À Vancouver, la police canadienne recadre Infantino : pas d’escorte à la Trump pour le patron de la FIFA

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Yacine Messaoud
Yacine Messaoudhttps://alg247.com
Journaliste spécialisé dans les relations internationales et les équilibres géopolitiques contemporains. Il suit particulièrement les dynamiques entre puissances mondiales, les conflits et les recompositions diplomatiques. Ses articles privilégient la mise en contexte et la compréhension des rapports de force plutôt que la simple chronologie événementielle.

À deux jours de l’ouverture du 76e Congrès de la FIFA à Vancouver, la police de la ville a refusé la demande de l’instance footballistique d’attribuer à son président Gianni Infantino un dispositif de sécurité de niveau quatre — celui appliqué aux présidents américains. Cet épisode, révélé par le média canadien Global BC, illustre avec une clarté désarmante les ambitions protocolaires d’un dirigeant dont la proximité avec Donald Trump s’est progressivement imposée comme la ligne directrice de sa gouvernance à l’approche du Mondial 2026.

La demande était précise et mesurée, dans son genre. Selon le média canadien Global BC, la FIFA avait sollicité auprès des autorités de Vancouver une escorte policière de niveau quatre pour son président, permettant de franchir les feux rouges et de bloquer la circulation pour les autres usagers de la route. Ce standard correspond, dans le protocole canadien, à ce qui est réservé à la visite du président des États-Unis. Il se situe un cran en dessous du niveau cinq, appliqué au Pape, et au-dessus de ce qui est accordé au Premier ministre canadien Mark Carney. La réponse de la Vancouver Police Department n’a pas tardé : les arrangements de transport pour le Congrès FIFA seront « appropriés, mesurés et conformes à la manière dont Vancouver accueille les grands événements internationaux », indique un communiqué cité par 20 Minutes. Traduction : Infantino circulera comme un dirigeant ordinaire. Ce refus n’est pas isolé. Selon The Times, la FIFA avait déjà formulé une demande similaire lors de la Coupe du monde féminine 2023 en Nouvelle-Zélande. La police locale avait également décliné.

Un Congrès sous pression, entre Iran et Mondial

Le 76e Congrès de la FIFA, qui s’ouvre jeudi à Vancouver en présence des 211 associations membres, se tient dans un contexte particulièrement chargé. Plusieurs dossiers brûlants s’accumulent sur la table : la participation de l’Iran au Mondial 2026, que Trump a tenté de faire annuler via un émissaire — Paolo Zampolli, d’origine italienne, qui avait suggéré de remplacer la sélection iranienne par l’Italie, éliminée en barrages —, la question du boycott de certaines sélections européennes, et les débats sur les droits des supporters dans les villes hôtes américaines. La FIFA a confirmé que l’Iran participera bien au tournoi, malgré les demandes de Téhéran de pouvoir jouer ses matches de groupe au Mexique plutôt qu’aux États-Unis. La Coupe du monde 2031 féminine figure également à l’agenda, dans un climat tendu : Trump a menacé de retirer la candidature américaine si la FIFA ne modifiait pas sa politique sur les athlètes transgenres. Le Congrès de Vancouver devra trancher ou, à tout le moins, gérer ces turbulences en présence du monde footballistique.

Infantino-Trump : une relation de plus en plus assumée

L’épisode de l’escorte policière prend sa pleine dimension lorsqu’on le replace dans la trajectoire récente du président de la FIFA. Lors du tirage au sort des groupes du Mondial 2026 en décembre 2025, Infantino avait remis à Donald Trump le tout premier « Prix FIFA pour la paix » — une récompense créée pour l’occasion, dont l’existence avait soulevé des interrogations dans le mouvement sportif mondial. Quelques semaines plus tard, le président de la FIFA avait été photographié aux côtés de Trump lors du « Conseil de la paix » convoqué à Washington, arborant une casquette rouge frappée des chiffres 45-47 en référence aux deux mandats présidentiels américains. Des images qui avaient alimenté des débats sur la neutralité politique que l’article 15 du Code éthique de la FIFA impose pourtant à ses dirigeants. Cette proximité s’inscrit dans une dynamique plus large : déménagement partiel du siège de la FIFA à Miami, attribution du Mondial 2026 à l’Amérique du Nord dans des conditions qui avaient déjà suscité des questions sur l’autonomie de l’institution. La demande d’escorte comparable à celle du chef d’État américain ajoute une couche symbolique à ce tableau.

Ce que ce Congrès signifie pour le football algérien

Pour la sélection algérienne, qui dispute le Mondial 2026 dans le groupe J aux côtés de l’Argentine, de la Croatie et d’une quatrième équipe encore à confirmer, ce Congrès de Vancouver se tient à moins de six semaines du coup d’envoi. Les Fennecs joueront leurs matches de groupe sur le sol américain, dans un contexte sécuritaire et diplomatique que les événements récents — guerre en Iran, tensions autour du détroit d’Ormuz, pression de Washington sur l’OPEP — rendent singulièrement complexe. La gouvernance de l’institution qui préside à l’organisation de ce tournoi fait donc l’objet d’une attention particulière. L’épisode de Vancouver, aussi anecdotique qu’il puisse paraître en surface, traduit une réalité plus profonde : la FIFA entre dans le Mondial 2026 avec un président dont les ambitions protocolaires et les alliances politiques sont désormais perçues, y compris par ses hôtes occidentaux, comme disproportionnées par rapport au mandat d’une organisation sportive internationale.

Yacine Messaoud

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