Depuis le 28 février 2026, les États‑Unis et Israël déchaînent une offensive conjointe massive contre l’Iran, baptisée « Fureur épique » par Washington et « Lion rugissant » par Tel‑Aviv, dans le but affiché d’anéantir les capacités nucléaires, balistiques et militaires de Téhéran, ainsi que de renverser le régime des mollahs. Joe Kent, directeur du Centre national de lutte antiterroriste (NCTC) jusqu’à sa démission, dénonce dans un entretien fleuve accordé à Tucker Carlson un « écosystème » pro‑israélien qui aurait manipulé Donald Trump via des renseignements biaisés, des médias complices et des pressions incessantes, contournant les évaluations objectives pour imposer un conflit sans menace imminente réelle pour les États‑Unis.
Les faits : une offensive fulgurante
Le conflit s’embrase le 28 février à 2 h 30, heure de Washington, par des frappes américano‑israéliennes simultanées sur Téhéran, Ispahan, Natanz, Fordo et le quartier général des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), décapitant dès la première journée la direction iranienne. Donald Trump annonce sur Truth Social la mort du Guide suprême Ali Khamenei, de plusieurs conseillers militaires clés et la destruction de neuf navires iraniens, tandis que des bombardiers B‑2 et des F‑35 ravagent les sites nucléaires, enchaînant ainsi sur les précédentes opérations « Guerre des Douze Jours » et « Midnight Hammer » de 2025. Parallèlement, l’armée israélienne cible des ministères iraniens, la prison d’Evin et des lanceurs de missiles, larguant plus de 1 200 munitions en 24 heures et éliminant une quarantaine de cadres supérieurs.
L’Iran riposte par des salves de missiles balistiques sur Israël, dont certaines atteignent les environs de l’aéroport Ben‑Gourion avec des sous‑munitions, ainsi que par des drones contre l’ambassade des États‑Unis à Riyad et des attaques contre des bases en Irak et en Jordanie. Les pertes américaines s’élèvent à trois morts et cinq blessés, avec des dégâts supplémentaires au Qatar et aux Émirats arabes unis. Donald Trump déploie ensuite des escortes navales dans le détroit d’Ormuz, fermé à l’occasion par Téhéran, et fixe un délai de quatre semaines pour atteindre les objectifs déclarés : neutraliser missiles, programme nucléaire et régime iraniens. Les chiffres dressent un contraste lourd : plus de 1 230 morts iraniens, dont 436 civils, contre 12 morts israéliens et des pertes américaines relativement limitées, tandis que le prix du pétrole s’envole de plus de 15%, l’ONU condamne l’illégalité des opérations et la Chine adopte une posture d’observation attentive.
Cet embrasement s’est produit dans un contexte de répression iranienne supposée de manifestations internes, plusieurs semaines plus tôt, ayant fait des milliers de morts selon des médias occidentaux, alors même qu’une fatwa anti‑nucléaire de 2004 reste en vigueur et que l’Iran ne dispose pas de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) pointés sur les États‑Unis. Joe Kent, Le chef du contre-terrorisme américain, insiste à l'”occasion de sa fracassante démission sur le fait que les services n’avaient pas détecté de bombe imminente ni de violation explicite de la fatwa : Les américains savaient que Téhéran enrichissait l’uranium sans franchir la ligne rouge d’une arme nucléaire opérationnelle. Marco Rubio, lui, justifiera les frappes en arguant qu’une action préventive israélienne aurait exposé les troupes américaines à une riposte iranienne, sans toutefois qu’une menace directe et immédiate de l’Iran n’ait été démontrée.
Piège à répétition
Ce conflit prolonge une décennie d’escalades successives : les opérations « Guerre des Douze Jours » et « Midnight Hammer » de 2025 avaient déjà été présentées comme ayant éradiqué le nucléaire iranien, pourtant six mois plus tard la menace resurgissait sans que les renseignements marquent de rupture nette dans d’éventuelles nouvelles informations reçues ou récoltées, signe d’une narrative de guerre récurrente, sans fondement sérieux et sans lien avec une une évolution stratégique quelconque de la situation. Kent compare explicitement cette situation à l’invasion de l’Irak en 2003, où des renseignements israéliens exagérés sur les armes de destruction massive ont coûté 5 000 vies américaines, installé un pouvoir chiite pro‑iranien à Bagdad, ouvert une « voie terrestre » à travers la Syrie vers Damas et le Hezbollah, et créé un vide dont ont profité al‑Qaïda puis l’État islamique. À l’époque, Benjamin Netanyahu et le Likoud avaient lourdement poussé à l’invasion, avec Ariel Sharon, initialement sceptique, devenant finalement partisan d’une action militaire.
Sous Trump, l’Iran avait modéré ses proxies après la mort de Qassem Soleimani en 2020 et d’Abu Mahdi al‑Muhandis, négociant via l’Oman et évitant les attaques directes par crainte d’une riposte massive. Or, la frappe sur Khamenei et sur des figures modérées comme Ali Larijani, revendiquées par Israël, renforce les durs des IRGC (Corps des gardiens de la révolution islamique), formés au cours de la guerre Iran‑Irak et profondément hostiles aux Américains. La doctrine Trump, qui privilégiait des frappes ciblées accrues et des sanctions lourdes, alimentait déjà un climat de contestation intérieure anti‑mollahs, produisant un « régime change » progressif par le bas, idéal sur le plan tactique selon certains spécialistes occidentaux. L’intervention extérieure, en suscitant une réaction de ralliement autour du régime, compromet désormais gravement cet objectif de changement de régime, un des objectifs annoncés de la guerre. Avec le détroit d’Ormuz fermé et les Houthis reprenant leurs attaques en mer Rouge, la chaîne énergétique mondiale se trouve menacée, tandis que Pékin, grand consommateur d’hydrocarbures du Golfe, se positionne en futur arbitre régional.
Géopolitiquement, l’Irak a ouvert la voie à la Syrie : le renversement de Bachar al‑Assad a conduit à enrôler une partie des Sunnites dans al‑Qaïda puis dans l’État islamique, forçant un retour indirect des troupes américaines. Israël, plus tolérant que Washington devant un chaos post‑régime provoqué par la guerre, vise aujourd’hui à neutraliser Téhéran sans détailler de plan de succession claire et viable, au risque de déclencher des migrations massives vers l’Europe de la population iranienne et un Corps des Gardiens de la Révolution durablement dominant dans le pays. Dans ce contexte, l’écosystème pro‑guerre – think tanks comme le FDD (La Fondation pour la défense des démocraties, groupe de pression pro-israélien néoconservateur basé à Washington, et le lobby AIPAC – recycle les mêmes tactiques de pression, en déplaçant la « ligne rouge » de « pas de bombe » à « pas d’enrichissement », ce qui rend toute possibilité de poursuite du programme iranien prétexte suffisant à une nouvelle opération militaire.
Trump sous pression pro‑israélienne
Joe Kent, vétéran de vingt ans au SEALS avec onze déploiements essentiellement consacrés à combattre les proxies iraniens – dont neuf en Irak –, dirige le NCTC depuis 2025 et reste en général aligné sur la doctrine Trump jusqu’à la rupture. Il accuse Israël d’avoir imposé le tempo : Netanyahu et ses officiels sont omniprésents à la Maison Blanche, court‑circuitant la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, et lui‑même via des « portiers » pro‑guerre nourris par Fox News, le Wall Street Journal et des think tanks comme le FDD, Mark Levin ou Dubowitz. Ces relais, explique‑t‑il, « blanchissent » des informations israéliennes semi‑officielles, exagérant les taux d’enrichissement, sabordant les négociations omanaises qui exigeaient la fin des proxies mais toléraient un enrichissement limité.
Le lobby pro‑israélien, soutenu par des donateurs SMS, des tribunes d’opinion et des structures comme AIPAC, inonde Trump, tandis que Marco Rubio – à la fois président du Sénat et ancien speaker – admet qu’une frappe préventive a été décidée devant la perspective d’une action israélienne sans coordination, mais avec un message implicite claire : « sans vous, vos troupes risquent gros ». Tucker Carlson note un cercle très restreint autour du président, formaté par cet écosystème, sans débat robuste tel qu’il existait encore en 2025.
Par ailleurs, Des faits récents, jugés troublants, pèsent sur l’atmosphère politique autour de la décision de guerre contre l’Iran. Il s’agit notamment :
- de l’attentat de Butler en juillet 2025, mené par un informateur iranien de nom Merchant ;
- de plusieurs « brèches sécuritaires » inquiétantes (failles dans la sécurité nationale ou les services secrets) ;
- et du meurtre de Charlie Kirk, figure critique de la guerre, abattu dans l’Oval Office en juin 2025, alors même que des empreintes ont été retrouvées sur l’arme utilisée. Ce dossier criminel apparaît, dans cet entretien, comme étant bloqué par le FBI et le Département de la Justice (DOJ), alors que le NCTC, dirigé par Kent, disposait pourtant d’éléments de liaison pouvant l’éclairer. Kent ne se risque pas à avancer des théories conspirationnistes sur le sjet, mais il souligne que Donald Trump est perçu comme pris entre deux pressions :
- un chantage explicite (menaces clairement formulées) ;
- et des craintes implicites, plus difficiles à nommer, mais tout aussi lourdes, qui laisseraient le président sans véritable choix politique libre.
Face à l’Iran, Israël, tactiquement compétent, reste dépendant stratégiquement des États‑Unis : sans Washington, ses capacités se limitent à des frappes ciblées, loin de permettre un renversement de régimes du type Irak ou Syrie. Or, ses objectifs israéliens divergent nettement de ceux de Washington : un chaos toléré après la chute de Téhéran, sans véritable plan de post‑régime, est contraire à l’intérêt américain en relation avec une stabilité énergétique.
Kent ne mâche pas ses mots : « Ils nous entraînent, et c’est nous qui payons. »
Enjeux : blowback, économie et cohésion américaine
Militairement, l’absence d’objectif clair expose les USA à l’enlisement selon Joe Kent : en éliminant Khamenei, la coalition rallie autour de l’IRGC une partie des Iraniens, tout en éliminant les modérés les plus aptes à rouvrir la voie diplomatique. Économiquement, la fermeture d’Ormuz, les attaques dans le Golfe et la résurgence des Houthis font exploser le prix du pétrole (+15%), l’engrais et explose l’inflation mondiale, menaçant indirectement le pétrodollar au profit du yuan chinois, tandis que Téhéran livre une partie de ses hydrocarbures à Pékin. Consommateur majeur des hydrocarbures du Golfe, la Chine serait en mesure de jouer le rôle d’arbitre de paix, dominant la région comme elle le fait déjà, en partie, après la guerre en Ukraine.
Domestiquement, Kent redoute un violent blowback (Le Blow Back est un mécanisme qui imite un fort recul de la culasse lors du tir d’une arme à feu): la propagande iranienne, relayée via les réseaux sociaux et les frontières perçues comme poreuses sous l’administration précédente, pourrait radicaliser près de 18 000 « loups solitaires », déjà surchauffés par le contexte du génocide de Gaza. La guerre fournit le prétexte à une censure accrue : les figures critiques comme Dan Cronkite ou Billy Riggs Scheller sont marginalisées ou discréditées, tandis que Kent, pourtant ancien combattant des proxies iraniens, est taxé d’« islamiste » ou de « soft » sur la sécurité. Les néocons augmentent la pression pour des arrestations des dissidents politiques, renforçant la ligne « loi et ordre » au détriment des libertés.
Géopolitiquement, un chaos iranien durable renforce l’axe sino‑russe, alimente les migrations vers l’Europe et crée un terrain propice à un retour de l’État islamique. Sans un “reset” sérieux, des troupes au sol deviennent inévitables, trahissant le serment de campagne de Trump, soutenu par 77 millions d’électeurs sur la promesse de « pas de nouvelles guerres ».
Socialement, une génération de « GIs » comme Joe Kent, dont la première épouse, Shannon, a été tuée en Syrie en 2019 dans un attentat-suicide, s’est sacrifiée pour combattre les proxies iraniens, sans voir clairement ce “blowback” à venir. Trump, présenté comme un « dealmaker » ayant réussi à tuer Soleimani sans faire basculer la région dans une guerre totale, se retrouve aujourd’hui isolé dans un écosystème de « portiers » pro israéliens qui filtrent les informations et bornent les options.
Diplomatie musclée ou déclin inéluctable
Kent propose une sortie nette de cette voix: menacer Israël de couper le soutien au système Iron Dome si Tsahal entreprend des offensives unilatérales, puis rallier les pays du Golfe – Émirats, Qatar, Arabie saoudite – autour d’un cessez‑le‑feu conditionné : un enrichissement plafonné à 3,67%, la fin des soutiens aux proxies (Hezbollah, Houthis, etc.), en échange d’un allègement contrôlé des sanctions. Ormuz, dans ce scénario, serait réouvert.
Sans ce type de sortie, l’escalade s’enclenche dans un mode verrouillé : les stocks américains de systèmes de défense antiaérienne et antimissile (THAAD, SM‑3) sont évalués à 7‑10 jours dans un scénario de pleine intensité, tandis que l’Iran disperse ses missiles et les Houthis aggravent la fermeture de la mer Rouge.
L’ONU condamne la guerre comme illégale, les alliés régionaux restent divisés, et la viralité de l’interview de Carlson oblige même Rubio et Trump à faire des sorties publiques afin de clarifier la notion même d’« imminence » de la menace, ainsi que la transparence entourant les affaires de Butler et de Charlie Kirk.
Reste une issue selon Joe Kent : une diplomatie musclée capable de préserver la doctrine « America First », évitant à la fois la domination de Pékin sur le Golfe et l’épuisement stratégique et financier des États‑Unis, à l’image de ce qui s’est passé avec l’Irak. Un revirement présidentiel est souhaité par Kent; et l’inertie, elle, scellerait selon lui, un déclin progressif de la puissance américaine.