L’économie algérienne

L’économie algérienne : hydrocarbures, diversification et défis structurels

Troisième économie africaine avec un PIB attendu à 317 milliards de dollars en 2026, l’Algérie affiche des indicateurs macroéconomiques qui rassurent en surface. Derrière la croissance réelle des secteurs hors hydrocarbures et les ambitions affichées de diversification se cache pourtant une réalité plus complexe : une dépendance à la rente pétrolière et gazière que quarante ans de discours réformateurs n’ont pas résolue, un secteur informel qui représente près d’un tiers du PIB, et un marché du travail incapable d’absorber les 350 000 nouveaux demandeurs d’emploi qui s’y présentent chaque année.


Introduction

L’économie algérienne est l’une des plus paradoxales du continent africain. Elle dispose de ressources naturelles considérables – des réserves de gaz parmi les dix premières mondiales, un potentiel agricole sous-exploité couvrant 238 millions d’hectares, des ressources minières variées allant du fer au phosphate – et d’une population jeune et instruite qui constitue un capital humain réel. Elle bénéficie d’une stabilité macroéconomique relative, entretenue par des réserves de change qui couvrent encore dix mois d’importations, et d’un État qui, pour le meilleur et pour le pire, reste le principal moteur de l’activité économique.

Pourtant, cette économie peine à se transformer. La dépendance aux hydrocarbures, dénoncée comme le mal structurel algérien depuis le contre-choc pétrolier de 1986, reste aussi prégnante en 2026 qu’elle ne l’était trente ans plus tôt. Les hydrocarbures représentent environ 40 % du PIB, 90 % des exportations et un tiers des recettes budgétaires. Le secteur privé reste étroit, entravé par des lourdeurs administratives, un accès difficile au financement et un environnement des affaires peu attractif pour les investisseurs étrangers. L’économie informelle, évaluée à environ 30 % du PIB algérien, soit 86 milliards de dollars en 2025, avec 4 millions d’emplois et 20 milliards de dollars hors circuit bancaire, illustre à la fois les limites du modèle formel et le génie d’adaptation d’une population qui ne l’attend plus.

Ce dossier propose un état des lieux complet et documenté de l’économie algérienne : sa structure, ses forces, ses fragilités, et les perspectives d’une diversification qui reste, pour l’heure, plus un horizon qu’une réalité accomplie.


Les chiffres clés

IndicateurDonnéeSource
PIB nominal (2026 estimation)317 milliards de dollarsFMI, 2026
Rang en Afrique3e économie africaineFMI, 2026
Taux de croissance du PIB (2025)3,9 à 4,5 %ONS / Banque mondiale
Croissance hors hydrocarbures (S1 2025)+5,3 %ONS
Part des hydrocarbures dans les exportations~90 %Banque mondiale / Crédit Agricole
Part des hydrocarbures dans le PIB~40 %Banque mondiale
Recettes exportations hydrocarbures (janv.-sept. 2025)31 milliards de dollarsMinistère des Hydrocarbures
Exportations hors hydrocarbures (2022, pic)7 milliards de dollarsMinistre du Commerce
Hausse exportations hors hydrocarbures (janv.-juill. 2025)+23 %Ministère du Commerce extérieur
Déficit budgétaire (2025)14-15 % du PIBMaghreb Émergent
Économie informelle~30 % du PIB (86 mds USD)Estimation, 2025
Taux de chômage officiel (2024)9,7 %ONS, oct. 2024
Taux de chômage des jeunes (16-24 ans)29,3 %ONS, oct. 2024
Part de l’agriculture dans le PIB~15 %AL24 News / ONS
Réserves de change (juin 2025)~10 mois d’importationsCoface

Structure de l’économie

L’économie algérienne est, dans son architecture fondamentale, une économie de rente administrée. L’État en est à la fois le principal actionnaire, le premier employeur et le premier investisseur. Ce modèle, hérité des choix de la décennie 1970 sous Houari Boumédiène – nationalisation des hydrocarbures, planification centralisée, industries industrialisantes – a produit une structure productive dans laquelle le secteur privé local reste secondaire et le secteur étranger marginal.

L’économie algérienne est principalement tirée par les hydrocarbures et l’investissement public. La croissance économique de l’Algérie est restée forte en 2024 à +3,8 %, tirée par les secteurs non extractifs et le dynamisme de l’investissement. La croissance du PIB non extractif a été généralisée, soutenue par une production agricole résiliente. Cette performance hors hydrocarbures est réelle et mérite d’être soulignée : elle signale qu’une partie de l’économie algérienne fonctionne et se développe indépendamment de la rente. Elle ne suffit pas, toutefois, à masquer la vulnérabilité de la structure d’ensemble.

Au deuxième trimestre 2025, quatre branches ont particulièrement soutenu la croissance : l’industrie avec +6,4 %, le commerce avec +6,7 %, l’agriculture avec +4,5 %, et le secteur de l’électricité et du gaz avec +9,7 %. Ce tableau sectoriel révèle une économie qui se réchauffe dans ses compartiments domestiques – consommation intérieure, BTP, services publics – plus que dans ses capacités exportatrices. La question centrale n’est pas tant la croissance en volume que sa qualité : crée-t-elle les emplois formels et les exportations qui permettront, à terme, de desserrer l’étau de la dépendance à la rente ?

La répartition sectorielle du PIB place l’agriculture à environ 15 %, les services (commerce, transports, télécommunications) à plus de 40 %, les hydrocarbures à environ 20-25 % en valeur directe, et l’industrie manufacturière hors énergie à seulement 9 % du PIB selon la Banque mondiale – un chiffre qui illustre le sous-développement industriel d’un pays qui dispose pourtant d’un marché intérieur de 47 millions de consommateurs.


Hydrocarbures

Un pilier indétrônable, mais fragilisé

L’histoire économique de l’Algérie moderne est, en grande partie, l’histoire de sa relation avec ses gisements d’hydrocarbures. La découverte du pétrole saharien dans les années 1950 et sa nationalisation en 1971 ont fourni à l’État algérien les ressources nécessaires pour financer son modèle de développement : industrialisation lourde dans les années 1970, maintien des équilibres sociaux par les subventions dans les années 1980, survie institutionnelle durant la décennie noire des années 1990. En 1993 déjà, les exportations d’hydrocarbures constituaient plus de 98 % des ventes à l’étranger. Le contre-choc pétrolier de 1986 avait mis à nu la fragilité d’une économie bâtie sur la seule rente énergétique. L’effondrement des prix en 2015 – moins 43 % de revenus pétroliers en un an – a rappelé que cette dépendance reste structurelle.

En 2025, la situation est à la fois meilleure et préoccupante. Les recettes de l’État issues des exportations d’hydrocarbures ont atteint 31 milliards de dollars à fin septembre 2025, en baisse d’environ 8,8 % par rapport à la même période de 2024, durant laquelle l’Algérie avait exporté pour 34 milliards de dollars de pétrole et de gaz. Cette érosion des recettes, combinée à la hausse des dépenses publiques, explique le déficit budgétaire record de 14-15 % du PIB enregistré en 2025 – un niveau d’alerte que les économistes algériens indépendants ne manquent pas de signaler.

Les tensions entre production et exportation

Malgré une hausse de 5 % de sa production gazière en juin 2025, l’Algérie a perdu 230 millions de mètres cubes de ventes à l’exportation, principalement en raison du recul du GNL. Entre janvier et juillet 2025, 5,6 millions de tonnes de GNL ont été exportées contre 6,95 millions sur la même période de 2024. Ce paradoxe entre hausse de la production et baisse des exportations révèle une contrainte structurelle : le vieillissement des installations de liquéfaction d’Arzew et de Skikda, dont la modernisation tarde. La croissance de la consommation intérieure d’énergie – portée par une économie en expansion et des prix domestiques artificiellement bas – absorbe une part croissante de la production, réduisant d’autant les volumes disponibles pour l’export.

Sonatrach a réalisé treize nouvelles découvertes pétrolières entre janvier et août 2025 et prévoit de porter sa production primaire commercialisée à environ 193 millions de tonnes équivalent pétrole en 2026, soit une hausse de 2 %. Ces découvertes renouvèlent partiellement les réserves et confortent la position de l’Algérie comme fournisseur d’énergie sur les marchés européen et méditerranéen. Elles ne résolvent pas, toutefois, le problème de fond : l’Algérie reste dépendante d’une ressource épuisable dont la demande mondiale est appelée à se contracter sur le long terme sous l’effet de la transition énergétique.


Sonatrach

Fondée en 1963, un an après l’indépendance, la Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures – Sonatrach – est bien plus qu’une entreprise. Elle est l’instrument de la souveraineté économique algérienne sur ses ressources naturelles, le poumon budgétaire de l’État, et le premier employeur du secteur formel algérien. Avec un chiffre d’affaires qui la positionne régulièrement parmi les premières entreprises africaines, elle incarne à la fois la force du modèle algérien et sa principale vulnérabilité.

Sonatrach a annoncé en 2022 un plan d’investissement de 40 milliards de dollars sur cinq ans dans l’exploration et la production, signe que le pays mise encore sur le secteur énergétique pour soutenir sa croissance. L’Algérie fait partie des dix plus grands exportateurs de gaz au monde et est classée 16e pour les réserves de pétrole et 10e pour les réserves de gaz confirmées. Ces rangs mondiaux confirment le potentiel du sous-sol algérien, que Sonatrach exploite depuis maintenant six décennies, seule ou en partenariat avec des majors internationales comme TotalEnergies, ENI ou BP.

La compagnie affronte cependant des défis industriels importants. Le vieillissement de ses infrastructures de liquéfaction, l’insuffisance des investissements dans la maintenance et la modernisation des usines côtières, et la concurrence croissante d’autres fournisseurs de GNL sur les marchés européens limitent sa capacité à convertir une production physique en hausse en recettes d’exportation équivalentes. Sonatrach est aussi confrontée, en interne, à la nécessité d’une transformation managériale que ses dirigeants reconnaissent sans que les résultats soient encore au rendez-vous.


Agriculture

L’agriculture algérienne est la grande surprise des indicateurs économiques des dernières années. Longtemps considérée comme le parent pauvre d’une économie obsédée par ses hydrocarbures, elle s’impose progressivement comme le deuxième pilier de la diversification. Le secteur agricole, considéré comme stratégique pour l’économie nationale, a consolidé en 2025 les performances de 2024, année durant laquelle il a contribué au PIB à hauteur d’environ 15 %, avec une valeur de production dépassant 37 milliards de dollars.

Le secteur de l’agriculture emploie près de 23 % de la population active algérienne. Ce poids dans l’emploi, bien supérieur à sa contribution au PIB, signale une productivité encore insuffisante et un potentiel de modernisation considérable. En 2025, la Banque mondiale souligne les progrès significatifs du secteur agricole algérien, notamment à travers l’essor des exportations de denrées alimentaires fraîches. Cette année, l’Algérie est confrontée à une situation de surproduction agricole touchant plusieurs filières, notamment les pastèques, les œufs, les oignons et d’autres produits maraîchers. Cette surproduction, paradoxale dans un pays qui importe encore massivement ses céréales, illustre les distorsions d’une politique agricole qui a favorisé certaines filières sans construire les infrastructures de stockage, de transformation et de distribution qui permettraient d’en tirer pleinement parti.

Les ambitions du gouvernement vont au-delà du marché intérieur. La dynamique s’appuie sur des projets identifiés : Baladna sur le lait, Bonifiche Ferraresi sur le blé saharien, et un effort de méga-stockage céréalier. L’agriculture saharienne gagne en visibilité, car elle sert la sécurité alimentaire et limite l’exposition aux chocs de prix mondiaux. Ce pari agricole saharien, s’il se concrétise, pourrait modifier en profondeur la géographie économique du pays – orientant les investissements et les populations vers les zones arides du Sud plutôt que de les concentrer sur les villes côtières du Nord.


Industrie

Le secteur industriel algérien hors hydrocarbures reste le maillon faible de l’économie nationale. Avec un poids des industries manufacturières d’environ 6 % du PIB, avec des niches dans la sidérurgie, les engrais et le ciment, il témoigne du retard accumulé depuis les années 1980, quand la crise budgétaire a interrompu l’ambitieux programme d’industrialisation lourde du régime Boumédiène.

Les performances récentes sont cependant encourageantes. L’industrie a enregistré une hausse de 6,4 % au deuxième trimestre 2025. L’industrie représente près de 50 % des nouveaux investissements enregistrés auprès de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). La production industrielle du secteur public national a progressé de 6,3 % au deuxième trimestre 2025, portée notamment par les performances de l’énergie, des mines et carrières, et des matériaux de construction.

Plusieurs grands projets industriels structurants ont été lancés ou accélérés depuis 2023. Le projet Baladna, d’une valeur de 3,5 milliards de dollars, devrait créer 5 000 emplois directs. Tosyali, dans la sidérurgie, annonce un programme d’investissement de 2,5 milliards de dollars. Ces mégaprojets témoignent d’une réorientation de la politique industrielle vers des investissements à fort impact sur l’emploi et la substitution aux importations. Ils s’inscrivent dans une stratégie d’autosuffisance sur les biens de grande consommation – alimentation, acier, ciment, matériaux de construction – qui réduit la facture d’importation sans encore créer les filières d’exportation que le pays ambitionne.

Les zones industrielles affichent à plus de 92 % de leur capacité, illustrant une saturation qui appelle de nouveaux fonciers industriels et des investissements en infrastructures logistiques que l’administration algérienne peine à débloquer avec la célérité requise.


Commerce extérieur

Le commerce extérieur algérien est le miroir fidèle de la dépendance aux hydrocarbures. D’un côté, des exportations à neuf-dixièmes gazières et pétrolières, dont la valeur fluctue au rythme des marchés mondiaux. De l’autre, des importations structurellement élevées en produits alimentaires, équipements industriels et biens de consommation, reflet d’un appareil productif qui ne couvre pas les besoins d’une population de 47 millions de personnes.

Sur les six premiers mois de 2025, le recul des exportations s’explique par une baisse combinée des volumes (-1,2 %) et des prix (-7,4 %), principalement due au recul des hydrocarbures dont les prix ont baissé de 8,2 % et les volumes ont diminué de 2,1 %. Les exportations hors hydrocarbures ont en revanche enregistré une hausse en volume de 8,6 % et une hausse des prix de 3,0 %, soit une augmentation globale en valeur de 11,8 % sur la période.

Cette progression des exportations hors hydrocarbures – modeste en valeur absolue mais significative dans sa dynamique – est la donnée la plus encourageante du commerce extérieur algérien. Les exportations hors hydrocarbures ont affiché une hausse de 23 % entre janvier et juillet 2025 par rapport à la même période de 2024. Les engrais, les dérivés pétroliers transformés, les produits agroalimentaires, la céramique et les matériaux de construction constituent les principales lignes de cette diversification naissante. Sur le continent africain, la Tunisie a importé pour 105 millions de dollars de produits algériens (contre 85 millions en 2024), le Ghana pour 28 millions (contre 10 millions), tandis que des hausses ont été enregistrées vers la Guinée, le Togo et le Sénégal.

Les autorités algériennes visent un objectif de 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures en 2025, en s’appuyant sur les exportations hors hydrocarbures qui ont atteint une moyenne annuelle de 5 milliards de dollars sur les cinq dernières années, avec un pic à 7 milliards en 2022. L’écart entre cet objectif et les performances réelles traduit, sans ambiguïté, l’ampleur du chemin restant à parcourir.


Investissements étrangers

L’Algérie attire des investissements directs étrangers (IDE) bien en deçà de son potentiel. Pendant deux décennies, la règle dite “51/49” – qui obligeait les partenaires étrangers à ne détenir que 49 % des parts d’une coentreprise avec un associé algérien – a constitué le principal repoussoir des investisseurs internationaux. Sa suppression partielle en 2020 pour les secteurs non stratégiques, confirmée par la nouvelle loi sur l’investissement de 2022, a modifié le cadre légal sans provoquer, pour l’heure, l’afflux d’investissements escompté.

Les chiffres annoncés par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) relatifs aux investissements étrangers – 5,5 milliards de dollars en 2023, 8,6 milliards en 2024 – ne sont que partiellement reflétés dans les données les plus récentes du FMI, qui annoncent 1,4 milliard pour la période 2022-2023. Cet écart entre les annonces officielles et les flux mesurés par les organisations internationales invite à la prudence : une partie des investissements comptabilisés par l’AAPI correspondent à des projets en phase de déclaration ou de négociation, pas nécessairement à des flux financiers réels déjà engagés.

Les obstacles persistants sont bien identifiés : lourdeurs bureaucratiques dans l’obtention des autorisations, accès difficile au foncier industriel, instabilité du cadre réglementaire, marché des changes segmenté entre un taux officiel et un taux parallèle qui complique la gestion des flux financiers pour les partenaires étrangers. Un appel d’offres international dans le secteur des hydrocarbures, “Algeria Bid Round”, devrait permettre davantage d’investissements à partir de 2025, offrant aux majors pétrolières et gazières un accès facilité aux gisements algériens – domaine dans lequel les IDE restent les plus fluides, l’État gardant le contrôle via Sonatrach.


Emploi

Le marché du travail algérien est l’un des révélateurs les plus nets des tensions structurelles de l’économie. Selon l’enquête de l’Office national des statistiques menée en octobre 2024, 12,055 millions de personnes sont occupées et le taux d’emploi s’établit à 36,4 %, avec une progression continue du taux d’emploi féminin qui a atteint 14,3 %. Ce taux d’emploi global, qui paraît faible, reflète en partie la forte proportion de population jeune non encore en âge de travailler et le sous-emploi féminin chronique.

Le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans demeure élevé à 29,3 %. C’est le chiffre le plus alarmant du tableau de bord économique algérien. Il signale une inadéquation profonde entre la formation délivrée par le système éducatif et les besoins réels du marché du travail, entre les aspirations d’une génération diplômée et les emplois formels que l’économie crée. Le marché du travail peine à absorber l’arrivée de 350 000 nouveaux demandeurs d’emploi par an.

L’économie informelle, qui représente environ 30 % du PIB algérien en 2025, emploie 4 millions de personnes hors circuit bancaire. Ce secteur informel, souvent présenté comme un problème à résoudre, est aussi – et d’abord – un amortisseur social : il permet à des millions de familles algériennes de survivre là où l’économie formelle ne leur offre pas de place. Le défi n’est pas de le supprimer brutalement, mais de créer les conditions d’une formalisation progressive – par la simplification fiscale, l’inclusion financière et la réduction du différentiel de change – qui transforme ces activités en contributeurs à la base fiscale nationale.

Les secteurs les plus employeurs restent l’administration publique (17,4 %), la santé et l’action sociale (15,5 %), le commerce (15,3 %), la construction (14 %) et l’industrie manufacturière (13,6 %). La prédominance de la fonction publique dans l’emploi formel traduit la persistance du modèle rentier : c’est l’État, par les ressources de la rente, qui garantit la paix sociale en distribuant des postes dans l’administration plutôt qu’en stimulant la création d’emplois productifs privés.


Diversification économique

La diversification économique est, depuis les années 1990, la grande promesse non tenue de la politique économique algérienne. Elle revient sur le devant de la scène à chaque choc pétrolier, fait l’objet de plans, de lois et de discours présidentiels, puis s’estompe quand les cours se redressent et que la rente reprend son rôle de filet de sécurité.

Ce cycle semble cependant moins automatique en 2026 qu’il ne l’était dix ans plus tôt. En 2025, la Banque mondiale souligne, dans son rapport intitulé “Comment l’Algérie construit une économie dynamique pour demain”, les progrès réalisés dans la diversification économique, portés par des réformes et une relance soutenue des secteurs non liés aux hydrocarbures, avec des exportations hors hydrocarbures ayant triplé entre 2017 et 2023. Ce triplement, aussi significatif soit-il, part d’un niveau très bas : les exportations hors hydrocarbures représentaient en 2023 à peine 2 % du PIB.

Les signaux positifs sont réels dans plusieurs filières. Les engrais azotés, produits à partir du gaz naturel algérien à bas coût, constituent une niche d’exportation à fort potentiel. La céramique et les matériaux de construction commencent à s’exporter vers l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient. Le fer de Ghar Djebilet, dans la région de Tindouf, entre dans le marché par l’exportation de volumes croissants vers l’étranger, promettant de faire de l’Algérie un acteur sidérurgique d’envergure régionale si les investissements de transformation suivent.

L’énergie renouvelable, l’agriculture, les technologies de l’information, l’industrie manufacturière, le tourisme, les transports, l’éducation, la finance et la pharmacie sont autant de secteurs porteurs qui peuvent jouer un rôle crucial dans la transformation économique du pays. Cette liste, que les experts et les autorités algériennes répètent depuis des années, est exacte dans son diagnostic – ces secteurs ont un potentiel réel. Elle se heurte cependant à un obstacle commun : l’environnement des affaires. Sans simplification administrative, sans accès facilité au financement bancaire pour les PME, sans stabilisation du cadre réglementaire, les intentions d’investir se transforment rarement en projets concrets.

L’intégration africaine constitue un levier croissant. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) offre à l’Algérie, si elle s’y engage pleinement, un accès préférentiel à un marché de 1,3 milliard de consommateurs. Lors de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), organisée à Alger en septembre 2025, plus de 35 000 participants et 2 000 exposants ont généré des accords commerciaux dépassant 44 milliards de dollars. L’Algérie y a joué un rôle d’hôte et de hub, positionnant ses exportations vers l’Afrique de l’Ouest et centrale comme un axe stratégique.


Perspectives

Ce qui plaide en faveur d’une transformation réelle

L’Algérie dispose, en 2026, d’atouts que peu d’économies africaines peuvent revendiquer simultanément : des réserves de change confortables qui lui donnent du temps, une base industrielle publique qui peut servir de point d’appui, un secteur agricole en croissance, une diaspora de 7 à 8 millions de personnes porteuses de compétences et de capitaux, et une position géographique qui en fait un pont naturel entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Le plan algérien prévoit une augmentation de la contribution du secteur industriel à 15 % du PIB à l’horizon 2030, contre environ 5 % actuellement. Si cet objectif est atteint, il représenterait une transformation structurelle sans précédent dans l’histoire économique contemporaine du pays. Les mégaprojets lancés en 2024 et 2025 – Baladna dans l’agroalimentaire, Tosyali dans la sidérurgie, les 15 000 mégawatts d’énergie solaire prévus d’ici 2030 – dessinent les contours d’une économie plus diversifiée.

Ce qui bloque la transformation

Les obstacles sont tout aussi réels. Le secteur informel massif – environ 30 % du PIB – prive l’État d’un manque à gagner fiscal estimé à 2,5 milliards de dollars par an et décourage les investisseurs formels confrontés à une concurrence déloyale. Le marché des changes biaisé, avec une prime parallèle de 70-80 % sur le taux officiel, crée des distorsions qui compliquent toute planification économique rationnelle et découragent les transferts officiels. La situation budgétaire s’est fortement dégradée depuis 2024 sous l’effet conjugué de la baisse des revenus issus des hydrocarbures et de la hausse ininterrompue des dépenses publiques. Cette contrainte budgétaire croissante réduira, si les cours du pétrole et du gaz ne se redressent pas durablement, les marges de manœuvre de l’État pour financer les investissements publics dont dépend le modèle actuel.

Le vrai test de la diversification algérienne n’est pas la croissance hors hydrocarbures – qui, portée par la construction et les services domestiques, peut augmenter sans créer d’exportateurs compétitifs. Il réside dans la capacité du pays à faire émerger, à l’horizon 2030, une base exportatrice hors énergie suffisamment robuste pour compenser le déclin prévisible des recettes pétrolières et gazières. Pour l’heure, les signaux sont encourageants mais insuffisants. L’Algérie avance dans la bonne direction, mais pas encore au rythme que la contrainte structurelle exige.


Dossiers et analyses d’ALG247 sur l’économie algérienne



Sources et références

  1. Office national des statistiques (ONS) — Données économiques du 2e trimestre 2025
    TSA Algérie, https://www.tsa-algerie.com/economie-algerienne-lagriculture-rattrape-les-hydrocarbures-les-importations-senvolent/ — nov. 2025
  2. FMI / Banque mondiale — Perspectives économiques Algérie 2025-2026
    https://economie-politique.org/pib-algerie/ — consulté le 16 juin 2026
  3. Coface — Fiche de risque pays Algérie 2026
    https://www.coface.com/fr/actualites-economie-conseils-d-experts/tableau-de-bord-des-risques-economiques/fiches-risques-pays/algerie — consulté le 16 juin 2026
  4. Crédit Agricole / CACIB — Contexte politico-économique en Algérie
    https://international.groupecreditagricole.com/fr/accompagnement-a-l-international/algerie/contexte-economique — consulté le 16 juin 2026
  5. Ministère algérien des Hydrocarbures et des Mines — Recettes d’exportation janv.-sept. 2025
    https://algerie-eco.com/2025/10/25/algerie-les-recettes-dexportation-dhydrocarbures-ont-atteint-31-milliards-de-dollars-a-fin-septembre-2025/ — oct. 2025
  6. Ministère du Commerce extérieur algérien — Exportations hors hydrocarbures 2025
    https://observalgerie.com/2025/10/16/economie/algerie-forte-croissance-des-exportations-hors-hydrocarbures-en-2025/ — oct. 2025
  7. Banque mondiale — “Comment l’Algérie construit une économie dynamique pour demain”, 2025
    Wikipedia Économie de l’Algérie, https://fr.wikipedia.org/wiki/Économie_de_l’Algérie — consulté le 16 juin 2026
  8. Maghreb Émergent — “Rétrospective : les 12 chiffres clés qui résument l’année économique de l’Algérie”
    https://maghrebemergent.news/fr — déc. 2025
  9. L’Initiative (Canada) — “Quelle stratégie économique pour l’Algérie ?”
    https://linitiative.ca/quelle-strategie-economique-pour-lalgerie/ — sept. 2025
  10. Économie-Algérie.com — “Réduire l’économie informelle pour la réussite de la Vision 2050”
    https://economie-algerie.com/reduire-leconomie-informelle-pour-la-reussite-de-la-vision-2050/ — mars 2026

Dernière mise à jour : 16 juin 2026

Yacine Messaoud