Une substance rouge signalée dans la mer à Aïn Benian, les autorités enquêtent

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Une coloration rouge d’origine inconnue a été constatée dans les eaux du littoral algérois, au niveau de la plage dite « du cimetière » à Aïn Benian. La direction de l’environnement de la wilaya d’Alger a aussitôt mobilisé plusieurs services pour identifier la source de la pollution, à quelques semaines du début de la saison estivale.

C’est par le biais des réseaux sociaux que l’incident a d’abord été porté à la connaissance du public. Le 30 avril 2026, des vidéos et des photos montrant une eau teintée de rouge sur plusieurs mètres ont commencé à circuler massivement en ligne, suscitant une vive inquiétude parmi les habitants de la commune d’Aïn Benian, située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. La plage concernée, connue localement sous le nom de « plage du cimetière » et relevant administrativement de la circonscription de Chéraga, est l’une des zones balnéaires fréquentées de la banlieue ouest de la capitale.

Une intervention d’urgence déclenchée dès la diffusion des images

Face à l’ampleur de la mobilisation citoyenne en ligne, les autorités ont réagi sans délai. Dans un communiqué publié le 1er mai 2026, la direction de l’environnement de la wilaya d’Alger a confirmé avoir organisé « une sortie sur le terrain urgente » dès le 30 avril, précisant que l’objectif était de « vérifier la réalité de la situation » et d’« enquêter sur la source de la pollution afin de prendre les mesures nécessaires conformément à la réglementation en vigueur ». Cette réactivité contraste avec des épisodes passés où les signalements citoyens n’avaient pas toujours débouché sur une intervention institutionnelle aussi rapide.

La commission dépêchée sur place rassemblait un large panel d’organismes compétents : la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (SEAAL), l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONEDD), des éléments de la Gendarmerie nationale, les services de la commune d’Aïn Benian, la direction des ressources en eau, ainsi que la présidence du divan de la circonscription administrative de Chéraga, en complément de représentants d’organismes techniques spécialisés. La multiplicité des acteurs mobilisés témoigne de la gravité perçue de l’incident.

Des prélèvements pour déterminer l’origine de la substance

Les équipes déployées sur le littoral ont procédé à des constats visuels détaillés, couplés à des analyses techniques et à des prélèvements d’échantillons d’eau. Ces opérations visent à déterminer avec précision la nature de la matière colorante et son vecteur d’introduction dans le milieu marin. Trois hypothèses principales sont examinées par les services compétents : une fuite du réseau de collecte des eaux usées, un rejet d’effluents industriels, ou un phénomène environnemental d’une autre nature, comme une prolifération algale. La couleur rouge de la substance oriente toutefois les investigations vers des sources chimiques ou organiques spécifiques, les proliférations phytoplanctoniques donnant généralement lieu à des colorations verdâtres ou brunâtres.

En l’état actuel de l’enquête, aucune confirmation officielle n’a été apportée quant à la nature exacte du polluant ni quant à sa toxicité potentielle pour les baigneurs ou la faune marine. La direction de l’environnement n’a pas non plus indiqué si la plage avait fait l’objet d’une fermeture préventive dans l’attente des résultats d’analyse.

Le littoral algérien, un écosystème sous pression récurrente

Ce type d’incident s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité environnementale des côtes algériennes. Depuis plusieurs années, des épisodes de pollution maritime sont régulièrement signalés sur différents segments du littoral, de la baie d’Alger à la côte oranaise. Des associations de protection de l’environnement ont à plusieurs reprises alerté sur les déversements d’eaux usées non traitées et d’effluents industriels dans la mer, notamment dans les zones où les infrastructures d’assainissement sont insuffisantes ou vieillissantes. En 2024, des plages de la commune de Bologhine avaient également connu une invasion de substances inhabituelles dont l’origine était restée incertaine pendant plusieurs jours.

La pollution marine affecte à la fois la santé publique et l’équilibre des écosystèmes côtiers. L’accumulation de nutriments comme le phosphore ou l’azote peut provoquer des proliférations algales qui appauvrissent les eaux en oxygène, menaçant les ressources halieutiques. Les substances chimiques d’origine industrielle, quant à elles, peuvent altérer les propriétés chimiques de l’eau et contraindre certaines espèces marines à migrer vers des zones moins polluées, voire les éliminer localement.

À quelques semaines de la saison estivale, l’enjeu sanitaire est central

La temporalité de l’incident lui confère une dimension particulière. Les plages algériennes commencent à accueillir leurs premiers estivants à partir du mois de mai, et l’affluence atteint son pic entre juin et août. Toute incertitude sur la qualité des eaux de baignade à cette période représente un enjeu sanitaire et économique non négligeable pour les communes du littoral. Les autorités ont d’ailleurs rappelé, en marge de l’intervention, la nécessité de renforcer la sensibilisation environnementale des citoyens et de garantir des comportements responsables sur les plages, soulignant que la préservation du milieu naturel est une « responsabilité collective ».

La direction de l’environnement de la wilaya d’Alger n’a pas précisé dans quel délai les résultats des analyses seraient rendus publics, ni quelles mesures concrètes seraient envisagées si une source de pollution identifiée venait à être confirmée. Les résultats des prélèvements effectués le 30 avril détermineront la suite des procédures légales et réglementaires applicables en matière de protection de l’environnement marin.

Safia Rahmani

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