Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a annoncé vendredi que le détroit d’Ormuz était désormais entièrement ouvert à la circulation des navires commerciaux, liant explicitement cette décision à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de dix jours conclu entre Israël et le Liban. Cette annonce a provoqué une réaction immédiate sur les marchés financiers mondiaux, entraînant une chute du prix du pétrole et une forte hausse des Bourses.
C’est par un message posté vendredi sur les réseaux sociaux qu’Abbas Araghchi a officialisé la décision. « Conformément au cessez-le-feu au Liban, le passage de tous les navires commerciaux par le détroit d’Ormuz est déclaré complètement ouvert pour la période restante du cessez-le-feu, sur la route coordonnée telle qu’annoncée par l’Organisation des ports et de la navigation maritime de la République islamique d’Iran », a-t-il précisé. La déclaration subordonne donc la réouverture totale de cette voie maritime stratégique à la pérennité de la trêve israélo-libanaise, dont le fragile équilibre reste au cœur des préoccupations diplomatiques régionales.
Un détroit sous tension depuis les frappes du 28 février
La crise du détroit d’Ormuz de 2026 a éclaté à la suite des frappes militaires coordonnées menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, dans le cadre de l’opération Epic Fury, visant des installations militaires, des sites nucléaires et des dirigeants, et qui ont notamment entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei. En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique avait averti les navires commerciaux de ne pas s’aventurer dans le détroit, provoquant un quasi-arrêt du trafic maritime dans l’une des artères énergétiques les plus vitales de la planète. La restriction des expéditions de plus de 90 % — soit environ dix millions de barils par jour — avait fait bondir les prix du brut Brent de dix à treize pour cent en quelques séances, avec des analystes avertissant qu’ils pourraient atteindre cent dollars le baril si les perturbations persistaient.
Les semaines suivantes avaient été marquées par une succession d’incidents maritimes, de tentatives de négociation et de surenchères rhétoriques. Le 8 avril, un cessez-le-feu temporaire avait été acté, prévoyant notamment la réouverture du détroit, mais l’Iran avait continué à contrôler le trafic et à imposer des péages dépassant le million de dollars par navire. L’échec des négociations d’Islamabad, le 12 avril, avait ensuite conduit Washington à menacer d’instaurer un blocus naval, repoussant une nouvelle fois la perspective d’un apaisement durable.
Ormuz, verrou énergétique de l’économie mondiale
L’enjeu de cette réouverture ne saurait être mesuré à l’aune des seules tensions irano-américaines. En 2024, environ 84 % des expéditions de pétrole brut et de condensats transitant par le détroit étaient destinées aux marchés asiatiques, la Chine recevant à elle seule environ un tiers de son pétrole par cette route. L’Europe, de son côté, obtient entre 12 % et 14 % de son gaz naturel liquéfié du Qatar via ce même passage. Quelque vingt pour cent de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel emprunte en temps normal ce couloir long de quelques dizaines de kilomètres, au large des côtes omanaises et iraniennes. Sa fermeture, même partielle, avait contraint plusieurs économies asiatiques à puiser dans leurs réserves stratégiques et avait alourdi les coûts logistiques de secteurs entiers, de la pétrochimie à l’agriculture.
Les marchés ont réagi immédiatement à l’annonce d’Araghchi : les Bourses ont fortement progressé tandis que le prix du pétrole a reculé sensiblement, même si les opérateurs restent prudents face aux incertitudes persistantes sur la présence de mines navales dans la zone. La question de leur déminage constitue, selon plusieurs spécialistes du transport maritime, le principal obstacle à un retour à la normale du trafic pétrolier.
Trump salue l’annonce, mais maintient le blocus des ports iraniens
La réaction de Washington ne s’est pas fait attendre. Le président américain Donald Trump a salué la nouvelle et remercié Téhéran, tout en précisant que le blocus américain des ports iraniens « resterait en pleine vigueur » jusqu’à la conclusion d’un accord de paix. Les négociations « devraient aller très vite », a-t-il ajouté, sans plus de précision sur le calendrier ou le format d’éventuelles discussions. Cette posture résume la tension qui structure la diplomatie américaine dans ce dossier : accueillir favorablement les gestes iraniens sans pour autant lever les pressions militaires et économiques qui, selon Washington, constituent le seul levier efficace.
Du côté de Téhéran, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien a, pour sa part, réaffirmé que l’Iran rejetait tout cessez-le-feu temporaire et cherchait un arrêt complet des hostilités à l’échelle de la région, laissant entrevoir une divergence de fond sur la nature et la portée de la trêve. La coordination entre l’annonce d’Araghchi et cette déclaration du numéro deux de la diplomatie iranienne illustre la complexité des positions internes à Téhéran, où plusieurs centres de décision coexistent depuis la mort de Khamenei.
Un cessez-le-feu libanais fragile comme seule garantie
La réouverture d’Ormuz est désormais conditionnée à la durée de vie d’un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban dont la solidité reste incertaine. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré qu’il s’efforçait de mettre fin à la guerre et de garantir le retrait des troupes israéliennes, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré aux troupes stationnées au Sud-Liban que les combats étaient loin d’être terminés. Cette dissonance entre les deux parties à la trêve alimente les doutes sur la capacité de l’accord à tenir au-delà de ses dix jours réglementaires. Trump a par ailleurs annoncé avoir « interdit » à Israël de bombarder le Liban, une formulation dont la portée juridique et diplomatique reste sujette à interprétation.
Pakistan, Turquie, Qatar et Arabie saoudite multiplient parallèlement les navettes diplomatiques pour tenter de créer les conditions d’une nouvelle séquence de négociations irano-américaines. Des responsables pakistanais ont indiqué que leur pays était reconnu pour son « engagement diplomatique constructif » en faveur de la désescalade, après que l’armée et les autorités civiles d’Islamabad eurent servi d’intermédiaires dans les échanges entre Washington et Téhéran au cours des dernières semaines.
La réouverture du détroit d’Ormuz, conditionnelle et encadrée, constitue un signal d’apaisement notable dans une crise qui pèse sur l’économie mondiale depuis près de sept semaines. Sa pérennité dépend désormais du maintien du cessez-le-feu libanais et de l’avancement de négociations entre Washington et Téhéran dont aucun cadre formel n’a encore été arrêté.
Yacine Messaoud