L’Algérienne de 16 ans qui calcule plus vite qu’une calculatrice

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Une lycéenne de Tiaret, Manar Benmestoura, a tétanisé le jury de l’émission russe Amazing People en résolvant dix séquences mathématiques d’une difficulté extrême avant l’expiration du temps imparti, sans la moindre erreur. Sa prestation, devenue virale en quelques heures, vient couronner le parcours déjà international d’une athlète du chiffre de seize ans, quatrième mondiale dans sa discipline.

Sur le plateau de l’émission Amazing People, diffusée en Russie, le silence qui a suivi la prestation de Manar Benmestoura en a dit long. La lycéenne de seize ans, originaire de la wilaya de Tiaret, venait de boucler dix opérations mathématiques de très haute difficulté en moins de deux minutes — avant le temps imparti —, sous les yeux d’un jury d’experts visiblement saisi. Membre de la sélection algérienne de calcul mental, la jeune prodige s’est ensuite soumise aux épreuves supplémentaires proposées en direct, conçues pour mesurer ses limites. Le jury n’en a pas trouvé.

Dix opérations parfaites, puis un jury qui hausse la difficulté

L’épreuve à laquelle Manar Benmestoura s’est confrontée porte le nom de HECTOC, un jeu mathématique créé par le professeur de mathématiques cubain Yusnier Viera. Son principe repose sur une contrainte en apparence simple : à partir d’une série de six chiffres imposés dans un ordre fixe, le candidat doit composer une opération arithmétique combinant addition, soustraction, multiplication et division pour obtenir exactement cent. Six chiffres, quatre opérateurs autorisés, une cible unique. En compétition, la difficulté réside moins dans la logique abstraite de l’exercice que dans la cadence à laquelle les séquences s’enchaînent, laissant peu de place à la réflexion délibérée. Manar Benmestoura a résolu les dix premières opérations avec deux minutes d’avance, décrochant un score parfait, avant que le jury ne relève encore le niveau pour tenter de mettre en défaut la lycéenne algérienne. En vain.

Un boulier japonais intériorisé depuis l’enfance

La performance de Manar Benmestoura ne relève pas d’un don spontané mais d’un entraînement structuré, construit depuis l’enfance autour de la pratique du soroban, le boulier japonais. Cet outil pédagogique, utilisé au Japon depuis le XVe siècle et intégré dans les cursus scolaires nippon au même titre que la lecture, enseigne au cerveau à visualiser les opérations arithmétiques sous forme d’images mentales plutôt que de symboles abstraits. Le praticien avancé finit par n’avoir plus besoin de l’instrument physique : le boulier existe dans sa mémoire de travail, et les calculs s’y déroulent à une vitesse inaccessible aux méthodes arithmétiques conventionnelles. Cette capacité de visualisation quasi instantanée, Manar Benmestoura l’a portée à un niveau d’exception sous l’encadrement du centre Al-Amal de Tiaret, dirigé par le docteur Hakim Belouad, qui applique des techniques de préparation mentale comparables à celles des athlètes de haut niveau — concentration infaillible, gestion du stress, adaptation à l’inconnu en conditions de compétition.

Quatrième mondiale : un palmarès qui précède la scène russe

La présence de la lycéenne tiarétienne sur le plateau de Amazing People n’a rien d’une apparition fortuite. Manar Benmestoura dispose d’un palmarès international solide pour une élève de seize ans : lors d’un championnat mondial de calcul mental organisé en Allemagne, elle a décroché la quatrième place au classement général, se hissant parmi les meilleurs spécialistes de la discipline à l’échelle planétaire. L’Algérie n’est d’ailleurs pas absente de cette scène de compétition exigeante. Lors du même championnat mondial 2024, deux représentants algériens, Hakim Belouad et Walid Henni, avaient remporté respectivement les médailles d’argent et de bronze dans l’épreuve du calendrier. Manar Benmestoura évolue dans ce même écosystème compétitif, au sein de l’équipe nationale consacrée à la mémoire et au calcul mental, surnommée l’« Équipe de l’Espoir ».

Tiaret, vivier discret d’une discipline mondiale

Le parcours de la jeune athlète met en lumière une réalité encore insuffisamment documentée : le calcul mental compétitif connaît en Algérie un développement structuré, mais largement invisible dans les médias nationaux, porté par quelques centres spécialisés et des formateurs qui ont adapté des méthodes pédagogiques nées au Japon. La wilaya de Tiaret, éloignée des grandes métropoles algériennes, produit depuis plusieurs années des compétiteurs de rang mondial — signe qu’un encadrement rigoureux peut s’affranchir des inégalités géographiques lorsqu’il est correctement organisé. Ce modèle de formation repose sur une approche globale du développement cognitif : mémoire photographique, concentration soutenue, vitesse de traitement de l’information. Des aptitudes qui, selon les spécialistes de la cognition, se traduisent par des bénéfices académiques transversaux bien au-delà des seules arènes de compétition. L’Algérie avait déjà connu ce type de trajectoire avec Rehahla Soujoud Ritej, d’El Eulma, sacrée championne du monde d’arithmétique en 2021 à l’âge de dix ans — une autre illustration du même phénomène, cette fois venu de la wilaya de Sétif.

Une notoriété soudaine face à laquelle la principale intéressée reste concentrée sur la suite

Depuis la diffusion des images de sa prestation sur les réseaux sociaux, Manar Benmestoura est devenue l’un des sujets les plus relayés de la diaspora algérienne en ligne. Des extraits de son passage sur le plateau russe ont circulé sur X, YouTube et les principales plateformes numériques, suscitant des réactions enthousiastes de communautés algériennes implantées en France, en Belgique, au Canada et dans les pays du Golfe. Pour autant, d’après les informations recueillies par plusieurs médias algériens dont Algerie360 et L’Express DZ, la principale intéressée a conservé une disposition sereine face à cet afflux de notoriété, maintenant son rythme d’entraînement en vue de prochaines compétitions dont les dates n’ont pas encore été officiellement communiquées.

Son objectif déclaré est d’améliorer encore ses performances dans cette discipline où le dixième de seconde peut faire la différence entre la quatrième et la première place mondiale. La prochaine étape de son parcours reste à préciser, mais elle se construira, comme les précédentes, depuis la wilaya de Tiaret.

Safia Rahmani

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