Dans une tribune publiée début mars sur sa plateforme BattleLines, le journaliste britannique Owen Jones livre une critique acerbe : les États-Unis de Donald Trump perdent du terrain dans leur confrontation armée avec l’Iran. Il pointe l’absence d’objectifs stratégiques clairs, le ralliement des Iraniens autour de leur régime et les soubresauts des marchés pétroliers, qui risquent de contraindre la Maison Blanche à revoir sa copie.
Une guerre « qui se passe mal » pour Washington
Dès les premières lignes de son article « Why Trump is losing the war », Owen Jones tranche : les États-Unis sont en train de perdre la face face à l’Iran, tous les indicateurs le confirment. Israël, lui, vise un chaos ciblé pour affaiblir durablement Téhéran, mais même ce calcul fragiliserait les alliés du Golfe et collerait à la puissance américaine l’image d’une violence sans fin. Pour le commentateur britannique, Washington, premier acteur du conflit sous Donald Trump, ne dicte ni le rythme ni l’issue.
Un crime majeur se commet, écrit-il, sans pour autant offrir de victoire politique ou militaire aux États-Unis. Loin d’imposer sa volonté, l’Amérique s’enlise dans un affrontement aux buts flous, qui renforce l’impression d’une guerre mal engagée.
Une offensive sans objectifs clairs ni plan de sortie
Owen Jones met l’accent sur le flou stratégique de l’administration Trump. Il cite Lord Peter Ricketts, ancien conseiller à la sécurité nationale britannique, qui juge « sans précédent » une guerre d’une telle envergure sans vision claire de sa nature ni de sa destination. À l’inverse, Irak, Afghanistan ou Libye affichaient des buts affichés – chute de régime, antiterrorisme, changement de pouvoir –, quitte à virer au désastre.
Cette combinaison d’ampleur et de vide stratégique alerte jusqu’aux cercles de la sécurité occidentale. Un ex-responsable du Pentagone, présenté comme un initié, va plus loin : la guerre serait « illégale », bâtie sur des « mensonges », sans menace imminente ni plan cohérent. La Maison Blanche aurait ainsi embrayé sur un conflit majeur avant même d’en cerner la finalité politique.
Un régime iranien consolidé plutôt qu’isolé
Autre angle d’attaque : la résilience interne du pouvoir iranien. Malgré une contestation persistante, la République islamique jouit d’un socle social bien plus large que Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye ou les talibans en Afghanistan lors des offensives occidentales. Les agressions extérieures crispent les sociétés autour de leurs dirigeants, relègue la dissidence au rang de trahison.
Les bombardements aériens peinent ainsi à faire basculer les régimes, malgré les précédents. À Téhéran, la BBC recueille des voix « fatiguées » et « perdues » face aux frappes américano-israéliennes, loin de l’élan pour un soulèvement. Jones y voit la preuve que la pression militaire ne fissure pas l’édifice iranien comme escompté.
Une stratégie américaine comparée au modèle vénézuélien
Jones évoque Reza Pahlavi, fils de l’ex-shah, qui promettait l’été dernier une défection massive de 50 000 officiels iraniens. Si ce scénario tenait la route, Trump l’aurait embrassé, or rien. La Maison Blanche miserait plutôt sur une figure interne au système, sommée de plier devant les exigences américaines et israéliennes.
Il rapproche cela du Venezuela, où Washington avait poussé une alternative institutionnelle pour infléchir la politique sans tout balayer. Mais en Iran, toute personnalité du sérail resterait liée aux « lignes rouges » idéologiques du régime, rendant improbable une reddition rapide.
Le pétrole et l’économie comme talon d’Achille
Jones s’appuie aussi sur l’économie mondiale. Il reprend Ambrose Evans-Pritchard, du Daily Telegraph, qui titre : « Les marchés de l’énergie vont obliger Trump à mettre rapidement fin à sa guerre irresponsable. » L’auteur fustige l’imprudence de semer la pagaille au Moyen-Orient sans reconstituer les réserves pétrolières américaines, au plus bas depuis quarante ans.
Attaques et tensions au détroit d’Ormuz font exploser les prix de l’énergie, secouant alliés du Golfe et économies mondiales. Cette pression économique, hors de contrôle de Washington, pourrait l’emporter sur les calculs militaires immédiats.
Des alliés occidentaux mal à l’aise
Le malaise gagne aussi l’Europe. Dans une vidéo jointe, Jones cite un haut responsable occidental qui y voit « un nouvel échec de l’ordre international », même de la part d’alliés fidèles. Ces critiques publiques traduisent une angoisse face à l’absence de plan de repli et aux risques d’escalade.
Certains coopèrent encore, mais dénoncent un conflit sans base juridique ni stratégie solide. Ce tiraillement entre soutien affiché et réserves opérationnelles révèle la fragilité du front occidental.
Une guerre, symptôme du déclin américain
Enfin, Jones replace le conflit dans un tableau plus vaste : une Amérique déclinante qui use de la force pour masquer son reflux, au risque d’accélérer sa chute. Cette guerre iranienne illustrerait un hégémonie fissurée, plus proche du spasme que de la démonstration de puissance.
L’incertitude porte moins sur un affaiblissement américain inévitable que sur l’ampleur du chaos et de la violence qui l’accompagneront.
Owen Jones, né en 1984 à Sheffield, est un journaliste et chroniqueur britannique de gauche. Diplômé en histoire d’Oxford, il est connu pour ses essais sur la classe ouvrière (Chavs) et l’establishment, ainsi que ses colonnes au Guardian. Il anime la plateforme BattleLines.
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