Les autorités algériennes ont ordonné, lundi 16 mars 2026, la fermeture et la mise sous scellés du siège de l’association SOS Disparus à Alger. Datée du 12 mars, la décision met un terme à vingt-cinq ans d’activité consacrée à la recherche de vérité sur les disparitions forcées de la décennie noire.
Les faits de la fermeture
Vers 13h30, des agents des autorités se sont présentés au siège de SOS Disparus, en plein cœur d’Alger, munis d’une décision administrative. Selon un communiqué publié par l’organisation sur ses réseaux sociaux, ils étaient nombreux et ont procédé sans délai à la mise sous scellés des locaux. Cette intervention met brutalement fin aux activités sur place et prive immédiatement les familles de disparus de leur principal lieu d’accueil et de soutien en Algérie.
Branche algérienne du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA), l’association a réagi en lançant un appel à l’aide sur Facebook, évoquant l’urgence de la situation. Ses responsables décrivent une opération visant à interdire tout accès à des bureaux qui servaient à documenter les cas et à interpeller les institutions nationales. Les autorités évoquent une mesure administrative, sans en détailler publiquement les motifs au-delà de la conformité réglementaire.
Contexte historique des disparitions
SOS Disparus est née dans le sillage de la « décennie noire » (1992-2002), marquée par des milliers de disparitions forcées non élucidées. En 1998, le CFDA est créé en France à l’initiative de familles, dont celle de Nassera Dutour, dont le fils a disparu en 1997, afin de porter la voix des victimes auprès des instances internationales. L’antenne algérienne, implantée en 2001 à Alger, Oran et Constantine, devient un espace central d’accompagnement juridique et moral.
Depuis sa création, l’association a constitué plus de 4 000 dossiers transmis au Groupe de travail des Nations unies et à la Commission africaine des droits de l’homme. Elle organise formations et débats, tout en maintenant une pression régulière sur les autorités. Aucune enquête d’ampleur n’a toutefois été menée sur ces disparitions, laissant les familles dans un vide que l’association s’efforçait de combler.
À Alger, les locaux constituaient le dernier espace public dédié à ces revendications, les manifestations étant interdites depuis 2010. Les bureaux servaient alors de lieu de rencontres et d’échanges, malgré une surveillance constante. Leur fermeture s’inscrit dans une dynamique de restrictions progressives.
Les acteurs impliqués
Les responsables de SOS Disparus, dont Ahmed Otsmane, et les familles adhérentes animaient quotidiennement le lieu. Mères et épouses de disparus y trouvaient un soutien psychologique et administratif. Nassera Dutour, porte-parole du CFDA, incarne cette mobilisation de longue date auprès d’organisations comme Amnesty International.
Côté autorités, des agents administratifs et sécuritaires ont exécuté la décision, sans communication immédiate sur ses fondements précis. Ce type de mesure s’inscrit généralement dans un cadre légal strict encadrant les associations. Le ministère de l’Intérieur ou les services préfectoraux d’Alger pourraient être à l’origine de l’ordre, sans confirmation officielle.
Au niveau international, Mary Lawlor, rapporteure spéciale de l’ONU sur les défenseurs des droits humains, avait déjà alerté en 2024 sur des entraves aux activités de l’association. Des incidents, dont des encerclements de bureaux et des maltraitances présumées, avaient été signalés. L’intervention du 16 mars marque une étape supplémentaire.
Les enjeux de la mesure
La fermeture prive les familles de leur principal point d’ancrage pour documenter les disparitions et porter leurs revendications. Dans un contexte où les recours judiciaires restent limités, l’association constituait un relais vers les instances internationales.
Plus largement, cette décision interroge sur l’espace accordé aux associations indépendantes dans un climat de contrôle accru. Les restrictions touchent aussi d’autres acteurs de la société civile, souvent au nom de la conformité administrative. L’opération pourrait ainsi dissuader des initiatives similaires et fragiliser la quête de vérité sur la décennie noire.
L’absence d’enquêtes sur des milliers de cas laisse un vide que ces structures tentaient de combler. L’association mettait en avant une action non violente fondée sur l’accueil, l’information et le plaidoyer, tandis que les autorités privilégient une lecture officielle du passé.
Perspectives immédiates
SOS Disparus envisage de poursuivre ses activités par d’autres moyens, notamment numériques ou décentralisés. Depuis la France, le CFDA pourrait renforcer ses démarches auprès des instances internationales.
Sur le plan local, les familles se retrouvent sans lieu de rassemblement, ce qui accentue leur isolement. Les autorités n’ont pas commenté publiquement la décision, mais des recours pourraient être engagés. L’affaire suscite déjà une forte visibilité sur les réseaux sociaux.
Cette fermeture pourrait annoncer d’autres mesures similaires dans un contexte de contrôle accru. Les familles affirment néanmoins leur détermination à poursuivre leur combat.
ALG247.COM