Violences sexuelles dans les prisons israéliennes : le dossier accablant des ONG

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Julien Moreau
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Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont documenté, dans des rapports successifs publiés entre février et avril 2026, des actes de torture sexuelle systématique contre des détenus palestiniens dans des centres de détention israéliens. Ces révélations, corroborées par la rapporteuse spéciale de l’ONU, interviennent alors qu’aucune enquête indépendante n’a encore été autorisée sur les lieux.

Depuis le 7 octobre 2023, des milliers de Palestiniens ont été arrêtés et incarcérés dans des établissements militaires israéliens. C’est dans ce contexte que plusieurs ONG et instances onusiennes ont accumulé, au fil des mois, des témoignages convergents décrivant des sévices d’une extrême gravité. Le 12 avril 2026, l’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor a publié un rapport intitulé « Un autre génocide », s’appuyant principalement sur les déclarations directes d’anciens détenus de Gaza libérés ces dernières semaines, recoupées avec des photographies, vidéos et documents issus de centres de détention militaires. Un mois plus tôt, le 24 mars 2026, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, présentait devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU son rapport « Torture et génocide », établi à partir de plus de trois cents témoignages corroborés par des avocats.

Un rapport de l’ONU qui pointe une « politique d’État »

Devant le Conseil des droits de l’homme réuni à Genève le 23 mars 2026, Francesca Albanese a affirmé que la torture est « de facto devenue une politique d’État » en Israël, et que la majorité de la communauté internationale a accordé à l’État hébreu « un permis de torturer les Palestiniens ». Ces conclusions, présentées au nom d’un mandat onusien indépendant, s’appuient sur une documentation factuelle de grande ampleur. Le rapport, intitulé « Torture et génocide », traite du recours systématique à la torture par Israël contre les Palestiniens dans les territoires occupés depuis le 7 octobre 2023, et précise que « la torture dans les centres de détention a été utilisée à une échelle sans précédent comme forme de châtiment collectif ».

Selon le rapport d’Albanese, plus de 18 500 Palestiniens, dont au moins 1 500 enfants, ont été arrêtés depuis octobre 2023. Des milliers restent détenus sans inculpation ni procès, tandis que des cas de disparitions forcées ont été signalés et qu’environ 100 détenus sont morts en détention. Ces chiffres rejoignent ceux publiés par Human Rights Watch dans son rapport mondial 2026, qui établit qu’Israël a refusé depuis le 7 octobre 2023 tout accès indépendant aux lieux de détention, y compris au Comité international de la Croix-Rouge.

Sde Teiman et les autres : l’anatomie des sévices documentés

Les témoignages recueillis par plusieurs organisations convergent sur les mêmes établissements et les mêmes pratiques. Euro-Med Monitor qualifie la torture sexuelle des détenus palestiniens de Gaza de « politique d’État organisée » approuvée par les « autorités les plus élevées, politiques, militaires et judiciaires ». Le rapport cite des agressions sexuelles directes, des agressions avec des objets, des actes de torture ciblant les parties génitales, ainsi que des pratiques organisées telles que le tournage de vidéos et la présence de plusieurs agents lors des agressions, ce qui, selon ses auteurs, renforce la preuve du caractère institutionnel et systématique de ces crimes.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a, de son côté, apporté une contribution distincte à ce dossier. Dans un rapport publié le 19 février 2026 et intitulé « Nous sommes revenus de l’enfer », 59 journalistes palestiniens racontent la torture subie dans les prisons israéliennes. L’un d’eux, Osama al-Sayed, a décrit avoir été déshabillé et attaqué par des chiens dressés à Sde Teiman, ajoutant que des soldats filmaient la scène en riant. Pour la directrice régionale du CPJ, Sara Qudah, « il ne s’agit pas d’incidents isolés » : dans des dizaines de cas documentés, l’organisation a recensé des abus récurrents, des coups à la privation de nourriture en passant par les violences sexuelles et la négligence médicale, perpétrés contre des journalistes en raison de leur travail.

L’affaire Sde Teiman et le classement sans suite qui a choqué le monde

L’un des éléments les plus significatifs de cette séquence documentaire reste la décision annoncée par l’armée israélienne au mois de mars 2026. Le 12 mars, les autorités militaires israéliennes ont annoncé l’abandon des charges contre cinq soldats accusés d’avoir violé et battu un détenu palestinien ligoté et les yeux bandés à Sde Teiman. La vidéo de cette agression, filmée par une caméra de surveillance, avait fuité en août 2024 sur la chaîne israélienne Channel 12 et provoqué une onde de choc internationale.

Cette décision a suscité des réactions vives y compris en Israël. Sari Bashi, directrice exécutive du Comité public contre la torture en Israël, citée par l’agence AP, a estimé que le procureur général militaire venait de « donner carte blanche » aux soldats pour commettre des violences, et a qualifié cette décision de « dernière d’une longue série d’actions visant à blanchir les exactions commises contre les détenus ». Le quotidien Haaretz, dans un éditorial publié le jour même, a jugé que le message ainsi adressé à l’ensemble de l’armée était celui d’une impunité totale.

Le refus d’Israël face aux appels à enquêter

Face à l’accumulation de ces rapports, Tel-Aviv a maintenu une position constante de rejet. La mission israélienne à Genève, en réponse aux conclusions de Francesca Albanese, a qualifié la rapporteuse onusienne d’« agente du chaos » et affirmé que ses documents ne constituaient que des « pamphlets militants à connotation politique ». Israël conteste également les rapports d’Euro-Med Monitor, qu’il accuse de partialité et de mener une campagne de diffamation.

Euro-Med Monitor a, pour sa part, souligné que les déclarations recueillies avaient été recoupées avec des photographies, vidéos et documents vérifiés provenant de centres de détention militaires, et que les auteurs du rapport s’étaient également appuyés sur des déclarations officielles israéliennes pour étayer leurs conclusions. Le rapport d’Euro-Med insiste par ailleurs sur le fait que le système judiciaire israélien n’a pas fonctionné comme un mécanisme efficace de responsabilisation, mais a au contraire été utilisé pour consolider l’impunité, faisant de facto du pouvoir judiciaire la première ligne de défense des violations documentées.

La CPI saisie, mais l’accès aux centres de détention toujours refusé

Sur le plan institutionnel, les appels à une enquête internationale se multiplient sans déboucher pour l’heure sur une procédure concrète. La rapporteuse spéciale de l’ONU a exhorté le procureur de la Cour pénale internationale à émettre des mandats d’arrêt contre trois ministres israéliens — Itamar Ben Gvir, Bezalel Smotrich et Israel Katz — qu’elle accuse d’être responsables de la torture systématique infligée aux détenus palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Ces demandes s’ajoutent à celles formulées par Euro-Med Monitor, qui appelle la CPI à enquêter pour crimes contre l’humanité.

En février 2026, selon les données onusiennes, 9 245 Palestiniens se trouvaient encore détenus dans des centres israéliens, dont 3 358 en détention administrative, c’est-à-dire sans inculpation ni jugement. Aucune mission d’enquête internationale n’a obtenu l’autorisation d’accéder aux établissements en question. La question de la responsabilité individuelle et institutionnelle dans les actes documentés reste, à ce stade, entière.

Julien Moreau

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