Un avocat mandaté par la Commission des détenus et anciens détenus a visité la prison de Megiddo au cours du week-end et rencontré plusieurs prisonniers palestiniens, selon un communiqué diffusé dimanche. L’organisation y décrit des conditions qu’elle qualifie de sévères : rations alimentaires insuffisantes, absence de soins pour des pathologies documentées de longue date et entraves systématiques aux droits de la défense. Elle cite notamment le cas de Mohammed Sawafta, 20 ans, originaire de Tubas, en Cisjordanie occupée, détenu depuis le 17 juin 2025.
25 mars 2019
Un détenu réduit à un déambulateur après des mois sans traitement adapté
Selon la Commission, Mohammed Sawafta souffre d’inflammations articulaires ainsi que d’infections virales touchant l’estomac et les yeux. Il a fini par recevoir un traitement pour son infection oculaire, mais son état général reste tel qu’il a désormais besoin d’un déambulateur pour se déplacer. La Commission précise également que les détenus de Megiddo perdent du poids en raison de rations jugées insuffisantes. Les autorités pénitentiaires les déplacent en outre régulièrement les mains entravées, une pratique qui les empêche de signer des documents ou d’utiliser le téléphone lors des visites de leurs avocats.
D’autres cas documentés ces derniers mois par l’agence de presse palestinienne WAFA confirment cette tendance. Abdullah Mahmoud Mezher, 25 ans, originaire du camp de réfugiés de Balata près de Naplouse, est détenu administrativement depuis le 25 septembre 2025 : blessé par un éclat d’obus à l’œil gauche, il ne reçoit plus les gouttes ophtalmiques qui soulageaient sa douleur. Mohammad Sobhi Hamadneh, 42 ans, également de Naplouse, a vu son poids chuter à 37 kilogrammes après une infection intestinale sévère, avant d’être hospitalisé 29 jours puis renvoyé en détention contre l’avis médical.
Une négligence documentée depuis plus d’un an, y compris par des organismes israéliens
Ce que révèlent ces témoignages n’est pas un épisode isolé, mais la continuité d’un phénomène déjà signalé par une institution israélienne elle-même. En janvier 2026, le Bureau du défenseur public du ministère israélien de la Justice avait publié un rapport établi après des inspections menées en 2024 dans quatre établissements pénitentiaires, dont Megiddo. Ses enquêteurs y avaient constaté des flambées sévères de gale dans trois des quatre prisons visitées, ainsi que des détenus au corps squelettique portant des traces physiques de coups.
Le commandant de la prison de Ketziot, cité dans ce même rapport, avait rejeté toute accusation de violence systématique illégale de la part du personnel pénitentiaire. Cette réponse illustre une constante du dossier : les autorités carcérales israéliennes reconnaissent des difficultés structurelles, sans admettre de politique délibérée de maltraitance. Le cas de Walid Ahmad, adolescent de 17 ans mort à Megiddo en mars 2025, avait déjà mis en lumière cette même contradiction : son autopsie avait révélé une malnutrition prolongée, sans qu’aucune sanction disciplinaire ne soit rendue publique.
Une Commission palestinienne, des inspecteurs israéliens et des organisations de défense des droits
Plusieurs acteurs aux statuts différents alimentent ce dossier. Côté palestinien, la Commission des détenus et anciens détenus ainsi que la Société des prisonniers palestiniens (PPS) recensent les cas individuels et publient des communiqués réguliers. Côté israélien, le Service pénitentiaire (IPS) a expliqué, en février 2026, que l’afflux de milliers de détenus sécuritaires en provenance de Gaza et de Cisjordanie depuis octobre 2023 avait aggravé une crise carcérale déjà ancienne, tout en annonçant des travaux de construction pour ajouter des centaines de places.
Des organisations israéliennes de défense des droits complètent ce tableau. Dans un rapport publié en janvier 2026, l’organisation B’Tselem a recueilli 21 déclarations de Palestiniens libérés dans le cadre de l’accord conclu entre Israël et le Hamas en octobre 2025, concluant à l’existence d’une politique « systémique et institutionnalisée » de torture et de maltraitance. Le Comité des Nations unies contre la torture était parvenu à une conclusion similaire en novembre 2025, évoquant une politique d’État de facto ; l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU avait alors qualifié ce rapport de désinformation.
Plus de cent détenus morts depuis octobre 2023, un chiffre encore incomplet
Ce qui frappe dans le décompte tenu par les organisations palestiniennes, c’est l’écart persistant entre les décès recensés et les identités officiellement confirmées. Plus de 100 détenus palestiniens sont morts en détention israélienne depuis octobre 2023, mais l’identité de 91 d’entre eux seulement avait été communiquée à la fin du mois de juin 2026, selon la Commission des détenus. Plus de 10 800 Palestiniens, dont des centaines de femmes et de mineurs, demeuraient incarcérés en Israël à la fin du mois de juillet 2026, d’après les chiffres compilés par des organisations de défense des droits.
Cette situation s’inscrit dans un cadre juridique précis. La quatrième Convention de Genève impose à la puissance détentrice de garantir aux prisonniers une alimentation, une hygiène et des soins médicaux équivalents à ceux offerts dans les établissements pénitentiaires ordinaires du territoire occupé. C’est précisément ce cadre que les rapports successifs, palestiniens comme israéliens, décrivent comme systématiquement contourné. Pour la diplomatie algérienne, qui a fait de la cause palestinienne l’un des axes constants de sa politique étrangère depuis l’indépendance, ce type de rapport nourrit un dossier suivi de longue date dans les instances multilatérales.
Vers de nouvelles libérations sous la pression des enquêtes internationales
La semaine précédant la publication du rapport sur Megiddo, Israël avait annoncé la libération de 60 détenus palestiniens présentés comme ayant subi des conditions de détention particulièrement dures. Cette mesure ponctuelle n’a pas mis fin aux signalements réguliers émanant de la Commission des détenus, qui continue de documenter des cas individuels au fil des visites de ses avocats. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, chargé du dossier pénitentiaire, a par ailleurs revendiqué publiquement, à plusieurs reprises, la responsabilité de restrictions alimentaires imposées aux détenus.
La prochaine échéance suivie par les organisations de défense des droits sera la publication, dans les prochains mois, du rapport de suivi du Comité des Nations unies contre la torture sur la mise en œuvre de ses recommandations de novembre 2025. D’ici là, la Commission des détenus et anciens détenus a annoncé son intention de poursuivre ses visites dans les établissements pénitentiaires israéliens abritant des prisonniers palestiniens.
Sources
- Anadolu Agency (AA) – Palestinian detainees face hunger, medical neglect at Israel’s Megiddo Prison: Commission
https://www.aa.com.tr/en/middle-east/palestinian-detainees-face-hunger-medical-neglect-at-israel-s-megiddo-prison-commission/4016514 – consulté le 3 août 2026 - The Times of Israel – Palestinians in Israeli jails face ‘conditions unfit for human beings,’ state agency says
https://www.timesofisrael.com/palestinians-in-israeli-jails-face-conditions-unfit-for-human-beings-state-agency-says/ – consulté le 3 août 2026 - NPR – Palestinian man says he was sexually abused in Israeli prison
https://www.npr.org/2026/02/18/nx-s1-5651839/palestinian-man-says-he-was-sexually-abused-in-israeli-prison – consulté le 3 août 2026 - The National – Israel releases 60 Palestinian detainees from harsh prison conditions
https://www.thenationalnews.com/news/mena/2026/07/28/israel-releases-60-palestinian-detainees-from-harsh-prison-conditions/ – consulté le 3 août 2026 - B’Tselem – Living Hell: Update, janvier 2026
https://www.btselem.org/sites/default/files/publications/202601_living_hell_eng.pdf – consulté le 3 août 2026 - WAFA (agence de presse palestinienne) – Three Palestinian detainees in Megiddo prison suffer serious health conditions due to medical neglect
https://english.wafa.ps/Pages/Details/167197 – consulté le 3 août 2026
Amel Bensalem
