Le Nouveau Moyen-Orient : mutations géopolitiques du XXIe siècle

En moins de trois ans, le Moyen-Orient a traversé plus de bouleversements géopolitiques que lors des deux décennies précédentes. La guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas contre Israël a enclenché une spirale d’événements qui a remodelé les équilibres régionaux en profondeur : effondrement du régime syrien d’Assad, démantèlement de l’axe iranien de la résistance, opérations militaires israélo-américaines contre les installations nucléaires iraniennes, normalisation arabo-israélienne suspendue, et plus de 72 000 Palestiniens tués à Gaza. Le Moyen-Orient de 2026 n’est plus celui de 2023. Il est plus fragmenté, plus dangereux, et plus incertain que jamais.

Image par ALG247.COM
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Introduction

Le Moyen-Orient a longtemps été décrit comme une région structurellement instable, condamnée à osciller entre crises ouvertes et équilibres précaires. Ce constat, déjà vrai dans les décennies précédentes, sous-estime la nature des mutations en cours depuis 2023. Ce n’est pas une crise de plus dans une série de crises – c’est une recomposition systémique qui touche simultanément les acteurs, les alliances, les frontières de fait et les récits qui donnent un sens politique à la région.

En deux ans, l’affaiblissement de l’Iran a redessiné l’ensemble des rapports de force régionaux. Le cessez-le-feu de janvier 2025 à Gaza a libéré les otages vivants, mais sa deuxième phase patine. La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 a privé Téhéran de son principal relais arabe. La guerre américano-israélienne contre l’Iran en 2026 a ouvert une période d’instabilité durable. La normalisation saoudo-israélienne reste suspendue à la question palestinienne.

Pour comprendre ce nouveau Moyen-Orient, il faut rompre avec plusieurs grilles d’analyse héritées. Le duel israélo-iranien, présenté pendant des décennies comme la ligne de faille structurante de la région, n’a pas disparu mais a changé de nature. Les accords d’Abraham de 2020, qui avaient redessiné les alliances arabes autour d’Israël, sont aujourd’hui remis en question par l’opinion publique de la région que Gaza a retournée contre toute normalisation. Et les grandes puissances extérieures – États-Unis, Russie, Chine – jouent des rôles qui ne correspondent plus aux schémas de la Guerre froide ni même de l’après-11 Septembre.

Ce dossier propose un état des lieux complet des grandes mutations géopolitiques du Moyen-Orient au XXIe siècle : les acteurs, les fractures, les conflits en cours, et les forces de recomposition qui dessineront la région dans les années à venir.


Les chiffres clés

IndicateurDonnéeSource
Palestiniens tués à Gaza (oct. 2023 – fév. 2026)72 063OCHA / Ministère de la Santé de Gaza
Palestiniens blessés (même période)171 726OCHA
Palestiniens déplacés à Gaza (avr. 2026)1,7 million dans 1 600 sitesOCHA
Journalistes tués à Gaza (depuis oct. 2023)289Haut-Commissariat ONU
Date du cessez-le-feu Gaza10 octobre 2025ONU / OCHA
Violations du cessez-le-feu documentées (oct. 2025 – mars 2026)2 073Bureau des médias gouvernementaux de Gaza
Date de la chute de Bachar al-Assad8 décembre 2024
Coût estimé de la reconstruction syrienne216 milliards de dollarsBanque mondiale
Date des frappes américano-israéliennes contre l’Iran28 février 2026Wikipedia / CRIIRAD / FRS
Saoudiens jugeant positivement les accords d’Abraham13 % (2025, contre 41 % en 2020)Washington Institute
Missiles iraniens tirés sur Israël (28 fév. – mars 2026)470+ dont 92 % interceptésWikipedia

La fracture israélo-palestinienne : l’épicentre de tout

Comprendre le nouveau Moyen-Orient exige de commencer par Gaza, non parce que ce conflit est le seul qui compte, mais parce qu’il a agi comme un détonateur qui a déclenché ou accéléré toutes les autres mutations. Le 7 octobre 2023, une attaque du Hamas contre le territoire israélien tue environ 1 200 personnes et déclenche une riposte militaire israélienne d’une ampleur sans précédent.

Ce qui suit est l’une des guerres les plus meurtrières de l’histoire récente pour une population civile confinée dans un espace aussi restreint. Entre le 7 octobre 2023 et le 16 février 2026, 72 063 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza et 171 726 blessés selon le ministère de la Santé de Gaza, rapporté par l’OCHA. Plus de 38 000 femmes et filles ont été tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025 selon ONU Femmes. 289 journalistes ont été tués à Gaza depuis octobre 2023 lors des opérations militaires israéliennes selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

Un cessez-le-feu fragile qui ne met pas fin à la violence

Un accord de cessez-le-feu a été annoncé le 15 janvier 2025 et est entré en vigueur le 19 janvier 2025, permettant la libération de plusieurs otages israéliens, de centaines de prisonniers palestiniens, ainsi que l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais cet accord n’a pas mis fin aux violences. Six mois après l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, la réalité sur le terrain à Gaza reste fragile, oscillant entre une relative accalmie et des escalades récurrentes, sans amélioration tangible des conditions humanitaires ou sécuritaires pour les civils palestiniens. Le bureau des médias du gouvernement de Gaza a documenté plus de 2 073 violations entre octobre 2025 et mars 2026, incluant des frappes aériennes israéliennes, des tirs et des incursions.

La destruction physique de Gaza est de nature à redéfinir la notion même de reconstruction. 92 % des unités d’habitation de Gaza ont été entièrement détruites ou endommagées. En avril 2026, 1,7 million de personnes sont hébergées dans quelque 1 600 sites de déplacement. La question de la gouvernance post-guerre de Gaza – qui dirigera le territoire, avec quels acteurs, sous quel mandat international – reste entièrement ouverte en juin 2026, aucune solution politiquement viable n’ayant été proposée.

La question palestinienne : le retour du refoulé

Le conflit de Gaza a produit un effet géopolitique que ses instigateurs n’anticipaient peut-être pas dans toute son ampleur : la réhabilitation de la question palestinienne sur l’agenda international après des années de marginalisation progressive. La part de Saoudiens jugeant les accords d’Abraham positivement est tombée de 41 % en 2020 à 20 % en 2023, puis à 13 % en 2025, selon le Washington Institute. Cette évolution de l’opinion publique arabe contraint les dirigeants des monarchies du Golfe à recalibrer des politiques de normalisation qu’ils avaient engagées sans consultation de leurs populations.


L’effondrement de l’axe iranien

L’un des bouleversements les plus profonds de la période 2023-2026 est l’érosion accélérée de ce que Téhéran appelait “l’axe de la résistance” – son réseau de proxies régionaux : Hamas à Gaza, Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices en Irak et en Syrie. Cet axe, patiemment construit depuis la révolution islamique de 1979, a subi des coups dont certains seront difficiles à surmonter.

Le Hamas a été décapité militairement et politiquement. Le Hezbollah, qui avait perdu son secrétaire général Hassan Nasrallah dans une frappe israélienne en septembre 2024, a vu ses capacités militaires considérablement réduites par les opérations israéliennes au Liban. La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 a privé l’Iran de son corridor terrestre vers le Liban. Malgré une série de revers en 2025, l’Iran n’a pas disparu du jeu régional. Son rôle a évolué. Moins de domination directe, davantage de stratégie d’obstruction. Téhéran ne cherche plus nécessairement à imposer un ordre, mais à maintenir un niveau de tension suffisant pour empêcher toute stabilisation durable. L’Iran ne gagne pas. Mais il empêche les autres de gagner.

L’opération Lion rugissant : un tournant historique

Le 28 février 2026, des frappes de missiles conjointes, coordonnées par les États-Unis et Israël, touchent des dizaines de sites militaires en Iran et éliminent ses hauts responsables, à travers l’opération “Lion rugissant”. Le président américain Donald Trump déclare que ces attaques s’inscrivent dans une stratégie visant à provoquer un changement de régime, parmi d’autres objectifs tels que l’arrêt du programme nucléaire iranien.

Les frappes américaines et israéliennes du 28 février 2026 contre le régime de la République islamique d’Iran ont de nouveau plongé le Moyen-Orient dans un conflit de forte intensité. Les attaques ont pris pour cibles les installations nucléaires de Natanz, détruisant au moins trois bâtiments. Après un mois de conflit, l’Iran a tiré sur Israël plus de 470 missiles balistiques dont des bombes à fragmentation, et l’armée israélienne en a intercepté 92 %.

Le Moyen-Orient de 2026 n’est plus organisé autour d’un duel israélo-iranien encadré par des relais ; il l’est autour d’un Iran convalescent, d’États fragmentés et d’une Syrie en recomposition. La mort de l’ayatollah Khamenei lors de ces opérations ouvre une période de succession dont personne ne peut prédire l’issue, ni si elle conduira à un Iran affaibli et replié ou à une radicalisation de la posture de Téhéran sous une direction de remplacement.


La Syrie post-Assad : une transition incertaine

La chute du régime de Bachar al-Assad le 8 décembre 2024, après cinquante ans de dictature familiale et treize ans de guerre civile, est l’un des événements les plus importants de l’histoire récente du Moyen-Orient. Elle clôt une ère et ouvre un chantier dont l’ampleur dépasse les capacités de tout acteur régional ou international.

Ahmed al-Charaa, dont l’organisation Hayat Tahrir al-Cham (HTC) était autrefois affiliée à Al-Qaïda, dirige la Syrie depuis que les forces de l’opposition ont déferlé sur Damas. Il a été officiellement désigné président de transition de la “Nouvelle Syrie” le 29 janvier 2025. Sa trajectoire incarne les paradoxes de la transition syrienne : un ancien chef djihadiste qui se présente comme un homme d’État pragmatique, reçu à Paris par Macron et à Washington par Trump, mais dont le gouvernement reste dominé par d’anciens cadres d’HTC et dont les postes régaliens sont tous occupés par des islamistes.

Rapidement, al-Charaa fait de la reconstruction du pays sa priorité, s’appuyant sur les monarchies du Golfe et les États-Unis. Son premier voyage international le conduit en Arabie saoudite en février 2025. Le 13 mai 2025, le président américain Donald Trump annonce la levée de sanctions contre la Syrie. Le 20 mai, l’Union européenne annonce à son tour la levée de toutes les sanctions économiques. Ces décisions ouvrent la voie à un afflux de financements du Golfe et à une reprise des relations diplomatiques que la communauté internationale avait rompues avec Damas sous Assad.

La reconstruction syrienne est estimée à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. Pour lancer ce chantier titanesque, le président de transition doit garantir une situation sécuritaire apaisée, notamment face aux groupes jihadistes. Les violences intercommunautaires documentées en 2025 – plus de 1 400 Alaouites tués en mars 2025, massacre de Druzes à l’été 2025 – signalent que la réconciliation nationale syrienne est encore un horizon lointain, non une réalité en cours.


Arabie saoudite : la puissance en attente

L’Arabie saoudite de Mohammed ben Salmane (MBS) est l’acteur régional dont la trajectoire est la plus difficile à lire. Engagée dans une transformation économique sans précédent via la Vision 2030, cherchant à normaliser ses relations avec Israël tout en protégeant ses arrières vis-à-vis de l’opinion publique arabe, et confrontée à la guerre de Gaza qui a rendu cette normalisation politiquement impossible à court terme, Riyad navigue dans des eaux contradictoires.

La normalisation saoudo-israélienne était, jusqu’en octobre 2023, l’horizon diplomatique le plus transformateur de la région. Son accomplissement aurait signifié l’intégration définitive d’Israël dans le système régional arabe et la mise en retrait définitive de la question palestinienne. La guerre de Gaza a brisé cet élan. Quand, en mai 2026, le président américain a pressé plusieurs dirigeants – saoudien, qatari, pakistanais en tête – de rejoindre les accords d’Abraham, l’agacement a été manifeste.

Sur le plan économique, l’Arabie saoudite poursuit sa diversification. NEOM, la mégalopole futuriste dans le désert, absorbe des centaines de milliards de dollars d’investissements et représente l’ambition la plus visible de MBS de transformer l’identité économique du royaume. La Vision 2030 a produit des résultats réels dans le tourisme, les divertissements et les services, sans pour autant réduire la dépendance aux revenus pétroliers, qui restent le socle du pacte social saoudien. Riyad reste, à ce titre, partagée entre la nécessité de maintenir les cours du pétrole élevés et la pression des partenaires occidentaux pour modérer la production.


Turquie : l’acteur tous azimuts

La Turquie d’Erdogan est l’une des puissances qui sort renforcée des recompositions du Moyen-Orient depuis 2023. Sa présence militaire en Libye, son soutien aux factions rebelles syriennes qui ont renversé Assad, et son positionnement comme interlocuteur incontournable dans les crises régionales lui ont conféré une influence que ses capacités économiques et démographiques seules n’expliqueraient pas.

La chute du régime Assad ouvre une nouvelle ère en Syrie, renforçant au passage le rôle de la Turquie et confirmant les ambitions des monarchies du Golfe dans la recomposition régionale. Ankara est à la fois le parrain de HTC, le garant d’une transition syrienne ordonnée, et un acteur dont les intérêts – notamment concernant la question kurde et les zones tampons au nord de la Syrie – ne coïncident pas nécessairement avec ceux de Damas. La rivalité entre Israël et la Turquie s’est nettement intensifiée en 2025, les deux pays s’affrontant désormais sur plusieurs théâtres simultanément – Syrie, Somalie, Mer Rouge – dans ce qui ressemble à une rivalité stratégique d’ampleur régionale.


Les monarchies du Golfe : entre pragmatisme et turbulences

Les Émirats arabes unis et le Qatar jouent des rôles opposés mais également centraux dans la recomposition régionale. Abu Dhabi, pragmatique et anti-islamiste, a soutenu Haftar en Libye, s’est rapproché d’Israël via les accords d’Abraham, et cherche à positionner les Émirats comme hub économique et diplomatique incontournable. Doha, qui héberge à la fois une base militaire américaine et les bureaux du Hamas, joue le rôle de médiateur structurel dans les conflits de la région, une posture qui lui vaut autant d’influence que de suspicion.

Les Émirats consolident patiemment, en dehors des fracas des conflits régionaux, leur position de puissance économique et de partenaire technologique incontournable, multipliant les investissements dans les secteurs stratégiques du continent africain et de l’Asie du Sud. Cette stratégie de long terme contraste avec l’activisme militaire saoudien des années précédentes au Yémen – une guerre épuisante qui a coûté des centaines de milliards de riyals sans produire de résultat décisif.


Liban : un pays en quête de renaissance

Le Liban de 2026 sort épuisé d’une décennie de crises superposées – effondrement économique de 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020, paralysie politique chronique et, en 2024, offensive israélienne massive contre le Hezbollah qui a transformé des parties du Liban-Sud en champ de ruines. La mort de Hassan Nasrallah et le démantèlement d’une partie de l’appareil militaire du Hezbollah ont créé, paradoxalement, une fenêtre d’opportunité politique : pour la première fois depuis quinze ans, le Liban a élu un président de la République en janvier 2025, Joseph Aoun, commandant de l’armée, et formé un gouvernement dirigé par Nawaf Salam.

Ces signaux institutionnels positifs ne doivent pas masquer l’ampleur du défi. L’économie libanaise est en état de désintégration avancée, le secteur bancaire reste paralysé, et la reconstruction du Sud sera longue et coûteuse. La communauté internationale, qui avait longtemps conditionné son aide aux réformes, semble désormais prête à s’engager davantage si les nouvelles autorités tiennent leurs engagements. La question de fond demeure : le Liban est-il capable de construire un État souverain, indépendant de toutes les tutelles régionales, ou continuera-t-il d’être le terrain de jeu des rivalités de puissances extérieures ?


Énergie et géoéconomie : les enjeux qui structurent tout

Le Moyen-Orient reste le cœur battant du marché mondial des hydrocarbures. L’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït et l’Irak concentrent une part déterminante des réserves prouvées mondiales de pétrole et de gaz naturel. Cette réalité physique structure toutes les dynamiques géopolitiques : elle explique pourquoi les États-Unis maintiennent une présence militaire dans le Golfe malgré leur révolution du gaz de schiste, pourquoi la Chine développe des relations commerciales et diplomatiques avec tous les acteurs simultanément, et pourquoi les crises régionales ont des répercussions immédiates sur les prix mondiaux de l’énergie.

Les répercussions des frappes israélo-américaines contre l’Iran se font sentir dans l’ensemble du Moyen-Orient : risques pour les routes énergétiques du Golfe et perturbations des marchés mondiaux de l’énergie. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est la vulnérabilité structurelle du système énergétique mondial : toute perturbation de sa navigation produit des effets immédiats sur les cours mondiaux et sur les équilibres économiques des pays importateurs. Ifri

La transition énergétique mondiale ajoute une couche de complexité à cette géoéconomie. Les monarchies du Golfe, qui savent que leurs revenus pétroliers seront un jour réduits par la transition vers les énergies renouvelables, diversifient massivement leurs économies tout en cherchant à maximiser leurs revenus pétroliers à court terme. Ce double mouvement – diversifier sans se désinvestir du pétrole – définit la stratégie économique de Riyad comme d’Abu Dhabi pour la décennie à venir.


Les grandes puissances au Moyen-Orient

Le retour américain sous Trump

Après s’être relativement désengagé du Moyen-Orient depuis la présidence de Barack Obama, les États-Unis y interviennent de nouveau massivement sous Donald Trump. Les opérations militaires contre l’Iran en 2026, la pression sur les négociations du Sahara occidental, le soutien inconditionnel à Israël et la tentative de relance des accords d’Abraham signalent un retour à un engagement direct que les administrations Obama et Biden avaient cherché à réduire. Ce réengagement s’accompagne d’une posture transactionnelle assumée : Washington négocie des garanties de sécurité et des investissements en échange d’une protection diplomatique et militaire, redéfinissant les termes du partenariat américain dans la région.

La Chine : la puissance qui évite les conflits

La Chine a réussi, en mars 2023, la médiation la plus spectaculaire de son histoire diplomatique en facilitant la reprise des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Cet accord, signé à Pékin, a signalé l’émergence de la Chine comme puissance diplomatique au Moyen-Orient – non plus seulement économique. La guerre de 2026 entre l’Iran et Israël-États-Unis met cependant cette posture à l’épreuve : Pékin, qui a des intérêts économiques massifs en Iran et dans les pays du Golfe, est contraint de choisir entre une condamnation diplomatique des frappes (qui déplairait à Washington) et un soutien à Téhéran (qui compliquerait ses relations avec les monarchies du Golfe et les États-Unis).

La Russie : des bases fragilisées, une influence maintenue

La chute du régime syrien de Bachar al-Assad en décembre 2024 a représenté le revers géopolitique le plus significatif subi par Moscou depuis son établissement en Méditerranée, remettant en question ses principales facilités militaires à Tartous et Hmeimim. La Russie a cependant su s’adapter : al-Charaa s’est rendu à Moscou en octobre 2025, signalant son intention de maintenir une relation stratégique avec la Russie tout en redéfinissant ses termes. Le Kremlin a reconnu le gouvernement de transition et obtenu des assurances sur ses bases de Tartous et Hmeimim. La Russie est affaiblie mais pas éjectée du jeu moyen-oriental.


Les recompositions en cours : ce qui est en train de changer

La fin de l’architecture des États-nations héritée de 1916

Les accords Sykes-Picot de 1916, qui ont tracé les frontières du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale, ont toujours été contestés. Ce qui change dans les années 2020, c’est la multiplication des entités quasi-étatiques ou para-étatiques qui fonctionnent comme des États sans en avoir le statut international : le Rojava kurde au nord de la Syrie, Gaza sous l’administration du Hamas puis dans un vide gouvernemental, le Hezbollah comme État dans l’État libanais, les Houthis comme puissance de fait au Yémen. Ces entités hybrides redessinent la carte politique de la région sans que les frontières officielles changent.

L’hybridation des conflits

Trois grandes tendances caractérisent le Moyen-Orient contemporain : la fragmentation des acteurs, l’hybridation accélérée entre acteurs étatiques, miliciens et politico-religieux, et la montée des guerres asymétriques par drones et missiles en zone urbaine. Les drones – utilisés par les Houthis contre les routes maritimes en mer Rouge, par l’Iran contre Israël, par des milices irakiennes contre des bases américaines – ont transformé la nature des conflits régionaux, démocratisant l’accès à une puissance de feu aérienne autrefois réservée aux États.

Les questions de gouvernance non résolues

L’échec des cadres politiques existants est mis à nu par les conflits : quelle gouvernance pour les Palestiniens ? Comment remettre en marche le moteur libanais ? Que reste-t-il du système iranien ? Ces trois questions, posées par l’IFRI, résument l’ampleur du défi de gouvernance régionale. Le Moyen-Orient de 2026 a détruit plusieurs systèmes politiques existants – Hamas, Hezbollah, Assad, programme nucléaire iranien – sans avoir produit les alternatives institutionnelles qui permettraient une stabilisation durable.


Questions fréquentes sur le nouveau Moyen-Orient

Combien de Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le 7 octobre 2023 ? Selon l’OCHA et le Ministère de la Santé de Gaza, 72 063 Palestiniens avaient été tués dans la bande de Gaza au 16 février 2026, et 171 726 blessés. Ces chiffres sont antérieurs aux violences liées à la guerre Iran-Israël-États-Unis qui a débuté le 28 février 2026.

Qu’est-ce que l’axe de la résistance ? C’est le nom donné au réseau de groupes armés proches de l’Iran – Hamas à Gaza, Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie. Cet axe a été très affaibli par les opérations israéliennes entre 2023 et 2026.

Qui gouverne la Syrie après Assad ? La Syrie est dirigée depuis janvier 2025 par Ahmed al-Charaa, président de transition, ancien chef d’Hayat Tahrir al-Cham (HTC), groupe issu d’une branche syrienne d’Al-Qaïda. Son gouvernement est dominé par d’anciens membres d’HTC, même si des représentants de minorités y ont été inclus symboliquement.

Les accords d’Abraham sont-ils morts ? Non, mais leur extension – notamment à l’Arabie saoudite – est suspendue par la guerre de Gaza qui a retourné l’opinion publique arabe contre toute normalisation avec Israël. Les accords signés restent en vigueur (avec les Émirats, Bahreïn, Maroc et Soudan).

Quel est l’état du programme nucléaire iranien après les frappes de 2026 ? Les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 ont détruit plusieurs installations à Natanz, Fordo et dans la région de Téhéran. L’ampleur réelle des dommages et la capacité iranienne à reconstituer son programme restent, au 17 juin 2026, difficiles à évaluer avec certitude.


Dossiers et analyses d’ALG247 sur le Moyen-Orient


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Sources et références

  1. OCHA / UNRWA — Rapports de situation humanitaire Gaza, n°207 à 212 (janvier-mars 2026)
    https://www.unrwa.org/resources/reports et https://www.unocha.org/publications/report/occupied-palestinian-territory
  2. Wikipedia — “Géopolitique du Moyen-Orient au XXIe siècle” / “Conflit Iran-Israël de 2024 à 2026” / “Guerre d’Iran de 2026”
    https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9opolitique_du_Moyen-Orient_au_XXIe_si%C3%A8cle — avr. 2026
  3. Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) — “Iran – Israël – États-Unis : une confrontation qui redessine le Moyen-Orient”
    https://www.frstrategie.org/publications/autres/dossiers/iran-israel-etats-unis — mai 2026
  4. IFRI — “Moyen-Orient : perspectives 2026”
    https://www.ifri.org/fr/moyen-orient-perspectives-2026
  5. Institut Montaigne — “Portrait d’un ancien jihadiste en homme d’État : Ahmed al-Charaa et la nouvelle Syrie”
    https://www.institutmontaigne.org/expressions/portrait-dun-ancien-jihadiste-en-homme-detat — nov. 2025
  6. CRIIRAD — “Guerre au Moyen-Orient : la sûreté nucléaire de nouveau fragilisée”
    https://www.criirad.org/18-03-2026-guerre-au-moyen-orient-la-surete-nucleaire — mars 2026
  7. Tribune Juive — “Moyen-Orient 2025 : la fin des axes, le retour des rivalités de puissances”
    https://www.tribunejuive.info/2026/01/03/moyen-orient-2025-la-fin-des-axes — jan. 2026
  8. Al Jazeera — “Neither war nor peace : What Gaza looks like six months into ceasefire”
    https://www.aljazeera.com/news/2026/4/10/neither-war-nor-peace — avr. 2026
  9. ISS (Institut des Sciences Stratégiques) — “L’ordre régional bouleversé”
    https://www.institut-sciences-strategiques.org/strategie/levolution-des-tensions-au-moyen-orient/ — mars 2026
  10. Académie de Géopolitique de Paris — “Chocs et bouleversements au Moyen-Orient (2026)”
    https://academiedegeopolitiquedeparis.com/perspectives-geopolitiques-et-geoeconomiques/ — mai 2026

Dernière mise à jour : 17 juin 2026

Julien Moreau