Dîner des correspondants à Washington : la blague de Leavitt sur des « coups de feu » suivie d’une fusillade réelle

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Rédaction ALG247
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Quelques minutes avant qu’un homme armé ne tente de forcer l’entrée du dîner des correspondants de la Maison Blanche, la porte-parole Karoline Leavitt plaisantait sur Fox News en annonçant qu’« il y aurait des coups de feu ce soir ». La coïncidence a sidéré l’Amérique : Donald Trump a dû être évacué en urgence par le Secret Service, l’assaillant arrêté sur place.


Le gala venait à peine de commencer lorsque la soirée a basculé. Des centaines de journalistes, ministres, diplomates et personnalités du tout-Washington, qui devisaient un instant plus tôt autour d’une assiette de salade et de verres de vin, se sont accroupis ou allongés au sol. Une grande agitation avait éclaté dans le hall de l’hôtel Washington Hilton, où se tient chaque année ce rendez-vous traditionnel mêlant presse et pouvoir. La musique d’ambiance s’est interrompue dans la salle, baignée d’une lumière bleutée et tamisée, ajoutant à l’atmosphère irréelle du moment. Assis à la table d’honneur sur une estrade surélevée, le président américain est d’abord resté sans réaction, avant d’être pris en charge par ses agents.

La phrase de Leavitt, prononcée en direct, qui a tout changé

C’est dans les heures qui ont précédé l’incident que s’est noué l’épisode le plus commenté de la soirée. Interrogée par Fox News avant le début de l’événement pour évoquer le discours que Donald Trump s’apprêtait à prononcer, Karoline Leavitt avait déclaré : « Il est prêt à en découdre, le discours sera du classique Donald J. Trump : ce sera drôle, amusant, et il y aura quelques coups de feu tirés, ce soir dans la salle ». La formule, prononcée sur le ton de la plaisanterie pour évoquer les piques verbales que le président réserve traditionnellement à la presse lors de cet événement annuel, a pris une tout autre dimension une fois les faits connus. Le journaliste de Fox News avait ri de la formulation, avant de préciser que le discours avait en grande partie été écrit par Leavitt elle-même. Sur les réseaux sociaux, la coïncidence n’a pas tardé à alimenter toutes sortes de spéculations, que rien dans les éléments disponibles ne vient étayer.

L’évacuation du président et de la direction de l’administration

Des agents du Secret Service lourdement armés ont évacué le milliardaire de 79 ans, ainsi que les autres hauts responsables présents : le vice-président JD Vance, Karoline Leavitt elle-même, et plusieurs ministres. Des agents se sont positionnés, armes au poing, sur l’estrade désertée. L’assaillant a été arrêté avant de pouvoir pénétrer dans la grande salle de réception où se trouvait le président. Selon les autorités, des coups de feu ont été échangés à l’extérieur du bâtiment lors de l’intervention des forces de l’ordre, et un agent, protégé par son gilet pare-balles, a été légèrement blessé. La procureure de la capitale américaine, Jeanine Pirro, a annoncé que le suspect comparaîtrait lundi devant la justice, sous deux chefs d’accusation : usage d’une arme à feu lors d’un crime violent et agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse.

Des agents sont arme au poing après que des détonations ont été entendues au dîner des correspondants de la Maison Blanche, à l’hôtel Washington Hilton, le 25 avril 2026 à Washington ( AFP / Mandel NGAN )

Un ingénieur diplômé de Caltech, sans antécédent judiciaire

L’assaillant a été identifié dimanche par plusieurs médias américains comme étant Cole Tomas Allen, 31 ans, originaire de Torrance, dans la banlieue sud-ouest de Los Angeles, en Californie. Son profil a surpris les enquêteurs : diplômé du California Institute of Technology (Caltech) en ingénierie mécanique, il avait ensuite obtenu un master en informatique, avant d’exercer comme enseignant, tuteur, programmeur et développeur de jeux vidéo. Cole Tomas Allen ne figurait sur aucune liste de surveillance et ne présentait aucun antécédent judiciaire, ce qui a rendu son passage à l’acte d’autant plus inattendu pour les services de renseignement. Selon la police de Washington, il avait réservé une chambre dans l’hôtel et portait sur lui deux armes à feu ainsi que de nombreux couteaux.

© Cole Tomas Allen, identifié comme le tireur du dîner des correspondants de la Maison Blanche. À gauche : son portrait récent. À droite : son arrestation sur place.

Un manifeste antichrétien et des cibles classées par ordre de priorité

Quelques minutes avant de passer à l’acte, le suspect avait envoyé à sa famille un manifeste dans lequel il annonçait son intention de tuer des membres de l’administration Trump, qu’il qualifiait de « criminels ». Selon le New York Post, qui dit avoir consulté le document auprès d’un responsable américain dont il tait l’identité, le texte dressait une liste de « cibles classées par priorité du plus haut placé au moins haut ». Donald Trump a déclaré dimanche que le suspect « détestait les chrétiens » et a qualifié l’auteur du manifeste de personne « visiblement très dérangée ». Le document ferait également référence, selon les informations disponibles, à des morts civiles dans des conflits impliquant les États-Unis, à la politique migratoire de l’administration et au scandale Epstein. Le ministre de la Justice, Todd Blanche, a indiqué que le suspect semblait viser de hauts responsables de l’administration.

Un lieu chargé d’histoire, une sécurité désormais en question

L’hôtel Washington Hilton n’est pas sans résonance dans la mémoire politique américaine. C’est devant ce même établissement que le président Ronald Reagan avait été blessé par balle en 1981 lors d’une tentative d’assassinat. Donald Trump, s’exprimant après les faits, a estimé que le bâtiment n’était « pas particulièrement sûr », tout en reconnaissant que le dispositif de sécurité déployé pour la soirée avait fonctionné, le tireur ayant été intercepté avant d’atteindre la salle principale. Sur le réseau social X, Karoline Leavitt a écrit que « ce qui devait être une soirée conviviale où le président Trump devait faire des blagues et célébrer la liberté d’expression, a été détournée par un fou dépravé qui cherchait à assassiner le président ». La porte-parole, qui avait annoncé le même jour son départ en congé maternité, est ainsi passée en quelques heures du statut d’auteure du discours présidentiel à celui de témoin direct d’une tentative d’attentat. Le FBI et le Secret Service ont engagé une analyse complète du téléphone, des ordinateurs et des comptes en ligne du suspect, dont le mobile précis n’a pas encore été officiellement établi.

Cole Tomas Allen doit comparaître lundi devant la justice fédérale à Washington. Donald Trump a par ailleurs indiqué que le dîner des correspondants, interrompu avant même que son discours ne soit prononcé, serait reprogrammé à une date ultérieure.

Amel Bensalem

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