Aucune relation bilatérale en Europe ne porte un poids historique comparable à celle qui unit la France et l’Algérie. Cent trente-deux ans de colonisation, une guerre d’indépendance parmi les plus meurtrières du XXe siècle, et soixante ans de relations diplomatiques marquées par des réchauffements soudains et des crises récurrentes : le lien franco-algérien est structurellement instable, mais structurellement indéfaisable. En 2026, après la crise diplomatique la plus grave depuis l’indépendance, les deux pays tentent laborieusement de renouer un dialogue que leurs histoires communes rendent inévitable et que leurs contradictions permanentes rendent difficile.
Introduction
La relation entre la France et l’Algérie n’est pas une relation diplomatique ordinaire. Elle est chargée d’une histoire que ni l’une ni l’autre des deux parties ne peut mettre à distance, d’une démographie qui l’incarne dans des millions de familles franco-algériennes ou binationaux, et d’intérêts économiques, sécuritaires et énergétiques qui la rendent objectivement nécessaire même aux heures de plus grande tension.
Depuis l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962, les deux pays ont traversé des phases de coopération étroite, de froid diplomatique, de crise ouverte et de réconciliation partielle, dans un cycle que les commentateurs des deux rives ont pris l’habitude de désigner par une formule : le “yoyo habituel”. Mais la crise ouverte à l’été 2024, précipitée par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, a atteint une intensité sans équivalent depuis 1962 – expulsions mutuelles de diplomates, rappel d’ambassadeur, chute brutale des échanges commerciaux, affaires judiciaires instrumentalisées des deux côtés. Elle a forcé les deux capitales à redéfinir les termes d’une relation qu’aucune ne peut se permettre de rompre.
Ce dossier propose un panorama complet de la relation franco-algérienne : ses racines historiques, ses piliers institutionnels, ses crises récentes, et les enjeux qui conditionneront son évolution dans les années à venir.
Les chiffres clés
| Indicateur | Donnée | Source |
|---|---|---|
| Échanges commerciaux bilatéraux (2024) | 11,1 milliards d’euros | Direction générale du Trésor français |
| Échanges commerciaux (2025) | 9,4 milliards d’euros (-14,8 %) | Algerie360 / Douanes françaises |
| Exportations françaises vers l’Algérie (2024) | 4,8 milliards d’euros (+6,6 %) | DG Trésor |
| Importations françaises d’hydrocarbures algériens (2024) | 5 milliards d’euros | DG Trésor |
| Rang de l’Algérie pour les échanges hors UE (France) | 2e en Afrique | DG Trésor |
| Entreprises françaises implantées en Algérie | ~450 | Le Moci, 2026 |
| Algériens titulaires d’un titre de séjour en France (2024) | 649 991 | Ministère de l’Intérieur français |
| 1e nationalité en situation irrégulière interpellée en France | Algériens (33 700 en 2024) | Accord franco-algérien, Wikipedia |
| Date d’indépendance de l’Algérie | 5 juillet 1962 | — |
| Durée de la colonisation française | 132 ans (1830-1962) | — |
Histoire depuis 1830 : la longue empreinte coloniale
La conquête et l’installation coloniale (1830-1954)
Tout commence le 5 juillet 1830, quand les troupes françaises débarquent à Sidi Ferruch et s’emparent d’Alger en trois semaines, mettant fin à trois siècles de régence ottomane. La décision du roi Charles X est autant politique qu’économique : il s’agit de redorer un prestige monarchique vacillant et de s’ouvrir les routes commerciales méditerranéennes. Ce qui devait être une expédition de représailles se transforme en une occupation qui durera 132 ans.
La colonisation française de l’Algérie ne ressemble à aucune autre dans l’empire colonial français. Elle est une colonisation de peuplement : des centaines de milliers de colons européens – Français, Espagnols, Italiens, Maltais – s’installent sur les terres algériennes, constituant une société ségrégée dans laquelle les “indigènes” musulmans sont soumis à un code juridique d’exception – le Code de l’indigénat – qui les prive de droits civiques tout en les assujettissant aux obligations (impôts, corvées, service militaire en temps de guerre). La dépossession des terres agricoles, organisée par les autorités coloniales pour accueillir les colons, désorganise les structures sociales algériennes et génère une pauvreté rurale dont les effets se font sentir jusqu’à l’indépendance.
La résistance est permanente et souvent écrasée dans le sang. La conquête elle-même est une guerre totale : le général Bugeaud, gouverneur de l’Algérie de 1840 à 1847, impose une stratégie de la terre brûlée et des “enfumades” – des populations entières sont asphyxiées dans des grottes. La révolte de 1871, menée par El Mokrani en Kabylie, est réprimée brutalement. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata du 8 mai 1945, au cours desquels des dizaines de milliers d’Algériens sont tués dans la répression d’une insurrection nationaliste naissante, constituent l’une des pages les plus sombres de l’histoire coloniale française et la date symbolique à partir de laquelle le nationalisme algérien bascule vers la lutte armée.
Guerre d’indépendance (1954-1962)
Le 1er novembre 1954, les premières attaques du Front de libération nationale (FLN) inaugurent la guerre d’indépendance algérienne. Pendant huit années, une guerre asymétrique oppose l’armée française – plus de 400 000 soldats à son niveau maximal – aux combattants de l’Armée de libération nationale (ALN). Elle se caractérise par des atrocités des deux côtés : tortures systématiques pratiquées par des unités de l’armée française documentées depuis lors par des historiens des deux bords, violences du FLN contre les populations civiles européennes et contre les Algériens soupçonnés de collaboration, et une répression aveugle qui touche massivement les populations civiles. Le bilan humain reste sujet à débat historiographique : les estimations vont de 300 000 à plus d’un million de morts côté algérien, auxquels il faut ajouter les harkis – Algériens ayant combattu aux côtés de la France – dont une partie fut massacrée après l’indépendance, et les pieds-noirs, environ un million de colons européens contraints à l’exil précipité vers la France.
Les accords d’Évian du 18 mars 1962, négociés entre le gouvernement français du général de Gaulle et le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), mettent fin aux hostilités et organisent l’indépendance, proclamée le 5 juillet 1962. Ils posent aussi les bases d’une relation future complexe : coopération économique, maintien d’une présence militaire française sur certaines bases, droit de préférence accordé aux entreprises françaises – autant de dispositions qui alimenteront durablement, côté algérien, le sentiment d’une décolonisation incomplète.
La guerre d’Algérie reste, soixante ans après, l’événement fondateur et le point de référence systématique dans les relations franco-algériennes. Elle structure les discours officiels, nourrit les contentieux mémoriels, et revient dans chaque crise diplomatique comme le référentiel ultime de la légitimité et du ressentiment.
Relations diplomatiques : soixante ans de normalisation impossible
Les premières décennies : la dépendance et sa négation (1962-1990)
Les premières années de l’indépendance sont marquées par une ambivalence structurelle. L’Algérie a besoin de la France – de ses entreprises, de ses techniciens, de ses marchés, de ses remises d’argent – tout en ayant bâti son identité nationale sur la rupture avec la puissance coloniale. La France, de son côté, cherche à préserver ses intérêts économiques – notamment pétroliers – et stratégiques au Sahara, tout en acceptant mal la perte d’une colonie qu’une partie de son opinion n’avait jamais conçue comme étrangère.
La nationalisation des hydrocarbures algériens en 1971 par le président Boumédiène constitue un tournant majeur. Elle affirme la souveraineté économique algérienne sur ses ressources, rompt les accords pétroliers conclus à Évian, et contraint Paris à redéfinir les termes d’une coopération énergétique devenue inégale. Malgré les tensions, les liens économiques et humains résistent : l’émigration algérienne vers la France continue de croître tout au long des années 1960 et 1970, constituant la diaspora la plus importante d’Europe occidentale.
La décennie noire et le paradoxe sécuritaire (1990-2000)
La guerre civile algérienne des années 1990 place la France dans une position inconfortable. Elle est à la fois la principale destination de l’exil des intellectuels et des opposants algériens qui fuient les violences islamistes, et le partenaire d’un régime militaire dont elle soutient tacitement la politique de répression au nom de la stabilité et de la lutte contre le terrorisme islamiste. L’attentat contre la station de RER Saint-Michel à Paris en juillet 1995, revendiqué par le GIA (Groupe islamique armé), transpose le conflit algérien sur le sol français et oblige les deux États à une coopération sécuritaire rapprochée qui demeurera, dans les décennies suivantes, l’un des piliers les plus solides – et les moins publicisés – de la relation bilatérale.
Les oscillations de la normalisation (2000-2022)
Les années 2000 et 2010 voient se succéder des tentatives de normalisation mémorielle et diplomatique qui butent régulièrement sur les contradictions internes des deux pays. En France, la mémoire de la guerre d’Algérie est un champ de bataille politique entre les défenseurs de la “mission civilisatrice”, les associations de pieds-noirs, les harkis réclamant une reconnaissance, les enfants de l’immigration algérienne, et les historiens qui documentent les crimes de la colonisation. En Algérie, la mémoire de la guerre est un instrument de légitimation du régime, une “rente mémorielle” que le président Macron critiquera avec maladresse en septembre 2021.
En 2022, après la visite d’État de Macron à Alger en août, les deux pays signent la Déclaration d’Alger, créant un Haut conseil de coopération franco-algérien et une commission mixte d’historiens chargée de travailler sur les archives de la période coloniale et de la guerre. À l’occasion de ce déplacement, Emmanuel Macron et le président Tebboune ont convenu de créer une commission conjointe d’historiens français et algériens chargée de travailler sur les archives des deux pays de la période coloniale et de la guerre d’indépendance. Ce moment de relative euphorie sera de courte durée.
Mémoire : le nœud gordien qui ne se défait pas
La question mémorielle est au cœur de la relation franco-algérienne depuis l’indépendance. Elle ne se réduit pas à un problème historique entre académiciens : elle est politique, électorale, identitaire, et ressurgit dans chaque crise diplomatique comme la manifestation d’un contentieux non soldé.
Du côté français, les avancées ont été réelles mais fragmentées. En 2018, Macron a reconnu l’assassinat de Maurice Audin, mathématicien communiste, par des militaires français en 1957. En 2022, l’Élysée reconnaissait la pratique de la torture par les militaires français lors de la guerre d’indépendance. En mars 2024, une proposition de résolution était largement votée à l’Assemblée nationale reconnaissant et condamnant le massacre des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Ces gestes successifs, salués par les historiens, n’ont cependant pas constitué – et ne constituent toujours pas – une reconnaissance officielle et globale du caractère criminel du système colonial. La demande de pardon ou d’excuses formelles, réclamée par Alger, reste un horizon que la classe politique française ne peut franchir sans s’exposer à une crise intérieure majeure.
Le rapport Stora, commandé par Macron à l’historien Benjamin Stora et remis en janvier 2021, répond à la fois à un agenda politique – régler la question mémorielle avant le soixantième anniversaire de l’indépendance – et à une volonté sincère d’apaisement des mémoires. Il préconise une trentaine d’actions concrètes, dont la création d’un espace commun de mémoire, la numérisation des archives et des coopérations académiques. Son bilan, cinq ans après, reste mitigé : les recommandations les plus symboliques – la reconnaissance de certains crimes spécifiques – ont partiellement avancé, mais la commission mixte d’historiens n’a pas produit les résultats attendus, et la crise diplomatique de 2024-2025 a gelé ce chantier.
Ce que révèle cette impasse mémorielle, c’est avant tout l’impossibilité pour les deux pays de traiter séparément l’histoire et la politique. En France, chaque avancée mémorielle sur l’Algérie est immédiatement récupérée par les débats sur l’immigration, l’identité nationale et le “récit national”. En Algérie, la mémoire de la guerre est un instrument de légitimation du régime qui n’a aucun intérêt à la voir “normalisée” en un objet purement académique.
Immigration : le dossier qui empoisonne tout
L’immigration algérienne en France est, avec la mémoire, le sujet qui rend la relation franco-algérienne particulièrement sensible aux fluctuations politiques internes des deux pays. En 2024, l’Algérie se classe au premier rang des nationalités présentes en situation régulière sur le territoire français, avec 649 981 ressortissants algériens titulaires d’un document de séjour valide. Wikipedia
L’accord de 1968, pierre angulaire et pomme de discorde
L’accord bilatéral franco-algérien de 1968, signé six ans après l’indépendance, régit depuis lors les conditions d’entrée et de séjour des ressortissants algériens en France. Négocié dans un contexte où la France avait besoin de main-d’œuvre et l’Algérie de débouchés pour sa population excédentaire, il confère aux Algériens un statut dérogatoire au droit commun des étrangers non-européens – notamment un accès accéléré à certains titres de séjour. Selon un rapport parlementaire de 2025, “l’accord de 1968 n’est pas particulièrement favorable à l’immigration familiale par rapport à la pratique administrative de l’époque”, mais il est devenu au fil du temps un enjeu politique majeur.
Le 30 octobre 2025, l’Assemblée nationale française a adopté de justesse une proposition de résolution déposée par le Rassemblement national, demandant la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, votée à 185 voix contre 184 – une première dans l’histoire parlementaire française pour ce parti. Ce vote, non contraignant juridiquement mais symboliquement fort, traduit la montée en puissance dans le débat politique français d’une ligne dure sur l’immigration algérienne. En juin 2026, la France et l’Algérie ont finalement convenu de rouvrir le dossier de l’accord franco-algérien de 1968 “pour le faire évoluer”, lors d’une rencontre entre les ministres de l’Intérieur des deux pays, Laurent Nuñez et Saïd Sayoud.
Le dossier des OQTF : le levier de la discorde
En 2025, les ressortissants algériens constituent la première nationalité concernée par les mesures d’éloignement en France, avec un peu plus de 2 500 éloignements effectués – un chiffre en baisse de plus de 15 % dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes. Le refus récurrent de l’Algérie de délivrer des laissez-passer consulaires permettant d’expulser ses ressortissants en situation irrégulière est devenu l’un des contentieux les plus aigus entre les deux gouvernements. Paris l’utilise comme levier de négociation sur d’autres dossiers ; Alger y voit une ingérence inadmissible dans sa politique souveraine de gestion de sa diaspora.
Coopération économique
Malgré les turbulences politiques, la relation économique franco-algérienne reste substantielle. Après trois années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont reculé de 4,3 % en 2024, atteignant 11,1 milliards d’euros. Les exportations françaises de biens vers l’Algérie ont progressé de 6,6 %, atteignant 4,8 milliards d’euros, portées notamment par les équipements mécaniques (+22,8 %) et les produits agricoles (+16,5 %).
Mais la trajectoire s’est ensuite accélérée à la baisse. En 2025, les échanges se sont contractés de 14,8 % supplémentaires, pour une valeur globale de 9,4 milliards d’euros. Alors que la France perd du terrain notamment sur le segment des céréales, l’Algérie renforce ses liens avec d’autres partenaires comme l’Italie, l’Espagne et la Chine. Ce décrochage révèle quelque chose de structurel : la France n’est plus le partenaire hégémonique qu’elle était pour l’Algérie dans les années 1980 et 1990. Elle est désormais en concurrence avec la Chine, devenue premier partenaire commercial de l’Algérie, mais aussi avec l’Italie – dont les liens énergétiques avec Alger sont devenus prioritaires depuis la crise gazière européenne de 2022 – et avec la Turquie, la Russie et d’autres acteurs dont la présence économique algérienne s’est considérablement renforcée.
L’Algérie demeure le quatrième fournisseur de gaz de la France, avec une part de marché en valeur passée de 8 % à 11 % entre 2019 et 2024. Les entreprises françaises exportant vers l’Algérie sont principalement des multinationales peu dépendantes de ce marché et des petites entreprises “mono-exportatrices” dont la part a presque doublé entre 2018 et 2023. Cette dernière donnée est révélatrice : les grandes entreprises françaises ont diversifié leurs marchés et sont moins exposées aux crises diplomatiques, tandis que les PME fortement dépendantes du marché algérien sont les premières victimes des tensions politiques.
Coopération sécuritaire
La coopération sécuritaire franco-algérienne est l’un des piliers les moins visibles mais les plus constants de la relation bilatérale. Depuis les attentats islamistes des années 1990, les deux pays coopèrent dans la lutte antiterroriste, le renseignement sur les filières jihadistes, et la surveillance des flux migratoires irréguliers en Méditerranée. Cette coopération a survécu à toutes les crises diplomatiques, car elle répond à des intérêts de sécurité nationale des deux États qui transcendent les contentieux politiques.
La crise de 2024-2025 l’a cependant fragilisée. Lors de la réunion de juin 2026 entre les ministres de l’Intérieur des deux pays, Paris et Alger ont annoncé la désignation prochaine d’un attaché de sécurité intérieure adjoint issu de la gendarmerie nationale française pour contribuer à la relance du dispositif de coopération sécuritaire. Les deux délégations ont convenu que leurs services compétents établiront des états des lieux conjoints sur les menaces et filières identifiées, et élaboreront des feuilles de route opérationnelles communes.
La question du Sahel constitue un autre point de tension. L’Algérie, qui partage des milliers de kilomètres de frontières avec le Mali, le Niger et la Mauritanie, a traditionnellement revendiqué un rôle de médiateur dans les crises sahéliennes. Les putschs au Mali (2021), en Burkina Faso (2022) et au Niger (2023) ont modifié les équilibres régionaux, affaibli la présence française dans la zone, et reconfiguré le paysage sécuritaire d’une façon qui affecte à la fois les intérêts d’Alger et de Paris – sans forcément les rapprocher pour autant.
Crises récentes : 2024-2026, une rupture sans précédent
La crise diplomatique franco-algérienne de 2024-2026 est la plus grave depuis l’indépendance. Elle s’est déclenchée sur plusieurs fronts simultanément, s’est alimentée d’épisodes judiciaires et sécuritaires, et a failli provoquer une rupture formelle des relations diplomatiques.
Le Sahara occidental, détonateur de la crise
La crise a éclaté à l’été 2024 après le soutien apporté par Emmanuel Macron au plan marocain pour le Sahara occidental, qui en ferait un territoire “sous souveraineté marocaine”. Cette décision, qui aligne Paris sur Rabat dans un conflit où Alger soutient le Polisario et défend l’autodétermination du peuple sahraoui, est perçue à Alger comme une trahison délibérée. L’Algérie rappelle ses engagements constants en faveur de la légalité internationale sur ce dossier, et la France est désormais identifiée comme un acteur ouvertement hostile à ses intérêts dans la région.
Le gouvernement algérien menace d’imposer des sanctions économiques aux entreprises françaises exerçant en Algérie. Elles sont estimées à 450. Cette menace plane sur toute la période, sans jamais se concrétiser formellement – mais elle suffit à créer un climat d’incertitude qui pèse sur les décisions d’investissement des entreprises françaises.
L’escalade judiciaire et diplomatique
L’arrestation de Boualem Sansal à Alger le 16 novembre 2024 cristallise encore davantage les relations. L’écrivain franco-algérien écope de cinq ans de prison, notamment pour “atteinte à l’unité nationale”. Le discours d’Emmanuel Macron accusant l’Algérie de “se déshonorer” par cette arrestation n’a fait qu’ajouter aux tensions, le président Tebboune qualifiant ces propos d'”immixtion dans une affaire interne algérienne”. Sansal sera finalement gracié par Tebboune en novembre 2025 sous pression allemande, offrant une sortie partielle à la crise.
Le 15 avril 2025, Emmanuel Macron décide de rappeler l’ambassadeur de France en Algérie et de procéder à l’expulsion de 12 agents servant dans le réseau diplomatique algérien en France, en réponse à une mesure similaire d’Alger. Cette escalade symétrique d’expulsions diplomatiques mutuelles n’avait pas de précédent depuis 1962. Ce cycle s’est enclenché à partir de l’arrestation d’un agent consulaire algérien soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement de l’influenceur franco-algérien Amir DZ, affaire qui a révélé l’existence d’opérations d’intimidation menées sur le sol français contre des opposants algériens.
Une tentative de dégel (2026)
Depuis la grâce de Sansal, des contacts se sont multipliés entre les deux pays : entretien entre les chefs de la diplomatie Barrot et Attaf, déplacement à Alger d’Anne-Claire Legendre, et reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière. Plusieurs dossiers continuent néanmoins d’empoisonner les relations, notamment le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour “apologie du terrorisme”. En juin 2026, la réunion entre les ministres de l’Intérieur des deux pays marque une étape dans la normalisation sécuritaire et migratoire, sans qu’un règlement politique global soit encore en vue.
Enjeux futurs
La renégociation de l’accord de 1968
La réouverture officielle du dossier de l’accord franco-algérien de 1968, actée en juin 2026, constitue l’enjeu immédiat le plus concret de la relation bilatérale. Selon des experts du droit des étrangers, la France souhaite faire pression sur l’Algérie en liant la révision de l’accord à une meilleure coopération d’Alger sur les OQTF. Pour Alger, toute révision défavorable à sa diaspora serait politiquement explosive – elle toucherait directement des millions de familles franco-algériennes et serait perçue comme une capitulation face aux pressions de l’extrême droite française.
L’enjeu énergétique
L’Algérie reste le quatrième fournisseur de gaz de la France. Dans un contexte européen de diversification post-russe, les exportations algériennes de gaz vers l’Europe méridionale – via les gazoducs Medgaz et TransMed – ont retrouvé une importance stratégique que Paris ne peut ignorer. Cette dépendance énergétique partielle est un facteur de stabilisation de la relation : les deux pays ont intérêt à maintenir des canaux fonctionnels, quelle que soit l’intensité de leurs différends politiques.
La présidentielle française de 2027
L’Algérie est déjà au cœur des surenchères de la pré-campagne de la présidentielle française de 2027, identifiée comme l'”ennemi extérieur” par certains courants politiques. La montée en puissance de partis identitaires dans l’espace politique français, qui font de la question algérienne – immigration, accord de 1968, mémoire coloniale – un marqueur central de leur positionnement, rendra toute normalisation durable plus difficile à assumer pour les gouvernements successifs. L’Algérie ne peut pas être traitée comme un dossier ordinaire dans ce contexte : elle est devenue un terrain de projection des débats identitaires français.
La génération des binationaux
À plus long terme, l’enjeu le plus structurant est celui des millions de Franco-Algériens ou binationaux qui incarnent, dans leur existence quotidienne, la relation entre les deux pays. Ces femmes et ces hommes, souvent porteurs de deux passeports et de deux appartenances, ont un intérêt direct à une normalisation durable. Ils constituent aussi, par leur nombre et leur poids économique, culturel et politique croissant, un acteur de la relation bilatérale que ni Paris ni Alger ne peut ignorer. C’est peut-être dans cette génération, plus que dans les chancelleries, que se jouera la possibilité d’une réconciliation durable.
Questions fréquentes sur les relations Algérie-France
Pourquoi les relations franco-algériennes sont-elles si compliquées ? Parce qu’elles portent le poids d’une colonisation de 132 ans et d’une guerre d’indépendance traumatique, et parce que la présence de millions d’Algériens et de Franco-Algériens en France transforme chaque contentieux diplomatique en enjeu intérieur pour les deux pays.
Qu’est-ce que l’accord franco-algérien de 1968 ? C’est un accord bilatéral qui régit les conditions d’entrée et de séjour des ressortissants algériens en France, leur conférant un statut dérogatoire au droit commun des étrangers non-européens. Il est devenu un objet de débat politique majeur en France, certains partis demandant sa dénonciation. En juin 2026, les deux pays ont convenu de l’ouvrir à renégociation.
La France a-t-elle reconnu les crimes de la colonisation algérienne ? La France a procédé à des reconnaissances partielles : assassination de Maurice Audin (2018), torture pendant la guerre d’Algérie (2022), massacre du 17 octobre 1961 (2024). Elle n’a pas formulé d’excuses officielles globales ni de reconnaissance du caractère criminel du système colonial en tant que tel.
Quel est l’état des relations en 2026 ? Les deux pays sortent de la crise diplomatique la plus grave depuis l’indépendance (2024-2025), marquée par des expulsions mutuelles de diplomates et une chute des échanges commerciaux. En 2026, un processus de normalisation est engagé, notamment sur la coopération sécuritaire et l’accord de 1968, mais plusieurs dossiers restent sensibles.
Dossiers et analyses d’ALG247 sur les relations Algérie-France
- Pourquoi la reconnaissance française du Sahara marocain a tout changé dans les relations franco-algériennes
- Ce que la crise Boualem Sansal révèle des relations Algérie-France
- Accord de 1968 : ce que la renégociation change pour les Algériens de France
- Christophe Gleizes en prison en Algérie : ce qui se passe vraiment
- Diaspora algérienne en France : pourquoi les OQTF sont devenues une arme diplomatique
- Commission franco-algérienne d’historiens : bilan d’un chantier mémoriel à l’arrêt
Articles récents sur les relations Algérie-France
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Sources et références
- Direction générale du Trésor français — Relations économiques bilatérales France-Algérie 2024
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/DZ/relations-economiques-bilaterales — fév. 2025 - France 24 — “Crise diplomatique France-Algérie : en 2025, une bascule irrémédiable ?”
https://www.france24.com/fr/afrique/20251230-crise-france-algerie-2025-sansal-oqtf-sahara — déc. 2025 - Franceinfo — “Comment la France et l’Algérie tentent de tourner la page de deux ans de crise diplomatique”
https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/algerie/comment-la-france-et-l-algerie-tentent-de-tourner-la-page — mai 2026 - Algerie-Eco — “Accord de 1968, immigration, sécurité : ce qu’ont décidé Paris et Alger”
https://algerie-eco.com/2026/06/03/accord-de-1968-immigration-securite-ce-quont-decide-paris-et-alger/ — juin 2026 - Élysée / Ambassade de France en Algérie — Déclaration d’Alger, août 2022 et rapport Stora, jan. 2021
https://dz.ambafrance.org/-Memoire- - Algerie360 — “Échanges commerciaux : la France recule face aux nouveaux partenaires de l’Algérie”
https://www.algerie360.com/echanges-commerciaux-la-france-recule-face-a-la-montee-de-nouveaux-partenaires-de-lalgerie/ — avr. 2026 - Wikipedia — Relations entre l’Algérie et la France (sections crise diplomatique 2024-2026 et accord de 1968)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_l’Algérie_et_la_France — consulté le 16 juin 2026 - RTS / Boursorama — Expulsions diplomatiques mutuelles, avril 2025
https://www.rts.ch/info/monde/2025/article/france-algerie-nouvelle-crise-diplomatique-apres-des-expulsions-mutuelles — avr. 2025
Dernière mise à jour : 16 juin 2026
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