyé un signal d’alarme à la communauté internationale des affaires : l’Algérie ne souhaitait pas que des investisseurs étrangers prennent le contrôle d’entreprises opérant sur son sol. Cette disposition, maintenue pendant une décennie, avait découragé des partenariats dans l’industrie, la technologie et les services, où les investisseurs exigent généralement une capacité de contrôle sur leurs opérations.
Parallèlement, l’ANDI (Agence nationale de développement de l’investissement), créée pour être le guichet unique des investisseurs, était devenue une structure lourde, peu réactive et insuffisamment connectée aux autres administrations. Les délais pour obtenir un terrain industriel pouvaient s’étendre sur plusieurs années. Les permis de construire, les raccordements aux réseaux, les autorisations sectorielles : autant de procédures que l’ANDI ne pouvait pas accélérer, faute de pouvoirs réels sur les autres administrations impliquées.
Le Rapport Doing Business de la Banque mondiale – suspendu en 2021 après une controverse sur ses méthodologies, mais dont les données restent indicatives – classait l’Algérie dans les derniers tiers mondiaux pour la facilité à faire des affaires, loin derrière le Maroc, la Tunisie et l’Égypte. Les scandales de l’ère Bouteflika – notamment les affaires de corruption liées à la construction de l’autoroute Est-Ouest, qui avaient impliqué plusieurs entreprises étrangères – avaient laissé une image négative dans certains milieux d’affaires internationaux.
Ce que la loi n°22-18 a effectivement changé
La loi du 24 juillet 2022 apporte des modifications substantielles au cadre juridique de l’investissement. Cinq avancées méritent d’être soulignées.
La suppression définitive de la règle des 51/49. L’abrogation de la règle 51/49 dans le nouveau code des investissements a ouvert la voie à des partenariats étrangers dans des secteurs jusqu’alors fermés. Cette règle était contraignante et son maintien empêchait de nombreux investisseurs de s’engager durablement. Désormais, un investisseur étranger peut détenir 100 % du capital d’une société en Algérie dans la plupart des secteurs. Cette liberté de capital est la disposition la plus symboliquement importante de la loi de 2022.
La création de l’AAPI et le guichet unique renforcé. L’AAPI (Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement) remplace l’Agence Nationale de Développement de l’Investissement (ANDI). Elle est placée sous la tutelle directe du Premier Ministre et dispose d’un guichet unique pour les grands projets et les investissements étrangers, regroupant les représentants habilités de l’ensemble des administrations concernées : impôts, CNRC, douanes, foncier, urbanisme, environnement, emploi, CNAS et CASNOS. Cette concentration des décideurs en un seul lieu devait permettre de réduire les délais de traitement et d’éliminer les allers-retours entre administrations.
La garantie de transfert des capitaux. L’article 8 de la loi garantit aux investisseurs étrangers dont la part de financement d’origine étrangère représente au moins 25 % du coût total de l’investissement un droit de rapatriement libre des capitaux investis et des revenus générés. Cette garantie, inscrite dans le texte de loi, répond à l’une des préoccupations centrales des investisseurs étrangers.
Le système d’incitations fiscales graduées. La loi prévoit un régime d’avantages fiscaux différenciés selon la nature et la localisation du projet. Les investissements dans les Hauts-Plateaux, le Sud et le Grand Sud bénéficient d’avantages renforcés. Les projets structurants – définis comme ceux dépassant un seuil d’investissement significatif ou ayant un impact économique majeur – bénéficient d’un régime particulier négocié directement avec l’État. Des incitations telles que des exonérations fiscales, des dispenses de droits de douane et des procédures administratives simplifiées par le biais de l’AAPI ont été mises en place.
La réforme du foncier industriel. Parallèlement à la loi sur l’investissement, une loi sur le foncier industriel (loi 23-17 de novembre 2023) a confié à l’AAPI l’exclusivité de l’octroi des terrains destinés aux projets d’investissement. Auparavant, cette prérogative relevait des walis (préfets), qui attribuaient les terrains en fonction des propositions des agences locales de régulation foncière. Le nouveau texte confie à l’AAPI l’exclusivité de l’octroi des terrains via son guichet unique, permettant d’accélérer le traitement des dossiers.
La plateforme numérique. L’enregistrement des projets s’effectue désormais en ligne. L’AAPI a déployé une plateforme numérique pour simplifier le parcours des investisseurs, facilitant l’accès au foncier, à l’information et aux incitations de manière digitale. Cette dématérialisation, recommandée depuis des années par la Banque mondiale, est une condition nécessaire – pas suffisante – à l’amélioration de l’environnement des affaires.
Les résultats trois ans après : entre dynamisme des annonces et prudence sur les réalisations
Entre novembre 2022 et juin 2025, 15 644 projets d’investissement ont été enregistrés pour une valeur totale de 7 112,7 milliards de dinars, avec un potentiel de création de 379 223 emplois directs. Parmi ces projets : 18 projets structurants, 112 grands projets et 270 projets en partenariat avec des investisseurs étrangers.
La répartition sectorielle révèle une diversification réelle de l’activité d’investissement. L’industrie manufacturière représente 35 % du total des projets, suivie par le secteur des transports (24,2 %), le bâtiment et les travaux publics (22,8 %) et l’agriculture (6,7 %). Les projets sont majoritairement concentrés dans les wilayas du nord (52 %), mais la loi a favorisé une orientation vers les Hauts-Plateaux (27,6 %) et le Sud (20,4 %).
Ces données, issues d’une correspondance officielle adressée à un député de l’APN par le directeur général de l’AAPI, constituent le bilan officiel le plus complet disponible. Elles témoignent d’une dynamique réelle. Mais elles appellent une lecture critique.
L’écart criant entre les annonces de l’AAPI et les flux réels comptabilisés par la Banque d’Algérie persiste : l’AAPI revendique plus de 12 000 projets cumulés depuis 2022 pour 43 milliards de dollars déclarés, dont 235 IDE, mais seuls 20 à 30 % se matérialisent en transferts effectifs. Cette disparité entre projets enregistrés et investissements effectivement réalisés est le signal le plus préoccupant du bilan actuel. Elle s’explique par une difficulté structurelle : enregistrer un projet ne coûte rien, tandis que le réaliser implique d’affronter toutes les contraintes administratives, foncières et financières que la loi n’a pas encore levées.
La Banque mondiale le formule clairement dans son rapport automne 2025 : les réformes vont dans le bon sens, mais leur impact sur les flux réels d’IDE reste à confirmer dans les données. Traduction concrète : les investisseurs attendent de voir plusieurs cycles consécutifs de stabilité réglementaire avant d’engager des capitaux longs dans un pays qui a modifié ses règles du jeu plusieurs fois en quinze ans.
Le fossé entre la loi et le terrain : obstacles persistants
Ce que révèle l’analyse des freins à l’investissement en Algérie en 2026, c’est qu’ils ne sont pas principalement d’ordre juridique. La loi de 2022 a suffisamment amélioré le cadre formel. Les obstacles persistants sont d’une nature plus profonde : institutionnelle, culturelle et pratique.
L’accès au foncier industriel reste difficile malgré les réformes. Un industriel européen souhaitant ouvrir une unité de production en Algérie doit encore composer avec un accès au foncier industriel opaque, des délais de raccordement aux utilités publics qui s’étendent souvent sur plusieurs années. La loi de 2023 sur le foncier industriel a confié la gestion des terrains à l’AAPI, mais les zones industrielles existantes sont souvent saturées dans le Nord, et les nouvelles zones dans les Hauts-Plateaux et le Sud ne disposent pas toujours des infrastructures de transport et d’énergie nécessaires.
La bureaucratie reste un frein documenté. L’Algérie est classée 104e sur 180 pays à l’indice de perception de la corruption de Transparency International en 2024. Ce classement ne mesure pas seulement la corruption stricto sensu : il intègre la perception globale des investisseurs sur la fiabilité des institutions et la prévisibilité de l’environnement réglementaire. L’économiste Abdelrahmi Bessaha, auteur du rapport Vision Algérie 2050, pose un diagnostic sans détour : « Cette sous-performance ne reflète pas un manque de ressources, mais une inefficacité structurelle – mauvaise allocation du capital, faibles incitations à l’investissement privé, rigidités réglementaires, instabilité des règles du jeu ».
Le régime de change dual pénalise les investisseurs. Le maintien d’un taux de change officiel très éloigné du taux parallèle (entre 70 et 80 % d’écart en 2025-2026) crée une distorsion fondamentale pour les investisseurs étrangers qui souhaitent rapatrier leurs profits. Bien que la garantie de transfert soit inscrite dans la loi, son exercice pratique passe par le circuit bancaire officiel – au taux officiel – perdant mécaniquement 40 à 50 % de valeur par rapport au taux du marché parallèle.
La justice commerciale manque de prévisibilité. Les arbitrages commerciaux impliquant des partenaires étrangers restent une préoccupation documentée. L’Algérie a rejoint la Convention de New York sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, ce qui est une avancée. Mais l’application concrète de cette convention et la réactivité des tribunaux commerciaux algériens face aux litiges impliquant des investisseurs étrangers restent des sujets d’incertitude pour de nombreux opérateurs.
La dépendance aux hydrocarbures dans les flux IDE. En 2023, les entrées nettes d’IDE en Algérie ont ciblé les industries extractives (829 millions USD), l’industrie manufacturière (133 millions USD) et la construction (74 millions USD). Cette focalisation sur les ressources naturelles limite la diversification, contrastant avec le Maroc (hausse de 55 % des IDE en 2024 grâce à l’industrie et les services). La majorité des IDE reste concentrée dans les hydrocarbures – les seuls secteurs où la rentabilité est suffisamment garantie pour justifier les risques perçus. Coface
Les secteurs porteurs et les opportunités réelles
Malgré ces obstacles, certains secteurs offrent des opportunités documentées que des investisseurs nationaux et étrangers commencent à saisir.
Les énergies renouvelables constituent sans doute le secteur le plus attractif à court terme. Les principales annonces d’IDE en 2025 se concentrent sur l’énergie et l’industrie, avec la Chine en tête (un tiers des projets), comme le groupe Astronergy pour 220 MW solaires à Biskra. Le déploiement de 3 200 MW de capacité solaire d’ici 2027 ouvre des opportunités pour les fournisseurs d’équipements, les EPC (engineering, procurement, construction) et les opérateurs de maintenance.
L’automobile, portée par le relance de la production locale, représente un segment en développement. Les secteurs phares des IDE en 2025 incluent l’automobile (22,9 %), la métallurgie (28,4 %) et la chimie (16 %). Plusieurs constructeurs ont signé des protocoles avec le gouvernement algérien. L’objectif d’une industrie automobile locale de substitution aux importations est l’une des priorités déclarées du gouvernement Tebboune.
L’agroalimentaire bénéficie d’une dynamique nouvelle, portée par les méga-projets Baladna et Bonifiche Ferraresi. La transformation des céréales, la production laitière, les conserveries, la chaîne du froid : autant de maillons sous-développés qui offrent des opportunités d’investissement dans un pays de 48 millions de consommateurs dont le pouvoir d’achat progresse.
Les mines constituent le secteur le plus prometteur à long terme, avec le gigantesque gisement de fer de Gara Djebilet (Tindouf) et d’importants gisements de phosphates, de zinc et d’or. Dans le secteur des mines, le projet d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet est engagé en partenariat avec des entreprises chinoises.
La diaspora comme investisseur stratégique. L’un des changements les plus discrets mais potentiellement les plus structurants concerne l’ouverture aux Algériens de la diaspora. La loi de 2022 leur accorde les mêmes droits et avantages qu’aux investisseurs étrangers, avec des modalités de paiement en devises pour certains programmes. Le LPP (Logement Promotionnel Public) est ouvert à la diaspora avec paiement en devises. Cette réorientation stratégique reconnaît enfin le potentiel des cinq millions d’Algériens résidant à l’étranger comme acteurs économiques du développement national.
La comparaison régionale : les leçons du Maroc et de l’Égypte
L’Algérie peine à tirer les leçons de ses voisins. Le Maroc, avec une économie plus petite (140 milliards de dollars de PIB contre 317 pour l’Algérie), attire régulièrement plus d’IDE. L’Égypte, grâce à un seul méga-projet (le développement de la péninsule de Ras El-Hekma par un fonds d’Abu Dhabi), a capté 46,5 milliards de dollars en 2024.
En 2024, l’Algérie a reçu 1,43 milliard de dollars d’investissements étrangers. Le Maroc, avec une économie plus petite, en a capté 1,63 milliard. L’Égypte, 46 milliards. Ces trois chiffres, mis côte à côte, résument mieux qu’un long discours le problème d’attractivité de l’Algérie. Le classement de la CNUCED pour 2024 place l’Algérie au seizième rang africain pour les flux d’IDE, alors que son PIB la propulse au troisième rang continental. Un écart de treize positions qui ne doit rien au hasard.
Ce que l’Algérie n’a pas encore réussi à faire – et que le Maroc fait depuis deux décennies – c’est construire une réputation de stabilité réglementaire suffisamment durable pour inciter des groupes industriels internationaux à y localiser des unités de production exportatrices. Le Maroc a attiré Renault, PSA, Boeing, Safran, Bombardier. Ces investissements ne se mesurent pas à l’aune d’une seule loi : ils résultent d’une stratégie cohérente sur quinze ans, combinant zones franches, formation des ressources humaines, connexion aux marchés africains et européens, et stabilité prévisible des règles.
Analyse prospective : les conditions d’un décollage réel
Trois conditions semblent indispensables pour que l’Algérie franchisse le seuil au-delà duquel les réformes juridiques se transforment en flux d’investissement réels.
La première est la stabilité réglementaire dans la durée. Les investisseurs attendent de voir plusieurs cycles consécutifs de stabilité réglementaire avant d’engager des capitaux longs dans un pays qui a modifié ses règles du jeu plusieurs fois en quinze ans. La loi de 2022 est une bonne loi. Mais elle arrive après des années de signaux contradictoires – la règle des 51/49 introduite en 2009, assouplie en 2019, supprimée en 2022. Un investisseur industriel qui engage 50 à 100 millions d’euros dans une unité de production a besoin de savoir que les règles qui prévalent aujourd’hui s’appliqueront encore dans dix ans.
La deuxième condition est la réforme du régime de change. Tant que le différentiel entre taux officiel et taux parallèle dépassera les 70 %, le rapatriement des profits restera une source d’incertitude majeure pour les investisseurs étrangers. Une convergence progressive vers un taux unique et réaliste – même si elle est politiquement difficile à accepter à court terme – est la réforme macroéconomique la plus déterminante pour l’attractivité du pays.
La troisième condition est le développement des ressources humaines qualifiées. La Banque mondiale a appuyé l’AAPI à travers des formations et des recommandations stratégiques. Elle a également soutenu ALGERAC dans l’élaboration d’un plan stratégique et le renforcement des compétences de son personnel. En juillet 2024, le nombre de laboratoires accrédités s’élevait à 135, contre 77 en 2021, soit une augmentation de 75 % en trois ans. Ces progrès dans l’accréditation et la normalisation sont indispensables pour que les produits algériens accèdent aux marchés européens et africains – et donc pour que des investisseurs producteurs export s’installent en Algérie.
Ce que révèle l’expérience des trois premières années de la loi de 2022, c’est que la réforme de l’environnement d’investissement ne se décrète pas dans un texte de loi. Elle se construit dans la durée, par la cohérence entre les signaux envoyés et les pratiques réelles, par la confiance que les institutions judiciaires et administratives inspirent dans leurs actes quotidiens, et par la capacité de l’État à protéger effectivement les droits des investisseurs face aux administrations locales qui n’ont pas toujours intégré le nouveau paradigme.
FAQ – Questions fréquemment posées sur l’investissement en Algérie
Quelle est la principale loi qui régit l’investissement en Algérie ?
La loi n°22-18 du 24 juillet 2022 relative à l’investissement constitue le cadre juridique central de l’investissement en Algérie. Elle a été complétée par une série de huit décrets d’application publiés au Journal officiel en septembre 2022, ainsi que par la loi 23-17 du 15 novembre 2023 sur le foncier industriel. Cette loi remplace le code de l’investissement de 2016 et introduit notamment la suppression de la règle des 51/49, la création de l’AAPI, la numérisation des procédures et un système d’incitations fiscales graduées.
La règle des 51/49 a-t-elle vraiment été supprimée ?
Oui, la règle des 51/49 a été supprimée de manière générale par la loi de 2022. Un investisseur étranger peut désormais détenir 100 % du capital d’une société en Algérie dans la grande majorité des secteurs. Certains secteurs stratégiques restent soumis à des réglementations spécifiques, notamment les hydrocarbures (qui disposent de leur propre cadre législatif), certaines activités de sécurité nationale et quelques filières particulières listées par décret. Cette suppression constitue l’une des avancées les plus significatives de la réforme de 2022.
Comment enregistrer un projet d’investissement en Algérie ?
L’enregistrement s’effectue auprès de l’AAPI (Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement), soit via la plateforme numérique accessible sur aapi.dz, soit en se présentant au guichet unique décentralisé de la wilaya concernée. Pour les grands projets (dépassant 2 milliards de dinars) et les investissements étrangers, le dossier est traité par le Guichet Unique des Grands Projets et des Investissements Étrangers (GUGPIE) à compétence nationale. L’attestation d’enregistrement est délivrée séance tenante, accompagnée de la liste des biens et services éligibles aux avantages.
Quelles sont les garanties offertes aux investisseurs étrangers ?
La loi de 2022 garantit aux investisseurs étrangers dont la part de financement d’origine étrangère représente au moins 25 % du coût total : le libre transfert des capitaux investis et des revenus générés, la dispense des formalités du commerce extérieur et de la domiciliation bancaire pour les apports en nature, la protection des droits de propriété intellectuelle, et des indemnisations justes en cas de réquisition administrative. Une Haute Commission Nationale des Recours liés à l’Investissement (HCNRLI), instituée auprès de la Présidence de la République, traite les litiges entre investisseurs et administrations.
Pourquoi l’Algérie n’attire-t-elle pas plus d’IDE malgré ses réformes ?
Plusieurs facteurs structurels persistent malgré les réformes juridiques : la difficulté d’accès au foncier industriel dans les zones du Nord, des délais de raccordement aux infrastructures (eau, électricité, gaz) encore longs, le maintien d’un double régime de change qui rend le rapatriement de profits incertain en valeur réelle, une justice commerciale dont la prévisibilité est insuffisante pour les investisseurs de long terme, et une réputation de stabilité réglementaire insuffisamment établie après des années de modifications fréquentes des règles. De plus, 70 à 80 % des projets enregistrés à l’AAPI proviennent d’opérateurs algériens, et non de groupes étrangers installant des unités de production exportatrices.
Quels sont les secteurs les plus attractifs pour investir en Algérie en 2026 ?
Les secteurs identifiés comme les plus porteurs par les données d’investissement et les orientations gouvernementales sont : les énergies renouvelables (programme de 3 200 MW solaires, hydrogène vert) ; l’automobile et la sous-traitance industrielle ; l’agroalimentaire et la transformation agricole (portés par les projets Baladna et BF) ; les mines et l’exploitation des ressources solides (fer de Gara Djebilet, phosphates) ; le numérique et les startups (écosystème startup.dz) ; le logement et la construction. La ZLECAf (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) ouvre également un potentiel pour des investissements orientés vers les marchés subsahariens depuis l’Algérie.
Liens internes – Pour aller plus loin sur ALG247.COM
- L’économie informelle en Algérie : ampleur et enjeux
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- L’économie algérienne : hydrocarbures, diversification et défis structurels
- La jeunesse algérienne face au défi de l’emploi et de l’avenir
- Algérie et BRICS : ce que révèle l’échec d’adhésion sur la diplomatie d’Alger
Sources
- Awras.net – Qu’a apporté la nouvelle loi sur l’investissement ? Voici les chiffres et les résultats (août 2025)
https://www.awras.net/qu-a-apporte-la-nouvelle-loi-sur-l-investissement-voici-les-chiffres-et-les.html — consulté le 26 juin 2026 - CNUCED / TSA Algérie – IDE en hausse en Algérie en 2024, rapport World Investment 2025 (juin 2025)
https://www.tsa-algerie.com/algerie-les-ide-en-hausse-en-2024-malgre-une-chute-mondiale-cnuced/ — consulté le 26 juin 2026 - Algerie-focus.com – Algérie : 3e économie africaine, 16e destination pour les IDE – analyse (avril 2026)
https://algeriefocus.com/fr/algerie-3e-economie-africaine-16e-investissements-etrangers-analyse-causes/ — consulté le 26 juin 2026 - Maghreb Émergent – Les investissements étrangers n’ont pas décollé en Algérie en 2025 (décembre 2025)
https://maghrebemergent.news/fr/les-investissements-etrangers-nont-pas-decolle-en-algerie-en-2025/ — consulté le 26 juin 2026 - Banque mondiale – Comment l’Algérie façonne son avenir économique (avril 2025)
https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2025/04/18/how-algeria-is-crafting-a-dynamic-economy-for-tomorrow — consulté le 26 juin 2026 - AAPI (site officiel) – Investissement étranger en Algérie, cadre juridique
https://aapi.dz/investissement-etranger-en-algerie/ — consulté le 26 juin 2026 - AAPI – Guide pratique de l’investisseur (guide HCNRLI)
https://aapi.dz/wp-content/uploads/2024/07/Guide-Investisseur_HCNRLI-1.pdf — consulté le 26 juin 2026 - Agence Ecofin – Algérie : 43 milliards d’investissements enregistrés depuis 2022 (AAPI) (avril 2025)
https://www.agenceecofin.com/actualites/0104-127167-algerie-43-milliards-d-investissements-enregistres-depuis-2022-aapi — consulté le 26 juin 2026 - B’Trade / Données Export – Investir en Algérie (novembre-février 2025)
https://www.btrade.ma/fr/observer-les-pays/algerie/investir — consulté le 26 juin 2026 - Teamfrance-export – L’Algérie adopte de nouvelles lois pour dynamiser l’économie (2023)
https://www.teamfrance-export.fr/infos-sectorielles/26173 — consulté le 26 juin 2026 - Maghreb Émergent – IDE en Algérie : mal classée en Afrique (juin 2025)
https://maghrebemergent.news/fr/ide-en-2024-lalgerie-mal-classee-en-afrique/ — consulté le 26 juin 2026
Dernière mise à jour : juin 2026. Ce dossier est régulièrement actualisé pour intégrer les évolutions législatives et les données statistiques les plus récentes.
Karim Haddad
