Le président américain a présenté cet accord comme « la plus grande transaction pétrolière de l’histoire du monde », dans un message publié vendredi soir sur son réseau social, selon CNBC. D’après Associated Press, la transaction confère aux États-Unis 55 % de la production effective d’une nouvelle société conjointe créée pour exploiter les gisements vénézuéliens, ce qui en ferait le deuxième détenteur mondial de réserves prouvées derrière le saoudien Aramco. L’accord a été négocié par le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente de Nicolás Maduro devenue présidente par intérim après sa capture. Ce dénouement n’est pas un événement isolé : il constitue la dernière étape d’un retournement diplomatique entamé dès les premiers jours de la présidence par intérim, qui a vu Caracas abandonner, les uns après les autres, plusieurs engagements hérités du chavisme.
L’accord de vendredi confirme l’ouverture pétrolière engagée depuis janvier
Nicolás Maduro a été capturé début janvier lors d’une opération militaire américaine, avant d’être extradé vers New York pour y répondre d’accusations de narcoterrorisme, selon Associated Press. Washington a alors imposé un blocus qui a paralysé les exportations pétrolières du pays, avant qu’un premier accord ne prévoie, fin janvier, le transfert de 30 à 50 millions de barils vers les États-Unis, vendus au prix du marché. Les recettes de cette première vente ont été placées sous le contrôle de l’administration américaine, qui a annoncé vouloir les affecter à l’achat de produits agricoles et médicaux américains, selon les déclarations de Donald Trump à l’époque. L’accord annoncé vendredi élargit ce dispositif en portant, non plus sur des cargaisons ponctuelles, mais sur le contrôle structurel d’une partie majoritaire des réserves prouvées du pays.
La loi de fin janvier a mis fin au monopole d’État hérité de Chávez
Le gouvernement de Delcy Rodríguez a fait adopter, fin janvier, une nouvelle loi sur les hydrocarbures élaborée avec des dirigeants pétroliers et des responsables américains, selon Venezuelanalysis, un média favorable à l’ex-pouvoir chaviste et critique de l’intervention américaine. Ce texte réduit les redevances et les impôts applicables aux compagnies étrangères, transfère aux opérateurs privés une large part du contrôle des opérations et des ventes, et autorise le règlement des différends devant des instances d’arbitrage international. Il remplace la loi de 2001 promulguée par Hugo Chávez, qui avait renforcé le rôle de l’État dans le secteur énergétique et alimenté, dans les années 2000, les programmes sociaux financés par la rente pétrolière. Le Venezuela avait pourtant contribué, en 1960, à la création de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, conçue pour renforcer le poids des pays producteurs face aux compagnies occidentales. La nouvelle loi s’inscrit donc dans une rupture juridique directe avec ce modèle, sans que la présidente par intérim n’ait présenté publiquement cette réforme comme une remise en cause du projet politique de ses prédécesseurs.
Cuba, premier exemple concret de la rupture avec la ligne anti-américaine
L’alliance énergétique avec Cuba illustre plus nettement encore ce changement de cap. Créé en 2005 par Hugo Chávez, le mécanisme Petrocaribe fournissait à La Havane jusqu’à 100 000 barils de pétrole subventionné par jour, en échange de l’envoi de médecins, d’enseignants et de personnels de sécurité cubains au Venezuela. Cet arrangement s’est effondré après la capture de Maduro : le 29 janvier, Donald Trump a signé un décret menaçant de sanctions tout pays revendant du pétrole à Cuba, provoquant un quasi-blocus qui a plongé l’île dans des coupures de courant prolongées. Plusieurs membres du personnel de sécurité cubain présents à Caracas figurent parmi les victimes de l’opération américaine du 3 janvier, selon Al Jazeera, qui a également relayé les images d’une cérémonie organisée le 8 janvier à Caracas en hommage aux victimes vénézuéliennes et cubaines, en présence de Delcy Rodríguez et du chef de la diplomatie cubaine. Fin février, le département du Trésor américain a partiellement assoupli le blocus en autorisant la revente de pétrole vénézuélien à Cuba à des fins commerciales et humanitaires, tout en excluant les entités liées à l’armée ou aux services de renseignement cubains, selon la même source.
Un basculement partiel : Moscou, Pékin et Téhéran restent des partenaires
La rupture avec la ligne anti-américaine reste cependant incomplète. Malgré la pression de Washington, qui a demandé à Caracas de rompre toute coopération avec la Russie, la Chine, l’Iran et Cuba, Delcy Rodríguez n’a pas renoncé à ces relations, selon une analyse du centre de recherche Atlantic Council. Le think tank souligne que le Venezuela doit environ 20 milliards de dollars à Pékin, remboursés en livraisons de pétrole, la Chine absorbant à elle seule plus de la moitié des exportations pétrolières du pays fin 2025. Selon une analyse publiée par le média vénézuélien Caracas Chronicles, dont la ligne éditoriale est critique du chavisme, la présidente par intérim a certes restauré des relations diplomatiques avec le Chili et la République dominicaine et retiré le pays de la Cour pénale internationale, une décision saluée par Washington, mais elle a résisté aux demandes américaines d’expulser les représentants russes, chinois et iraniens présents à Caracas. Ce média qualifie cette stratégie de « pragmatisme autoritaire », l’objectif étant de réduire la pression extérieure sans renoncer au contrôle du pouvoir. En juin, Delcy Rodríguez s’est rendue en Inde pour y rencontrer le premier ministre Narendra Modi et développer de nouveaux débouchés pétroliers, selon le Long War Journal.
Nicolás Maduro Guerra, seule voix dissidente au sein du clan familial
Cette réorientation ne fait pas l’unanimité jusque dans l’entourage de Nicolás Maduro. Son fils, Nicolás Maduro Guerra, recherché aux États-Unis pour association présumée à un réseau de trafic de stupéfiants, est resté à Caracas après la capture de son père et s’est adressé à l’Assemblée nationale pour dénoncer l’opération américaine, selon Fox News. « Si l’on normalise l’enlèvement d’un chef d’État, aucun pays n’est en sécurité », a-t-il déclaré, avant d’assurer, dans le même discours, son soutien à la nouvelle présidente par intérim. Il demeure aujourd’hui recherché par la justice américaine, sans qu’aucune arrestation n’ait été annoncée à ce jour.
Aucune date n’a pour l’heure été fixée pour la mise en œuvre du transfert de 65 milliards de barils annoncé par Donald Trump, et le gouvernement vénézuélien n’a pas confirmé publiquement l’ensemble des termes de l’accord au moment de la publication de cet article. Interrogé sur la tenue de nouvelles élections au Venezuela, Donald Trump a indiqué qu’il n’y avait, selon lui, aucune urgence à en organiser. Delcy Rodríguez poursuit, elle, un exercice d’équilibriste entre son partenariat économique avec Washington et le maintien de ses alliances diplomatiques historiques.
Sources
- NPR (dépêche Associated Press) – « Trump says U.S. has entered deal with Venezuela to take control of 65 billion barrels of oil reserves »
https://www.npr.org/2026/08/28/nx-s1-5948229/trump-says-u-s-has-entered-deal-with-venezuela-to-take-control-of-65-billion-barrels-of-oil-reserves – consulté le 29 août 2026 - CNBC – « Trump announces deal with Venezuela to secure more than 65 billion barrels of oil reserves »
https://www.cnbc.com/2026/08/28/trump-announces-deal-with-venezuela-to-secure-more-than-65-billion-barrels-of-oil-reserves.html – consulté le 29 août 2026 - Venezuelanalysis (média favorable à l’ex-pouvoir chaviste, critique de l’intervention américaine) – « Trump Announces ‘Biggest Oil Deal in History’ with Venezuela’s Rodríguez »
https://venezuelanalysis.com/news/trump-biggest-oil-deal-100-year-lease-of-venezuelan-oil-reserves/ – consulté le 29 août 2026 - Al Jazeera – « Trump U-turn: Is Venezuelan oil really available to Cuba again? »
https://www.aljazeera.com/economy/2026/2/26/trump-u-turn-is-venezuela-oil-really-available-to-cuba-again – consulté le 29 août 2026 - Atlantic Council – « Delcy Rodríguez’s untenable balancing act »
https://www.atlanticcouncil.org/dispatches/delcy-rodriguezs-untenable-balancing-act/ – consulté le 29 août 2026 - Caracas Chronicles (média vénézuélien en ligne, ligne éditoriale critique du chavisme) – « How Delcy Rodríguez Is Rewriting Venezuela’s Foreign Policy »
https://www.caracaschronicles.com/2026/08/12/how-delcy-rodriguez-is-rewriting-venezuelas-foreign-policy/ – consulté le 29 août 2026 - FDD’s Long War Journal – « Venezuela reshuffles foreign relationships as oil production grows »
https://www.longwarjournal.org/archives/2026/06/venezuela-reshuffles-foreign-relationships-as-oil-production-grows.php – consulté le 29 août 2026 - Fox News – « Maduro’s son gives ‘unconditional support’ to newly sworn in interim Venezuela president »
https://www.foxnews.com/world/maduros-son-gives-unconditional-support-newly-sworn-interim-venezuela-president – consulté le 29 août 2026
Julien Moreau
